Victoire Doutreleau
mannequin française
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Victoire Doutreleau, également appelée seulement Victoire, née Jeanne Devis, est un mannequin français, née en , muse du couturier Christian Dior au milieu des années 1950 puis d'Yves Saint Laurent.
Biographie
Née Jeanne Devis, elle ne connaît pas son père[2]. À l'âge de seize ans, elle prend des cours de dessin, souhaitant entrer aux Arts-Déco ; à la même époque, elle pose pour Louis Touchagues[3],[4]. Lorsque des amis l'encouragent à faire du mannequinat, elle demande conseil à Touchagues qui, enthousiasmé, l’envoie rencontrer l'influent Michel de Brunhoff pour obtenir une lettre de recommandation[3].
Dior
Au printemps 1953, sans même lire la lettre de Michel de Brunhoff, Christian Dior engage Jeanne immédiatement[5] : elle commence sa carrière vers l'âge de dix-huit ans dans la cabine du couturier[6]. Celui-ci la rebaptise « Victoire »[6]. Elle est petite — pour un mannequin —, a une taille de guêpe[1] et de la poitrine[2], mais élégante et sensuelle, « mélange d'insolence et de classicisme[7] », elle bouleverse les codes habituels de la haute couture[5]. Loin des standards de l'époque en matière de mannequinat, nettement plus jeune que ses collègues, son arrivée dans la maison est pourtant peu appréciée : « Je n'avais pas « le bon ton » dira-t-elle[2].
Durant ces années, elle sort assidument le soir, notamment au Bœuf sur le toit ainsi que d'autres lieux de la nuit parisienne, accompagnée d'Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld[6],[7], avec qui elle part en vacances également[8]. « Si je m'étais marié, c'est Victoire que j'aurais épousée » dit Saint Laurent[7] qui entretient une relation « platonique » très intime avec son mannequin[8].
En 1954, Dior crée les premiers balconnets et la ligne « H » — appelée Busty Look par la presse anglo-saxonne — sur Victoire[5],[9]. Victoire évolue au sein de la maison de couture jusqu'à devenir « mannequin vedette », intéressée aux ventes des robes qu'elle présente[6]. « Victoire devint vedette, justifiant ainsi le nom que je lui avais donné », dira Dior[10]. Mais à quelques exceptions, après la première collection qu'elle présente lors d'un défilé, l'inimitié dans la maison et auprès des clientes est forte : la plupart des autres mannequins ne lui parlent pas, les critiques sont nombreuses[5]. Pourtant, le couturier s'obstine et impose Victoire pour une seconde collection[5].
Alors que jusque-là la tendance voulait des mannequins hautains, sophistiqués et maniérés[n 1], Victoire revendique son style plus libéré dès la seconde collection qu'elle présente[11]. C'est la consécration ; bien que préférant les essayages aux séances photos, elle apparait dans les pages de Vogue, Harper's Bazaar ou Elle sous l'objectif de William Klein, d'Henry Clarke, ou d'Hiro[11], puis Irving Penn plus tard[12]. Elle est de tous les voyages, tous les bals pour accompagner le couturier[11]. En 1956, marraine d'une promotion, elle arrive vêtue d'un uniforme spécialement créé par Dior à Polytechnique[11].
Saint Laurent
À la mort de Christian Dior, Yves Saint Laurent, arrivé en 1955 comme simple modéliste, reprend la haute couture de la maison ; il présente sa ligne « Trapèze » le et fait la couverture du numéro de Paris Match du mois de mars avec Victoire en robe de mariée, photographiés par Willy Rizzo[12]. Plus tard, c'est pour son mariage avec Roger Thérond[n 2] qu'elle porte une robe de mariée de la même collection[12].
Victoire quitte le métier peu après que Saint Laurent quitte la maison Dior. Yves Saint Laurent la rappelle quelque temps après et elle participe à la création de la nouvelle maison du couturier[7]. Alors qu'elle apparait de nouveau dans Paris Match[13],[14],[n 3], elle devient quelque temps après « directrice des salons »[6] et responsable du recrutement des mannequins[14] : « Il dessine sa première collection qu'il présentera dans trois mois. Il est secondé par Victoire, son mannequin-vedette qui jouera un rôle important dans la direction de la maison » écrit encore Paris Match[15]. Elle l'accompagne pour quelques années après la création de sa maison en 1962[14]. Le trio complice formé par Bergé, avec qui elle a une relation qu'elle qualifie de « très sexuelle » durant trois ans[8], Saint Laurent et Victoire se termine au moment de la collection printemps-été 1963[n 4] « pour une obscure histoire de photo » dit-elle[8] ; le couturier n'aura plus de muse fidèle et inspirante durant plusieurs années, jusqu'à l'arrivée de Danielle Luquet de Saint Germain[16] et restera sans contact avec Victoire durant douze ans[8].
Victoire se lance par la suite dans ses propres créations de prêt-à-porter[17] pour enfants, alors conseillée par Karl Lagerfeld et aidée par Évelyne Prouvost[17]. Elle divorce, puis prend le nom de Doutreleau au début des années 1970 à la suite de son mariage avec le peintre Pierre Doutreleau, avec qui elle aura deux enfants[1].