Traité de Whitehall
traité entre les britanniques et les colons français des Antilles en 1793
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Le traité de Whitehall (Whitehall Accord) est signé le [1],[2] entre le royaume de Grande-Bretagne et les colons esclavagistes de la Martinique et de la Guadeloupe, et le avec les colons esclavagistes de Saint-Domingue. Cet accord permet aux colons français de conserver la propriété de leurs esclaves et de leurs biens, en contre-partie de la conquête des îles par les Britanniques qui devront chasser les forces révolutionnaires françaises, et permettre ainsi au royaume de Grande-Bretagne de récupérer la lucrative fiscalité sur les plantations françaises de canne à sucre.
Le traité est précédé en juillet et par la fronde contre la Révolution française, des esclavagistes de Saint-Domingue, colonie qui représente alors la moitié de la production mondiale de coton et de café, et un tiers de celle de sucre, puis entre et l'été 1792, par leurs tentatives d'émigrer à titre provisoire dans l'île britannique de la Jamaïque, réticente à les accueillir. En , une série de règlements y est même édictée pour les décourager d'y débarquer.
L'attention des émigrés monarchistes à Saint-Domingue
Lors de la Révolution française, les émigrés monarchistes « ne cessèrent d'accorder une extrême importance » à la célèbre « Isle à sucre »[3], car elle pouvait selon eux « leur être une base de départ politique, et internationale pour une contre-révolution »[3].
La preuve, selon les historiens, de cette attention des émigrés aux événements de Saint-Domingue est fournie, entre autres, par les écrits archivés d'une officier poitevin émigré, Hilaire Urbain de Lafitte du Courteil, futur gouverneur de La Réunion du 1 er au , et qui était en 1792-1793, secrétaire du duc d'Harcourt installé à Londres. Il a décidé d'effectuer des copies manuscrites de plusieurs lettres « intéressant les relations du futur Louis XVIII avec les agents royalistes aux colonies, en Vendée, à Toulon et en Corse »[3]. Parmi ces courriers, ceux du maréchal de Castries échangés en 1793, avec Malouet, « fondé de pouvoir » des colons de Saint-Domingue, ou encore le duc d'Harcourt, représentant du Régent à Londres, le duc d'Havre, représentant du Régent à Madrid,et Cougniac-Myon, agent des Princes aux Iles-du-Vent[3].
Histoire
Suites pour Saint-Domingue
Départ de Port-au-Prince en avril 1793
Les relations avec la Jamaïque se multiplient avant le traité puis dès que la nouvelle de sa signature franchit l'Atlantique, avec celle de la déclaration de guerre qui a commencé quelques jours plus tôt[4]. Le premier groupe de colons, une centaine d’homme de Saint-Domingue, qui s'est réfugié à Kingston en arguant de la déclaration de la guerre du , en faisant étape à Jérémie, dans le sud[4], est celui qui après le a évacué Port-au-Prince, date où les commissaires civils ont réussi à placer la ville sous leur autorité[4], malgré la résistance tentée par le marquis de Borel, ex-député à la première assemblée coloniale et Anne Binsse cadete, son aide de camp[4]. La plupart sont arrivés à Kingston, fin avril[4].
Incendie du Cap en juin 1793
Par la suite, en , les Britanniques interceptent tous les navires qui sortent de Saint-Domingue[4], pour acheminer les passagers de force à Kingston, les plus nombreuses captures ayant lieu au cours de l’été de 1793[4].
Le , la ville du Cap connut un vaste soulèvement des milieux du commerce contre Sonthonax[4], mené par le général Galbaud, nouveau gouverneur, alors que le commissaire de la République l’avait destitué en le consignant sur un des navires[4].
La ville, où des milliers de blancs s'étaient repliés après le soulèvement des esclaves d’[4], fut en grande partie incendiée[4]. Ces réfugiés se sont ensuite empilés sur les navires, qui, sans provisions suffisantes, ont dû partir vers les États-Unis alors que leurs occupants auraient préféré qu'ils mettent le cap vers la Jamaïque[4].
Débarquement britannique de septembre 1793
Fin , sans qu'un coup de fusil n'ait riposté, des militaires venant de Jamaïque débarquent en deux points de Saint-Domingue[4] : le premier est à l’extrémité de la presqu’île du Nord, appelée Môle Saint-Nicolas et qualifiée de « Gibraltar des Antilles », où ils sont accueillis par le colonel français Pierre-François Venault de Charmilly. Le second point de débarquement est à Jérémie, à la pointe de la presqu’île du Sud[4]. Ces troupes sont sous le commandement du colonel Adam Williamson[4], responsable de la garnison de Jamaïque. Les Britanniques bénéficient ainsi deux bases pour une occupation plus étendue que leurs effectifs militaires engagés n'auraient permis de l'envisager[4].
Le "Précis historique des Annales de la Colonie Française de Saint-Domingue depuis 1789 à 1799", écrit vers 1810, donne des renseignements très précis sur les lieux où eurent lieu les premiers débarquements[3].
Ce débarquement du corps expéditionnaire britannique est suivi bientôt par celui des émigrés royalistes français de la Légion Montalembert[3]. Ce n'est que beaucoup plus tard que des détachements émigrés soutenus par la marine britannique, débarquent en Bretagne, à Quiberon[3], pour porter « enfin secours aux insurgés royalistes de l'Ouest qui luttaient seuls depuis deux ans »[3].
Négociateurs pour Saint-Domingue
L'un des négociateurs est Pierre-Victor Malouët, haut fonctionnaire colonial devenu riche planteur à Saint-Domingue après avoir épousé une créole et qui a émigré en 1792 à Londres. Expérimenté, Malouet est intendant à Cayenne en 1776 et avait a relations dans l'entourage du Régent et au gouvernement britannique. Il connaissait personnellement « son » ancien ministre de la Marine, le maréchal de Castries, en faveur de qui il était intervenu[3].
Les deux autres négociateurs pour les colons sont le colonel Pierre-François Venault de Charmilly, planteur du sud de Saint-Domingue et ancien député à l’assemblée coloniale de Saint-Marc[4], et le marquis de Fontenilles, planteur sucrier à Limonade, toujours à Saint-Domingue[4]. Il y a aussi Henry Dundas, ministre du cabinet Pitt, pour le gouvernement britannique[4].
Venault de Charmilly a vendu en 1792 sa sucrerie pour émigrer à Londres[4]. Parallèlement, au cours des mois précédent le traité et après l'intermédiaire principal entre les émigrés-réfugiés français et les autorités de la Jamaïque fut est même Venault de Charmilly[4], fort d'une grande influence auprès du gouverneur de la Jamaïque[4], et qui s’est fait son grand conseiller, en ne cessant de pousser les Britanniques à occuper Saint-Domingue[4].
Signataires
Les accords du sont signés entre la couronne britannique et, pour la Guadeloupe par Ignace-Joseph-Philippe de Perpigna et Louis de Curt, et pour la Martinique par Louis-François Dubuc (grand planteur esclavagiste sucrier élu président de l'assemblée coloniale créée à la Martinique en 1787)[5].
L'accord pour Saint-Domingue (accord Malouet-Dundas[3]), est lui signé le entre Pierre-Victor Malouët, planteur esclavagiste de Saint-Domingue, et Henry Dundas, secrétaire d'État britannique aux colonies[6]. Il fut suivi par la « capitulation de la grande Anse » le , par laquelle les Britanniques s’engagent vis-à-vis des Français à maintenir l’esclavage en échange du contrôle de l'île[3]
Chronologie
- : un navire britannique apporte au Cap-Français la nouvelle de « l’infâme décret » [3] du donnant les mêmes droits que les Blancs aux libres de couleur;
- : on parle à Saint-Domingue d'envoyer « des commissaires pour Londres par la Jamaïque »[7];
- début , une assemblée coloniale au Cap-Français se présente comme légiférant souverainement contre le décret du [4];
- : des esclaves des environs du Cap Français incendient des sucreries et tuent des gérants blancs;
- : un appel au secours à la Jamaïque officiellement lancé;
- 11 : les 4 premières familles du sud de Saint-Domingue arrivent à Kingston;
- dseptembre 1791 : l’assemblée de la Jamaïque vient inspecter le Cap Français [4];
- : l'Assemblée jamaïcaine s'inquiète de l'afflux des réfugiés français de Saint-Domingue en Jamaïque et la plupart repartiront[4] car l’accueil ne fut « pas très chaud de la part des colons anglais »[4];
- : arrivée au Cap français, des commissaires civils de la République, Sonthonax et Polverel ;
- : Jean Jacques Pierre d'Esparbès de Lussan, gouverneur général de Saint-Domingue destitué par les commissaires civils;
- milieu de 1792 : les réfugiés français de Saint-Domingue en Jamaïque deviennent très nombreux [4];
- : proclamation du lieutenant-gouverneur de la Jamaïque interdisant aux étrangers de débarquer sans autorisation spéciale[4],[8];
- : la France déclare la guerre au Royaume de Grande-Bretagne, ainsi qu'aux Provinces-Unies;
- : traité de Whitehall ;
- : échec de la résistance des royalistes à Port-au-Prince;
- fin : une centaine d'opposants royalistes chassés de Port-au-Prince arrivent à Kingston en Jamaïque;
- : lettre à Pierre-Victor Malouet du chevalier de Beaunay, réfugié à Kingston, déclarant l'impatience de « voir les Anglais débarquer à Saint-Domingue »[4] et soulignant que les émigrés français en Jamaïque « recrutent un corps armé pour aider » à ce projet[4];
- : les Britanniques contrôlent les navires qui sortent de Saint-Domingue les passagers sensibles internés à Kingston en Jamaïque;
- : échec de la résistance royaliste au Cap-Français, la ville incendiée, ils doivent fuir aux États-Unis alors qu'ils auraient préféré Kingston en Jamaïque;
- : débarquement britannique à Saint-Domingue et capitulation de la grande Anse par les royalistes insurgés;
- : les propriétaires blancs de la Martinique s'insurgent et entament une contre-révolution royaliste sur l'île;
- : abolition officielle de l'esclavage par la Convention ;
- au : les Britanniques conquièrent la Martinique, ils maintiennent l'ordre et l'esclavage en échange de la très lucrative fiscalité sur le sucre.
- : avec l'appui des planteurs esclavagistes les britanniques prennent brièvement possession de la Guadeloupe républicaine, mais ils sont battus et se rendent le . La plupart des grands propriétaires guadeloupéens prennent l'émigration, les autres sont fusillés ou guillotinés[9],[10];
- : l'Espagne cède à la France la partie orientale de Saint-Domingue, par le traité de Bâle. La colonisation française de l’île de Saint-Domingue entière est officielle;
- : Armistice franco-britannique à Saint-Domingue, négocié par Toussaint Louverture. Les derniers anglais quittent l'île le ;
- : convention commerciale tripartite de 1799 entre les Américains, les Britanniques et Toussaint Louverture;
- : Coup d'État du 18 Brumaire;
- : par le traité de San Ildefonso, l'Espagne cède à la France la Louisiane;
- : traité d'Aranjuez (1801) confirmant le traité de San Ildefonso;
- : l'expédition de Saint-Domingue, envoyée sur l'île, par le Premier Consul Napoléon Bonaparte pour restaurer l'autorité de la métropole, débute;
- : par le traité d'Amiens, la Martinique est restituée à la France;
- : loi autorisant à nouveau l'esclavage là où il était appliqué;
- : arrêté consulaire autorisant à nouveau l'esclavage aussi en Guadeloupe.
- : décès de Leclerc, chef de l'expédition de Saint-Domingue;
- : arrêté consulaire rétablissant l'esclavage en Guyane;
- :arrêté local de Victor Hugues complétant celui du ;
- : Vente de la Louisiane par Napoléon aux États-Unis;
- : défaite finale de l'expédition de Saint-Domingue à la bataille de Vertières; fuite des planteurs blancs.