Valor Ecclesiasticus

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Le Valor Ecclesiasticus est une étude des finances de l'Église en Angleterre, au Pays de Galles et dans les parties de l'Irlande contrôlées par l'Angleterre réalisée en 1535 sur ordre d'Henri VIII[1].

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Valor Ecclesiasticus
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Histoire

En 1534, le roi Henri rompt avec le pape et la religion catholique et, par l'Acte de Suprématie, s'autoproclame chef suprême de l'Église sur ses terres[2]. L'une de ses premières mesures est d'imposer des taxes au clergé. Les impôts traditionnellement versés par les clercs au pape douvent désormais lui être versés, et Henri décide également, fin 1534, de créer un nouvel impôt annuel sur le revenu de 10 %[3] sur les revenus provenant de tous les biens et charges de l'Église. Afin d'évaluer correctement ce nouvel impôt, un recensement de tous les biens et revenus de l'Église est nécessaire[4].

En janvier 1535, le gouvernement nomme des commissions dans tout le pays pour mener l'enquête. Tous les membres du clergé, curés, supérieurs de monastères, collèges, hôpitaux et autres institutions sous l'égide de l'Église reçoivent l'ordre de témoigner sous serment devant leurs commissaires locaux concernant leurs revenus, les terres que possèdent leurs établissements et les recettes qu'ils perçoivent de toutes autres sources. Les commissaires doivent examiner les documents et les livres de comptes et, à partir de ces éléments et des témoignages recueillis, établir un état financier complet pour chaque institution religieuse. Le recueil des informations doit être achevé avant le 30 mai 1535 et les résultats transmis à l'Échiquier à Londres[5].

Les commissaires, bénévoles et sans formation, sont pour la plupart des membres de la petite noblesse locale : maires, magistrats, évêques et shérifs. Ils s'attellent néanmoins à cette tâche immense avec diligence et, dès l'été 1535, le gouvernement dispose d'un inventaire détaillé des biens et des richesses de l'Église. L'essentiel de leur travail est parvenu, conservé dans 22 volumes latins et trois dossiers aux Archives nationales de Kew. Deux de ces volumes sont des manuscrits enluminés et semblent constituer un résumé réalisé à l'usage personnel du roi Henri[6].

Évaluation

Les commissaires n'avaient aucune raison particulière de favoriser le clergé et s'acquittèrent de leur tâche avec beaucoup de diligence. Lorsque les chiffres peuvent être vérifiés, par exemple en les comparant aux registres financiers des fonctionnaires du roi chargés de dissoudre les monastères à la fin des années 1530, ils se révèlent globalement exacts, bien que légèrement inférieurs aux estimations initiales, parfois de 15 %. S'observe, surtout dans le nord, une tendance à sous-estimer la valeur de certaines catégories importantes d'actifs, notamment les terres agricoles détenues en domaine public et les forêts avec bois sur pied. Une explication possible réside dans la tendance naturelle des contribuables à faire des estimations prudentes, conjuguée à la précipitation avec laquelle le travail a été mené, ce qui a incité les commissaires à faire preuve d'indulgence. Par ailleurs, le bois sur pied, de par sa nature, constitue une source de revenus exceptionnels et ponctuels, plutôt qu'un revenu annuel régulier ; c'est pourquoi il était généralement ignoré dans les inventaires fonciers du XVIe siècle[7].

Dans quelques cas, l'écart est d'une telle ampleur qu'il suggère une fraude délibérée dans les déclarations du Valor Ecclesiasticus ; comme ce fut le cas par exemple du prieuré de Norton dans le Cheshire, où le chiffre soumis était si bas qu'il rendait l'abbaye passible de suppression en vertu du premier statut (1536) pour la dissolution des maisons religieuses mineures[8].

Importance

Le Valor permit au gouvernement, pour la première fois, d'appréhender précisément l'ampleur des richesses de l'Église dans son ensemble, et plus particulièrement celles des monastères. Le roi Henri ne tarda pas à élaborer des plans pour s'emparer d'une grande partie de ces richesses, en commençant par les plus petits établissements religieux. Les chiffres du Valor jouèrent un rôle crucial dans l'élaboration de la loi de 1535 sur la suppression des maisons religieuses, première étape du processus de dissolution des monastères entrepris par Henri, qui prévoyait la fermeture de tous les monastères dont le revenu déclaré était inférieur à 200 livres sterling par an[9].

Le Valor est un document de première importance pour les historiens de l'Église de la fin du Moyen Âge et de l'époque Tudor, de la Réforme anglaise et de la Dissolution des Églises. Il est également précieux pour les historiens de l'économie de cette période[10].

Un projet de trois ans intitulé « Redécouvrir le Domesday des Tudor » a été lancé en 2025 pour numériser et partager le Valor Ecclesiasticus[11].

Notes et références

Annexes

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