Trésor de Rougga

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MatériauOr
Trésor de Rougga
Partie du trésor exposé au musée de Mahdia.
Partie du trésor exposé au musée de Mahdia.
Type Monnaies
Matériau Or
Période VIIe siècle
Culture Rome antique
Date de découverte
Lieu de découverte Rougga
Coordonnées 35° 30′ 13″ nord, 11° 04′ 07″ est
Conservation Musée de Mahdia
Géolocalisation sur la carte : Tunisie
(Voir situation sur carte : Tunisie)
localisation
Image illustrative de l’article Trésor de Rougga

Le trésor de Rougga est un trésor datant du VIIe siècle qui a été découvert à Rougga en Tunisie en 1972. Constitué d'un ensemble de pièces d'or romaines, il est conservé au musée de Mahdia.

Ce trésor fouillé méthodiquement et entièrement préservé a été étudié à la fois sur les plans historique, archéologique et numismatique.

Contemporain du « premier raid de l'armée musulmane » de 647, préalable à la conquête musulmane du Maghreb, ce trésor, par les conditions de sa découverte, sa datation et le lien qu'il permet d'établir avec des événements cités dans les sources littéraires, est, selon Hédi Slim, « organiquement lié à l'une des dates charnières de l'histoire de l'Afrique du Nord ».

Le site archéologique de Rougga dit Henchir Inchilla[J 1], situé à treize kilomètres au sud-est d'El Jem, l'antique Thysdrus, est étendu sur plusieurs centaines d'hectares[H 1].

Il est situé entre Thysdrus et Usilla[I 1], sur un « plateau argilo-sableux très dénudé »[D 1].

Histoire et redécouverte

Découverte

Le site a été fouillé en 1970, puis de 1971 à 1974, par une équipe franco-tunisienne[H 1],[I 1].

Les fouilles sont menées par l'Institut national d'archéologie de Tunis et l'Institut d'archéologie méditerranéenne d'Aix-en-Provence[C 1]. Les saisons de fouilles portent sur l'étude du forum[D 2] qui a livré des vestiges d'escargotières de l'Épipaléolithique ainsi que d'une installation néo-punique. Le forum qui mesure, selon les fouilleurs, 85 mètres sur 56 mètres, est muni d'un portique large de plus de 7 mètres[D 1].

Le trésor est découvert le [D 3] dans une cruche en céramique dissimulée contre le mur[D 4], sous une dalle du forum de Rougga[A 1], dans une cache de 20 centimètres de diamètre sur 50 centimètres de profondeur[D 4]. La poterie contenant le trésor intègre par la suite le dépôt archéologique d'El Jem[D 4].

L'importance du trésor est due en particulier à la qualité de la fouille réalisée, et du fait qu'il est complet, « autant [...] par sa valeur propre et par sa portée historique [...] [c'est] incontestablement l'un des plus importants jamais retrouvés en Tunisie » selon l'expression de Slim au début des années 2000[H 2]. Avec cette découverte archéologique, « on est [...] placé en terrain sûr pour en étudier l'apport historique »[H 3].

Histoire

Carte de l'Empire byzantin au milieu du VIIe siècle.
Empire byzantin vers 650.

La ville de Bararus municipium est présente sur la table de Peutinger[D 1]. Des vestiges préhistoriques et néo-puniques des IIe et Ier siècles av. J.-C. y ont été trouvés. Elle est le « centre administratif des bourgades avoisinantes »[I 1] et entourée de « hameaux et exploitations rurales »[D 1]. Un évêque y officie à la fin du Ve siècle[I 1]. Au VIIe siècle, l'exarchat de Carthage est réputé très riche, ce qui a pu aiguiser les appétits des éventuels envahisseurs[B 1],[C 1].

Le premier raid musulman dans la région, qui date de « l'an 27 de l'hégire »[H 3] (année 647 du calendrier grégorien), s'abat sur Sbeïtla, capitale de l'usurpateur, le patrice Grégoire, mais avec des conséquences pour les alentours de Thysdrus[H 1], puisque « ces premiers coups de boutoir [...] ont ouvert la voie au triomphe de l'islam ».

Les témoignages archéologiques sont précieux car l'époque était auparavant surtout connue par des historiens arabes postérieurs aux faits, dont Ibn 'Abd al-Hakam mort en 871, et d'autres encore plus tardifs car datés du XIe au XIVe siècle. Les sources écrites sont accusées d'être soit trop brèves soit emplies d'éléments légendaires[H 4]. Pour Ibn 'Abd al-Hakam, l'essentiel est de narrer la conquête de l'Égypte et des éléments de jurisprudence ; cette « tendance à l'imprécision semble générale »[H 5]. Les récits maghrébins ou andalous ont été perdus[H 6]. Les textes tardifs fournissent beaucoup plus de détails que les textes plus anciens, en particulier les récits d'Ibn al-Athîr qui, même s'il ne cite pas ses sources, « propose la version la plus vraisemblable concernant les événements vécus par la Tunisie au terme de la bataille de Sbeïtla »[H 7].

Vue générale d'un grand édifice en ruine au premier plan mais bien conservé à l'arrière-plan.
Vue générale de l'extérieur de l'amphithéâtre d'El Jem.

Le circuit des envahisseurs est inconnu tout comme le lieu de la bataille ou les « zones touchées par les razzias »[H 3]. Les envahisseurs parviennent à prendre la forteresse d'El Jem. Les Byzantins paient un tribut (2 500 000 dinars selon al-Athîr) pour obtenir le départ des troupes arabes qui en tirent « un butin fabuleux, témoin des immenses richesses accumulées dans la province »[H 7]. L'expédition a duré « près de quinze mois », avec des raids dans la région de Gafsa ou au nord-ouest de Sbeïtla, puis une reprise de l'offensive contre les troupes de Byzance, dont les populations étaient menées par « l'affolement et la panique »[H 7]. L'amphithéâtre d'El Jem a été un lieu de défense, comme en témoignent les aménagements des arcades du rez-de-chaussée « soigneusement bouchées », et sert d'abris aux « débris de l'armée byzantine et [aux] autres fugitifs » devant lequel les envahisseurs font le siège. Les Arabes, qui avaient dû faire face à des problèmes logistiques comme l'alimentation en eau[H 8], ont pu compter sur les citernes de Rougga, situées non loin de là, qui pouvaient contenir 7 600 m3[H 9].

Vue intérieure d'une citerne avec des piliers en maçonnerie et de l'eau dans ses parties basses.
Vue intérieure d'une des deux citernes romaines de Rougga.

De manière générale « [l]es trésors enfouis sont [...] le reflet et l'illustration de secousses engendrées par des événements graves »[H 10]. L'étude numismatique permet de faire avancer la recherche mais, sur une dizaine de découvertes, la seule qui soit complète et dont on connaisse le contexte est le trésor de Rougga[H 11]. Le trésor est enfoui entre 647 et 648[A 1] sur le site de l'ancien forum de la cité de Bararus, l'actuelle Henchir Rougga[H 1].

Ce forum, détruit au Bas-Empire comme de nombreux édifices de la ville[D 1], est recouvert de gravats et un habitat s'y installe à l'époque byzantine[B 1], à cinquante centimètres au-dessus du pavement. Des pièces sont aménagées sur l'emplacement du côté sud du portique[D 5]. Le site de Rougga comportait un fortin byzantin avec les ruines du forum ; le trésor a pu être enfoui lors du raid sur la cité et son propriétaire « a pu être emporté par le tourbillon des événements ». Le raid sur Rougga n'est que l'un de ceux menés dans la région et témoigne de la faiblesse du système de défense des Byzantins et in fine de l'accord au tribut payé[H 9].

Description

Description générale

Présentation d'une céramique avec de nombreuses pièces de monnaie en or étendues.
Présentation du trésor avec la cruche en céramique qui le contenait. À gauche, des solidi globulaires, de petit diamètre.

Le trésor a été retrouvé dans une cruche de terre cuite avec un bouchon de céramique scellé avec du plâtre[B 1]. Il est composé de 268 pièces de monnaie, des solidi[1].

Les pièces ont été frappées à Constantinople (194 exemplaires), Carthage (70 exemplaires) et Alexandrie (deux exemplaires)[E 1] et leur poids est situé entre 4,278 et 4,534 grammes[C 1] (le poids théorique du solidus est de 4,55 grammes[2]). La masse totale du trésor est de 1 185,513 grammes, soit 263 solidi[E 2]. La différence de masse est due au frai  l'usure  ou à des retraits de métal, soit pour frauder, soit pour adapter les pièces aux conditions économiques locales[E 2]. Les monnaies frappées à Carthage sont plus légères et celles de Constantinople de moindre qualité numismatique, en raison de l'usure provoquée par leur circulation[E 3].

Les monnaies de Carthage ont une forme particulière, dite globulaire, plus épaisse et de moindre diamètre que les monnaies de Constantinople, tout en ayant le même titre et le même poids nominal, donc la même valeur[3]. Cette technique locale de fabrication requiert moins de force pour la frappe et dispense de préparation préalable du flan, ce qui a pour conséquence une usure moins rapide des coins monétaires et une productivité accrue de l'atelier carthaginois[4].

Composition du trésor

Les pièces de monnaie se répartissent entre les règnes de Maurice, Phocas, Héraclius et Constant II[A 1] (582-602 et 646-647)[B 1], et deux globules les plus récents datent de la cinquième indiction[C 1] (-[E 4]). Le catalogue[E 5] montre une très grande diversité (y compris à l'intérieur des différents types monétaires) au niveau graphique mais aussi dans les abréviations utilisées qui sont des reflets des rapports politiques et religieux de l'époque.

EmpereurNombre de pièces de monnaie[C 1]
Maurice (582-602)1
Phocas (602-610)83
Héraclius (610-641)120 ou 121[E 6]
Constant II (641-668)64 ou 63[E 6]

L'exemplaire de la pièce de Maurice est d'un type datable de 592 et frappé à Constantinople[E 5]. Ce type monétaire est frappé jusqu'en 602. Toutes les autres monnaies sont thésaurisées après cette date. L'épargne est considérée comme irrégulière même si elle continue à partir de 602[E 6].

Le nombre de pièces de Phocas est en « contradiction flagrante » avec le contexte politique qui précède l'accession au pouvoir d'Héraclius, l'Afrique étant dissidente après la révolte de l'exarque et des frappes importantes ayant lieu à Carthage avec une représentation du prétendant au trône[E 7].

69 monnaies d'Héraclius ont été frappées à Constantinople entre 616 et 625[E 2]. Les premières monnaies du règne portent à l'avers un portrait de l'empereur accompagné du prince héritier Héraclius Constantin[E 8], au revers un ange ou une croix[C 1].

Le nombre de pièces de Constant II est un indicateur de la grande activité de la production monétaire au début de son règne, après dix à quinze années d'émissions limitées à la fin du règne d'Héraclius[F 1]. Les monnaies les plus récentes sont contemporaines « de l'enfouissement du trésor »[E 4].

Les pièces les plus usées sont les plus récentes[E 3]. Plus de 72 % des monnaies ne sont pas d'origine locale, ce qui constitue une différence avec les autres découvertes connues, qui comportent une grande majorité de solidi de Carthage[F 2].

Interprétation

Références

Voir aussi

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