Usine de tabac reconstitué de Spay
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L'usine de tabac reconstitué de Spay est un établissement industriel situé à Spay, dans les Pays de la Loire, en France.
Elle fabrique du tabac reconstitué, produit entrant dans la composition des cigarettes, selon un procédé inspiré des techniques de l'industrie papetière. Leader mondial de ce marché, ses clients sont les principaux acteurs de l'industrie du tabac au niveau mondial. Elle est exploitée par l'entreprise française LTR Industries, filiale du groupe Schweitzer-Mauduit International.
Construite en , l'usine connaît un important développement dans la deuxième moitié du XXe siècle, jusqu'à atteindre une production annuelle de 80 000 tonnes et un effectif de 440 salariés dans les années , et compter parmi les principaux établissements industriels de la région. Elle connaît ensuite une phase de déclin dans les années , au cours de laquelle l'activité diminue de moitié. L'entreprise engage alors une stratégie de diversification et d'innovation pour commercialiser d'autres produits.
L'usine est une source de risque industriel et de nuisances pour l'environnement, notamment de pollution de l'eau, et pour cette raison régulièrement surveillée par les autorités françaises.
Création de l'usine
L'usine de tabac reconstitué de Spay trouve son origine dans la mondialisation et la concentration de l'industrie du tabac.
Pendant la première moitié du XXe siècle, la société américaine Schweitzer, fondée en comme importatrice de papier à cigarettes de la France vers les États-Unis, s'est développée en faisant l'acquisition de plusieurs papeteries dans les deux pays. Elle exploite ainsi en France des Papeteries de Malaucène à partir de , et les Papeteries de Mauduit, à Quimperlé, à partir de . L'entreprise familiale est vendue en au groupe papetier américain Kimberly-Clark[1].
Les années voient aussi l'apparition du tabac reconstitué, au carrefour de l'industrie du tabac et de la papeterie. Il s'agit en effet d'utiliser les techniques de fabrication du papier, appliquées à la transformation des résidus de feuilles de tabac en une pâte, qui est étalée en feuille, elle-même séchée et broyée. La matière ainsi produite est réintroduite dans la composition des cigarettes[1]. Le procédé est breveté en par Peter Schweitzer[2].
L'usine de Spay, près du Mans dans les Pays de la Loire en France, est construite en , sous le nom Le Tabac Reconstitué, par le groupe Kimberly-Clark[1]. Spécialisée dans la production de tabac reconstitué en feuille, elle est implantée à proximité de la Sarthe car elle consomme une grande quantité d'eau[3]. Elle comprend initialement une seule ligne de production, équipée d'une machine d'une capacité de production de 10 000 tonnes par an[4].
L'entreprise est un succès, et en , une deuxième machine est installée.
La Société d’exploitation industrielle des tabacs et des allumettes acquiert des parts dans la société[5].
Transfert et croissance à la fin des années 1990
En , le groupe Kimberly-Clark opère une stratégie de recentrage en se séparant de ses activités liées au tabac par une opération de scission. Celles-ci sont en effet considérées comme une menace juridique par une partie des actionnaires, en raison des effets nocifs du tabac pour la santé humaine, d’autant plus que le cœur de compétence du groupe est constitué des produits d'hygiène personnelle. Les activités liées au tabac de Kimberly-Clark, qui représentent 10 usines dans plusieurs pays et 5,5 % du chiffre d’affaires du groupe, sont scindées dans une société anonyme de droit américain nommée Schweitzer-Mauduit International (SWM), dont les actions sont initialement distribuées aux actionnaires de Kimberly-Clark. L'usine de tabac reconstitué de Spay fait partie des établissements ainsi séparés[6],[7].
L'année est particulièrement profitable pour LTR Industries, devenue filiale de SWM. Elle réalise un chiffre d'affaires de près de 500 millions de francs, contre 389 millions de francs en , et emploie 332 salariés en effectif mensuel moyen, contre 290 salariés l'année précédente. Premier fabricant mondial de tabac reconstitué, elle enregistre un taux de rentabilité exceptionnel de 42,57 %. Son produit est commercialisé aux grandes entreprises du tabac, principalement en Europe de l'Ouest[8].
Au niveau de la maison mère, le groupe Schweitzer-Mauduit International mène une stratégie de développement ambitieuse de à , puis connaît des difficultés financières entre et [1]. Celles-ci sont cependant étrangères à l'usine de tabac reconstitué de Spay, dont le produit connaît un succès croissant. LTR Industries atteint ainsi en un chiffre d'affaires de 84,1 millions d'euros, supérieur de 8,9 % à celui de l'année précédente, et dégage une marge nette de 18,5 %. Elle compte 390 salariés[9].
Extension au début des années 2000
Le groupe Schweitzer-Mauduit International renoue avec la croissance à partir de , ce qui lui permet d'investir de nouveau dans sa filiale française de tabac reconstitué.
En , LTR Industries met aux normes la station d'épuration de l'usine de Spay, pour un montant de 5,3 M€[10].
Surtout, l'extension de l'usine est engagée la même année afin d'installer une troisième ligne de production, les deux lignes existantes étant exploitées à leur pleine capacité. La nouvelle installation a une capacité de production de 33 000 tonnes par an, portant la capacité totale de l'usine à 85 000 tonnes par an. L'extension représente 25 000 mètres carrés supplémentaires, dont une moitié sont occupés par la nouvelle machine, l'autre moitié par les quais et halles de stockage. La surface bâtie atteint ainsi 55 000 mètres carrés, et la surface imperméabilisée passe de 8,7 à 14,5 hectares. L'investissement représente 57,8 millions d'euros soit 59,2 millions de dollars[9],[11],[12].
L'augmentation de l'activité conduit à une augmentation de ses conséquences dommageables sur l'environnement et en particulier sur l'eau de la Sarthe qui approvisionne le site. L'usine de tabac reconstitué prélevait auparavant 300 mètres cubes d'eau par heure ; ce chiffre double après son extension en . Environ 95 % de l'eau prélevée est restituée dans le milieu après traitement par la station d'épuration de l'usine[13].
Les rejets de polluants sont également en hausse, faisant de l'usine l'une des principales sources de pollution de l'eau en région Pays de la Loire. En , des dysfonctionnements de la station d’épuration conduisent à la pollution de la Sarthe par des substances chimiques. La société LTR Industries est condamnée à 20 000 euros d'amende, dont 5 000 euros avec sursis, et à verser 9 000 euros de dommages-intérêts à deux associations de protection de l'environnement en [14].
Phase d'expansion de la fin des années 2000
Fin , la Société d'exploitation industrielle des tabacs et des allumettes (Seita), vend sa participation de 28 % au capital de LTR Industries à Schweitzer-Mauduit International pour un montant de 35 millions d'euros. Cette dernière, qui détenait déjà 72 % des actions, devient ainsi propriétaire de la totalité de l'entreprise à compter du [15].
L'usine de Spay connaît une forte croissance de son activité en et . Elle détient 60 % des parts de marché du tabac reconstitué, pour un chiffre d'affaires de 128 millions d'euros. 56 % de la production a pour destination l'Europe de l'Ouest. Elle embauche cinquante personnes supplémentaires, portant son effectif à 440 salariés[3].
L'usine de Spay est temporairement en perte de vitesse en , ce que ses dirigeants attribuent à la concurrence mondiale. Une restructuration de l'usine est mise en œuvre, de traduisant par la suppression de neuf postes. La même année, le groupe Schweitzer-Mauduit International ferme les Papeteries de Malaucène, qui fabriquaient du papier à cigarettes[3].
En , le chiffre d'affaires de l'usine atteint 141 millions d'euros ; elle emploie 400 salariés et produit près de 80 000 tonnes de tabac reconstitué. La consommation de tabac est en baisse aux États-Unis et en Europe en raison de sa nocivité, mais la baisse des ventes est compensée par l'augmentation du tabagisme en Asie, notamment en Russie et en Chine[2]. L'entreprise compte parmi ses clients Philip Morris International et la China National Tobacco Corporation[16].
En , l'usine est dotée d'une chaudière biomasse, pour un coût de 6 millions d'euros dont 25 % de subventions publiques de l'Ademe. L'équipement, alimenté en bois, doit fournir 40 % des besoins en énergie du site, par substitution au gaz naturel[2].
L'activité de tabac reconstitué atteint son apogée en , avec 80 000 tonnes commercialisées[17].
Déclin du tabac reconstitué dans les années 2010
À partir de , l'usine de tabac reconstitué de Spay entre dans une situation économique défavorable. Les ventes sont en baisse, ce que ses dirigeants attribuent à la diminution du tabagisme, en raison de ses effets néfastes pour la santé humaine, et à la concurrence de la cigarette électronique[18].
En , un plan de départs volontaires est adopté afin de supprimer 77 emplois, mais cet objectif n'est pas atteint[19].
La situation s'aggrave en , avec une baisse des ventes de 40 % en trois ans. La production n'est plus que de 50 000 tonnes annuelles ; l'une des trois machines de l'usine est mise à l'arrêt faute de débouchés, une autre fonctionne à la moitié de sa capacité. En , l'entreprise met en œuvre un plan social pour réduire les effectifs de 68 postes sur 380, dont 22 par cessation anticipée d'activité. Les salariés de l'usine se mettent en grève pendant quatre semaines pour contester le nombre de licenciements et le montant des primes de départ : 80 % du personnel y participe, à l'appel des syndicats CGT et Sud[20],[21].
L'année suivante, en , l'entreprise enregistre une légère hausse de ses ventes, avec 53 500 tonnes de tabac reconstitué écoulées, mais elle estime qu'il s'agit d'une reprise temporaire et que la demande va continuer à diminuer[22].
Stratégie de diversification à la fin des années 2010
Pour faire face au déclin de son activité, les dirigeants de LTR Industries engagent à partir de une stratégie de diversification de l'usine de Spay, visant à compenser la baisse des ventes de tabac reconstitué par la fabrication d'autres produits. Elle est associée à une stratégie d'innovation, consistant à développer de nouveaux produits. L’usine accueille un laboratoire de recherche-développement, qui travaille dans deux directions : d’une part la fabrication de tabac chauffé, d’autre part l’utilisation d’autres matières premières végétales telles que le thé ou le cacao. Des investissements sont réalisés à cet effet : en , l’usine est dotée d’une enrouleuse d’essai pour 400 000 euros ; l’année suivante, elle dépense 700 000 euros en amélioration des procédés de séchage en continu[22].
En , l’entreprise commercialise ainsi un papier d’emballage alimentaire fabriqué à partir de cosses de cacao[23],[24].
Dans le même temps, des essais de fabrication de tabac chauffé sont réalisés, mais sans parvenir à un résultat satisfaisant. L'usine réalise un chiffre d'affaires de 88 millions d'euros en et ne compte plus que 276 salariés, soit une réduction d'une centaine de postes en cinq ans. Elle reste dans une mauvaise situation économique, avec seulement 38 472 tonnes de tabac reconstitué vendues en [25],[26].
LTR Industries obtient des subventions de l'État français, à hauteur de 1,5 million d'euros au titre du programme des investissements d'avenir (PIA), et de la région Pays de la Loire à hauteur de 200 000 euros, en , pour la poursuite de son plan de recherche-développement dans l'usine de Spay, dont le coût total est de 19,6 millions d'euros. La décision est critiquée par les élus d'opposition au conseil régional des Pays de la Loire, au motif qu'il serait contraire à l'intérêt général de subventionner une industrie nuisible à la santé humaine[27],[28].
Rebond de l'activité au début des années 2020
La stratégie de diversification de l'usine de Spay porte ses fruits à partir de . La production de tabac reconstitué a chuté à 42 000 tonnes par an, mais les investissements réalisés permettent de relancer l'usine sur le marché du tabac chauffé, qui est en forte croissance. Grâce à l'adaptation des lignes de production, ce produit représente 30 % du chiffre d'affaires [29].
L'entreprise poursuit ses investissements, qui s'élèvent à environ 7 millions d'euros entre et [29].
En , le chiffre d'affaires de l'usine atteint 80 millions d'euros. La troisième ligne de production, qui n'était plus utilisée depuis , est remise en service. Les effectifs de l'usine progressent également de nouveau : 45 personnes sont recrutées, ce qui porte le nombre de salariés à 310[29].
L'année suivante, un espace de travail collaboratif de 377 mètres carrés est aménagé au sein de l'usine pour améliorer les conditions de travail et moderniser l'image de l'entreprise, afin d'attirer et fidéliser le personnel. Conçu par le prestataire spécialisé La Colloc, il se compose d'espaces de travail en commun (salles de réunion et de créativité) et d'espaces de pause (cuisine, espaces de détente)[30],[31].

