Tomislav Popović
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serbe |
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Tomislav (Toma) Popović (Split, 15 juin 1930 — Belgrade, 4 mai 2002) était un historien serbe. Il exerça l’essentiel de sa carrière à l’Institut historique de l’Académie serbe des sciences et des arts (SANU). Ses centres d’intérêt et travaux de recherche portaient principalement sur le début de l’époque moderne dans l’histoire des Balkans, avec une attention particulière pour l’histoire économique et commerciale ainsi que pour le développement urbain.
Tomislav (Toma) Popović est né le 15 juin 1930 à Split. Il a effectué sa scolarité primaire et secondaire à Belgrade, où il a également obtenu en 1958 son diplôme au département d’histoire de l’Université de Belgrade. Il a d’abord travaillé comme enseignant dans une école primaire à Sjenica, puis comme archiviste aux Archives d’État de la République socialiste de Serbie. Il a soutenu sa thèse de doctorat, intitulée La Turquie et Dubrovnik au XVIᵉ siècle (Relations politiques), en 1965 à l’Université de Belgrade.

Il a travaillé à l’Institut historique du SANU de 1962 jusqu’à sa retraite en 1996. Il a été nommé chercheur en 1967, puis chercheur principal en 1973, avant d’être promu directeur de recherche en 1978. Il a effectué des séjours d’études à Senigallia et à Mayence, et a également été boursier de la fondation Alexander von Humboldt[1].
Travaux scientifiques
Toma Popović s’est consacré à l’étude de l’histoire du peuple serbe sous la domination ottomane (du XVIᵉ au XVIIIᵉ siècle), ainsi qu’aux relations économiques entre l’Empire ottoman et les États européens voisins, en particulier ceux du bassin méditerranéen. Il s’est également intéressé aux rapports sociaux au sein même de l’Empire ottoman. Ses travaux se distinguent par la richesse des informations qu’il a réunies au cours de longues et minutieuses recherches dans les archives de Dubrovnik, Zadar, Kotor, Venise, Ancône, Senigallia, Gênes, Florence et Augsbourg.

Dans l’œuvre scientifique de Toma Popović, l’ouvrage qui occupe la place la plus importante est son livre L’Empire ottoman et Dubrovnik au XVIᵉ siècle (Belgrade, 1973). Dans cette étude, il analyse ce siècle particulièrement significatif pour les relations entre une grande puissance impériale et un petit, mais très influent, État méditerranéen. Popović replace ces relations dans le cadre plus large de la situation politique européenne du XVIᵉ siècle, marquée par l’essor de grandes monarchies absolutistes et par la recherche d’un équilibre entre elles : à l’ouest l’Espagne et la France, et à l’est l’Empire ottoman. Situé à la frontière entre ces deux mondes, Dubrovnik réussit à préserver son existence, indispensable aux uns comme aux autres, car il était le seul capable d’assumer le rôle d’intermédiaire commercial entre l’Empire ottoman et les États européens. Cette position s’expliquait notamment par son vaste réseau de colonies, tant dans les Balkans qu’en Occident, ainsi que par la puissance de sa flotte maritime. Dans ce livre, Popović met en lumière toute la complexité de ces relations, depuis le rôle joué par Dubrovnik durant la guerre turco-vénitienne (1499–1503) jusqu’à l’écho du conflit austro-ottoman de 1593 dans la République de Dubrovnik.
Bien que plusieurs autres travaux majeurs de Toma Popović soient également consacrés à Dubrovnik, à ses habitants et à leur rôle aussi bien dans l’histoire du peuple serbe que dans celle de l’Europe — principalement au XVIᵉ siècle — (par exemple : Dubrovnik à l’époque de la guerre de Chypre 1569–1572 (1969) ; Les relations commerciales entre Dubrovnik et Ancône dans la seconde moitié du XVIᵉ siècle (1970) ; La colonie ragusaine de Smederevo de 1459 à la fin du XVIᵉ siècle (1970) ; La colonie ragusaine de Kruševac (1972) ; Documents d’archives de Dubrovnik concernant Belgrade, vol. II et III (1976, 1986) ; La colonie ragusaine à Niš. Niš dans les récits de voyageurs (1983), cette petite république marchande méditerranéenne, d’une étendue territoriale réduite mais d’une grande importance, n’a cependant pas constitué l’unique centre de ses recherches.
Parmi ses autres travaux, il convient notamment de mentionner sa synthèse sur les courants économiques des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, publiée dans le troisième tome de l’Histoire du peuple serbe (1993). On peut également citer ses études consacrées aux événements survenus à Belgrade durant la guerre austro-ottomane de 1566 (1960), à l’organisation administrative du sandjak d’Herzégovine au XVIᵉ siècle (1960), aux réfugiés slaves à Senigallia (1974), aux marchands musulmans dans le commerce extérieur balkanique au XVe siècle (1986), aux migrations serbes des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles (1990), aux bazars balkaniques des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles (1991), ou encore à la structure de la ville ottomane (1997).
Toma Popović a également édité les mémoires de Nićifor Ninković (1972), ainsi que la correspondance — très estimée par les historiens — adressée à Bartolomeo Borgiani entre 1593 et 1595 (1984)[1].
Travaux sur les documents d'archives de Dubrovnik concernant Belgrade
Une place toute particulière doit être accordée au travail de Toma Popović consacré à la publication de sources d’archives étrangères relatives à l’histoire du peuple serbe et de ses villes. Peu après le décès de Đorđe Tadić, Popović a repris la publication des documents d’archives de Dubrovnik concernant l’histoire de Belgrade. Ce travail a abouti à la parution du deuxième volume de la série, en 1976, portant sur la période 1572–1593. Il a ensuite assumé pleinement la poursuite du projet et a publié en 1986 le troisième volume, consacré aux années 1593–1606. L’importance de cette documentation éditée est de premier ordre : elle a permis de reconstituer l’histoire économique et la vie quotidienne de Belgrade à la fin du XVIᵉ et au début du XVIIᵉ siècle.
Le deuxième volume, dont la préparation avait été entamée par Đorđe Tadić, réunit 382 documents publiés. Ce corpus est accompagné d’un tableau récapitulatif des dettes contractées à Dubrovnik par les marchands ragusains établis à Belgrade entre 1572 et 1593. Le troisième volume, nettement plus volumineux que les précédents, comprend 627 documents publiés selon le même principe, ainsi qu’un tableau des dettes des marchands ragusains de Belgrade à Dubrovnik pour la période allant de 1593 à 1606.
Les lettres de Bartolomeo Borgiani

En 1984, dans sa série Spomenici (no CXXIV), l’Académie serbe des sciences et des arts a publié l’ouvrage Les lettres adressées à Bartolomeo Borgiani (1593–1595), un recueil de documents établi grâce au travail de Toma Popović. Ce volume rassemble au total 505 documents (ou plus précisément 481, car 24 d’entre eux sont des copies d’originaux reçus par Borgiani), accompagnés de commentaires critiques. Ils éclairent une partie de la vie et de l’activité de Bartolomeo Borgiani, grand négociant florentin, entrepreneur maritime et armateur, qui devint en 1592 grand trésorier de la République de Dubrovnik ainsi que principal intermédiaire entre les villes italiennes et la colonie florentine de Sarajevo.
On se souvient également de lui pour la construction, en 1599, d’un immense navire marchand, le Santa Croce (mis à flot en 1600 depuis le chantier naval de Gruž). En 1606, il lança la construction d’un nouveau navire du type nave, baptisé Santissima Nunciata et Santo Ioanni, connu à Dubrovnik sous le nom de nava Borgianna. En 1607, Borgiani obtint la citoyenneté de la République de Dubrovnik, puis fut admis en 1613 dans la confrérie lazarine. Il épousa à cette époque une femme originaire de Dubrovnik. Il mourut à Dubrovnik en 1631, marquant par sa disparition l’extinction de la lignée des Borgiani de Florence[2].
Le travail consacré par Toma Popović à l’édition de ce corpus documentaire a été particulièrement salué. Outre la préparation d’un très grand nombre de documents et la rédaction de commentaires explicatifs, il est parvenu à déchiffrer plusieurs lettres qui, jusque-là, étaient considérées comme pratiquement illisibles. La plupart des documents de ce recueil se présentaient sous forme de petits livrets, scellés de cachets portant des initiales ou des emblèmes familiaux inspirés des armoiries. Les lettres ont été classées par correspondants (au nombre de 93), puis organisées chronologiquement, ce qui a considérablement facilité leur consultation. Les correspondants provenaient de divers lieux : Florence, Ancône, Sarajevo, Venise, Belgrade, Novi Pazar, etc. Toma Popović a par ailleurs rédigé une brève biographie de Bartolomeo Borgiani[3].
Chroniqueur de la ville ottomane dans les Balkans

Au cours de sa carrière, Toma Popović a accordé une attention particulière au développement et à la vie des villes serbes sous la domination ottomane. Un nombre important de ses travaux portent sur l’organisation et le fonctionnement de ces villes, l’un de ses centres d’intérêt majeurs étant la vie et l’activité des marchands ragusains à Smederevo. Ainsi, dans des études telles que Les Ragusains à Smederevo, Les Latins dans le bazar balkanique et surtout La colonie ragusaine de Smederevo de 1459 à la fin du XVIᵉ siècle, il publie une riche documentation d’archives sur la vie quotidienne et les activités de ces négociants, complétée par des tableaux recensant leur présence dans la ville. Dans des travaux comme La “čaršija” balkanique aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, il cherche à mettre en lumière le système de fonctionnement de ces centres urbains. Outre Smederevo et Belgrade, il a consacré des études à Niš, Pirot et Kruševac. Enfin, il a proposé une synthèse générale sur l’économie urbaine et rurale serbe dans le chapitre intitulé L’économie aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles : économie rurale et urbaine, publié dans le troisième volume de l’Histoire du peuple serbe.
