Union allemande des comités anticommunistes
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Antikomintern, Antiko
L'Union allemande des comités anticommunistes a regroupé l'ensemble des organisations qui, sous le Troisième Reich, étaient chargées de la propagande anticommuniste pour le compte du ministère du Reich à l'Éducation du peuple et à la Propagande. Ces organisations se sont nourries de l'idéologie nationale-socialiste pour relayer dans tous les médias de l'époque le thème de l'anticommunisme, mais aussi pour légitimer en parallèle les thèses racistes et expansionnistes du régime. Malgré la diversité des structures mises en œuvre, la coordination entre elles a été très forte, car elles dépendaient toutes d'un homme clé : le Dr Eberhard Taubert. Ces différents comités seront désignés globalement par le terme Antikomintern ou son abréviation Antiko. Ce terme désignait tout le champ d'activité d'Eberhard Taubert, lui-même surnommé « Dr. Anti ». Les activités de l'Antikomintern trouveront, après 1945, un prolongement naturel dans les débuts de la guerre froide.
Les organisations qui peuvent être regroupées sous le terme Antikomintern ont été fondées après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler en (Machtergreifung). Néanmoins, l'idée en a germé dès l'automne 1932[1]. Ces structures ont été volontairement érigées en réaction à l'expansion de l'Internationale communiste (Komintern) fondée par Lénine en 1919, dont l'influence via le parti communiste allemand (KPD) s'était fortement développée à Berlin[2].
Lors du congrès du Reich de , soit six mois après sa nomination en tant que ministre de l’Éducation du peuple et de la Propagande, Joseph Goebbels prononce un discours fondateur qu'il place sous le signe de l'antibolchévisme. « L'Allemagne », explique-t-il, accomplit une « mission de portée mondiale » et s'est positionnée « à la pointe de tous les groupes poursuivant le même objectif » de « lutte contre la bolchévisation internationale du monde »[3]. Il s'agit donc, dans l'idéologie nationale-socialiste, d'une lutte d'importance mondiale, dont la responsabilité historique incombe spécifiquement à l'Allemagne du Troisième Reich.

Cette idéologie antibolchévique, établie en réaction au développement de l'influence internationale de Moscou, a été pensée en complément, voire en justification, de l'idéologie anti-juive. Ainsi, le , dans sa proclamation pour l'ouverture du congrès du Reich, Adolf Hitler désigne en ces mots[4] les trois ennemis de l'État allemand, responsables de sa décadence (Verfall):
- le « marxisme juif et la démocratie parlementaire qui lui est associée »,
- les « partis centristes moralement et politiquement pernicieux »,
- « certains éléments d'une bourgeoisie réactionnaire impossible à éduquer ».
Autre exemple d'association du peuple juif au bolchévisme : dans sa brochure « Warum Krieg mit Stalin? » (Pourquoi faire la guerre à Staline?) de 1941, la propagande allemande écrit : « Créée par des Juifs, l'Union Soviétique est aujourd'hui encore dirigée par des Juifs »[5]. « Le processus planifié de pénétration des couches inférieures et médianes de l'administration du parti et de l'état par des éléments juifs, processus qui a pris une ampleur de plus en plus importante au cours de ces dernières années, a conduit à une influence juive de plus en plus large et profonde, ainsi qu'à une consolidation croissante de la position dominante juive, dont l'ancrage est assuré à la tête du Bolchévisme par (Lazare) Kaganovitch, (Lev) Mekhlis et (Lavrenti) Beria »[6].
La lutte contre l'URSS est donc une guerre totale contre l'ennemi « judéo-bolchévique »[7]. L'idéologie et la propagande nazies, en identifiant le judaïsme au communisme et inversement, viennent ainsi servir le projet national-socialiste pour l'Est de l'Europe à deux titres:
- La conquête, au détriment de Moscou, d'un espace vital (Lebensraum)[8] devant assurer aux générations futures des réserves suffisantes de nourriture, tentative d'exorciser les traumatismes de la première guerre mondiale[9].
- L'épuration politique et ethnique de cet espace, dont le caractère génocidaire s'est affirmé progressivement sur le terrain à partir de l'été 1941[10].
C'est la raison pour laquelle les liens entre les organisations de propagande et les agences chargées d'administrer les nouveaux territoires occupés à l'Est (Ukraine, Crimée, Biélorussie, Pays Baltes, Russie) seront très étroits. À ce titre, il est intéressant de noter que dès , soit un mois avant le déclenchement de l'opération Barbarossa, Joseph Goebbels désigne Eberhard Taubert (de), son spécialiste de longue date de la propagande anticommuniste et antisémite, comme agent de liaison auprès d'Alfred Rosenberg[11]. Ce dernier, grand inspirateur de la théorie du « Judéo-Bolchévisme » auprès d'Adolf Hitler dès 1919[12], avait été nommé le à un poste de « chargé de la gestion des questions concernant l'espace est-européen » avant de devenir officiellement, le , Ministre du Reich aux Territoires occupés de l'Est. Alfred Rosenberg sera reconnu au procès de Nuremberg comme l'un des principaux responsables des massacres organisés à l'Est de l'Europe.
Sans qu'il soit question de généraliser, cette idéologie anti-communiste et anti-juive a revêtu, pour certains intellectuels et leaders du parti national-socialiste, une dimension mystique. Comme l'analyse Christian Dube dans son étude du langage religieux dans les discours d'Hitler[13] : « pour les nazis tous les peuples ont été créés par Dieu et ont comme destin de s'affirmer pleinement. Le communisme cherche au contraire à détruire les peuples, et agit par conséquent contre la volonté divine ».
Déjà en 1925, Adolf Hitler écrit[14]: « Si le Juif, avec l'aide de son credo marxiste, devait l'emporter sur les peuples de ce monde, alors sa couronne constituera la couronne mortuaire de l'Humanité, alors cette planète reprendra, aussi vide qu'il y a des millions d'années, sa course à travers l'éther. La nature éternelle venge de manière impitoyable la violation de ses lois. Ainsi je crois aujourd'hui agir dans le sens du Créateur tout puissant: dans la mesure où je combats le Juif, je combats pour l'œuvre du Seigneur ». Ce n'est pas un hasard si cet extrait de Mein Kampft constitue le préambule à l'ensemble de la brochure de propagande Warum Krieg mit Stalin? de 1941.
Il serait certainement erroné d'assimiler cette mystique millénariste à un programme politique préétabli qui aurait été pensé dès 1925. Elle se cristallisera néanmoins dans les cerveaux et dans les cœurs sous la forme d'une utopie: la germanisation des territoires de l'Est de l'Europe, fin ultime de la guerre[15]. Cette germanisation, déjà à l'œuvre en Pologne depuis 1939[16], devait être étendue aux territoires arrachés à l'Union Soviétique à la suite de l'invasion de 1941. La propagande s'inspirera largement de cette utopie pour galvaniser les troupes et aider l'encadrement sur le terrain à donner un sens à des décisions militaires et politiques plus souvent dictées par les circonstances que par une doctrine prédéfinie. Jusqu'à justifier l'injustifiable.
Cette propagande a été le fruit du travail de centaines d'intellectuels recrutés et regroupés au sein de plusieurs organisations.
