Vitier de Moëslains
seigneur champenois
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Vitier de Moëslains ou Wuitier de Moëslains ou Guitier de Moëslains (latin : Vuiterus de Mediolanensis), mort vers 1080, est le premier seigneur connu de Moëslains et de Dampierre, dans la deuxième moitié du XIe siècle.
| Vitier de Moëslains | |
Blason de la Maison de Dampierre (de gueules à deux léopards d'or, l'un sur l'autre) | |
| Titre | Seigneur de Moëslains et de Dampierre (? - c. 1080) |
|---|---|
| Prédécesseur | ? |
| Successeur | Thibaut de Dampierre |
| Allégeance | Comté de Champagne |
| Biographie | |
| Dynastie | Maison de Dampierre |
| Décès | c. 1080 |
| Enfants | Hugues de Dampierre Thibaut de Dampierre |
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Ses origines sont inconnues, mais il est la tige de la maison de Dampierre. Il est le père d'Hugues de Dampierre, qui deviendra évêque de Troyes, et de Thibaut de Dampierre, chevalier, qui lui succédera à la tête de la seigneurie.
Il réalise un pèlerinage à Jérusalem et à son retour à Moëslains, il effectue d'importants dons à l'abbaye de Montier-en-Der où il se retire comme moine.
Biographie
Origines
Vitier de Moëslains est le premier seigneur connu de Moëslains ainsi que la tige de la maison de Dampierre. Ses origines sont inconnues, mais son père ou son grand-père est peut-être Hilderent de Dampierre, mentionné dans d'anciennes chroniques[1],[2].
Toutefois, le médiéviste Jean-Noël Mathieu pense que Vitier de Moëslains pourrait être la même personne qu'un certain Guitier de Vitry (latin : Guterrus de Vitryaco) qui apparait comme témoin dans une charte de donation de la terre de Valmy en Astenois, par un chevalier Thibaut, à l'abbaye Saint-Vanne de Verdun et qui peut être datée entre 1037 et 1048. Ce chevalier Thibaut est identifié par l'historien à Thibaut, tige des seigneurs de Nanteuil-le-Haudouin, et donc un frère du comte Raoul IV de Valois, fortement possessionné dans le Perthois, dont font partie Moëslains et Vitry. Il émet alors l'hypothèse, sans pouvoir avancer de preuve, qui Vitier pourrait alors être un proche parent — un frère cadet ou un cousin — de Thibaut et de Raoul, d'autant plus que Vitier aura un fils qu'il prénommera Thibaut[3].
Ce Guitier de Vitry pourrait être à l'origine du nom du village de Heiltz-le-Hutier (latin : Hesum Witeri )[4].
Seigneur de Moëslains
Son existence nous est principalement connue par une charte de l'abbaye de Montier-en-Der et datée d'entre 1066 et 1074[note 1]. Dans ce document, l'abbé Brunon indique que Vitier, qualifié de chevalier du château de Moëslains, de retour d'un pèlerinage en Terre sainte lors duquel il a visité Jérusalem, est pris de remords pour ses pêchés passés et décide de devenir moine dans ce monastère après lui avoir fait don d'une partie de son patrimoine[5].
Le nom de son épouse est inconnu, mais la charte ci-dessus nous apprend le nom de ses deux fils : Hugues, archidiacre, et Thibaut, chevalier. Son épouse n'étant pas mentionnée dans cet acte et Vitier devenant moine, celle-ci est certainement déjà décédée à ce moment[5].
De ce fait, Vitier résigne alors à ses titres et son fils Thibaut lui succède à la tête de ses possessions[5].
Seigneur de Dampierre
Il n'est pas retrouvé de preuve dans les archives contemporaines que Vitier ait été seigneur de Dampierre, mais la charte de fondation du prieuré de Radonvilliers, datée d'au plus tard en 1080, comporte comme témoin l'évêque Hugues de Dampierre, qui se qualifie de « fils de Vitier de Dampierre » (latin : episcopatu Hugone filio Witerii de Donno Petro)[6].
Cette citation laisse à penser que Vitier a bien été seigneur de Dampierre de son vivant, bien que la charte précitée de l'abbaye de Montier-en-Der n'en fasse pas mention. Toutefois, il n'est pas possible de définir de manière définitive si c'est le lignage de Moëslains qui s'est établi à Dampierre, ou l'inverse[7].
Fin de vie
Une autre charte de Montier-en-Der datée de 1080 en faveur de cette même abbaye indique que les deux fils de Vitier font don d'un four à Hauteville. Le fait qu'il ne fasse pas partie de signataires semble indiquer que celui-ci est déjà mort[4].
Il serait donc mort en 1080 ou peu avant, probablement à l'abbaye de Montier-en-Der, et son fils Thibaud lui succède dans ses titres[4].
Charte de l'abbaye de Montier-en-Der
« Ego Bruno, gratia Dei abbas Dervensis monasterii, noticie fidelibus tradere volo, quod Vuiterus, miles Mediolanensis castri, qui fuit famosissimus vir, postquam ab Jherosolimis reversus est, peccatorum suorum recordatione perterritus, ecclesie Dei in honore sanctorum Apostolorum Petri et Pauli, Sanctique Bercharii constitute, bonorum suorum quorum affluentia letabatur multa dona contulit, ibique monachilem habitum devote suscepit. Est quedam ecclesia juxta predictum castrum in honore Sancti Sepulcri et Sancte Marie, Sanctique Stephani protomartiris, quam Sanctus Lupentius dum eremiticam vitam duceret, a fundamentis locavit, ibique tamdiu conversatus est donec Brunehildis impiissima regina eum decollari fecit. Quam postea dominus Rogerus, episcopus Kathalaunis, ecclesie Dervensi per quod familiaris ejus erat, donauit. Predictus autem Vuiterus antequam monachilem habitum susciperet, ob amorem loci et congregationis cui inserendus erat, donavit ecclesie illi partem unam patrimonii sui, ea scilicet ratione, ut si abbas aliquando monachum ibi transmitteret et aliquis in illa donationis sue parte pro hospite habitare vellet, ita liber redderetur, ut nullus eum causa donationis sequi omnino auderet nec quisquam super eum, nisi abbas et monachi Sancti Bercharii, potestatem habere presumeret. Hoc fecit per consensum filiorum suorum Hugonis, archidiaconi, et Tebaudi militis, et aliorum amicorum suorum. Et ne oblivioni traderetur, precepit ut litteris mandaretur.
Dominni abbatis Brunonis Hugonis archidiaconi
Odelrici prioris Tebaudi fratris ejus
Alberti monachi Hecelini preposit
Anselli monachi Vuidrici militis
Girardi laici Hugonis, de Campanis
Hepelini laici Richardi militis
Huncberti laici Rodulfi filii ejus
Hugonis cubiculi Brunelli de Maisnix
[8] »
« Moi, Brunon, par la Grâce de Dieu abbé du monastère du Der, je veux qu’il soit porté à la connaissance des fidèles que Vitier, chevalier du château de Moëslains, qui fut quelqu’un d’une très grande renommée, à son retour de Jérusalem, profondément bouleversé au souvenir de ses péchés, fit à l’église de Dieu construite en l’honneur des Saints Apôtres Pierre et Paul et de Saint Berchaire, de nombreuses donations prises sur ses biens et dont l’abondance donnait beaucoup de joie. C’est dans cette abbaye qu’il prit dévotement l’habit monastique.
Proche du château de Moëslains se trouve une église en l’honneur du Saint Sépulcre, de Saint Marie et de Saint Étienne le Protomartyr, que Saint Louvent, à l’époque où il menait une vie érémitique, établit depuis les fondations eet où il demeura jusqu’au jour où la très impie reine Brunehaut le fit décapiter. Plus tard, monseigneur Roger, évêque de Châlons, fit don de cette église à l’abbaye du Der en raison de l’affection qu’il avait pour ce monastère. Avant de prendre l’habit monastique, Vitier fit aussi don au monastère de Montier d’une partie de son patrimoine par amour pour le lieu et la communauté à laquelle il allait s‘agréger, avec la disposition suivante : si, un jour, l’abbé de Montier y installait un religieux, à titre d’hôte, dans cette partie de la donation faite par Vitier, celui-là serait laissé à sa liberté, à ce point qu’absolument personne n’ose le poursuivre en justice au sujet de cette donation, ni ne croie avoir autorité sur lui, hormis l’abbé et les religieux de Saint Berchaire. Ce fut fait du consentement des fils de Vitier : Hugues, archidiacre, et Thibaud, chevalier, et d’autres de ses amis. Et pour que ces choses ne soient pas livrées à l’oubli, il prescrivit qu’elles soient consignées par écrit.
Mgr Brunon, abbé Hugues, archidiacre
Oderic, prieur Thibaud, son frère
Albert, religieux Hécelin, prévôt
Anseau, religieux Vuictrice, chevalier
Girard, laïc Hugues, de Champagne
Hépelin, laïc Richard, chevalier
Humbert, laïc Rodolphe, son fils
Hugues, chambrier Bruneau, de Mesnil[9] »
Mariage et enfants
L'identité de son épouse est inconnue mais il a au moins deux enfants :
- Hugues de Dampierre († en 1081), qui devient évêque de Troyes de 1072 à 1081[10] ;
- Thibaut de Dampierre († vers 1107), qui succède à son père[10] ;
- peut-être une fille qui aurait épousé Hilduin de Joinville, seigneur de Nully[4],[note 2].
Confusion historique
Certains historiens du XIXe siècle font état d'un troisième fils de Vitier de Moëslains, nommé Guy de Dampierre qui aurait participé à la première croisade[1],[2], mais il s'agit très certainement d'une erreur due à une confusion des prénoms. En effet, Vitier est également appelé Guitier, autre forme du prénom Guy. De plus, Vitier de Moëslains a effectué le voyage en Terre sainte, même s'il était antérieur aux croisades[4].