Traité de Hadiatch
traité de 1658 visant à créer une république tripartite de Pologne-Lituanie-Ruthénie, mais resté lettre morte
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Le traité de Hadiatch (en polonais : Ugoda Hadziacka) est un traité de paix signé le , à Hadiatch (en polonais : Hadziacz ou Hadiacz ; en ukrainien : Гадяч) entre les représentants de la République des Deux Nations, Stanislas Bieniewski et Kazimierz Jewłaszewski, et les Cosaques zaporogues, représentés par l'ataman Ivan Vyhovsky et les starchyny (en) (« aînés ») Iouri Nemyrych, architecte du traité, et Pavlo Teteria.
Hadiatch
| Type de traité | Traité de paix |
|---|
| Signé |
Hadiatch |
|---|
| Parties | Cosaques zaporogues | |
|---|---|---|
| Signataires | Stanislas Bieniewski Kazimierz Jewłaszewski |
Ivan Vyhovsky Iouri Nemyrych Pavlo Teteria |
Il vise à placer les Cosaques et les Ruthéniens au même rang que la Pologne et la Lituanie au sein de la république des Deux Nations, transformant celle-ci en république tripartite de Pologne-Lituanie-Ruthénie (en polonais : Rzeczpospolita Trojga Narodów, « république des Trois Nations »).
Dispositions


Le traité de Hadiatch comprend les points suivants[1],[2] :
- Création, à partir des voïvodies de Kiev, de Bracław et de Tchernihiv, d'un grand-duché de Ruthénie qui, avec le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie, ferait partie d'une seule et indivisible Rzeczpospolita (république) à égalité de droits ;
- Gouvernement de ce grand-duché par un hetman, élu à vie parmi quatre candidats choisis par tous les ordres de la société ukrainienne et confirmé par le roi de Pologne ;
- Mise en place dans le grand-duché d'administrations locales à la manière polonaise ;
- Restauration dans le grand-duché de la loi et des tribunaux, ainsi que du système d'administration territoriale qui existait avant 1648[note 1] ;
- Interdiction pour le grand-duché d'entretenir des relations indépendantes avec les autres voïvodies ;
- Octroi d'un siège sénatorial à des individus de confession orthodoxe ;
- Autorisation pour le grand-duché de battre monnaie à l'effigie du roi de Pologne ;
- Constitution de forces armées propres au grand-duché, qui devront compter 60 000 Cosaques et 10 000 mercenaires ;
- Restauration des grandes propriétés foncières, du servage et tous les devoirs obligatoires qui existaient avant 1648 ;
- Garantie des anciens droits et privilèges sur le domaine des Cosaques, et possibilité pour ceux-ci d'être anoblis par le roi sur demande du hetman, dans la limite de 100 Cosaques par régiment[note 2] ;
- Annulation de l'union de Brest[note 3] sur le territoire du grand-duché de Ruthénie ; proclamation de la liberté de pratiquer les religions orthodoxe et catholique ; et octroi de sièges permanents au Sénat de la république des Deux-Nations pour le métropolite orthodoxe et cinq autres évêques ;
- Interdiction aux forces armées polonaises et lituaniennes de se trouver sur le territoire du grand-duché, sauf en cas d'urgence, auquel cas elles seront subordonnées au hetman ;
- Octroi à l'Académie Mohyla de Kiev des mêmes droits que l'université Jagellonne de Cracovie, et création d'une autre université sur le territoire du grand-duché ;
- Autorisation de créer des collèges et des lycées enseignant en latin dans tout le pays ;
- Liberté de publication, à condition que les documents publiés ne comportent pas d'attaques personnelles contre le roi de Pologne.
Importance historique

L'historien Andrew Wilson classe le projet de grand-duché de Ruthénie parmi « les plus grands points de divergence de l'histoire de l'Ukraine et de l'Europe de l'Est », notant que :
« S'il avait été mis en œuvre avec succès, la république des Deux Nations se serait mué in fine en une confédération souple de Polonais, de Lituaniens et de Ruthéniens. L'État-tampon ukrainien, jusqu'alors manquant, serait devenu le pilier oriental de la Rzeczpospolita. L'expansion russe aurait peut-être été enrayée, ce qui aurait empêché la Pologne de subir les affres des partages ou — ce qui est peut-être tout aussi probable — de survivre plus longtemps en tant qu'« homme malade de l'Europe »[3]. »
Malgré une vive opposition de l'Église catholique romaine, le traité de Hadiatch est approuvé par le roi et le parlement polonais (Sejm) le , mais avec un texte modifié[4]. L'idée d'un duché ruthène au sein de la Rzeczpospolita est complètement abandonnée[5] ; la république des Deux Nations entend reprendre sa mainmise sur les territoires ukrainiens, perdue à cause d'une série de soulèvements cosaques — comme le soulèvement de Khmelnytsky — et de l'influence croissante du tsarat de Russie dans cette région — matérialisée par le traité de Pereïaslav de 1654, par lequel une partie des territoires cosaques intègre le tsarat.
Le hetman Ivan Vyhovsky soutient les négociations avec la Rzeczpospolita, surtout après avoir réprimé une révolte menée par son rival Martyn Pouchkar, colonel du régiment de Poltava, et rompu les relations avec le tsarat de Russie pour ses violations du traité de Pereïaslav[6]. Le traité de Hadiatch est cependant considéré par de nombreux Cosaques comme offrant « trop peu, trop tard » ; ceux-ci s'opposent en particulier à l'accord de restitution des propriétés foncières à la noblesse polonaise (szlachta). Après la révolte de 1648, la république des Deux Nations est très impopulaire auprès des Cosaques ordinaires, qui considèrent le tsarat orthodoxe de Russie comme leur allié naturel et ne cherchent guère d'alliance avec une Pologne-Lituanie majoritairement catholique. En outre, le traité de Hadiach ne profite qu'à l'élite des Cosaques, les starchyny, désireux d'être reconnus comme les égaux de la noblesse polonaise. Ainsi, le soutien de certains Cosaques à la république des Deux Nations, position du hetman Ivan Vyhovsky, est loin de faire l'unanimité, de sorte que le traité de Hadiatch ne met pas fin aux troubles cosaques en Ukraine[7].
La position de la Rzeczpospolita est encore affaiblie par une série de pertes dans la guerre russo-polonaise de 1654 à 1667. Se sentant menacée par le traité de Hadiatch, qui affaiblit son emprise sur les Cosaques, le tsarat de Russie le considère comme un acte de guerre et lance une opération militaire contre l'Ukraine avant même sa ratification. Bien que les forces polono-lituaniennes commandées par Stefan Czarniecki infligent une cuisante défaite aux forces russes lors de la bataille de Połonka et reprennent Vilnius dès 1660, l'absence d'autres succès militaires des armées polono-lituaniennes, notamment en Ukraine, affaiblit encore le soutien des Cosaques. Le succès initial de Vyhovsky à la bataille de Konotop, en , n'est pas assez décisif et est suivi d'une série de défaites. Les garnisons russes en Ukraine continuent de résister ; une attaque des Cosaques zaporogues contre le khanat de Crimée oblige les alliés tatars de Vyhovsky à rentrer chez eux, et des troubles éclatent dans la région de Poltava. Enfin, plusieurs colonels pro-russes se rebellent et accusent Vyhovsky de « vendre l'Ukraine aux Polonais ».
Incapable de poursuivre la guerre, Vyhovsky démissionne en et se retire en Pologne. La situation est encore compliquée par l'entrée en guerre de l'Empire ottoman, qui tente de prendre le contrôle de la région contestée et monte toutes les factions les unes contre les autres. En parallèle, la république des Deux Nations se déchire lors de la rébellion de Lubomirski, qui voit une partie de la noblesse polonaise se soulever contre le roi.
Malgré la signature d'un traité très similaire à celui de Hadiatch, le traité de Tchoudniv de 1660, la Russie sort victorieuse de cette séquence, comme en témoignent la trêve d'Androussovo de 1667 et le traité de paix éternelle de 1686. Les Cosaques ukrainiens tombent dans la sphère d'influence russe : c'est le début de l'Hetmanat cosaque, régime sous lequel ils jouissent de privilèges bien moindres que ceux qui leur auraient été accordés par le traité de Hadiatch. À la fin du XVIIIe siècle, l'influence politique des Cosaques est presque anéantie par l'Empire russe.
Projet d'un second traité de Hadiatch

À la suite de l'insurrection de Novembre, qui voit la Pologne se soulever contre le tsar Nicolas Ier en 1831, une remise au jour du traité de Hadiatch pour refonder une république de Pologne-Lituanie-Ruthénie est envisagée par les insurgés, qui y voient un moyen de mettre fin aux partages de la Pologne. Ce projet occasionne la création de nouvelles armoiries pour la république tripartite et un rassemblement de partisans à Hadiatch. Ce dernier est toutefois déclaré illégal par les Russes, qui y postent près de 2 000 soldats et barrent l'accès aux ponts environnants pour empêcher toute réunion publique ou manifestation. Malgré ces précautions, une messe et une célébration réunissant 15 à 20 000 personnes et plus de 200 prêtres (catholiques et orthodoxes) ont lieu non loin du village.