Transition laminaire-turbulent
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La transition laminaire-turbulent est le mécanisme par lequel un écoulement passe de l'état laminaire à l'état turbulent. Sa description utilise généralement le nombre de Reynolds qui mesure localement le rapport entre les forces d'inertie et les forces liées à la viscosité.
Il s'agit d'un phénomène d'instabilité complexe, dépendant de conditions telles que l'état de surface dans le cas d'une couche limite ou les perturbations sonores appliquées.
Ce phénomène, réversible (on parle dans ce cas de relaminarisation), a été étudié essentiellement dans le contexte des couches limites mais s'applique à tout type d'écoulement.
- Montage expérimental de Reynolds en 1883.
- Observations faites par Reynolds dans ses expériences.
En 1883 Osborne Reynolds réalise ses premières expériences en conduite en verre avec l'eau[1],[2]. De ses expériences il tire un critère de début de transition en mettant en avant un nombre sans dimension qui sera par la suite nommé nombre de Reynolds par Arnold Sommerfeld[3]. Il montre que dans ses expériences ce paramètre peut varier dans une grande plage de valeurs allant de 2000 pour une paroi d'entrée rugueuse, et jusqu'à 40000 en prenant d'extrêmes précautions sur l'injection d'eau[4].
Les bases mathématiques de la théorie de la stabilité d'un écoulement ont été établies par William McFadden Orr[5],[6] et Arnold Sommerfeld[3] en 1907.
La transition sur les aéronefs a été développée par Galen Schubauer dans les années 40[7].
Étapes de la transition en couche limite

Il existe divers chemins conduisant à la turbulence. Ils ont été particulièrement étudiés pour la couche limite[8]. La première étape est bien sûr de connaître la réceptivité de l'écoulement, c'est-à-dire la façon dont une excitation externe va créer une perturbation dans l'écoulement lui-même[9].
Excitation des modes propres
L'excitation des modes propres qui, s'ils sont instables, conduisent à l'amplification d'ondes jusqu'à une phase non linéaire et la création de spots turbulents (chemin A). Cela peut être des ondes de Tollmien-Schlichting dans le cas le plus simple, de tourbillons de Görtler sur une surface concave ou d'instabilités dans la composante transversale d'un écoulement (crossflow)[10]. Dans ce cas une étude de stabilité peut être faite pour chaque mode pris séparément. En écoulement incompressible cela conduit à l'équation de Orr-Sommerfeld.
Croissance transitoire
L'interaction des divers modes propres, mêmes stables, peut conduire à une croissance transitoire des perturbations si la perturbation est d'amplitude suffisante. Ces perturbations seront amorties ou au contraire conduiront (chemin C) à la phase non linéaire, suivant les conditions locales. Ce scénario, issu du calcul, n'a pas été mis en évidence expérimentalement.
Bypass
On peut observer le passage direct à la turbulence à partir de fortes perturbations (chemin D). C'est le cas de la transition induite par les rugosités de paroi ou par une perturbation externe qui entraînent l'apparition de stries longitudinales appelées mode de Klebanoff[11]. Dans ce cas la phase non linéaire de croissance est bypassée. Dans le cas de très fortes perturbations la turbulence apparaît directement (chemin E).
Critères de début de transition
Il n'existe pas de critère universel permettant de prévoir la transition. Chaque situation est un cas d'espèce pour lequel l'expérience permet d'établir une corrélation. Le plus souvent celle-ci utilise un nombre de Reynolds basé sur une longueur caractéristique de la couche limite ou de la rugosité. La dispersion de l'écart observé par rapport à la valeur expérimentale peut tout autant être due au défaut de modélisation qu'à la dispersion naturelle du phénomène, celle-ci pouvant être très importante.
Une seule méthode peut prétendre à une certaine universalité : c'est la méthode eN basée sur un calcul des taux d'amplification d'une instabilité linéaire. Cette méthode est lourde à mettre en œuvre et nécessite en tout état de cause l'usage d'un facteur d'ajustement[12].
Intermittence
La transition se caractérise par l'apparition de spots turbulents qui finissent par recouvrir tout l'espace[13]. Ce phénomène est reproductible par un calcul direct de l'écoulement par simulation des grandes structures de la turbulence[14]. Ceci se caractérise en tout point par une intermittence de toutes les quantités locales, phénomène déjà observé par Reynolds.
Ce phénomène se traite en pratique par diverses corrélations. Son étude physique relève de la dynamique des systèmes non linéaires[15],[16].
