Valentine Adeline

collectionneuse française From Wikipedia, the free encyclopedia

Valentine Adeline, née Valentine Houssaye le à Rouen et morte le dans la même ville, est une collectionneuse française active dans la seconde moitié du XIXe siècle. Elle forme, avec son époux, Jules Adeline, un couple de collectionneurs d’arts asiatiques. Une collection aujourd’hui conservée au Muséum de Rouen.

Naissance
Décès
(à 52 ans)
RouenVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Valentine HoussayeVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Faits en bref Naissance, Décès ...
Valentine Adeline
Biographie
Naissance
Décès
(à 52 ans)
RouenVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Valentine HoussayeVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Domicile
Activité
Conjoint
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Biographie

Origines et milieu familial

Valentine Houssaye naît le 26 juillet 1855 à Rouen, au domicile familial situé 29 rue Eau-de-Robec. Elle est la fille de Nicolas Sylvain Houssaye (né en 1821), chef de comptabilité à la Banque de France, et de Rose Brard (née en 1829), rentière. Sa mère réside au 25 rue Eau-de-Robec, dans la même rue que celle où s’installera plus tard le couple Adeline.

Valentine et Jules Adeline, 1907 (coll. Stéphane Rioland).

Elle appartient à un milieu aisé : sa mère est la fille d’un banquier de la Banque de Rouen, et l’un de ses oncles, Alfred Victor Houssaye, est fabricant de gélatine[1].

Mariage avec Jules Adeline

Valentine Houssaye épouse Jules Adeline le à Rouen[1]. Le contrat de mariage établit une société d’acquêts[2], selon laquelle chaque époux conserve la propriété de ses biens personnels acquis avant le mariage, tandis que certains biens acquis pendant l’union sont mis en commun.

À compter de leur mariage, le couple s’installe au 36 rue Eau-de-Robec à Rouen[2]. Ce lieu devient progressivement le cadre principal de leur activité de collectionneurs[3].

Activité de collectionneuse

Constitution de la collection

Si Jules Adeline manifeste un goût pour le collectionnisme avant son mariage, son union avec Valentine Adeline marque une phase décisive dans l’orientation de la collection, qui s’affirme en direction des chinoiseries puis du japonisme, tout deux en vogue à l'époque. À partir de 1874, la collection entamée par Jules Adeline traduit les « passions partagées avec Valentine »[4]: « photographie, archéologie, histoire de l'architecture, costumes, japonisme, théâtre, muséologie »[3] mais aussi « arts techniques et graphiques »[4].

Jules Adeline, Double carte de visite - Madame et Monsieur Jules Adeline, 1893, eau forte (coll. particulière).

Au fil de leurs voyages en Europe et des visites des galeries et Salons parisiens où ils rencontrent leurs pairs, le couple acquiert un ensemble d’objets appartenant à des domaines artistiques éclectiques : estampes, céramiques, statues, pagodes, masques, poupées, sabres, ainsi que des bibelots, kakémonos, affiches, éventails, jouets, petits théâtres de papier et du mobilier destiné à la présentation des œuvres[4].

La collection du couple Adeline se caractérise davantage par son ampleur quantitative que par la recherche systématique de pièces d’exception[2]. Selon le catalogue qui en est dressé par Jules Adeline, très tôt atteint de « cataloguisme aigü »[2], elle est composée de plus de 1600 objets[5]. Ainsi, lors de son versement au Muséum de Rouen, en 1910, elle ne se distingue ni par sa préciosité, ni par son importance historique ou artistique[5].

Jules et Valentine Adeline ne voyagent jamais jusqu'en Extrême-Orient. En cela, leur collection est caractéristique de l' « orientalisme sédentaire » qui touche les classes bourgeoises supérieures européennes à l'orée du XXe siècle[5].

Thématiques et goûts

Certaines thématiques occupent une place particulièrement visible dans la collection du couple. Les poupées japonaises (ningyō, 人形) y tiennent un rôle central[2]. Le mari de Valentine Adeline, Jules, est considéré comme l’un des premiers japonisants français à s’y intéresser de manière spécialisée[3]. Guerriers, acteurs de théâtre nō, danseurs et divinités, la « pièce maîtresse du musée adelien » demeure la poupée-samouraï Mi-ki-ka[5], acquis avant 1883 et directement associé au couple au travers de sa représentation gravée sur leur carte de visite. Dix ans plus tard, en 1893, l'homme de lettres Eugène Brieux rend hommage à cette figure emblématique de la collection dans un poème qu'il dédie à Valentine Adeline.

La figure du chat, fréquemment associée à l’intérieur domestique et aux objets collectionnés, constitue un autre motif récurrent[2]. Sur l'une des rares photographies conservées d'elle, réalisée vers 1880 par Émile Tourtin, Valentine Adeline pose en compagnie de ses deux chats, Ki-ki et Ki-ka. Quant à son mari, il publie en 1893 à Rouen un ouvrage intitulé Le chat d'après les Japonais.

Mise en scène de la collection

Le logis comme espace muséal

Jules Adeline, Le salon du 36 rue Eau-de-Robec à Rouen, héliogravure d'après un lavis, 1898 (coll. Stéphane Rioland).

L’un des traits distinctifs de l’activité de Valentine et Jules Adeline réside dans leur volonté affirmée de mise en scène de la collection[4]. À partir de 1882, leur demeure du 36 rue Eau-de-Robec est conçu comme un « petit musée de province »[2], où chaque objet doit trouver sa place. La collection doit « faire vivre » les lieux[3].

Selon Stéphane Rioland, Valentine Adeline joue un rôle important dans le choix de ces aménagements pour lesquels le couple s'inspire des maisons hollandaises encombrées qu'ils visitent lors de séjours dans le Nord de l'Europe[5]. En effet, « sa passion pour la Hollande, son goût pour l’art et la musique, ainsi que sa participation active à l’organisation des collections et de l’œuvre complet de son époux, laissent à penser que le logis lui doit énormément[5]. »

Dans Logis et l’Œuvre[2] (1910), Jules Adeline décrit cette volonté commune du couple de penser l’agencement intérieur comme un tout cohérent, intégrant les œuvres au quotidien et à l’espace de vie[2]. Plus encore, il insiste sur l'attention portée par son épouse aux nouvelles acquisitions qu'il fait sans elle: « Au retour des visites aux éditeurs parisiens, (…) [elle] s’informait des curiosités trouvées. Quant à celles - à l’époque des Salons ou des rentrées de vacances - découvertes ensemble, celles-là avaient leurs places bien déterminées - avant même d’être déballées[3]. »

Les objets sont disposés de manière à produire un effet visuel lors des déplacements du visiteur dans les pièces[5]. Certaines œuvres de grande taille, telles que les pagodes, servent à structurer un espace de vie scénographié[3]. L'intérieur du couple présente l’aspect d’un cabinet de curiosités typique du XIXe siècle.

Réception et visites

Le logis des Adeline attire l’attention de visiteurs extérieurs, et notamment de leurs relations parisiennes. Des personnalités telles qu'Émile Gallé se rendent à Rouen pour découvrir cet intérieur singulier. D'autres écrivent sur le sujet. En 1893, le journaliste Maurice Guillemot, directeur de la Revue monégasque, consacre un article à sa visite chez les Adeline, décrivant avec enthousiasme ce lieu où les arts asiatiques sont omniprésents et théâtralisés[2].

Fin de vie et postérité

Valentine Adeline meurt en 1907[2]. Après son décès, Jules Adeline poursuit seul l’enrichissement et la conservation de la collection[6].

Lorsque lui-même décède, en 1909, l'intégralité de la collection du couple est légué à la ville de Rouen. L’inventaire du legs recense 106 pièces, aujourd’hui conservées au Muséum de Rouen[2].

Si la qualité artistique de certaines œuvres est jugée inégale[6], les sources soulignent leur valeur affective et mémorielle pour le couple, ces objets constituant des souvenirs de leur vie commune: entre voyages, rencontres et dons d'amis tels que le marchand d'art parisien Siegfried Bing[7].

Notes et références

Annexes

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