WD-40 (lubrifiant)
huile pénétrante de dégrippage repoussant aussi l'humidité
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WD-40 (abréviation de Water Displacement, 40th formula) est la marque commerciale d'un hydrocarbure industriel et domestique, principalement constitué d'une huile pénétrante (utilisé comme produit solvant dégraissant, lubrifiant et protecteur contre la corrosion). Il est vendu en pulvérisateur pour être utilisé en aérosol ou appliqué via une canule.
Histoire

L'histoire du produit est controversée.
L'entreprise explique sur son site internet que le WD-40 a été développé en 1953 par Norman Larsen, fondateur de la Rocket Chemical Company, à San Diego, en Californie. WD-40 est le sigle de « Water Displacement, 40th formula », suggérant que c'était le résultat de la 40e tentative de Larsen de créer le produit. La pulvérisation, composée de divers hydrocarbures, a été conçue à l'origine pour être utilisée par Convair pour protéger la paroi extérieure des réservoirs du missile Atlas contre la rouille et la corrosion. Ces réservoirs de carburant en acier inoxydable avaient des parois si fines et fragiles que lorsqu'ils étaient vides, ils devaient être maintenus gonflés avec de l'azote pour les empêcher de s'effondrer sous leur propre poids.
Néanmoins, Iris Engstrand, une historienne de l'université de San Diego d'où est issu le produit a remis en question cette origine[1]. Elle explique que le produit a en réalité été inventé dans les années 50 par un chimiste américain nommé Iver Norman Lawson. Lawson aurait mis au point le produit pour protéger de la rouille des machines de navires de l'US Navy, dans son garage au 1048 Myrtle Way à San Diego. Puis, il l'aurait revendu à Rocket Chemical, l'entreprise qui commercialise toujours actuellement le produit. Elle témoigne enfin d'une histoire alternative où ce serait deux employés de Consolidated Vultee Aircraf qui avaient pour mission de créer "un solvant qui devait prévenir de la rouille, repousser l'eau et aussi dégripper".
Ce n'est que plus tard qu'ont été trouvés des usages domestiques au WD-40, puis en 1958 le produit a été mis à la disposition des consommateurs à San Diego. Parfois, le terme « WD-40 » est utilisé, à tort, comme générique pour désigner tout produit dégrippant, ce qui peut mener à des confusions car la marque commercialise aussi des décapants sous la même appellation[réf. souhaitée].
Principe de fonctionnement
L'ingrédient actif à long terme est une huile couvrante et peu volatile qui reste sur la surface à laquelle elle est appliquée, apportant lubrification et/ou protection contre l'humidité. Cette huile est diluée avec un hydrocarbure volatil pour fabriquer un fluide de faible viscosité qui peut être aérosolisé pour pénétrer dans les creux ou fissures. L'hydrocarbure volatil s'évapore alors, laissant derrière l'huile. Un propulseur (à l'origine un hydrocarbure de bas poids moléculaire très inflamable, et maintenant du dioxyde de carbone) crée une pression pour forcer le liquide à travers la buse du bidon avant d'évaporer.
Ses propriétés le rendent utile à la fois dans les environnements domestiques et commerciaux. Les utilisations typiques du WD-40 comprennent l'enlèvement de la saleté et l'extraction des vis et des boulons bloqués. Il peut également être utilisé pour desserrer des fermetures à glissière tenaces et enlever l'humidité. Enfin, il se montre utile pour aider au dégrippage de robinets longtemps inutilisés, à l'instar de produits similaires comme le 3-en-1.
Formulation
La formule du WD-40 est un secret commercial. Pour éviter de divulguer sa composition, le produit n'a pas été breveté en 1953 et n'est plus brevetable depuis. Les ingrédients principaux du WD-40, tels qu'ils sont fournis en aérosol, sont les suivants :
- 50 % d'hydrocarbures aliphatiques ;
- Moins de 25 % d'huile de base minérale (extrait de pétrole) ;
- Hydrocarbure aliphatique à faible pression de vapeur de 12 à 18 %. Il réduit la viscosité du liquide afin qu'il puisse être utilisé dans les aérosols. L'hydrocarbure s'évapore pendant l'application ;
- 2 à 3 % de dioxyde de carbone. Un propulseur qui est maintenant utilisé au lieu du gaz de pétrole liquéfié original pour réduire l'inflammabilité du WD-40 ;
- Moins de 10 % d'ingrédients inertes.
La version allemande de la fiche de sécurité obligatoire de l'UE énumère les ingrédients de sécurité suivants :
- 60 à 80 % de naphta lourd (aussi appelé white spirit) traité à l'hydrogène (produit pétrolier utilisé dans les briquets à mèche) ;
- 1 à 5 % de dioxyde de carbone.
Il met en garde contre l'inflammabilité élevée du produit et le risque d'irritation de la peau humaine lorsqu'elle est exposée à plusieurs reprises. Des gants en caoutchouc nitrile et des lunettes de sécurité doivent être portés (le caoutchouc ordinaire se désintègre en cas d'exposition aux produits pétroliers). Il mentionne également que l'eau n'est pas adaptée à l'extinction du produit enflammé.
En 2009, le magazine Wired publie un article avec les résultats des tests de chromatographie en phase gazeuse et de spectroscopie de masse sur le WD-40, affirmant que ses ingrédients le rendent résistant au gel[2].
Une étude toxicologique de [3], montre qu'il contient :
- des hydrocarbures aliphatiques (45 – 50 %),
- des hydrocarbures aliphatiques à basse pression vapeur (12 – 18 %),
- une base produite à partir de pétrole (<25 %),
- du dioxyde de carbone (2–3 %),
- des tensioactifs (<2 %)
- d'autres ingrédients qualifiés de « non dangereux » (<10 %).
Toxicologie
Bien que ce produit soit très utilisé, ayant été mis sur le marché, il y a longtemps, peu de données toxicologiques ou écotoxicologiques sont disponibles dans la littérature scientifique.
Toxicité par inhalation ou ingestion
Les données du National Poison Data System (NPDS) pour 2011 indiquent que les expositions à un seul hydrocarbure représentent environ 37 000 cas, dont tous les décès recensés sont liés soit à l’inhalation, soit à l’ingestion ; les lubrifiants domestiques comme le WD‑40 comptent aux Etats-Unis pour environ 4 000 expositions déclarées, associées à des effets (modérés à majeurs, mais n'ayant pas conduit au décès[3].
Lors des incidents ou accidents domestiques, les hydrocarbures très volatils et peu visqueux du WD‑40 présentent un risque élevé d’inhalation pulmonaire ou d'atteinte des poumons en cas d’ingestion (par des enfants par exemple), même si la plupart des expositions accidentelles n’entraînent pas de complications graves[3].
Le contexte suicidaire est plus dangereux, car impliquant souvent des doses plus importantes et/ou des voies d’exposition inhabituelles (injection notamment), surtout rapportées dans des contextes d’automutilation ou d'accident du travail[3].
Concernant ce type d'hydrocarures, les effets cliniques varient selon la voie d’exposition et la quantité absorbée : l’ingestion et l'inhalation entraînent surtout une atteinte pulmonaire pouvant provoquer détresse respiratoire, pleurésie, hypoxémie et pneumonite parfois hémorragique[4]. L’inhalation peut conduire à un collapsus cardiovasculaire, notamment dans le cadre du sudden sniffing death syndrome. Des effets neurologiques vont de l’euphorie aux convulsion. Des complications hématologiques incluent l'hémolyse intravasculaire et une leucocytose marquée. L’exposition intraveineuse peut induire une insuffisance respiratoire avec pneumonite chimique, un œdème pulmonaire interstitiel hypoxémique voire une atteinte multiviscérale incluant reins et foie[3]. Les injections locales peuvent entraîner cellulite, nécrose graisseuse ou abcès stériles, et la pénétration sous‑cutanée de WD‑40 peut conduire à un syndrome des loges nécessitant une fasciotomie avec des réactions locales sévères, incluant cellulite et leucocytose importante, même pour de très faibles doses[3].
Toxicité en injection
Une étude basée sur deux tentatives de suicides par injection intraveineuse (15 ml) et sous-cutanée (dose de quelques ml) de WD-40 a montré un effet toxique dans les deux cas[3].
Dans le 1er cas, des malaises sont apparus dans les 12 heures après l'injection : le patient a dit avoir ressenti une « lourdeur pulmonaire » avec des nausées, vomissements répétés, céphalées, une dyspnée et de douleurs articulaires diffuses. À l'arrivée des secours, il présentait une fièvre modérée, une tachycardie et une légère hypoxémie (dans un contexte d'antécédents d'usage intraveineux d'héroïne). L'examen clinique retrouvait des râles à la base pulmonaire droite sans détresse respiratoire manifeste, sans signes d'inflammation cutanée aux points d'injection. Mais des complications sont ensuite apparues près du point d'injection et à distance (oedème pulmonaire) et des réactions tissulaires locales graves ayant nécessité des soins intensifs (pour œdème pulmonaire, pneumonite, cellulite près du point d'injection qui a évolué en abcès stérile (formé de tissu sous-cutané nécrosé et liquéfié, ayant nécessité au septième jour d'hospitalisation un passage au bloc opératoire pour incision et drainage). L'évaluation en laboratoire a révélé « une numération des globules blancs (GBB) de 11,2 k/mm, 3 d'hémoglobine 14 g/dL, une créatinine sérique de 1,39 mg/dL, et des gaz artériels (ABG) dans l'air ambiant avec un pH de 7,45, un pCO2 à 32,8 mmHg, un pO2 51 mmHg, unHCO 3 à 23 mmol/L, et une saturation en oxygène de 88 % »[3].
Le second cas (une femme de 29 ans) a présenté, douze heures après l'exposition, une douleur croissante au niveau de la main et du poignet droits, accompagnée d'un important œdème, d'un érythème étendu et d'un emphysème sous‑cutané confirmé radiologiquement. Ses constantes vitales étaient stables, mais les analyses montraient une leucocytose marquée, tandis que l'examen clinique révélait des signes d'infection locale sévère et une extrême sensibilité à la palpation. Malgré l'administration précoce d'antibiotiques à large spectre et son admission en réanimation, l'évolution a conduit au diagnostic de syndrome des loges, nécessitant une fasciotomie avec débridement de tissus nécrotiques, sans mise en évidence d'un agent infectieux à la culture. Son état local s'est progressivement amélioré après la chirurgie, et la patiente a été transférée en psychiatrie au onzième jour d'hospitalisation[3].
