Un avion n'est pas rentré
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| Un avion n'est pas rentré | ||||||||
| 13e histoire de la série Les Aventures de Buck Danny | ||||||||
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| Scénario | Jean-Michel Charlier | |||||||
| Dessin | Victor Hubinon | |||||||
| Lieu de l’action | Mer du Japon, Pearl Harbour | |||||||
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| Langue originale | Français | |||||||
| Éditeur | Dupuis | |||||||
| Première publication | no 832 de Spirou (1954) | |||||||
| ISBN | 2-8001-0050-8 | |||||||
| Nombre de pages | 46 | |||||||
| Albums de la série | ||||||||
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Un avion n'est pas rentré est la treizième histoire de la série Les Aventures de Buck Danny de Jean-Michel Charlier et Victor Hubinon. Elle est publiée pour la première fois dans le journal Spirou du no 832 au no 854. Puis est publiée sous forme d'album en 1954.
Buck Danny, Tumbler et Tuckson sont affectés à bord du USS Valley Forge déployé au large de la Corée. Peu de temps après, un avion "inconnu" (Tupolev, selon son indicatif et nord-coréen selon ses communications radio) est surpris survolant l'espace aérien sud-coréen. Un détachement de chasseurs conduit par Buck Danny l'intercepte et tente de le dérouter vers une base américaine ; loin d'obtempérer l'avion intrus ouvre le feu et s'échappe en repassant la frontière.
À la suite de cela, le Valley Forge regagne Pearl Harbor et le récit change totalement d'objet. Les héros y sont alors chargés de former des jeunes pilotes en vue de leur qualification pour l'aviation embarquée. Buck prend particulièrement en charge l'écolage d'un pilote, Fred O'Brien, ayant peur du vol sans visibilité mais qu'il pressent être « un des futurs meilleurs pilotes de l'Air Force ».
Contexte historique
L'histoire commence alors que l'armistice mettant fin à la guerre de Corée vient d'être conclu, c'est-à-dire au cours de l'été 1953.
Personnages
L'histoire se centre principalement sur le colonel Danny, le capitaine Tumbler et le sous-lieutenant Tuckson, lequel sera promu au grade de lieutenant peu après le début de l'aventure. Les trois protagonistes servent à bord du porte-avions USS Valley Forge placé sous le commandement du Contre-amiral Frederick W. McMahon (personnage véridique) et dont c'est la première apparition dans la série. Les autres personnages sont principalement des pilotes subalternes appartenant à la même formation aérienne que le trio (première partie du récit) ou bien des stagiaires destinés à obtenir une qualification d'aviateur embarqué (seconde partie de l'album).
Interviennent en particulier :
- pendant la phase d'interception de "TU-26" :
- deux pilotes descendus par l'intrus : Billie Haven et Doug Bozzi
- un pilote blessé par un tir (canon) de "TU-26" : Ken (son patronyme complet n'est pas cité)
- au cours de la formation dispensée à Hickam Field
- le sergent Fred O'Brien
- le colonel Adams, commandant la base de Hickam Field
- le pilote Tim Kennedy, également sergent, et victime d'une collision en vol (formation serrée et sans visibilité) avec Fred
- un général (non nommé), « commandant la base » (plus vraisemblablement commandant les Far East Air Forces / Seventh Air Force(FEAF))
Les jeunes pilotes portent d'abord sur leur casquette un insigne d'officier, puis la simple hélice ailée (planche B.312).
Avions et navires
Le porte-avions USS Valley Forge sur lequel sont embarqués Buck Danny et ses coéquipiers pendant plusieurs des albums suivant apparaît ici pour la première fois. Le trio arrive à bord du bâtiment aux commandes de Grumman F9F-6 Cougar. Ils troquent cependant leurs montures pour des F9F Panther (plus anciens), avec lesquels ils interceptent un appareil chinois (ou bien nord-coréen) fictif, une sorte de Tupolev. Les Panther servent aussi à la qualification des jeunes pilotes, à la base aérienne (USAF) de Hickam Field située à Oahu.

Buck Danny teste et forme le sergent Fred O'Brien aux commandes d'un biplace T-33 (sans bidons d'aile, donc conforme à la version initiale du T-33, le TF-80C).
Des Republic F-84 Thunderjet sont également montrés, parqués au sol, puis en vol (planches B.314 et B.315).
La formation et l'entraînement des pilotes en stage de qualification, se poursuit sur des Grumman F9F-6 Cougar (planche B.315 et suivantes). Ces appareils sont leurs montures définitives.
- Le supposé Tupolev (appareil fictif hexamoteur) : sa désignation est déduite de son indicatif radio (TU-26) mais l'immatriculation arborée sur la carlingue est : "22". La première apparition de l'appareil (planche B.288, case D1) montre une silhouette proche du bombardier stratégique américain B-36 (un hexamoteur à hélices propulsives et dont la dérive est curviligne) ; l'allure de l'intrus devient ensuite (planche B.289) plus fuselée, avec des hélices tractrices, et une dérive trapézoïdale, rappelant le bombardier soviétique quadrimoteur Tupolev Tu-95 dont les ailes en flèche sont toutefois plus prononcée et les stabilisateurs horizontaux (arrière) situés plus en bas de la dérive (mais qui n'était pas encore en service en 1953).
Outre le porte-avions USS Valley Forge, un autre bâtiment de surface intervient (à la planche B.319) : un destroyer sans nom, mais portant l'immatriculation "18". Cette marque ne correspond pas à celle d'un destroyer existant dans l'US Navy à l'époque du récit ; son allure générale (deux cheminées, un seul canon de chasse, étrave à guibre prononcée) est assez proche de celle des torpilleurs d'escadre français de la Classe Le Hardi, de 1938-1939.
Technique et pratique de pont d'envol
Le retour de Buck Danny dans l'aéronautique navale (dont il était éloigné depuis 1943 — époque historique — ou depuis 1948 — date de parution du récit) montre une certaine méconnaissance des porte-avions modernes, dotés de jets.
Ainsi le lancement du groupe de chasseurs Panther semble-t-il se faire sans l'aide de catapultes, et le décollage se pratiquer comme sur un terrain.
Cette pratique était courante avec les appareils à hélice, mais est devenue rare voire impossible avec l'entrée en service des appareils à réaction. Même si certains des tout premiers avions de cette catégorie, tels le FH-1 Phantom, ont pu y parvenir, sans doute presque à vide et sans munitions.
Anomalies, insolites ou contradictoires
- Planche B.275 :
- le scénariste a bien conscience de l'anomalie d'affecter des pilotes de l'US Air Force sur un porte-avions (première case) ; une question reste sans réponse : « Pourquoi Danny a-t-il attendu l'armistice pour se faire muter dans l'aéronautique navale ? ». En sous-entendu (dans l'esprit de l'amiral) : « Car opérer à partir de bases terrestres serait plus tranquille qu'à partir d'un porte-avions » (en raison de l'inconfort du service à la mer ?)
- Case B2 : vitesse ordonnée par l'officier de quart : « Machines avant toutes !… Montez à trois nœuds » ; la vitesse maximale du bâtiment étant de 33 nœuds, il manque donc le déterminant numéral Trente.
- Case C1 : confusion entre timonier et homme de barre et distorsion de responsabilité : quand l'officier de quart ordonne (via un homme de transmission) : « Faites courir vent debout ! », l'homme de barre est interpelé à distance (à la "timonerie") alors qu'il devrait normalement se tenir à la passerelle — sauf en situation d'avarie ; mais dans ce cas il serait à la passerelle de secours (à l'extrême avant, sur les porte-avions) ou bien au local barre, tout à fait à l'arrière ; L'ordre répercuté est de mettre « la barre sur 180 ! au lieu d'indiquer un angle de barre (« à droite (ou à gauche) tant (de degrés) ! ») ; en réalité, c'est à l'officier de quart (et non à l'homme de transmission) de déterminer le cap à prendre pour faire route face au vent.
- Planche B.279, case D2 (gag des patins à roulettes) : Buck Danny voit le porte-avions plus long qu'il ne l'est réellement : « Le pont mesure plus de 300 mètres de long. » (en réalité, 270 m. — donc confusion probable avec les porte-avions de la classe Midway)
- Planche B.282 : un bac d'huile de vidange (plein) est disposé dans un local de l'îlot, contigu au pont d'envol : le lieu est incongru (loin des locaux de la mécanique — énergie et propulsion — et le contenant (ouvert) ne tient pas compte des mouvements de roulis du porte-avions (risques de débordement, renversement).
- Planche B.285 (case A1) : le local radio est agencé comme à terre, avec une lampe de bureau simplement posée sur la table, sans y être arrimée, alors que le bâtiment essuie une forte tempête.
- Planche B.285 : l'interception des appels radio de l'avion intrus déclenche sa localisation par radiogoniométrie ; très probante sur un émetteur fixe (implanté à terre) ou de faible déplacement (navire) cette pratique est aléatoire et très imprécise sur un avion. Ce dernier est finalement (et plus efficacement) localisé au moyen des radars du bord.
- Planches B.286/287 : pressé par l'urgence, Buck Danny ne s'embarrasse des procédures de l'équipement de vol (décision bien légère et risquée) ; les Panther du détachement "Zebra" décollent du pont sans catapulte, selon un déroulé de base terrestre (« Vous êtes "clear" pour décoller.).
- Planche B.288 : L'officier d'interception du bord signale au groupe "Zebra" qu'il est à moins de 60 nautiques de l'intrus et sur son arrière et estime qu'il le rejoindra « dans deux minutes environ ». Or, gagner ces 60 nautiques en deux minutes nécessiterait un différentiel de vitesse de 1 800 nœuds (à ajouter à la vitesse de 500 nœuds de "TU-26") soit une vitesse absolue de 2 300 nœuds, ce qui est évidement irréaliste (en vol horizontal le Panther ne dépasse pas les 500 nœuds).
- Planche B.298 (case B1) : au bar fumoir des officiers se déroule une partie de billard sur une table : à la mer même un grand bâtiment tel un porte-avions de combat, est soumis à des mouvements (roulis, tangage) rendant ce jeu totalement impraticable.
- Planche B.299 (case B3) : Sonny Tuckson est promu au grade de lieutenant ; on apprend donc, sans que cela fut précisé auparavant, que jusqu'alors il était seulement sous-lieutenant.
- Planche B.303 et suivantes : alors que la finalité de l'entraînement des quinze aviateurs "terriens" était leur transformation en pilotes de l'aéronautique navale embarquée, leur longue instruction (trois ou quatre semaines) est principalement axée sur le pilotage en formation serrée. Il faut attendre les trois ultimes jours du stage pour qu'enfin soit abordée la phase essentielle, celle de l'appontage, et ce par le biais des entraînements à l'appontage simulé sur piste (ASSP).
- Planche B.318 :
- case A1 : sans doute à cause d'une prévision météo défaillante, le groupe "Tango" de Danny (avec O'Brien et Kennedy) se trouve soudain dans pris dans une zone brumeuse et sans visibilité. La base d'Hickam se prétend en QGO et refuse son retour. Or aucun autre aérodrome n'est proposé en dégagement ; le contrôleur aérien imagine-t-il que les avions en difficulté pourront tenir l'air indéfiniment ? En tout cas jusqu'à une hypothétique amélioration météorologique ? Ce devrait pourtant être un cas de force majeure où la réglementation pouvait être judicieusement interprétée et adaptée.
- case B1 : Danny recommande à Tim Kennedy (en détresse technique) de gonfler son gilet de sauvetage et de sauter. Or la Mae-West ne doit être gonflée qu'une fois son porteur dans l'eau ; et "sauter" d'un monoplace à réaction n'est pas la meilleure option, avant d'avoir tenté une éjection ; il n'est pas précisé si Kennedy a sauté, ou bien s'est éjecté.
- cases C2 : il est tout à fait inhabituel que le héros (Danny) généralement prêt à prendre tous les risques pour préserver/sauver des vies ait abandonné son ailier n°2 (Tim), et interdit à son n°3 (Fred) de tout tenter pour repérer le naufragé.
- Planche B.319 (case D2) : la situation dramatique de "Hickam" se répète (appontage impossible, en raison de la visibilité nulle) ; le contrôleur envisage que "Tango 3" (Fred) se rapproche du porte-avions puis s'éjecte à proximité, sans penser que le dispositif de la barrière d'arrêt est précisément conçu pour ces circonstances extrêmes ; son idée est, cette fois, contrecarré avec vigueur par Danny dans le sens de l'acceptation d'un risque, calculé. D'ailleurs la case C2 montre que la barrière a bien été levée.
Historique
La commission française de surveillance de la presse des jeunes ayant fini par décréter qu'évoquer la guerre de Corée dans un hebdomadaire pour la jeunesse n'était pas acceptable, l'histoire initiale est interrompue en cours de route. Le Tupolev mystérieux disparaît et n'est plus évoqué par la suite alors que nos héros quittent le théâtre des opérations coréen pour une mission d'entrainement à Hawaii[1].
Convoqué au ministère de l'information, Charlier invoqua pour sa défense, le fait que le journal pour la jeunesse Vaillant publiait une série d'aventures « fils de Chine » directement inspirée par la Longue Marche de Mao tsé-toung. La réponse du ministère fut qu'en France, on pouvait tolérer d'un journal français ce qu'on ne tolère pas d'un journal étranger en France[2].
Les albums des épisodes consacrés à la guerre de Corée furent interdits en France jusqu'en 1968[2].