Veste traditionnelle bretonne

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Type
Matière
Origine
Chupenn
Homme portant un chupenn en compagnie de trois femmes.
Caractéristiques
Type
Matière
Origine

La veste traditionnelle bretonne est dite chupenn en breton (pluriel breton : chupennoù) pour le type le plus connu, la veste courte traditionnelle portée par les hommes bretons comme élément du costume breton de Basse-Bretagne. Confectionnée en drap de laine épais, elle s'enfile par-dessus le jiletenn (gilet) et constitue avec lui l'élément central du costume masculin des terroirs de Cornouaille, du pays Glazik et du pays Bigouden. Elle peut être pourvue de manches dans certains terroirs — la variante sans manches étant parfois appelée korf-chupenn — et se distingue par des broderies sur l'encolure, les emmanchures et le bord inférieur.

Le terme chupenn est maintenant entré dans le vocabulaire courant breton au-delà du domaine vestimentaire : l'expression peñseliat e chupenn rapiécer sa veste ») signifie en argot breton « tailler un costard à quelqu'un », ce qui atteste de l'enracinement de ce vêtement dans la culture et la langue bretonne[1].

Il existe d'autres types de vestes traditionnelles, telles les carmagnole et kramailhon.

Le mot breton chupenn est un emprunt. Victor Henry, dans son Lexique étymologique des termes les plus usuels du breton moderne (Rennes, 1900), le rattache au français jupon, vêtement de dessous féminin, lui-même dérivé de jupe. Le TLFi (Trésor de la langue française informatisé) confirme cette parenté étymologique, juppe ou jupe étant issu de l'arabe djubba, vêtement de dessus à manches longues[2].

Certains auteurs évoquent également un rapprochement avec l'espagnol chupa, veste courte du costume espagnol du XVIIe siècle, qui aurait influencé la mode populaire bretonne à travers les échanges commerciaux maritimes avec la péninsule ibérique. Cependant, cette hypothèse reste secondaire et non confirmée par les dictionnaires de référence.

La forme chupen (sans -n final) est également attestée : C. A. Picquenard signale que le terme est parfois masculinisé dans le parler quimpérois, où il devient le chupen, alors que la forme bretonne canonique ar chupenn est féminine[3].

Le Barzaz Breiz de La Villemarqué atteste l'usage ancien du mot dans la langue poétique bretonne, avec la formule Glas e jak, ha gwenn e chupenn sa veste est bleue, son pourpoint blanc »), extrait de Marv Pontkalleg.

Description

Coupe et forme générale

La chupenn est une veste courte s'arrêtant à la taille ou légèrement en dessous, à manches longues dans sa version la plus répandue. Elle ne se boutonne pas sur le devant — ou ne comporte qu'un boutonnage partiel — laissant ainsi voir le jiletenn porté dessous. Cette caractéristique la distingue nettement des vestes occidentales classiques et lui confère une silhouette ouverte propre au costume breton[4].

Sa partie inférieure avant se termine parfois en pointe, ornement caractéristique appelé korniou dans le pays Glazik. Le bas, l'encolure et les emmanchures sont bordés d'une bande décorative appelée bruskou, alternant galons de velours et broderies à dominante jaune selon les terroirs. Ce brodé, dont la richesse s'est considérablement accrue entre 1880 et 1920, constitue l'élément identitaire le plus visible du vêtement[5].

Matières et couleurs

La chupenn est confectionnée en drap de laine épais. Dans le pays Glazik — région autour de Quimper —, la couleur dominante est le bleu, qui a donné son nom au pays : glazik signifie « petit bleu » en breton. Ce drap bleu provenait des stocks de l'armée de Napoléon à la fin des guerres de l'Empire (1815), des colporteurs ayant racheté les surplus militaires pour les revendre aux tailleurs de la région.

Dans les pays de Cornouaille Sud et du Bigouden, le drap noir ou sombre est privilégié pour les vêtements de cérémonie. Certaines zones du Léon présentent des chupenn en drap blanc. La doublure est généralement en toile cousue au drap par une série de piqûres verticales rapprochées, produisant selon une source ancienne « un tissu absolument imperméable et presque aussi raide qu'une cuirasse »[6].

À partir des années 1870-1880, la veste s'enrichit progressivement de velours et de broderies. Vers 1920, la poitrine peut être recouverte d'une bande de velours large de 30 à 35 cm et l'on peut voir jusqu'à quatre rangs de broderie de fils de soie, témoignant de la prospérité croissante des familles bretonnes et de leur volonté de distinction sociale[6].

Variantes : avec ou sans manches

Deux formes coexistent selon les terroirs :

  • Chupenn à manches : la forme la plus commune et la plus répandue, veste à manches longues enfilée sur le gilet, caractéristique de la majorité des costumes masculins bretons.
  • Korf-chupenn (ou chupenn sans manches) : veste sans manches, portée sur le gilet à manches. Cette forme est particulièrement associée aux environs de Quimper. Selon une description ancienne, elle est «courte, ne se boutonne pas et laisse apercevoir le gilet ». Son caractère ouvert et sans manches lui confère un aspect proche d'un corselet masculin[6].

C. A. Picquenard relève également qu'une version plus longue et plus large existe dans certains cantons, par opposition à la chupenn classique très courte.

Broderies

La broderie est l'élément décoratif central de la chupenn. Son évolution illustre celle du costume breton dans son ensemble : « la broderie relève de ce besoin inné de remplir la page, d'envahir l'espace originel, de l'affubler de signes », selon Claude Fauque dans La broderie : splendeurs, mystères et rituels d'un art universel (2007)[7].

Dans le pays Glazik, les motifs brodés à dominante jaune sont réalisés sur la bordure bruskou. Les broderies au fil de soie, parfois rehaussées de canetille (fil d'or ou d'argent torsadé) et de perles soufflées, caractérisent les chupenn de fête du début du XXe siècle. Dans le pays Bigouden, les broderies comportent des motifs symboliques codifiés : draen-pesk (arête de poisson, lien à la mer), kornou maout (cornes de bélier, force), planedenn (planète, chance), etc.

Histoire

Origines

Les représentations vestimentaires bretonnes antérieures au XIXe siècle sont rares. Quelques statues de saints et des illustrations de récits de voyage témoignent cependant de l'existence d'une veste courte similaire à la chupenn dès le XVIIe siècle, portée dans les mêmes terroirs que le bragoù-braz avec lequel elle forme un ensemble cohérent.

La description la plus ancienne et détaillée de la chupenn dans sa double forme (avec et sans manches) figure dans les Notices sur les costumes bretons publiées par Picquenard en 1900 dans le Bulletin de l'Association Bretonne. Il y décrit notamment la variante sans manches : « La première espèce, qui se porte surtout aux environs de Quimper, s'appelle en breton Chupen ou jupen ; elle est courte, ne se boutonne pas et laisse apercevoir le gilet. »[6].

Âge d'or : 1850–1914

Le XIXe siècle constitue l'âge d'or du costume breton masculin, et la chupenn en est la pièce la plus spectaculaire. L'abolition des lois somptuaires après la Révolution française libère les paysans de toute contrainte légale sur l'usage des étoffes et ornements, permettant une extraordinaire floraison de broderies et de velours.

Le Musée départemental breton de Quimper conserve notamment une chupenn présentée lors de l'exposition Sortie de noce bretonne inaugurée le 14 juillet 1884 : « veste en drap de laine blanche, plastron orné de broderies inspirées de la mode de Ploaré, de couleurs vertes, rouges et blanches, situées sur le bords et sur les 2 fausses poches ». Cette exposition de quarante-quatre mannequins en costumes locaux, très novatrice pour l'époque, devint le modèle de nombreuses pièces de faïence[8].

Selon René-Yves Creston, la chupenn était un élément du costume du dimanche : « Le chupenn, veste portée par-dessus la chemise, est normalement un élément du costume du dimanche. Cependant, lorsqu'il est usé, il arrive qu'il soit également porté aux champs. »

Déclin et abandon

Dès la fin du XIXe siècle, la blouse bleue de travail commence à se substituer à la chupenn dans les champs. La Première Guerre mondiale accélère le déclin : les hommes ayant côtoyé d'autres régions de France reviennent au costume civil. « À partir des années 1925/1930, seuls certains mariés porteront encore le costume le jour de la cérémonie. »

Les hommes d'un certain âge conservèrent parfois des éléments isolés : le gilet sous une veste civile, ou le chapeau. Les femmes, quant à elles, portèrent leur costume bien plus longtemps, les dernières mariées en costume traditionnel l'ayant été dans les années 1960 dans certains terroirs comme le Porzay.

Répartition géographique et variantes régionales

Si la chupenn se retrouve dans l'ensemble de la Basse-Bretagne, sa forme, sa couleur et ses ornements varient considérablement d'un terroir à l'autre.

Pays Glazik

Le pays Glazik est le terroir où la chupenn a atteint sa plus grande sophistication. « La splendeur des costumes glazik a évolué avec le temps, la plus belle période se situant entre 1880 et 1914. ». La chupenn glazik se caractérise par :

  • Un drap bleu, couleur emblématique du pays, issue des surplus napoléoniens :
  • La bordure bruskou alternant galons de velours et broderies à dominante jaune;
  • Le korniou, pointe caractéristique de la partie inférieure avant;
  • Dans le Porzay (nord-ouest du pays), une bande de velours supplémentaire sur l'encolure, les emmanchures et le bas de la veste.

Pays Bigouden

En pays Bigouden, la chupenn s'inscrit dans un ensemble vestimentaire masculin dominé par le noir. Elle est souvent accompagnée d'un plastron brodé (partie avant du gilet), pièce distincte qui peut se porter indépendamment de la veste. Les broderies bigoudènes obéissent à un code symbolique précis et font l'objet d'un savoir-faire transmis de génération en génération.

Léon, Trégor, autres territoires

Dans le Léon, la chupenn peut être en drap blanc ou gris. Le Trégor présente des formes plus sobres, moins chargées en broderies. Dans certains pays de Haute-Bretagne, le vêtement équivalent porte d'autres noms (carmagnole, kramailhon) et présente une coupe différente, témoignant de l'extraordinaire diversité vestimentaire bretonne — le Musée de Bretagne de Rennes estime à plus de 1 200 le nombre de variantes lorsqu'on prend en compte les coiffes[9].

Usage figuré et expressions

Voir aussi

Notes et références

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