Touhami Ennadre

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Touhami Ennadre
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Touhami Ennadre né en 1953 à Casablanca, Maroc est un photographe et artiste plasticien maroco-français. Autodidacte, il développe depuis les années 1970 une pratique photographique singulière, exclusivement en noir et blanc, fondée sur un travail artisanal du tirage argentique et une approche qui revendique une proximité avec les arts plastiques. Son œuvre, récompensée dès 1976 aux Rencontres internationales de la photographie d'Arles, explore les thèmes de l'humanité, de la corporalité, de la spiritualité et de la mémoire. Elle a été exposée dans de nombreuses institutions à travers l'Europe, les Amériques, l'Afrique et l'Asie.

Jeunesse et formation

Touhami Ennadre naît en 1953 dans l'ancienne médina de Casablanca, au Maroc, où il passe ses premières années. Son foyer est dépourvu d'électricité ; enfant, il éclaire les mains de sa mère qui tisse des tapis à la lueur de bougies, une expérience qu'il considère comme fondatrice de sa sensibilité à la lumière et à l'ombre. Il arrive en France à l'âge de 6 ans, en compagnie de ses six sœurs et d'un frère. La famille s'installe à La Courneuve, en banlieue parisienne, dans un environnement socio-économique difficile. Ennadre excelle alors au football, son seul moyen d'expression et de communication à son arrivée[1],[2].

À 18 ans, il s'exile pour trois ans en Norvège, où il rencontre le photographe de mode Knut Bry. Cette rencontre constitue un premier contact avec la pratique photographique : en déclenchant sans regarder dans le viseur, il perçoit la photographie comme un moyen de sortir de lui-même pour aller à la rencontre des autres. De retour en France, il accompagne sa mère, atteinte d'un cancer, dans ses déplacements d'hôpital en hôpital, jusqu'à son décès. Son père, devenu aveugle à la suite d'un accident en fonderie, rentre au Maroc après 35 en France, laissant à Touhami, l'aîné, la charge de la fratrie[3].

C'est sa mère qui, peu avant sa mort, lui offre son premier appareil photo un Pentax afin de lui donner une direction de vie. Il s'initie ensuite au tirage photographique dans un atelier culturel de banlieue animé par un ancien officier de l'armée portugaise, et développe son art de façon entièrement autodidacte, sans passer par une école d'art[4].

Débuts et premières reconnaissances

Ennadre commence à photographier dans la rue dès 1974. En 1976, ses premiers travaux lui valent le Prix de la Critique aux Rencontres internationales de la photographie d'Arles[5].

En 1978, il part pour un périple de quatre ans en Asie du Sud-Est, traversant seul ou avec des amis, et sans ressources importantes, la Thaïlande, la Birmanie, la Malaisie et le Népal. Ce voyage est décisif pour son œuvre : il en ramène notamment la série des mains, qui révèle toute l'expressivité d'un visage dans le langage du geste[5],[6].

Sur le plan des influences, Ennadre se réfère davantage aux maîtres de la peinture occidentale (Caravaggio, Velázquez, Goya, Monet, Cézanne) et du cinéma japonais (Ozu, Mizoguchi, Kurosawa) qu'aux photographes. Il s'intéresse également à l'estampe japonaise (Hiroshige, Hokusai, Utamaro) et aux photographes de la maison Shiseido (Shinzo et Roso Fukuhara). La culture marocaine celle de la médina, de l'imaginaire et de l'artisanat reste une référence permanente dans son développement artistique[7].

Son travail est présenté dès 1978 au Musée d'art moderne de Paris (L'ARC), puis en 1984 aux Rencontres d'Arles dans le cadre d'une présentation « off » organisée par la galeriste Michèle Chomette, qui soutient son travail. L'écrivain Michel Butor et le philosophe François Aubral contribuent également à faire connaître son œuvre ; avec leur appui, Ennadre obtient une bourse du ministère de la Culture (CNAC) qu'il investit intégralement dans la réalisation de tirages grand format[8],[9].

Maison de la photographie de Casablanca

De retour au Maroc après une décennie passée à New York, Touhami Ennadre porte le projet d'une Maison de la photographie dans la médina de Casablanca, destinée à former les jeunes talents locaux et à accueillir des artistes internationaux en résidence. Le bâtiment est conçu par l'architecte japonais Tadao Ando, lauréat du Prix Pritzker. Le projet bénéficie du soutien de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et de l'ancienne conseillère royale Zoulikha Nasri en 2018[10].

Thèmes et projets majeurs

•       Corps, maternité et mort (années 1980) : Réalisée à l'Hôtel-Dieu de Paris et dans des abattoirs à Munich, cette série explore la chair dans ses états les plus bruts mort-nés, carcasses animales, placentas dans une esthétique que le critique Patrick Roegiers a rapprochée du baroque et de l'arcimbolesque. Seize tirages grand format (120 × 160 cm) en constituent le résultat exposé à la galerie Michèle Chomette[11].

•       Mains (série fondatrice) : Rapportée du voyage en Asie du Sud-Est (1978–1982) et approfondie lors de l'enterrement de sa mère, cette série s'intéresse aux mains comme vecteur d'émotion et de drame humain[5].

•       Notre-Dame de Paris (1993) : Série réalisée pour la Caisse nationale des Monuments historiques, publiée avec un texte d'Alain Jouffroy.

•       Under New York : Série réalisée de nuit dans le métro new-yorkais, portant sur les sans-abri et les exclus de la métropole. Ennadre y photographie sous la surveillance des forces de l'ordre, qui avaient interdit la photographie dans le métro après le 11 septembre 2001[12].

•       New York 9/11 (2001) : Réalisée sur le site du Ground Zero peu après les attentats, cette série capte la douleur de la population new-yorkaise à travers des portraits resserrés, sans contextualisation urbaine[10].

•       Transe et spiritualité : Travaux menés à Bahia, Recife, dans les favelas de Rio de Janeiro, à Port-au-Prince, Bombay et Addis-Abeba, explorant les rites mystiques et la dimension spirituelle de l'expérience humaine[13].

•       Après-Bataclan (2015) : Série documentant la douleur des proches des victimes des attentats de Paris[9].

•       Mes Admirables Mères : Série de portraits de femmes marocaines, témoignant de son attachement à la culture populaire du Maroc[13].

Expositions et publications

Sélection d'expositions[12] :

•       1977 — Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, « Tendances actuelles de la photographie en France »

•       1978 — Musée d'Art Moderne de Paris (L'ARC) — première présentation publique majeure en France

•       1984 — Rencontres internationales de la photographie d'Arles, présentation « off » (galerie Michèle Chomette)

•       1984 — Cité internationale des Arts, Paris

•       1985 — Museum für Moderne Kunst, Vienne, « Das Aktphoto »

•       1986 — Bibliothèque Nationale, Paris, « La photographie créative »

•       1988 — Musée d'Art Moderne de Paris et Museum für Kunst und Geschichte, Freiburg, « Splendeurs et misères du corps »

•       1988 — Frankfurter Kunstverein, Francfort, « Junge europäische Photographen »

•       1990 — Fondation Gulbenkian, Lisbonne et Frankfurter Kunstverein, Francfort, « Photographie en liberté »

•       1992 — Institut du Monde Arabe, Paris, « Œuvres photographiques 1980–1990 » ; Centre Beaubourg, Paris, projet multimédia « Trans Voices »

•       1993 — Caisse Nationale des Monuments Historiques et des Sites, Paris, « Notre-Dame de Paris »

•       1994 — Exit Art, New York

•       1995 — Tate Gallery, Liverpool, « Three Contemporary African Artists » ; Haus der Kulturen der Welt, Berlin, « L'Alhambra »

•       1996 — Solomon R. Guggenheim Museum, New York, « In/sight: African Photographers 1940 to the Present » ; Nederlands Foto Instituut, Rotterdam ; Dany Keller Gallery, Munich, « Black Light »

•       1997 — Haus der Kulturen der Welt, Berlin, « Die anderen Modernen » ; Sixième Biennale de La Havane

•       1998 — Museo de Arte Contemporáneo, Las Palmas, « Transatlantico »

•       1999 — Maison Européenne de la Photographie, Paris, « Black Light » ; Diözesanmuseum Obermünster, Ratisbonne, « Materia Prima »

•       2000 — Biennale d'Art Contemporain de Lyon, « Partage d'exotisme » ; Diözesanmuseum Obermünster, Ratisbonne, « Geist in Stein »

•       2001 — « The Short Century », Museum of Contemporary Art (Chicago), PS1-MOMA (New York), Haus der Kulturen der Welt (Berlin), Museum Villa Stuck (Munich)

•       2002 — Documenta 11, Kassel, Allemagne ; Museum Villa Stuck, Munich, « New York, September 11 » ; Artists Space, New York, « Human Face »

•       2004 — Solomon R. Guggenheim Museum, New York, « Speaking with Hands » ; Biennale de Shanghai, « Techniques of the Visible » ; Whitney Museum of American Art, New York ; Museo dell'Accademia Ligustica di Belle Arti, Gênes

•       2005 — Centre de Cultura Contemporània de Barcelona ; Fundación Bancaja, Valence

•       2006 — Galway Arts Centre, Galway (Irlande) ; La Casa Encendida, Madrid ; Galerie Alain Le Gaillard, Paris ; Arte Fiera, Bologne

•       2014 — Institut du Monde Arabe, Paris, dans le cadre de l'exposition « Maroc contemporain »

•       2022–2023 — Qasida Noire, Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain (MMVI), Rabat, exposition rétrospective en trois cycles : « Prières Ferventes », « En passant par la lumière », « Visa »

Technique et approche

Ennadre travaille exclusivement en noir et blanc, au format argentique 6 × 6 cm. Il photographie sans viseur, en s'approchant au plus près de ses sujets, refusant toute mise en scène. Il développe lui-même ses pellicules et réalise ses tirages dans son atelier, un processus qu'il décrit comme relevant davantage des arts plastiques que de la photographie traditionnelle. Pour chaque négatif, il dessine une série de caches et module les temps de pose, rendant chaque épreuve unique et distincte de la précédente. Le tirage d'un grand format requiert un minimum de douze heures de travail[14],[4].

Ses formats sont volontairement imposants : de 120 × 150 cm à 160 × 220 cm pour les tirages courants, et jusqu'à 300 × 500 cm pour les œuvres dites « Fresco ». Il se définit lui-même comme « un peintre dans le noir » et considère le noir non comme une absence de lumière, mais comme « une couleur de la lumière ». Son travail vise à effacer la réalité documentaire pour laisser émerger l'imaginaire et révéler l'essentiel du sujet[13],[10].

distinctions

•       1976 — Prix de la Critique, Rencontres internationales de la photographie, Arles

•       1984 — Bourse de séjour, Villa Arson, Nice (CNAC)

•       1987 — Young European Photographers Award, Deutsche Leasing, Francfort

•       1989 — Prix Léonard de Vinci, Ministère français des Affaires étrangères

•       1993 — Bourse Villa Médicis hors les murs

•       1995 — Bourse UNESCO Aschberg, Fondation Afrique en Création

•       1998 — Résidence Villa Kujoyama, Kyoto (AFAA)

•       2006 — Résidence Atelier New York, AFAA

• En 2011 Décoration de Sa Majesté le Roi Mohammed VI du Maroc ; une œuvre offerte au président Barack Obama[13].

Collections

Les œuvres de Touhami Ennadre figurent notamment dans les collections suivantes[6] :

Jewish Museum of New York (collection permanente)

• Collection de la Maison Blanche, Washington D.C.

Notes et références

Publications

Bibliographie

Liens externes

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