Vincent Lemire

historien français From Wikipedia, the free encyclopedia

Vincent Lemire est un historien français, né en 1973 à Paris.

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Auteur de plusieurs ouvrages académiques et populaires sur Jérusalem, il est professeur en histoire contemporaine à l'université Gustave-Eiffel.

Parcours universitaire

Vincent Lemire intègre l'École normale supérieure de Fontenay Saint-Cloud en 1994 et obtient l'agrégation d'histoire en 1998 et étudie l'arabe au British Council du Caire en 1998-1999. Il part ensuite à Jérusalem « un peu par hasard », après que Robert Ilbert lui a parlé d'une ville qui « regorge de mémorialistes, de chroniqueurs, d'idéologues, mais qui manque d'historiens[1]. » Il y étudiera l'hébreu[2].

Il soutient en 2006, dans le cadre de son doctorat à l'Université d'Aix-Marseille, une thèse ayant pour sujet « La soif de Jérusalem », publiée aux éditions de la Sorbonne en 2011[3]. Entre 2006 et 2008, il est directeur adjoint des études à l'École normale supérieure de Lyon, chargé du suivi des élèves. Il est élu en 2008 maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Marne-la-Vallée.

Parcours professionnel

Travaux sur Jérusalem et le Moyen-Orient

En 2011, il publie La Soif de Jérusalem : essai d’hydrohistoire, 1840-1948 aux éditions de la Sorbonne[4] et, en 2012, Jérusalem 1900. La ville sainte à l’âge des possibles chez Armand Colin[5].

En 2016, il dirige deux ouvrages collectifs : Jérusalem, histoire d’une ville-monde des origines à nos jours avec Katell Berthelot, Julien Loiseau et Yann Potin aux éditions Flammarion[6] ; Le Moyen-Orient de 1876 à 1980 chez Armand ColinDunod, destiné aux candidats des concours du CAPES et de l'agrégation d'histoire.

En 2018, il dirige avec Angelos Dalachanis le volume collectif Ordinary Jerusalem 1840-1940. Opening New Archives, Revisiting a Global City[7], ouvrage publié par les éditions Brill aux Pays-Bas, qui rassemble 35 auteurs internationaux[7].

Dans son introduction à Jérusalem, histoire d'une ville-monde des origines à nos jours (2016), il décrit la ville comme l'endroit « où le monde entier se donne rendez-vous, périodiquement, pour s'affronter, se confronter, se mesurer »[8].

Il dirige depuis 2014 le projet européen Open Jerusalem qui consiste à échanger des documents d'archives et construire une base de données partagée sur la ville « trois fois sainte »[9],[10]. Dans ce cadre, il dirige la collection Open Jerusalem aux éditions Brill.

De 2019 à , il dirige le Centre de recherche français à Jérusalem[11],[12], sous la double tutelle du CNRS et du ministère des Affaires étrangères. Depuis 2020, il est professeur en histoire contemporaine à l'université Gustave-Eiffel[13].

En 2022, il publie une monographie consacrée à l'histoire du quartier maghrébin de Jérusalem, intitulée Au pied du mur. Vie et mort du quartier maghrébin de Jérusalem (1187-1967), au pied du mur des Lamentations, détruit en une nuit par les autorités israéliennes, après sa conquête à la suite de la guerre des Six Jours, les 10 et [14]. L'ouvrage est traduit en anglais par les éditions Stanford University Press[15] ; il est en cours de traduction et de publication en hébreu et en arabe.

La même année sort aux éditions Les Arènes la bande dessinée Histoire de Jérusalem réalisée avec le dessinateur Christophe Gaultier[16],[17].

Prises de position

Depuis les massacres du 7 octobre 2023 en Israël, Vincent Lemire tente d'apporter un éclairage historique au débat public. Il publie régulièrement des tribunes dans Le Monde[18],[19]. Ses prises de position mentionnent les souffrances des victimes des deux côtés[19].

En , à la suite d'un regain de tensions à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, il déclare sur France Inter : « De facto il y a un État binational. Dans cet État, il y a deux nations. Sept millions de Juifs israéliens et sept millions de Palestiniens[20]. »

Autorisation d'entrée en Israël

Le gouvernement israélien suspend le l'autorisation, obtenue en par l'historien et valable deux ans, d'entrer sur son territoire[21], avant de la rétablir le [22].

Analyse critique des travaux de Vincent Lemire

Les travaux de Vincent Lemire, consacrés à l’histoire de Jérusalem à l’époque ottomane, mandataire et contemporaine, suscitent des appréciations contrastées. Plusieurs recensions saluent ses apports méthodologiques et documentaires. À propos de La Soif de Jérusalem. Essai d’hydrohistoire (1840-1948), l’historien français Frédéric Graber écrit :

« L’ouvrage de Vincent Lemire force l’admiration, non seulement parce qu’il parvient à écrire une histoire de la ville elle-même [...], mais surtout par l’ampleur de son travail. [...] L’ouvrage maintient une attention fine aux détails, tout en construisant un récit d’une grande clarté, très précis, très agréable à la lecture, sur une assez longue durée, puisqu’il court des années 1840 aux années 1940[23]. »

Brian Hillman, professeur américain de philosophie et d’études religieuses à l'université de Towson, salue la version anglaise de la bande dessinée The History of Jerusalem: An Illustrated Story of 4,000 Years sur le site du Jewish Book Council :

« Bien que tout historien puisse pinailler sur de petits détails, la narration est dans l’ensemble fidèle aux paradigmes les plus acceptés par la recherche universitaire. The History of Jerusalem associe la rigueur d’un travail académique à l’accessibilité d’un roman graphique. Le langage visuel de la bande dessinée transmet efficacement et avec beauté un récit historique façonné par d’innombrables personnes à travers les siècles[24]. »

D’autres critiques pointent des limites d’angle ou de cadrage de ses travaux. Alex Stein (éditeur et traducteur) relève, à propos de Au pied du Mur. Vie et mort du quartier maghrébin de Jérusalem (1187-1967), un déséquilibre chronologique au profit du XXe siècle et un manque de contextualisation de certaines motivations israéliennes[25]. Le magazine Causeur estime que la BD Histoire de Jérusalem atténue la description de certaines violences liées à la conquête arabe[26].

Concernant Jérusalem 1900 (trad. hébraïque, 2018), l’historien israélien Yuval Ben-Bassat de l'université de Haïfa estime :

« En pratique, Jérusalem 1900 est un livre biaisé, sélectif et truffé d’erreurs factuelles et interprétatives. L’ouvrage s’inscrit dans une catégorie d’études qui tendent à décrire la fin de la période ottomane en Palestine, et particulièrement à Jérusalem, de manière idyllique : période de prospérité, de fraternité interreligieuse et intercommunautaire, de développement d’une identité locale ottomane commune et d’échanges intellectuels féconds au sein des élites. [...] L’ouvrage contient d’innombrables erreurs factuelles et éditoriales… Le style accessible au grand public constitue son principal atout, mais il en fait un ouvrage plus populaire qu’académique. Même un public non universitaire mérite toutefois un livre plus rigoureux. La décision de traduire un manuscrit aussi peu soigné pourrait relever de motivations idéologiques plutôt que strictement académiques[27]. »

L’historien israélien Motti Golani, cité dans The Forward, évoque un « parfum antisémite » à propos de la BD Histoire de Jérusalem et déclare :

« Ce n’est pas une recherche historique. Ce n’est pas une historiographie. C’est un récit. C’est une tentative de créer une identité pour Jérusalem. [...] On pourrait y voir un livre d’histoire. Et ce n’est pas le cas. C’est de la propagande. Une propagande dangereuse[28]. »

Prise de position sur l'inceste

Romain Lemire, petit frère de Vincent, a reçu le Prix Goncourt du premier roman en 2026[29] pour son livre Clément[30]. Les frères Lemire ont brisé le silence ensemble, notamment lors d’une émission sur France 2 ("Quelle Époque", mai 2026)[31], où ils ont partagé leur histoire pour sensibiliser, dénoncer les violences subies et encourager d’autres victimes à parler[32]. L'inceste dont les trois frères ont été victimes a été commis par le père.

Publications

En collaboration

Filmographie

  • Palestine, une histoire d'Alain Lewkowicz, série en trois volets diffusée sur France 5 (2026) Vincent Lemire est, avec Denis Charbit, Henry Laurens et Jihane Sfeir, l'un des conseillers historiques et intervenants de la série[34],[35].

Notes et références

Voir aussi

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