Vallée de Munster
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| Vallée de Munster | |
Vue de Metzeral, au fond de la vallée de Munster. | |
| Massif | Massif des Vosges |
|---|---|
| Pays | |
| Région | Grand Est |
| Collectivité territoriale | Collectivité européenne d'Alsace |
| Coordonnées géographiques | 48° 02′ nord, 7° 08′ est |
| Orientation aval | nord-est |
| Longueur | 23 km |
| Type | Vallée glaciaire |
| Écoulement | Fecht |
| Voie d'accès principale | D 10, D 417, D 27 |
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La vallée de Munster est située dans le département du Haut-Rhin et compte environ 17 600 habitants. La ville principale de la vallée est Munster.
Le site est illustré sur un timbre-poste[1] de couleur mauve émis le ; dessiné par Eugène Lacaque, sa valeur faciale est de quatre francs.
Topographie
La vallée de Munster se trouve dans la partie méridionale du massif des Vosges, aussi appelée Hautes Vosges ou Vosges cristallines. Elle ouvre à l’est sur la plaine d’Alsace et est fermée à l’ouest par la crête du massif, dominée ici par le Hohneck, culminant à 1 363 m. Entre les deux, la vallée est encadrée par deux crêtes parallèles la séparant au nord du val d’Orbey et au sud de la vallée de Guebwiller[2].
La basse vallée s’étend de Turckheim à Munster. Elle se divise à cet endroit en deux hautes vallées : la Grande Vallée formée par la Grande Fecht vers l’ouest et la Petite Vallée, de dimensions plus réduites, formée par la Petite Fecht s’étendant vers le nord-ouest.
Géologie
Faisant partie des Vosges cristallines, la vallée comprend pour l’essentiel différents types de granites. Quelques autres roches s’y rencontrent néanmoins, notamment le schiste le long de la crête méridionale et le grès des Vosges autour du massif du Hohnack. Le calcaire y est en revanche absent, n’apparaissant qu’à la sortie de la vallée à hauteur de Turckheim[2].
Hydrographie
Le principal cours d’eau de la vallée est la rivière Fecht[2].
Urbanisme
Caractéristiques urbanistiques et paysagères
Des différences d’origine historique apparaissent dans l’organisation du territoire entre la basse et la haute vallée. Dans la basse vallée, les villages présentent un bâti dense, parfois circonscrit dans une enceinte comme à Wihr-au-Val ou Soultzbach, et qui s’est généralement développé autour d’un bâtiment ou d’un groupe de bâtiments seigneuriaux ou religieux : églises, résidences seigneuriales ou granges dîmières. Dans la haute vallée, l’habitat est plus épars : Munster ayant centralisé la plupart des bâtiments d’importance jusqu’au XIXe siècle, les villages se développent sous forme de hameaux autour des fermes censitaires de l’abbaye et entretiennent une relation de dépendance avec la ville centre[3].
Une autre coupure est liée aux conflits du XXe siècle. La haute vallée ayant été ravagée pendant la Première Guerre mondiale, elle présente ainsi un bâti assez récent, avec seulement quelques dizaines de bâtiments antérieurs à 1920 et presque aucun antérieur au XVIIIe siècle. À l’inverse, en dehors de Wihr-au-Val, qui a été détruite pendant la Seconde Guerre mondiale, la basse vallée présente un bâti beaucoup plus ancien remontant jusqu’au XVIe siècle[3].
Enfin, la distinction entre basse et haute vallée est également paysagère du fait de profondes différences dans les activités industrielles et agricoles. Dans la basse vallée, la vigne est la culture dominante entre Turckheim et Wihr-au-Val, résultant en un paysage viticole similaire à celui des collines sous-vosgiennes longeant la plaine d’Alsace. En revanche, dans la haute vallée c’est l’agropastoralisme qui domine, avec un paysage caractéristique d’herbages ouverts sur les sommets[4].
Voies de communication et transports
Liaisons routières
La disposition de la vallée favorise davantage la circulation vers la plaine d’Alsace. La route de Colmar à Munster existe ainsi depuis au moins le Moyen Âge. Au XXe siècle, cette route fait partie de la route nationale 417 et est désormais la départementale 417[2].
Les communications vers la Lorraine à l’est sont rendus difficiles par la hauteur de la crête. Il n’existe ainsi jusqu’au XIXe siècle que trois chemins muletiers permettant de franchir la montagne : le sentier du Rothenbachkopf vers La Bresse, celui Hohneck vers Gérardmer et celui du Tanet vers Le Valtin. Ces sentiers sont attestés depuis au moins le Moyen Âge et sont utilisés pour commercer. Ce n’est qu’avec la construction de la route de la Schlucht entre 1840 et 1860 qu’il devient possible de passer à l’ouest en véhicule[5].
Liaisons ferroviaires
La première ligne de chemin de fer reliant Colmar à Munster est inaugurée en 1868, puis prolongée jusqu’à Metzeral en 1893[5].
Liaisons fluviales
La Fecht est également utilisée comme voie de communication du Moyen Âge au XIXe siècle, essentiellement pour le flottage du bois[2].
Histoire
Moyen Âge
Au Moyen Âge, un établissement monastique, l’abbaye Saint-Grégoire, s’installe vers 660 à la confluence des deux Fecht. Favorisé par les rois des Francs, le monastère possède à la fin du IXe siècle la majeure partie de la vallée. Les principaux autres propriétaires fonciers sont les abbayes de Constance et de Payerne, ainsi que l’évêché de Strasbourg, qui se partagent le flanc méridional de la basse vallée entre le vallon du Krebsbach et la plaine[6].
La ville de Munster, qui a progressivement grandi autour de l’abbaye, devient peu à peu une rivale de cette dernière. D’abord inféodés à l’abbaye, les bourgeois obtiennent leur émancipation lorsque l’empereur Frédéric II fait de Munster une ville impériale. Celle-ci ne comprend pas seulement la ville elle-même, mais tous les habitants de la haute vallée au sein de la Communauté du val Saint-Grégoire[7]. Une séparation nette s’établit alors entre la haute vallée, divisée entre l’abbaye et la Communauté, et la basse vallée, dans laquelle plusieurs seigneurs se taillent des fiefs à partir du XIIIe siècle et assurent leur contrôle sur le territoire par la construction de nombreux châteaux[8].
Les Girsberg, s’appuyant sur leur château du Gigersbourg et profitant de l’appui des Hohenstaufen, acquièrent ainsi la partie de la vallée entre Munster et Walbach. Ils tentent ensuite de s’étendre vers le sud dans le premier quart du XIIIe siècle en passant par le vallon du Krebsbach. Ils se heurtent néanmoins rapidement aux Hattstatt, soutenus par les Habsbourg, qui s’étendent alors vers le nord. À la fin du XIIIe siècle, les Girsberg ont largement été éliminés après avoir été pris en tenailles entre les Hattstatt au sud et les Ribeaupierre venus du nord. Ces deux familles se font plusieurs fois la guerre aux XIVe et XVe siècles pour la domination de la basse vallée[8].
Dans l’intervalle dans la haute vallée, la Communauté du Val et de la Ville de Munster rejoint la Décapole et 1354 et devient progressivement une puissance locale. Le déclin parallèle de l’abbaye incite les habitants à rogner sur ses droits, ce qui occasionne des conflits de plus en plus fréquents et virulents[8].
Temps modernes
Les conflits entre l’abbaye et la ville de Munster se poursuivent au XVIe siècle. La Communauté passe à la Réforme en 1555 et le traité de Kientzheim du lui permet de mettre la main sur la plupart des lieux de culte jusque-là rattachés à l’abbaye, mais si la Communauté échoue à séculariser celle-ci. Cette situation créé néanmoins un schisme religieux dans la vallée, la haute vallée devenant majoritairement protestante, tandis que la basse vallée reste catholique ; situées à la limite entre les deux, les villages de Wihr-au-Val, Soultzbach et Wasserbourg deviennent même des bastions du catholicisme à l’instigation de l’évêque de Bâle[8].
La conquête de l’Alsace par le royaume de France bouleverse cette situation : Louis XIV apporte un fort soutien à l’abbaye, qui renaît au sein de la Congrégation de Saint-Vanne et Saint-Hydulphe, et impose le simultaneum dans les églises des paroisses à majorité protestante. En parallèle le pouvoir politique de la Communauté est neutralisé par la mise à sa tête d’un préteur royal qui a tout pouvoir et n’en répond qu’à l’Intendant d’Alsace[9].
Époque contemporaine
L’abbaye est supprimée à la Révolution et ses biens vendus. Bien que les villages deviennent des communes, celles-ci n’ont pas de territoire propre, la Communauté continuant d’exister, avec une gestion collective des biens. Cette situation persiste jusqu’à la dissolution de la Communauté en 1847[10].
Après la guerre de 1870 et la conquête de l’Alsace par l’Empire allemand, la vallée est transformée par l’établissement de la frontière à son extrémité occidentale. Le dernier quart du XIXe siècle voit le développement du tourisme[10].
Culture et patrimoine
Patrimoine religieux et funéraire
L’adoption au XVIe siècle de la Réforme, iconoclaste et peu productrice d’art sacré, la destruction presque complète de l’abbaye à la suite de la Révolution et les ravages de la Première Guerre mondiale font que la haute vallée est assez pauvre en patrimoine religieux ancien[11]. Les XIXe et XXe siècles sont toutefois mieux représentés, avec des ensembles assez homogènes entre l’architecture et le mobilier, comme l’église protestante de Munster ou l’église de l’Emm à Soultzeren[12].
La basse vallée comprend davantage d’œuvres anciennes, bien que généralement circonscrites à de la statuaire. Dans les œuvres médiévales se démarquent à Soultzbach et Wihr-au-Val des dalles funéraires réalisées pour des membres de la famille de Hattstatt. L’art moderne relève essentiellement du baroque allemand, le style français ayant peu percé dans la vallée en dehors du mobilier de l’abbatiale, désormais disparu. Parmi ces œuvres modernes ressortent notamment l’autel de l’église de Soultzbach et des statues dans celle de Wihr-au-Val. Cette dernière comprend également un intéressant mobilier néogothique provenant de l’atelier Klem[13].