Témoignage (christianisme)
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Le témoignage est une notion centrale du christianisme.
Définitions
Le christianisme distingue trois principes fondamentaux : le témoignage, ou martyre au sens initial (en grec ancien μαρτυριον, marturíon), qui est la proclamation et la diffusion de l'Évangile ; la liturgie (λειτουργία, leitourgía), qui est le service divin, la prière commune, en particulier la célébration de l'Eucharistie ; la diaconie (διακονία, diakonía), qui est la charité envers le prochain.
Le théologien protestant Karl Barth donne au témoignage une place essentielle, au sens où le Christ est l'authentique témoin de la révélation divine, où la vie des chrétiens témoigne du Christ et où l'Église est une communauté de témoins[1]. Les théologiens catholiques Karl Rahner et Herbert Vorgrimler soulignent que le sens premier du mot martyre (témoignage) est devenu dès le IIe siècle synonyme de « mort subie pour la foi chrétienne ou pour la morale chrétienne » parce que le Christ crucifié et ressuscité « est appelé le témoin fidèle (Ap 1:5 ; 3:14) par excellence et que le disciple n'est pas au-dessus de son maître »[2].
Dans son herméneutique du témoignage chrétien, Paul Ricœur considère que celui-ci ajoute une dimension existentielle à la confession de foi et, de par l'identification du témoin à la cause dont il témoigne, constitue un « témoignage absolu de l’absolu »[3].
En termes de communication, la notion de témoignage dans le christianisme « valorise l’expérience et l’affect plus qu’elle ne suppose "d’avoir vu" quelque chose ou quelqu’un [...]. Le témoin est celui qui relaie son expérience et sa foi, et incite à la reproduire, non celui qui fait part du réel [...]. À ce titre, le témoignage devient une institution apologétique »[4].
Fondements scripturaires
Le philosophe Jean-Louis Chrétien, reprenant le relevé d'Hermann Strathmann (en), compte un peu moins de 170 occurrences des mots témoin (μάρτυς, martus), témoigner (μαρτυρέω, marturéô) et témoignage (μαρτυρία, μαρτύριον, marturia, marturion) dans le Nouveau Testament, en laissant de côté les verbes composés et les autres termes qui augmenteraient la liste : « Proportionnellement, et parfois absolument, ces termes sont plus fréquents dans ce dernier que dans la Bible hébraïque »[5]. Le témoignage consiste, à l'exemple des apôtres, à aller porter la « bonne nouvelle », c'est-à-dire l'annonce de la résurrection de Jésus et du salut de l'humanité[6]. Il peut prendre soit la forme de l'évangélisation, soit la forme de récits de conversion[7] où le témoin raconte ce que la foi a changé dans sa vie (Mt 24, 14). Les Actes des Apôtres indiquent par exemple : « Avec beaucoup de force les apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Sauveur Jésus, et une grande grâce était sur eux tous » (Ac 4, 33).
Textes magistériels de l’Église catholique
Le décret sur l'apostolat des laïcs Apostolicam actuositatem (1965) insiste sur l'importance au témoignage : « Le témoignage même de la vie chrétienne et les œuvres accomplies dans un esprit surnaturel sont puissants pour attirer les hommes à la foi et à Dieu »[8].
L'encyclique Veritatis splendor (1993) rappelle que tous les fidèles sont appelés à rendre un témoignage qui peut aller jusqu'au sacrifice de leur propre vie, le martyre au sens dérivé : « Si le martyre représente le sommet du témoignage rendu à la vérité morale, auquel relativement peu de personnes sont appelées, il n'en existe pas moins un témoignage cohérent que tous les chrétiens doivent être prêts à rendre chaque jour, même au prix de souffrances et de durs sacrifices »[9].