Victor Contamin

ingénieur français From Wikipedia, the free encyclopedia

Victor Contamin, né le à Paris et mort le au Vésinet, est un ingénieur civil français, spécialiste de la résistance des matériaux (fer et acier)[1].

Naissance
Décès
(à 53 ans)
Le Vésinet (France)
Nationalité
Française
Faits en bref Naissance, Décès ...
Victor Contamin
Biographie
Naissance
Décès
(à 53 ans)
Le Vésinet (France)
Sépulture
Nationalité
Française
Formation
Activité
Conjoint
Adèle Jenny Sarah Priestley (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfant
Robert Victor Contamin (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Distinction
Œuvres principales
Galerie des Machines (Exposition universelle de 1889)
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Il est surtout connu pour avoir été le concepteur de la structure métallique de la Galerie des Machines de l’Exposition universelle de 1889[1]. Il a également contribué à l’introduction du béton armé en France à la fin du XIXe siècle.

Professeur à l’École centrale des arts et manufactures et ingénieur de la Compagnie des chemins de fer du Nord, Victor Contamin joue un rôle majeur dans le domaine des constructions métalliques de son époque, notamment aux côtés de Gustave Eiffel lors de l’Exposition de 1889[2],[3].

Biographie

Jeunesse et formation

Victor Contamin naît à Paris le . Après des études secondaires au collège Chaptal, il est admis à l’École centrale des arts et manufactures en 1857, il en sort diplômé en 1860 en se classant deuxième de sa promotion[2].

L’un de ses professeurs à l’École centrale est l’ingénieur Jean-Baptiste Bélanger, spécialiste de mécanique, qui prend le jeune Contamin en estime et le conseille à sa sortie de l’école[4].

Début de carrière et enseignement

Après son service militaire, Contamin commence sa carrière comme ingénieur en Espagne pendant une courte période au début des années 1860. En 1863, il est recruté par la Compagnie des chemins de fer du Nord (en France) en tant que dessinateur au service de la voie[5]. Il y fait toute sa carrière industrielle : successivement nommé ingénieur en 1876, puis ingénieur en chef en 1890, responsable du matériel des voies[5].

Parallèlement à ses fonctions dans le secteur ferroviaire, Victor Contamin se consacre à l’enseignement. Dès 1865, à 25 ans, il est chargé du cours de mécanique appliquée à l’École centrale. En 1873, il accède à la chaire de résistance des matériaux appliquée dans cette même école, poste qu’il occupe jusqu’en 1891[2]. Ses cours sont réunis dans un ouvrage publié en 1874, Cours de résistance appliquée, qui servira de manuel de référence pour les étudiants ingénieurs[6].

Le , Victor Contamin épouse Adèle Jenny Sarah Priestley (1850-1941), fille de William Priestley – un ingénieur britannique et professeur à l’École Centrale, et apparenté au chimiste, philosophe et pasteur Joseph Priestley – et d’Adèle Chaplin[7]. De cette union naissent deux enfants, Pierre et Robert.

Exposition universelle de 1889

Affiche de l'Exposition universelle de 1889, pour laquelle Victor Contamin joua un rôle majeur, en tant qu'ingénieur en chef du contrôle des structures.

Grâce à son expertise reconnue dans le calcul des structures métalliques, Victor Contamin est sollicité pour participer à l’Exposition universelle de 1889 à Paris. En 1886, il est nommé ingénieur en chef du contrôle des constructions métalliques pour l’Exposition[8]. À ce poste, il est chargé d’examiner et d’approuver les plans de toutes les charpentes métalliques des bâtiments de l’Exposition, de superviser les essais de résistance des matériaux, et de contrôler la fabrication en usine ainsi que le montage sur le chantier[8]. Aucune subvention publique n’est versée sans l’aval de Contamin sur la qualité des matériaux et la solidité des ouvrages[8]. Il mesure l’ampleur de cette responsabilité et confie dans une lettre publiée en décembre 1888 que l’importance de ce travail de l’ombre est souvent méconnue du grand public[8].

Contamin et ses équipes vérifièrent l'intégralité des calculs de la Tour Eiffel avant sa construction.

Entouré de quelques assistants (dont les ingénieurs Charton et Pierron), Contamin passe en revue les calculs de résistance de toutes les structures métalliques de l’Exposition de 1889, y compris ceux de la « tour de 300 mètres » que Gustave Eiffel et son équipe s’apprêtent à ériger. Contamin suit de près le chantier de la future tour Eiffel et n’hésite pas à souligner le caractère emblématique de cet ouvrage[8]. Lors de l’inauguration du sommet de la tour le 31 mars 1889, il rend hommage à Eiffel et à ses collaborateurs en déclarant que le drapeau tricolore flottant au sommet :

« Il avait besoin d’un grand piédestal... C’est M. Eiffel qui l’a construit, avec l’aide de dévoués collaborateurs ; nous sommes heureux de leur rendre hommage[8]. »

Par son rôle officiel, Victor Contamin contribue directement au succès technique de l’Exposition de 1889. En reconnaissance de ses services, il est promu Officier de la Légion d’honneur en octobre 1889 (il était chevalier depuis 1885)[9]. La même année, après la clôture de l’Exposition, il est élu président de la Société des ingénieurs civils de France pour l’année 1890, succédant ainsi à Gustave Eiffel à la tête de cette association professionnelle[10].

Pionnier dans l'utilisation du béton armé

Eglise Saint-Jean de Montmartre

En 1891, Contamin collabore avec l’architecte Anatole de Baudot pour expérimenter un nouveau matériau prometteur : le béton armé. Il participe aux études de la future Église Saint-Jean de Montmartre à Paris, dont la construction (1894-1897) met en œuvre l’une des premières structures en ciment armé avec armatures métalliques (système de Paul Cottancin). Ce projet novateur, bien qu’achevé après sa mort, fait de Contamin l’un des pionniers français de l’emploi du béton armé en architecture religieuse.

Décès

Victor Contamin meurt subitement le au Vésinet[1]. Ses obsèques sont célébrées à l’Oratoire du Louvre à Paris. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 45)[5]. Lors de ses obsèques, dans son éloge funèbre, M. Vainet, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, ingénieur en chef des travaux et de la surveillance du Chemin de fer du nord, lie la mort de celui-ci au poids de sa tâche lors de l'Exposition de 1889[5].

« Malheureusement il avait trop abusé de ses forces ; le tempérament le plus solide ne saurait résister à une tension d'esprit si énergique et si prolongée : Contamin s'éteint, avant l'âge, victime du devoir professionnel[5]. »

Travaux majeurs

Galerie des Machines

La Galerie des Machines sur le Champ-de-Mars

Victor Contamin est surtout connu pour la conception de la Galerie des Machines, immense hall construit sur le Champ-de-Mars pour l’Exposition universelle de 1889. Associé à l’architecte Ferdinand Dutert, Contamin est responsable du dimensionnement technique de cette structure métallique sans précédent[4].

La Galerie des Machines l'Exposition universelle de Paris en 1889

Le bâtiment, officiellement dénommé « Palais des Machines », présente une nef monumentale de 110 mètres de portée pour 420 mètres de longueur, couverte d’une vaste toiture en verre et fer courbée en arcs. Ces arches métalliques articulées à trois points d’appui (système des voûtes à trois articulations emprunté aux ponts) atteignent 45 mètres de hauteur sous clé. C’était la première fois qu’un tel principe de charpente portale était réalisé à une échelle aussi gigantesque. La Galerie des Machines, achevée en janvier 1889, ne comportait aucun pilier intérieur et offrait donc un espace libre inégalé à l’époque.

Le dôme central de la galerie des machines à l'exposition universelle de 1889 - Musée Carnavalet[11]

Lors de son inauguration, cette prouesse d’ingénierie est saluée par la critique. Contrairement à la tour Eiffel qui suscite d’abord des polémiques esthétiques, la Galerie des Machines fait l’unanimité pour la beauté de sa hardiesse technique[8]. L’écrivain Joris-Karl Huysmans la compare à « une cathédrale du XIXe siècle » en célébrant la noblesse de son architecture de fer et de verre[8],[12]. De nombreux observateurs contemporains attribuent alors le mérite principal de cet ouvrage à l’ingénieur Contamin, considérant la Galerie avant tout comme un exploit de calcul et de résistance des matériaux. Ce n’est que plus tard que les historiens de l’architecture rendront un égal hommage à Dutert, l’architecte, pour la conception esthétique de l’édifice[8].

Après 1889, la Galerie des Machines est conservée et réutilisée pour l’Exposition universelle de 1900. Elle est finalement démolie en 1910. La communauté scientifique qui la considérait comme la plus grande halle métallique d’Europe de la fin du XIXe siècle.

Autres contributions

Outre la Galerie des Machines, Victor Contamin n’a pas directement signé d’ouvrages aussi célèbres, car la majeure partie de sa carrière s’est déroulée au sein de la Compagnie des chemins de fer du Nord[5]. Dans ce cadre, il a supervisé la maintenance et l’amélioration de nombreuses infrastructures ferroviaires (ponts, viaducs, hangars) du réseau du Nord sans qu’une réalisation particulière ne lui soit personnellement attribuée[5].

En revanche, son influence s’est exercée à travers son enseignement et ses publications : en formant pendant plus de 25 ans les élèves de l’École centrale aux méthodes de calcul des structures, il a contribué à diffuser les dernières avancées en matière de construction métallique auprès de toute une génération d’ingénieurs[2]. Son Cours de résistance appliquée (1874) a été l’un des premiers traités français modernes de résistance des matériaux, intégrant les connaissances théoriques à la pratique du dimensionnement des pièces en fer et en acier[13].

Par son travail conjoint avec Anatole de Baudot sur le béton armé (Église Saint-Jean de Montmartre), Contamin a également joué un rôle de précurseur dans l’acceptation de ce nouveau matériau de construction, qui connaîtra un essor au siècle suivant.

Influence et postérité

Caricature du journal Le Central en 1889

Victor Contamin reste une figure majeure de l’ingénierie de la fin du XIXe siècle en France, et une référence de l'architecture métallique. même si son nom est aujourd’hui moins connu du grand public que celui de Gustave Eiffel. Ses contemporains lui ont témoigné une grande estime : le Bulletin de la Société des ingénieurs civils de juillet 1893 publie un éloge funèbre rappelant « l’honneur, la science et le dévouement » de ce « collaborateur indispensable de l’Exposition du Centenaire »[5].

En tant qu’ingénieur centralien, Contamin a illustré l’excellence de la formation française dans le domaine du génie civil. Son œuvre la plus emblématique, la Galerie des Machines, est souvent citée comme un jalon dans l’histoire de l’architecture métallique, préfigurant par son ampleur les grands ouvrages du XXe siècle (gares, aérogares, halls d’exposition). Bien que détruite en 1910, cette structure reste présente dans la mémoire des architectes et des ingénieurs comme un symbole de la rencontre réussie de l’art et de la technique à l’ère industrielle.

Publications

  • Cours de résistance appliquée, Paris, J. Dejey, 1874[6].
  • « Note sur les constructions métalliques », avec G. Eiffel et A. Fouquet, in Compte-rendu du Congrès international des procédés de construction, Paris, 1890.

Hommages et décorations

Voir aussi

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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