Yang Zhihua
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Yang Zhihua (chinois : 杨之华 ; 1900-1973) est une figure féministe et une organisatrice syndicale du Parti communiste chinois (PCC), connue pour son rôle de directrice du Bureau des femmes[1],[2],[3]. Écrivaine prolifique, elle explore les thèmes des inégalités de genre et de classe dans ses œuvres[3].
Initialement institutrice, Yang étudie à l'université de Shanghai où elle s'engage dans l'organisation syndicale au profit du PCC[4]. Avant et pendant ses études, elle écrit des chroniques dans la rubrique « Critique féminine » du Min Kuo Ji Pao (en), un important quotidien shanghaïen et la principale publication du Kuomintang (KMT). Dans ses écrits, Yang exprime son soutien à une réforme systémique de la culture chinoise et milite pour le remplacement des mariages arrangés traditionnels par des mariages fondés sur l'amour et la liberté[3],[5].
Avec le début de la révolution culturelle, Yang est soupçonnée d'avoir commis des actes de trahison contre le PCC et est emprisonnée jusqu'à sa mort en 1973[4].
Yang est née en 1900 dans une famille de marchands de soie et propriétaires terriens du Zhejiang[6],[4]. À partir de 1917, elle fréquente l'École normale de jeunes filles de Hangzhou, mais en est expulsée deux ans plus tard, lors des manifestations étudiantes du 4 mai 1919, pour sa participation à une revue étudiante progressiste[4],[7]. Sur les conseils de son mentor, Shen Dingyi (en), elle se rend à Shanghai et commence à écrire pour la Revue hebdomadaire (également connue sous le nom de Xingqi pinglun), la revue politique de Shen consacrée à la pensée révolutionnaire[4],[8]. En 1920, Yang est engagée comme enseignante à l'école du village de Yaqian, une école pour paysans fondée par Shen. Plus tard dans l'année, elle épouse le fils de Shen, Shen Jianlong, et accueille leur fille, Qu Duyi, l'année suivante[4],[8].
Yang s'engage au sein du PCC en rejoignant la Ligue de la jeunesse socialiste (rebaptisée plus tard Ligue de la jeunesse communiste de Chine), la branche jeunesse du PCC, en 1922[4]. Elle cherche rapidement à élargir ses horizons et part étudier à l'université de Shanghai en 1923. Elle y allie la théorie marxiste à l'activisme ouvrier, devenant organisatrice syndicale pour les femmes et facilitant de nombreuses grèves[6],[9]. Étudiante, elle rencontra Qu Qiubai, dirigeant révolutionnaire et directeur du département de sociologie de l'université de Shanghai[6],[4].

Yang fait partie d'un groupe de femmes qui, face aux bouleversements sociaux de la Chine des années 1920, s'engagent activement dans la littérature et l'écriture. Tout au long de cette décennie, elle écrit et publie abondamment sur les inégalités dont souffrent les femmes chinoises[1]. Elle milite pour la modernisation des relations de genre en Chine, défendant l'émancipation des femmes et la reconstruction des dynamiques sociales pour plus d'équité[10]. En novembre 1924, Yang annonce publiquement dans Min Kuo Ji Pao son divorce d'avec Shen et son remariage avec Qu, remettant en question les conceptions conservatrices du mariage prônées par des perspectives plus traditionnelles[3]. Pour Yang, le droit au divorce est fondamental au mariage et à l'amour[3]. Après leur mariage, Qu adopte Qu Duyi, la fille de Yang issue d'une précédente union[4].
Organisation syndicale
Suite à l'alliance de 1924 entre le Parti communiste chinois et le Kuomintang, on assiste à une nouvelle vague d'activisme ouvrier[6]. À l'université de Shanghai, centre de cette dynamique d'organisation syndicale, Yang s'implique de plus en plus dans les efforts du PCC pour organiser les travailleuses des industries de l'emballage et de la soie, malgré les grèves ouvrières de grande ampleur[4].
Yang joue un rôle plus central dans l'organisation du mouvement ouvrier féminin, à commencer par le Mouvement du 30 mai 1925, un mouvement étudiant et ouvrier visant à protester contre l'impérialisme britannique et japonais ainsi que contre le régime des seigneurs de guerre[6]. Le , Yang est élue à un poste de direction au sein du Syndicat général du travail de Shanghai[4]. Le même mois, des responsables du Parti communiste la mettent en contact avec des ouvriers de la British American Tobacco Company (BAT)[6]. Yang commence alors à organiser les ouvrières et à les recruter pour participer activement au Mouvement du 30 mai[3],[6]. Elle réussit à recruter des femmes dans l'usine d'emballage de BAT pour la grève générale de juin 1925, ce qui lui vaut une reconnaissance publique[4]. Elle mène également ces femmes dans les campagnes shanghaiennes dans l'espoir de rallier le soutien de la population au mouvement, mais sans grand succès dans les zones rurales[6]. Yang contribue également à faciliter la syndicalisation des travailleurs de l'industrie de la soie, bien que nombre d'entre eux n'aient pas participé à la grève de juin 1925[3].
En octobre 1925, Yang devient directrice par intérim du Bureau des femmes du Parti communiste, remplaçant Xiang Jingyu après sa démission[3],[6]. Deux ans plus tard, en mai 1927, Yang est officiellement confirmée à ce poste et élue membre du Comité central du PCC[6].
En 1928, Yang part étudier en Union soviétique, puis revient en 1930 où elle s'engage dans le mouvement ouvrier clandestin. En 1935, après l'exécution de son mari, Qu Qiubai, par le Kuomintang, elle s'installe à Moscou où elle demeure jusqu'en 1942. À son retour, elle est arrêtée par Mao Zemin et Chen Tanqiu (en), dirigeants du Parti communiste. Emprisonnée de 1942 à 1946 au Xinjiang, elle se réfugie ensuite à Yan'an, une base communiste[6].
En 1949, le Parti communiste accède au pouvoir et Yang devient une figure de proue du mouvement ouvrier. Parmi ses fonctions les plus importantes, elle siège au sein de la Fédération panchinoise des syndicats, d'abord à son Comité exécutif (1948-1966), puis simultanément à la direction de son Département des femmes (1953-1966)[6]. Yang est également une membre influente de la Fédération panchinoise des femmes, où elle occupe notamment le poste de vice-présidente (1957-1966)[6]. En 1953, elle est nommée au Comité pour la mise en œuvre de la loi sur le mariage, où elle dirige les campagnes visant à promulguer la nouvelle loi sur le mariage de 1950, qui prévoit notamment le relèvement de l'âge minimum et l'abolition des mariages arrangés. Elle est également membre de l'Association d'amitié sino-soviétique de 1949 à 1954[6].
Mort et héritage
L'engagement de Yang dans le militantisme ouvrier cesse avec le début de la révolution culturelle. Elle fait alors l'objet de vives critiques en raison de sa relation avec Qu Qiubai, son défunt mari, qui a écrit des articles critiques envers le marxisme avant son exécution[4]. De plus, durant la révolution culturelle, toute libération d'une prison du Kuomintang dans les années 1930 et 1940 est largement perçue comme une preuve de trahison[11]. Des allégations émergent alors selon lesquelles Yang aurait divulgué des secrets du PCC lors de sa précédente incarcération. Elle reste emprisonnée jusqu'à trois jours avant sa mort en 1973, des suites d'un cancer, à l'hôpital de l'École de médecine de Pékin[4].
Dix ans après sa mort, en 1983, la section de Shanghai du Département de recherche du PCC publie Huiyi Yang Zhihua (traduit par Souvenirs de Yang Zhihua), un recueil d'écrits de Yang et de témoignages de ses proches et de ses camarades révolutionnaires[11]. Ce recueil constitue la première publication substantielle du PCC consacrée à une figure féminine importante du parti, des années 1920 à la révolution culturelle[11].
