Vertigo (Jean Guidoni)
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| Sortie | |
|---|---|
| Enregistré | au studio Guillaume Tell (Suresnes) |
| Durée | 43:19 |
| Genre | Chanson française |
| Producteur | Climat productions |
| Label | Paradoxe |
Albums de Jean Guidoni
Vertigo est le dixième album de Jean Guidoni, sorti en sous le label Paradoxe distribué par PolyGram.
Ce projet a été initié au début des années 1990 et découle des retrouvailles du chanteur avec le compositeur Michel Legrand, après un concert en hommage au journaliste et écrivain Alain Lacombe. L'essentiel de l'album est enregistré en au studio Guillaume Tell à Suresnes, avec la participation d'une centaine de musiciens.
Les paroles sont majoritairement écrites par Jean Guidoni et abordent des sujets sociaux d'actualité. Les compositions de Michel Legrand mêlent plusieurs styles musicaux, créant un contraste entre une écriture musicale souvent légère et des textes plutôt sombres.
À sa sortie, le disque reçoit un accueil critique globalement favorable, soulignant l'originalité et la complémentarité artistique de cette collaboration. L'album sera ensuite défendu sur la scène du Casino de Paris en , mais ce travail en commun n'aura pas de suite discographique.
« Michel Legrand compose, arrange et dirige l'orchestre, tandis que Jean Guidoni signe des textes engagés, abordant le sida, la misère ou la violence urbaine. »[1]
Genèse

En , après la sortie de l'album Cas particulier ![2] au contenu moins original que ses précédentes productions[3], Jean Guidoni connaît une période de doute et de fatigue professionnelle[4]. Le de la même année[5], le compositeur Michel Legrand lui propose de participer à un concert, en hommage à leur ami Alain Lacombe[6] (décédé l'année précédente[7]), donné dans la Salle Olivier Messiaen de la Maison de Radio France, et au cours duquel le chanteur interprète quatre titres, dont le morceau inédit Un ami s'en est allé[5], composé par Legrand[8] qui l'accompagne aussi au piano[6].
Jean Guidoni, qui connaissait déjà Michel Legrand de longue date[10], apprécie ces retrouvailles et les deux hommes envisagent de travailler sur de nouvelles chansons en vue d'un disque et d'un spectacle en commun[6], lequel aura lieu en au Casino de Paris sous le titre Comment faire partie de l'orchestre[11],[12]. Interviewé pendant les répétitions de ce spectacle par Jacques Roussel, le chanteur a indiqué que « tout cela s'est fait naturellement »[6]. Selon lui, leur collaboration s'est déroulée « sans a priori »[6] et dans un climat de « vraie complicité »[13],[6].
Legrand lui confie d'abord quelques musiques pour que Guidoni puisse commencer à en écrire les paroles, dont la toute première qui deviendra N'oublie jamais qui tu es[6],[8]. Le « résultat […] a plu » au compositeur et de fil en aiguille, les autres chansons ont été écrites de façon ludique et dans la bonne humeur[6].
Enregistrement et production

Michel Legrand écrit lui-même les arrangements et les orchestrations[14],[15] et souhaite des formations différentes pour chaque chanson[16],[17]. Certains titres nécessitent un grand orchestre symphonique[16] placé sous sa direction[15]. C'est le cas du morceau d'ouverture Il fait beau, capté dans l'immense salle A du studio Davout[19] et dont la richesse instrumentale provoque l'émerveillement du chanteur :
« Quatre grands pianos à queue noirs, quatre harpistes, trois séries de percussions, des vibraphones, des cymbales, des grosses caisses, tout un attirail d'instruments, une formation de cordes complète […], des cuivres, répètent, une quinzaine de choristes chantent mes mots. »[20]
— Jean Guidoni , Chanter n'est pas jouer
Conçu « à l'américaine »[18], le disque a nécessité pas moins de 140 musiciens[17], dont un ensemble argentin mené par le bandonéoniste Juan José Mosalini pour le tango Les Concubines de la gloire et même un groupe de rock composé de requins de studio plus habitués aux productions de Johnny Hallyday[17]. En dehors des morceaux symphoniques, l'essentiel de l'album est enregistré en [15] dans le fameux studio Guillaume Tell à Suresnes, une commune située à proximité de Paris. Selon le témoignage de Guidoni, l'enregistrement s'est effectué assez rapidement et n'a pas nécessité de séances supplémentaires comme c'était souvent le cas à l'époque[17].
Caractéristiques artistiques
Paroles et musique

Les paroles ont été écrites presque en totalité par Jean Guidoni, sauf Duo d'en haut, imaginé par Michel Legrand[15] et Rien ni personne, adaptation française par le chanteur[21] d'un texte écrit originellement en 1969 par Alan et Marilyn Bergman pour Bill Medley sous le titre Nobody Knows, extrait de la bande originale du film The Magic Garden of Stanley Sweetheart de Leonard Horn[22]. À noter que deux titres ont été co-écrits avec un certain Gayram[24] qui avait précédemment travaillé sur La Bretagne, une chanson extraite de l'album Cas particuliers ![23].
Pour ce disque, Jean Guidoni a voulu pour une fois s'inspirer de l'actualité et traiter des sujets du quotidien dans un style « presque journalistique »[6]. Le Naufragé donne la parole à un sans-abri, Le Ciel violet parle de la banalité des violences policières, La Grande Dame blanche de Colombie traite du trafic de stupéfiants[16], tandis que Les Concubines de la gloire et Les Faux-monnayeurs se moquent de l'arrivisme de certaines personnalités politiques[14]. Plus lyrique[14], la ballade N'oublie jamais qui tu es s'adresse à un homosexuel grièvement atteint du sida et constitue un vibrant plaidoyer contre l'homophobie[25]. D'autres titres se basent sur des thèmes déjà chantés par Guidoni, notamment Le Roi des océans[14] qui évoque le spectre du fascisme[16],[21], ou encore L'Amour à contre-courant et Duo du haut , deux morceaux humoristiques chantés en duo par les deux compères, qui tournent en dérision la sexualité et la vie amoureuse[14]. Un peu à part, le faussement guilleret Il fait beau décrit un univers paradisiaque vu du lit d'un personnage qui se révèle être mort[14]. Quant au titre Le Masque, il est dédié à la fois à l'actrice britannique Barbara Steele et au cinéaste Mario Bava[26], dont le film Le Masque du démon avait enchanté le chanteur quand il faisait l'école buissonnière dans sa jeunesse marseillaise[17].
Sur le plan des compositions, Michel Legrand (qui a composé la totalité de l'album) propose une grande variété de genres musicaux de son cru[12] (jazz, ballade ou musique de variétés) dont l'esthétique plus légère contraste avec l'univers plus noir du parolier[27]. L'album s'ouvre sur les envolées symphoniques de Il fait beau qui rappellent ses travaux bien connus pour les films musicaux de Jacques Demy[4],[14] et dont la gaieté n'aurait pas dépareillé non plus chez Charles Trenet[14]. En revanche, d'autres musiques sont assez différentes de son style habituel, comme le rock de L'Amour à contre-courant ou le tango des Concubines de la gloire, écrit dans un registre pas si éloigné d'un Jacques Brel[4].
Titre et pochette
Le titre Vertigo fait référence à l'intitulé original du chef-d'œuvre homonyme d'Alfred Hitchcock, au dérèglement neurologique mais aussi à une maladie des chevaux qui porte le même nom[28].
Posant au milieu de cailloux, les nombreux portraits en noir et blanc de Jean Guidoni qui ornent le livret du CD sont signés par la photographe Marianne Rosenstiehl[15], réputée pour ses photos d'actrices ou de chanteuses comme Isabelle Adjani, Carla Bruni ou Mylène Farmer[29]. Trois de ces portraits ont été choisis pour figurer sur le recto et le verso de la pochette, après avoir été colorisés et mis en page par l'agence Com'N.B.[15], une société créée en 1990[30].
Parution et accueil
Produit par Climat Productions, Vertigo sort dans les bacs en , sous le label Paradoxe distribué par PolyGram[2],[31]. Sorti en single[32], le titre Il fait beau a aussi fait l'objet d'un clip promotionnel que l'on aperçoit dans le documentaire de Bernard Garcia[18].
Dans les pages du Monde, la journaliste Véronique Mortaigne est enthousiasmée par la rencontre entre les deux créateurs. Selon elle, Legrand et Guidoni « ont en commun d'être de doux félins, aux allures nonchalantes et au charme dangereux ». Le premier « donne des airs intellectuels à la moindre ritournelle » et l'autre ajoute « des touches d'étrangeté périlleuse aux situations ordinaires »[33]. Elle considère également que ce disque est « bien meilleur » que les précédents opus de Jean Guidoni[33].
Dans Libération, Patrice Demailly estime quant à lui que cette collaboration « apparaît surprenante, voire déroutante », mais reconnaît aussi que « Jean Guidoni ne cherche pas à travestir ses mots patraques et, s'il injecte davantage de légèreté, emmène son acolyte du côté des affres du mensonge, d'une héroïne du cinéma d'horreur des années 60 ou du sida[34] ». Dans le guide du CD des éditions Marabout, Marcel Barbin repère les clins d'œil à Charles Trenet tout en insistant sur l'aspect « hors modes » de l'album à qui il attribue trois étoiles (sur un total de quatre)[35].