Ulpia Severina

From Wikipedia, the free encyclopedia

Précédé parAurélien
NaissanceIIIe siècle
Dacie ?
Ulpia Severina
Augusta, Mater castrorum
Image illustrative de l’article Ulpia Severina
Antoninien de Séverine.
Règne
fin septembre/octobre - novembre/début décembre 275
(~2 mois)
Période Empereurs illyriens
Précédé par Aurélien
Suivi de Marcus Claudius Tacite
Biographie
Naissance IIIe siècle
Dacie ?
Décès Après 275
Époux Aurélien
Descendance Une fille

Ulpia Severina, ou Séverine, est une impératrice romaine de la deuxième moitié du IIIe siècle, épouse de l'empereur Aurélien (270-275). Aucune source écrite antique connue ne la cite. Elle n'apparaît sous le nom d'Ulpia Severina en tant que Augusta et conjointe que sur des inscriptions lapidaires et sur des monnaies à son effigie, seuls témoins authentiques de son existence historique. Son sort et son rôle durant la période d'interrègne entre l'assassinat d'Aurélien et la proclamation de son successeur Tacite ne figurent pas dans la documentation écrite. Certains numismates supposent pour cette période une sorte de régence d'Ulpia Severina.

L'interrègne

L'Empire romain connaît une grave crise au cours du IIIe siècle, marquée notamment par de nombreuses mutineries militaires, proclamant d'éphémères usurpateurs, par des attaques des peuples aux frontières du Rhin et du Danube, et des défaites infligées par l'empire sassanide[1]. Dans le dernier quart de ce siècle, les empereurs illyriens, issus de l'armée du Danube, parviennent à s'imposer et ramènent l'ordre, à l'intérieur de l'empire et sur ses frontières[2]. L'un d'eux, Aurélien, époux d'Ulpia Severina, prend le pouvoir en 270, réunifie l'Empire en 274, et prépare en 275 une campagne contre les Perses. Il est assassiné près de Byzance par son entourage abusé par la machination d'un secrétaire. Contrairement à ses prédécesseurs, Aurélien n'a préparé aucune succession par la nomination d'un héritier au titre de César ou de prince de la jeunesse. Il s'ensuit un fait sans précédent dans l'histoire impériale, une période durant laquelle le pouvoir impérial n'a plus de titulaire, jusqu'à ce qu'un vieux sénateur, Marcus Claudius Tacite, soit proclamé empereur[3].

L'établissement de la chronologie des événements et de la durée effective de cet interrègne constitue un problème pour les historiens modernes. Quelques rares sources antiques latines évoquent cet interrègne, aucune ne fait allusion à une régence quelconque durant cette période. Aurelius Victor la fixe à six mois[4], durée reprise par l'Histoire Auguste, qui indique la proclamation de Tacite par le Sénat le 7 des Kalendes d'octobre (25 septembre)[5]. Enfin, l'Épitomé de Caesaribus déclare sept mois d'interrègne[6].

En 1965, Jean Lafaurie étudie la chronologie impériale entre 249 et 285 en se basant sur la date de proclamation de Tacite, le 25 septembre 275, et en recoupant avec les durées de règne des empereurs précisées au jour près dans le Chronographe de 354. Il conclut par un tableau récapitulatif datant la mort d'Aurélien le 25 mars 275, l'avènement de Tacite le 25 septembre 275, confirmant un interrègne de six mois[7].

Mais la date de proclamation de Tacite au 25 septembre est réfutée par la découverte à Alexandrie de papyrus daté du 19 octobre considérant Aurélien comme encore vivant[8]. En admettant un délai pour que la nouvelle de sa mort parvienne en Égypte, Aurélien est mort fin septembre ou début octobre 275[9]. Tacite a été proclamé fin novembre ou au plus tard début décembre 275, puisqu'il revêt sa première puissance tribunicienne le 10 décembre 275[10]. L'interrègne ne dure donc que deux mois environ, délai qui a pu être nécessaire aux tractations entre l'armée résidant en Thrace, le Sénat de Rome et Tacite demeurant en Campanie[11].

Biographie

Hypothèses sur l'origine d'Ulpia Severina

La date de naissance, son lieu et la parentèle d'Ulpia Severina sont inconnus, faute de mention dans les textes. La peu fiable Histoire Auguste mentionne qu'Aurélien a une fille, sans donner son nom ni celui de sa mère[12]. Zonaras, auteur byzantin du XIIe siècle rapporte sans citer de sources que « certains disent qu'Aurélien prit pour épouse la fille de Zénobie[13] », mariage sur lequel l'Histoire Auguste, pourtant prolixque sur Zénobie, ne dit pas un mot. Le numismate Jean-Pierre Callu estime néanmoins possible cette assertion douteuse[14].

Son nom de famille Ulpia pourrait faire supposer qu'elle est originaire de Dacie, province créée et peuplée par Ulpius Trajan. L'Histoire Auguste mentionne un certain Marcus Ulpius Crinitus[15], portant le même nom, personnage soi-disant prestigieux, protecteur et père adoptif d'Aurélien, inconnu par ailleurs et inventé par l'Histoire Auguste[16].

Épigraphie

Ulpia Severnia est nommée en compagnie d'Aurélien sur un certain nombre d'inscriptions lapidaires, au nombre de 12 recensées à la date de 1963. Les seuls élements historiquement certains sont donc son nom, son titre et sa qualité d'épouse d'Aurélien. La plus ancienne figure sur une borne milliaire d'Afrique proconsulaire (actuelle Tunisie) et lui donne seulement le titre Pia pieuse »)[17]. Elle porte le titre d'Augusta sur les autres inscriptions[18]. Exemple d'inscription :

« Ulpiae Se/verinae / Aug(ustae) / co(n)iugi d(omini) n(ostri) Invicti / Aureliani Aug(usti[19] »

Traduction :

« À Ulpia Severina Augusta, épouse de notre seigneur invaincu Aurélien Auguste »

Une inscription de Pula (cité romaine d'Istrie, actuelle Croatie) mentionne le titre honorifique de mater castrorum mère des camps militaires »)[20].

Une autre inscription à Tarraco (actuelle Tarragone en Espagne) multiplie les titres honorifiques : Domina Sanctissima piissima Maîtresse très sainte et très pieuse ») et mater castrorum et senatus et patria mère des camps, du sénat et de la Patrie »)[21]. Ce dernier titre a été attribué auparavant à d'autres impératrices, Julia Domna, épouse de Septime Sévère (règne 193-211)[22],[23] et Marcia Otacilia Severa, épouse de Philippe l'Arabe (règne 244-249)[24]

Monnayage

Ulpia Severina est aussi connue par les monnaies sur lesquelles elle figure avec son mari ; ces nouvelles monnaies sont issues de la réforme monétaire d'Aurélien du printemps 274, dites aureliani.

À la fin de l'année 274, à l'occasion du triomphe d'Aurélien sur Palmyre et sur l'Empire des Gaules, elle fut élevée au rang d'Augusta, ce qui explique son apparition sur les monnaies[25].

Les émissions figurant Ulpia Severina se répartissent en deux catégories :

  • monnaies avec le couple impérial, Aurelien à l'avers, Severina au revers ; à Rome la production s'étale de l'été 274 à septembre 275[26] ;
  • émissions au nom de Severine seule, d'aureliani dans les ateliers monétaires de Rome, Ticinum (aujourd'hui Pavie en Italie du nord) et Antioche, et de monnaies d'or à Rome Ticinum, Siscia (Sisak en Croatie) et Cyzique (Turquie moderne)[27]. Les émissions à Rome comportent des aureliani et des deniers, des aurei, avec au droit le buste d'Ulpia Severina sur un croissant lunaire et au revers Fides tenant deux enseignes et la légende CONCORDIA MILITUM[28].

Les frappes monétaires au nom de Severina seule persistent après la mort d'Aurélien en septembre-octobre 275. Une seule émission d'aurei est réalisée, qui représente son buste sur un croissant de lune, avec un revers CONCORDIAE MILITUM (« la concorde des soldats »), légende déjà figurée sur les monnaies d'Aurélien. Les numismates comme Jean-Pierre Callu et Sylviane Estiot la qualifient de régente durant cette période précédant la proclamation de Tacite[29],[30]. Jean-Pierre Callu attire l'attention sur le titre PIA FELIX (« pieuse chanceuse »), dans la titulature SEVERINA PF AUG accordée à Ulpia Severina sur des antoniniens de l'atelier d'Antioche. Ce titre est rarement figuré et réservé aux impératrices mères telles que Julia Domna et Salonine. Il en tire l'hypothèse que Severina était enceinte d'Aurelien, mais note que ce titre PF n'est apparu que dans l'atelier d'Antioche[31]. Jean-Pierre Callu rappelle que « le sort ultérieur de Severina nous échappe »[32].

Références

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

Related Articles

Wikiwand AI