Triptyque des Miracles du Christ

From Wikipedia, the free encyclopedia

Artiste
Date
vers 1491-1495
Triptyque des Miracles du Christ
Artiste
Date
vers 1491-1495
Commanditaire
Type
Technique
huile sur bois
Dimensions (H × L)
122 × 184 cm
Mouvement
No d’inventaire
1247-3Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation

Le Triptyque des Miracles du Christ est un triptyque brabançon de la fin du XVe siècle conservé au Musée national du Victoria à Melbourne. En position ouverte, ses trois panneaux représentent plusieurs miracles de Jésus. L’œuvre, non signée, est attribuée à la collaboration d'au moins trois maîtres anonymes des Pays-Bas bourguignons actifs à Bruxelles à la fin du XVe siècle.

Panneau central

Doté d'un cadre réalisé en 1922 à Londres par Francis Draper d'après un dessin de l'architecte William Henry Romaine-Walker, le triptyque est peint à l'huile sur trois panneaux de bois[4]. Le panneau central mesure 114 centimètres de haut sur 83,5 de large. Les panneaux latéraux mesurent 113 centimètres de haut et 37 de large[5]. Le triptyque ouvert mesure environ 122 centimètres de haut sur 184 de large[4].

Le panneau central représente principalement le miracle christique de la multiplication des pains et des poissons.

Deux autres miracles sont également représentés en arrière-plan. Du côté gauche, on voit, près d'un barque, Jésus bénissant un homme agenouillé devant lui. Il s'agit de l'épisode de l'Évangile selon Matthieu qui précède immédiatement celui du miracle des pains et des poissons : « À cette nouvelle [de la décollation de Jean Baptiste], Jésus partit de là dans une barque, pour se retirer à l'écart dans un lieu désert; et la foule, l'ayant su, sortit des villes et le suivit à pied. Quand il sortit de la barque, il vit une grande foule, et fut ému de compassion pour elle, et il guérit les malades »[6]. Du côté droit, on voit le miracle de la marche sur les eaux[7].

Au sommet du panneau, les nuages s'ouvrent pour laisser apparaître, sur un fond d'or, la figure en buste et radieuse de Dieu. Entouré d'anges en prières et coiffé d'une tiare, Dieu regarde les personnages situés en contrebas et leur adresse un signe de bénédiction de sa main droite tout en tenant un globe crucifère dans sa main gauche[7].

Plusieurs personnages semblent être des portraits. Si la présence d'un portrait d'Isabelle de Portugal (1397-1471) (femme à la « coiffure en papillon » et à la robe bleue assise dans la rangée de droite), relevée par Seymour de Ricci, est généralement admise, les autres propositions d'identification sont moins évidentes. L'homme à la coiffe verte et au vêtement de brocard gris assis juste à droite du centre du panneau a été identifié au duc de Brabant Jean IV. Selon la même hypothèse, fondée sur les dessins des Mémoriaux d'Antoine de Succa et cohérente avec la présence d'autres ducs de Brabant sur le volet de gauche, le voisin de Jean IV pourrait être son successeur Philippe de Saint-Pol[8]. Selon l'historienne de l'art Catheline Périer-D'Ieteren, le personnage au bonnet noir assis au début de la rangée de gauche, vers le coin inférieur gauche du tableau, pourrait être un autoportrait[3]. La femme vêtue de blanc assise à côté de lui est une dérivation assez directe du personnage de Marie Madeleine figurant dans une Lamentation des années 1460 conservée à la Mauritshuis de La Haye et attribuée à l'atelier de Rogier van der Weyden[8].

Gauche : détail de la femme vêtue de blanc et de l'autoportrait supposé du peintre. Droite : détail de la Lamentation de La Haye.

Outre ses nombreux personnages, le panneau comporte également un grand nombre d'animaux, dont une mouche peinte en trompe-l'œil sur la draperie de la femme vêtue de blanc[8].

Panneau de gauche

Les Noces de Cana (détail).

Le panneau de gauche représente la scène des Noces de Cana.

Plusieurs des personnages, habillés selon les modes vestimentaires du XVe siècle, présentent les traits de personnalités de la cour de la maison de Bourgogne[9].

Au premier rang, l'échanson, le maître de cérémonie et le jeune marié, ont été respectivement identifiés au comte de Nassau-Dillenbourg Engelbert II de Nassau (1451-1504), à Adolphe de Clèves-Ravenstein (1425-1492) et au fils de ce dernier, Philippe de Clèves (1459-1528). En suivant cette hypothèse, la jeune mariée assise sous le dais serait Françoise de Luxembourg, mariée à Philippe de Clèves en 1485. La position centrale d'Adolphe de Clèves pourrait le désigner comme le commanditaire de l’œuvre[10]. Son bonnet porte l'initiale de son prénom, tandis que l'ourlet du vêtement du serviteur placé derrière lui contient une inscription (RIVERZTEN-S) qui semble évoquer le nom de sa seigneurie de Ravenstein[11].

Parmi les convives assis autour de la table en L, on peut facilement reconnaître, en bas à droite, le jeune duc de Bourgogne Philippe le Beau (1478-1506), et, cinq places plus loin, son arrière-grand-père Philippe le Bon (1396-1467)[9]. Selon cet ordre généalogique, les deux autres hommes situés entre eux seraient, de bas en haut, Maximilien de Habsbourg (1459-1519) et Charles le Téméraire (1433-1477). A l'exception de Philippe le Beau, encore adolescent et célibataire, chaque personnage est accompagné de son épouse.

Étrangement, aucun de ces personnages n'est représenté avec son insigne de membre de l'Ordre de la Toison d'or. L'examen au rayons-X semble cependant montrer que, dans l'état initial du panneau, la Toison pendait bel et bien à la chaîne du jeune duc[1]. En outre, juste au-dessus de ces personnages, la console droite de l'arche qui encadre la scène représente le miracle de Gédéon[9], qui s'intègre à l'iconographie de l'ordre.

Le personnage au bonnet noir qui se tient debout derrière Philippe le Bon pourrait être un autoportrait.

Panneau de droite

Le panneau de droite représente, au premier plan, la résurrection de Lazare. Le Christ et ses apôtres sont également représentés à l'arrière-plan, où Jésus bénit l'une des sœurs de Lazare, Marthe ou Marie de Béthanie[12].

Triptyque fermé

Triptyque fermé : Repos pendant la fuite en Égypte et saint Pierre.

Le revers du volet gauche représente la Vierge Marie, assise sur un banc herbeux, qui offre une pomme à l'Enfant Jésus assis sur ses genoux. Au second plan, quatre anges aident Joseph à faire ployer un palmier. Ce dernier détail, directement emprunté à une gravure de Martin Schongauer (vers 1470-1475) dont sont également issus le dragonnier et les deux lézards visibles à gauche, ainsi que la présence d'un âne, indiquent qu'il s'agit du repos pendant la fuite en Égypte. Au sommet du panneau, on retrouve Dieu bénissant, coiffé ici d'une couronne impériale, dont émanent trois rayons sur lesquels on voit descendre l'Esprit saint sous la forme d'une colombe[13].

Le revers du volet droit représente saint Pierre, reconnaissable à sa tonsure et aux clés qu'il tient dans sa main droite. Des iris d'Allemagne occupent une place importante du coin inférieur gauche[14].

Historique

L’œuvre est mentionnée pour la première fois en 1866, dans un ouvrage de Gustav Friedrich Waagen[15]. Elle appartenait à cette époque à la collection viennoise de Friedrich Jakob Gsell. Mise en vente en 1872, elle fut acquise par le marchand d'art Charles Sedelmeyer. Au début du siècle suivant, elle appartenait à Lady Leyland, de Londres, qui s'en sépara en 1922. Le triptyque fut alors vendu, par l'intermédiaire de l'architecte William Henry Romaine-Walker, au critique d'art Frank Rinder, qui agissait pour le compte du Musée de Melbourne grâce aux fonds de la fondation Felton[16].

Le vernis qui recouvrait l’œuvre a été remplacé dès 1957[16]. Les cinq peintures ont été nettoyées et restaurées entre 2012 et 2013[4].

Attribution et datation

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI