Traité de Londres (1700)
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| Signé |
24 mars 1700 Londres et La Haye |
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| Royaume de France | Provinces-Unies | Royaume d'Angleterre |
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Le traité de Londres (1700), également désigné sous l'appellation de second traité de partage de l’Empire espagnol, constitua l’ultime tentative, avant le conflit armé, de Louis XIV et de Guillaume III d’Angleterre pour forger une solution diplomatique à la question successorale espagnole. Ce pacte, tout comme son prédécesseur, visa à procéder au démembrement des possessions de la monarchie hispanique, sans que cette dernière n’ait été préalablement consultée. Considérant l’intégrité de leur empire comme un principe intangible et non transigeable, les Espagnols rejetèrent ces stipulations. En conséquence, la plupart des historiens s’accordent à juger ces dispositions caduques et inapplicables, leur échec ouvrant la voie à la guerre de Succession d’Espagne.
Charles II d'Espagne accéda au trône en 1665, devenant, à l’âge de cinq ans, l’ultime monarque des Habsbourg d’Espagne. D’une constitution chétive durant la plus grande part de son existence, et bien qu’il ait contracté deux unions matrimoniales, il était patent dès 1698 qu’il décéderait sans postérité, laissant la question successorale irrésolue. Bien que l’empire eût cessé d’être la puissance prépondérante en Europe, il conservait une influence mondiale substantielle. Ses héritiers les plus proches étant issus de la lignée des Habsbourg d’Autriche et de la maison de Bourbon, l’accession de l’une ou l’autre de ces dynasties au trône espagnol menaçait d’altérer fondamentalement l’équilibre des forces sur le continent.
Désireux de conjurer la résurgence d’un conflit aussi dispendieux que la guerre de Neuf Ans, Guillaume III et Louis XIV conclurent, en 1698, le traité de La Haye, également désigné comme le premier traité de partage. Cet accord désignait le prince Joseph-Ferdinand de Bavière comme héritier présomptif de la monarchie espagnole. Ladite disposition fut caduque à la suite du trépas du prince, emporté par la variole en février 1699. Un nouvel instrument diplomatique, le traité de Londres, lui fut substitué, attribuant les droits successoraux à l’archiduc Charles, puîné de l’empereur Léopold Ier. Ces tentatives de préemption diplomatique s’avérèrent finalement vaines, n’empêchant point l’embrasement des hostilités en juillet 1701.

En 1665, Charles II d'Espagne accéda au trône de la Monarchie hispanique des Habsbourg, alors qu'il n'était âgé que de cinq ans. Sa constitution se révéla chétive durant la plupart de son existence. Nonobstant deux hyménées, il apparut, dès 1698, voué à s'éteindre sans postérité. Bien que la puissance pécuniaire et martiale de l'Espagne ait déclinée au fil du XVIIe siècle, le vaste Empire espagnol demeurait quasiment intègre, comprenant des territoires sis en Italie, aux Pays-Bas méridionaux, aux Philippines et sur le continent américain[1]. Les lignages les plus proches étant issus des maisons Habsbourg et de Bourbon, la question de la succession revêtait une importance primordiale pour le statu quo géopolitique de l'Europe. Cette problématique fut débattue pendant de nombreuses années. À titre d'exemple, lors du traité occulte de Douvres scellé en 1670, Charles II d'Angleterre consentit à appuyer les prétentions de Louis XIV[2].
Guillaume III d'Angleterre envisageait les stipulations des traités de partage comme un viatique propre à consolider les accointances érigées par le Traité de Ryswick de 1697 avec le roi Louis XIV, afin d'obvier à la guerre et d'instaurer une paix pérenne[3]. L'idée d'imposer un départage d'une telle importance à l'Espagne et à la Maison d'Autriche paraissait aléatoire, eu égard à la défiance qui subsistait entre les deux cosignataires, lesquels s'étaient trouvés en état de belligérance quasi ininterrompue depuis 1670. Guillaume négocia ces deux instruments diplomatiques sans en aviser préalablement ni le Parlement de Westminster ni ses ministres plénipotentiaires, une procédure encore d'usage en France, mais qui dénotait en Angleterre. John Somers, un membre influent du Junto, professa une hostilité notoire aux dispositions du premier traité de partage, dont il n'avait été mis au courant que peu de temps avant son apposition[4].
Une infime partie des conseillers de Guillaume, tant dans le royaume d'Angleterre que dans les Provinces-Unies, nourrissait une quelconque confiance à l'égard de Louis XVI. Cette défiance fut accrue par la mission confiée au marquis d’Harcourt, dépêché à Madrid en novembre 1698 pour obtenir l’appui de la couronne espagnole en faveur d’un candidat français[5]. Les Espagnols répugnaient à l’idée que leur empire fût démembré sans leur assentiment, au seul bénéfice d’intérêts étrangers. Le 14 novembre 1698, Charles II promulgua son testament, désignant comme héritier de l’intégralité de ses États l’éphémère Joseph-Ferdinand de Bavière, âgé de six ans, contournant ainsi les clauses territoriales établies par le premier traité de partage. Le décès de l’enfant, emporté par la variole en février 1699, rendit cette solution caduque et contraignit les puissances à envisager une nouvelle combinaison[6].
Négociations

La cour d'Espagne était clivée entre des factions pro-autrichiennes et pro-françaises, ces dernières étant menées par le cardinal Portocarrero, archevêque de Tolède. Durant une large part du règne de Charles II, l’exercice du pouvoir fut accaparé par les partisans de l’Autriche. L’influence fut d’abord incarnée par sa mère, Marie-Anne d’Autriche, puis, après le trépas de celle-ci en 1696, par sa seconde épouse, Marie-Anne de Neubourg. Sous leur auspice, l’Espagne s’engagea dans la coalition opposée à la France au cours de la guerre de la Ligue d’Augsbourg, choix qui se révéla funeste. Dès 1696, la France occupait la majeure partie de la Catalogne, et la monarchie espagnole avait dû se déclarer en cessation de paiements dès 1692. Si Marie-Anne de Neubourg conserva son ascendant par la propagation de rumeurs fallacieuses annonçant une grossesse, Charles II fut néanmoins contraint de renvoyer sa suite germanique[7].
Certes, les Autrichiens encouraient, pour des motifs multiples, la malveillance de la plupart de la noblesse espagnole. De son côté, Charles 1er, courroucé par leur suffisance, notifia péremptoirement à Harcourt son refus de toute partition de l'empire[8]. Une faction nombreuse des politistes hispaniques privilégiait un prétendant français, les belligérances des cinquante dernières années ayant induite l'idée que la France constituait un allié plus favorable qu'un antagoniste, sa position géographique la rendant plus apte à la défense de l'Espagne que l'Autriche[9].
Après le mort de Joseph-Ferdinand — qui s'avérait le principal conseiller de Louis XVI en matière de diplomatie étrangère —, le marquis de Torcy échafauda illico un préalable de proposition dont les termes amendés reçurent l'approbation de Guillaume II in principio en juin 1699. Toutefois, lorsque le traité proposé fut exposé à l'empereur Léopold Ier, celui-ci réfracta initialement les cessions territoriales requises, ce qui occasionna une temporisation du consentement formel des Pays-Bas. De ce chef, l'acte ne fut officialisé à Londres que le 12 mars 1700, et subséquemment à La Haye le 24 dudit mois.[10]
Dispositions
La modification substantielle introduite par ce second traité résida dans la substitution de Joseph Ferdinand comme héritier présomptif de la couronne espagnole par l'archiduc Charles, puîné de l'empereur Léopold. L'Espagne préserva l'intégrité de ses possessions ultramarines ainsi que des Pays-Bas espagnols. En revanche, la France se vit attribuer les royaumes de Naples et de Sicile, la province de Guipuscoa, et procéda à un troc, acquérant le duché de Milan contre la rétrocession du duché de Lorraine. Par la suite, la France rétrocéda Naples et la Sicile à Victor-Amédée II de Sardaigne, en contrepartie des comtés de Nice et de Savoie. Ces territoires transalpins, appartenant à l'État savoyard, furent définitivement incorporés au domaine national français à l'issue de la seconde guerre d'indépendance italienne en 1859[11].
Bien que Léopold eût acquiescé au principe du démembrement de l’Empire espagnol en contrepartie de l’érection de son fils en souverain, il répugnait à voir attribuer à la France les possessions italiennes de l’Espagne, au premier chef le Milanais, qu’il tenait pour cardinal à la sûreté des confins méridionaux des États autrichiens[12]. Par ailleurs, la Lorraine, État du Saint-Empire occupé par la France dès 1670 et restitué seulement en 1697, était gouvernée par son neveu, le duc héréditaire récemment rétabli sur ses terres. En conséquence, l’application stricte des clauses convenues apparaissait fort compromise, ni Léopold ni Victor-Amédée n’étant disposés à souscrire aux transferts territoriaux exigés, tandis que l’Espagne, quant à elle, en rejetait jusqu’au principe fondamental[13].
Conséquences

À la mi-juin, après avoir pris connaissance des stipulations du traité de Londres, Charles altéra son testament au bénéfice de l’archiduc Charles, réitérant son vœu de maintenir une monarchie indivisible. En septembre, une rechute morbide le frappa ; le 28 du même mois, il se trouva dans l’incapacité de s’alimenter. Son trépas paraissant imminent, le cardinal Portocarrero, le 2 octobre, le convainquit de substituer, dans ses dernières volontés, le nom de Philippe d’Anjou — fils cadet du Grand Dauphin et petit-fils de Louis XIV — à celui de l’archiduc. Il s’éteignit le 1er novembre 1700, soit cinq jours avant son trente-neuvième anniversaire[14].
À la réception, le 9 novembre, de la proposition officielle espagnole destinée à Philippe de France, une alternative s’offrait à Louis XIV : la répudier et s’en tenir à la désignation de l’archiduc Charles de Habsbourg, stipulée par le traité de Londres. Cette posture eût impliqué, en cas de refus persistant de l’empereur Léopold Iᵉʳ de concéder les compensations territoriales exigées, que Louis XIV pût, en théorie, requérir l’assistance de l’Angleterre et des Provinces-Unies pour contraindre à l’exécution du pacte. Toutefois, cette éventualité ne semble guère avoir été sérieusement considérée. Comme le releva le stathouder Guillaume III d’Orange, il eût été insensé de « s’engager dans un conflit armé… pour un traité que je n’ai conclu que dans le dessein d’éviter la guerre »[12]. En conséquence, Philippe fut proclamé roi d’Espagne sous le nom de Philippe V le 16 novembre, conduisant au déclenchement effectif de la guerre de Succession d’Espagne en juillet 1701[15].
Ce traité, loin d'obvier à l'éruption du conflit en 1701, démontra avec éclat l'impuissance désormais patente des monarques à dicter leurs desseins aux États-nations. L'ire du Parlement, lorsqu'il eut finalement connaissance des stipulations dudit traité au mois de mars de l'an 1700, fut véhémente, s'expliquant en partie par la perception que ces clauses étaient préjudiciables aux intérêts mercantiles anglais, mais également par le fait qu'elles avaient été agréées à son insu et sans son placet. Subséquemment, la majorité tory s'efforça de mettre en accusation le John Somers pour la part qu'il avait prise dans les pourparlers ; bien que cette tentative fût déjouée, elle envenima les rapports entre les deux factions et exerça un ascendant profond sur la sphère politique britannique durant les deux décennies ultérieures[16].