Vase-cage
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Les vases-cages sont des vases japonais en porcelaine d'Arita présentant autour de leur panse une cage à oiseaux (en). Ils sont exportés en Europe au XVIIIe siècle sous l'impulsion de princes comme Louis IV Henri de Bourbon-Condé et Auguste le Fort.

Description et technique

Les vases-cages sont des productions en porcelaine d'Arita (aussi désignée sous le nom de porcelaine d'Imari ou de Hizen), originaires de l'île de Kyūshū. Ce type de porcelaine est créé par des potiers coréens dans les années 1610 : elle est exportée en Europe par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales dès 1659, où elle rencontre une grande popularité[2]. Les vases-cages sont produits entre les années 1690 et 1710[3] pour le marché de l'art européen[4].
La panse de ces vases est de forme conique[5] et réalisé au tour de potier[6]. La surface blanche est peinte à l'oxyde de cobalt(II), avec à l'extérieur des motifs d'arabesques de pivoines et à l'intérieur de dragons pourchassant des perles, sous un couche de laque[6]. Quatre cartouches ornent la panse et sont décorés de motifs de svastika moulés en papier mâché puis dorés[4]. La plupart des vases conservent deux anses en forme de têtes d'éléphant aux trompes recourbées, réhaussées de rouge, de noir et de dorure sur les oreilles et les défenses[4].
Chaque vase est orné d'une cage, formée de barres de métal ancrées dans des anneaux en bois[4]. À l'intérieur figure un décor composé de deux faisans au corps de porcelaine modelée et aux jambes de bois perchés sur des rochers en papier mâché[4]. Le fond est doré directement sur la porcelaine[4]. Un motif de nuages en papier mâché surplombe la partie extérieure supérieure de la cage[4].
Les vases-cages semblent être apparentés à deux vases de la dynastie Yuan (en) datant de 1351, avec des anses en forme de têtes d'éléphant et des décors de fleurs et de dragons parmi les nuages[7].
Exemplaires
Collection des princes de Saxe
| Image externe | |
| Dresden, Staatliche Kunstsammlungen Dresden, Transport der Porzellansammlung, Dezember 1960 - August 1963, photographie de Erich Höhne (de) et Erich Pohl (de) conservée par la Deutsche Fotothek. | |
Auguste le Fort, prince-électeur de Saxe de 1694 à sa mort en 1733, fonde en 1710 la première manufacture de porcelaine européenne à Meissen et commence la décennie suivante à collectionner les productions chinoises et japonaises, rassemblées au sein du palais Japonais de Dresde en 1717[8].
Deux lots de cinq vases-cages sont achetés respectivement en 1716 puis en 1717 par Pierre Robert Taparelli de Lagnasco (de) pour Auguste le Fort aux Pays-Bas[9]. Un inventaire de 1721 signale la présence d'un total de vingt vases identifiables comme des vases-cages[10]. Plusieurs de ces vases sont reconnaissables à leurs anses sur le dessin d'un projet pour le mur nord de la Gartensaal du palais Japonais réalisé par Zacharias Longuelune (en) en 1735[11] : selon cette disposition, les vingt vases semblaient être présentés[9].
Les inventaires des années 1770 indique la dégradation de l'état des vases-cages, qui perdent pour la plupart leurs anses et leur dorure ; treize ou quatorze vases sont alors préservés[9]. Des travaux de restauration ont lieu, certaines anses étant remplacées par des copies issues de la manufacture de Meissen[12]. Au cours du XIXe siècle, la localisation des vases-cages changent à plusieurs reprises : onze se trouvent dans le palais royal, tandis que cinq sont conservés au sein de la Porzellansammlung[13]. Deux de ces derniers sont proposés à la vente aux enchères par Rudolph Lepke (de) en 1920, mais un seul semble avoir trouvé preneur[14].
Après la Seconde Guerre mondiale, treize vases-cages sont inventoriés parmi les Collections nationales de Dresde : quatre sont cédés à la maison de Wettin en 1990 et se retrouvent sur le marché de l'art, tandis que neuf sont toujours présentés au sein de la Porzellansammlung[15]. Le fragment d'un dixième vase est également conservé[15].
- Un vase-cage présenté au sein de la Porzellansammlung à Dresde en 2007.
Collection des princes de Condé
Louis IV Henri de Bourbon-Condé, fondateur de la manufacture de porcelaine de Chantilly, acquiert après 1720 cinq vases-cages, peut-être par le biais de la Compagnie française des Indes orientales dont il est actionnaire[4]. Ils apparaissent sur plusieurs inventaires du château de Chantilly en 1740 puis en 1753 : quatre se situent dans la galerie de l'appartement du roi, tandis qu'un est placé dans un cabinet des appartements du prince[16]. Un d'eux sert de modèle à Jean-Antoine Fraisse (d) pour son Livre de desseins chinois publié en 1735[17],[16].
Deux vases disparaissent par la suite[18]. Les trois autres sont confisqués lors de la Révolution française : ils transitent par le palais des Tuileries puis le château de Saint-Cloud, avant d'être envoyé au château de Pau en 1854[16]. Si le mobilier de ce château est choisi par la monarchie de Juillet en référence à la Renaissance et à Henri IV, les vases-cages correspondent au goût du Second Empire pour les « chinoiseries »[19]. Deux sont placés dans le salon de réception, tandis qu'un se trouve dans les appartements de l'impératrice Eugénie[16],[19]. Les trois exemplaires sont dépourvus de leurs anses en forme de têtes d'éléphant, perdus avant leur arrivée à Pau[16],[19]. L'un d'eux est présenté au musée Condé lors de l'exposition La Fabrique de l’extravagance (d) du au [16].
- Deux vases-cages présentés dans le salon de réception du château de Pau.
- Troisième vase-cage exposé dans la chambre de l'impératrice du château de Pau.
Autres collections

Trois vases-cages sont offerts à Guillaume Ier, roi des Pays-Bas, par le notable néerlandais Henrick Carbasius (nl) en 1818[20],[21]. Intégrés au cabinet royal de curiosités (nl), les vases sont ensuite partagés entre le Rijksmuseum Amsterdam, qui en conserve toujours deux, et le musée d'Ethnologie de Leyde, dont l'exemplaire abîmé est aliéné (en) puis détruit en 1900[20],[21].
Deux exemplaires sont conservés au sein de l'Ashmolean Museum[15]. L'un, acquis en 1984, est dépourvu de tout élément rapporté[22],[15],[23]. L'autre est acquis sur le marché de l'art en 1992[24],[15],[25] : il ferait partie d'un lot de deux vases — dont le second aurait été détruit pendant la Seconde Guerre mondiale — ayant appartenu à la maison de Wettin avant d'être vendu à une galerie de Leipzig dans l'entre-deux-guerres[15].
Le Peabody Essex Museum de Salem conserve également un vase-cage, acquis en 2000[15]. Sa provenance pose problème, car s'il aurait appartenu à une collection privée néerlandaise, plusieurs aspects peuvent laisser penser à un exemplaire issu de la collection d'Auguste le Fort[26]. Il est présenté lors de l'exposition Japanomania: Japanese Art Goes Global en 2018[27].
Un autre exemplaire, de plus petite dimension et présentant des bouquets de fleurs au lieu de dragons, appartient à une collection privée japonaise[20]. Il est exposé au sein du musée de la Céramique de Kyūshū (en) à Arita[28].
Deux vases-cages appartiennent à la fondation Landgoed Den Bosch, fondée par Denise Everwijn (d) : s'ils sont en possession de la famille Everwijn, issue de la noblesse néerlandaise, depuis plusieurs générations, aucune provenance n'a été établie[29]. Ils sont conservés au sein du musée d'Arnhem (nl) de 2004 à 2014[29]. Ils sont mis en vente aux enchères en 2023 par Sotheby's[30].
