Tringlot
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En France, le mot « tringlot » ou « trainglot » désigne couramment au XIXe siècle et au XXe siècle un soldat du train des équipages, puis de l'arme du train. Il est attesté au XIXe siècle d'abord sous la forme « tringlo », puis « tringlot » ou « trainglot ».
Il s'agit à l'origine d'un terme d'argot militaire, qui devient assez vite populaire et est même utilisé par des auteurs reconnus (Alphonse Daudet, Alphonse Allais, par exemple) ainsi que par la presse. Cette appellation s'appliquait encore dans les années 1990[réf. nécessaire] aux soldats des unités mécanisées de l'arme du train : le « soldat conducteur » (terme officiel) était encore couramment appelé « tringlot ».
De l'argot militaire à la littérature
Tringlo
Le mot « tringlo » est attesté dans un ouvrage d'Antoine Camus, Les Bohêmes du drapeau. Types de l'armée d'Afrique: Zéphirs, Turcos, Spahis, Tringlos..., publié en 1863[1]. Cette dénomination provient du langage argotique de la troupe.
Il s'agit, selon les linguistes, d'un terme d'argot militaire, qui juxtapose sans doute l'idée de « train », terme désignant les régiments spécialisés dans les transports[2], et l'idée de « tringle », mot d'argot militaire désignant le fusil que toute soldat de base devait porter sur lui. Le mot « tringlo » connoterait la gêne occasionnée par ce fusil aux conducteurs d'attelage, en quelque sorte diminués par cette contrainte.
Alphonse Daudet l'utilise au pluriel dans les Lettres de mon moulin, recueil de récits provençaux paru en 1869 (« tringlos »).
Dans Le Cri du peuple de Jean Vautrin (1933-2015), on trouve encore cette orthographe : « les tringlos errent dans la ville et frayent avec la population. »

Trainglot, tringlot
Selon le dictionnaire de l'ATILF, une orthographe « trainglot » est attestée en 1857[3].
Mais ce n'est qu'après 1888[réf. nécessaire] que le suffixe -ot s'impose. C'est sous cette forme, devenue populaire et moins argotique, qu'il est communément employé par la presse française de l'entre-deux-guerres, puis du régime de Vichy, ou par Marcel Aymé dans son recueil Le Passe-muraille, publié en 1943.
Le légendaire tringlot du train des équipages était encore parfois encore nommé « royal tringlot » pour son arrogance hautaine lorsqu'on lui reprochait son arrivée en retard, ou « royal cambouis » lorsqu'il n'ignorait nullement les rudiments de l'art du charron. Il ne fallait pas trop plaisanter car il maniait plus souvent avec dextérité son « pistolet à quatre nœuds », c'est-à-dire son fouet, vers la troupe goguenarde qu'au-dessus des chevaux.[réf. nécessaire]
Correspondances dans d'autres langues d'Europe
Si le tringlot semble spécifique, paradoxalement par son origine argotique, à l'armée française, il se rattache sur la longue durée au Troßsoldate, voire au Troßknecht allemand, et au-delà à la cohorte hétérogène, fournisseuse de services, qui suivait les armées anciennes. La vieille racine troß (tross) correspond au train qui suit l'armée, forme ancienne de l'arme du train française ou de l'unit train ou baggage train britannique, elle a l'avantage sur celle-ci de ne pas provoquer la confusion, si commune aujourd'hui dans les pays francophones ou anglo-saxons, avec le train de chemin de fer[4].

La motorisation radicale de l'arme du train dans les années cinquante fait oublier le commun usage de la traction par attelage au monde d'autrefois. N'importe quel film d'amateur montrant l'avancée de l'armée allemande en France en mai et montre l'importance des défilés d'attelages de chevaux. Elle l'était encore plus dans l'armée française prise dans la tourmente. En concevant l'usage de l'attelage de façon anachronique comme archaïque et désuet, les apprentis historiens des temps de guerre relèguent son rôle nécessaire à des conflits lointains et à des situations exceptionnelles.
L'arme du train n'est pas spectaculaire, ses servants peuvent être des hommes bien peu extraordinaires, mais la maîtrise de la logistique et des transports de troupes et de matériels dans un conflit a priori équilibré amène sans coup férir la victoire, comme le pensait un théoricien de la guerre, le prudent comte von Moltke.