Yves Bouvier

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Yves Bouvier
Yves Bouvier en 2008.
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Distinction

Yves Bouvier, né le à Genève est un homme d'affaires et marchand d'art suisse spécialisé dans le transport et l'entreposage d'œuvres d'art et d'objets de valeur. Il est le fondateur des ports francs de Singapour et du Luxembourg[1].

Depuis 2015, il fait l'objet de nombreuses enquêtes, entre autres diligentées par la justice suisse.

Origines et jeunesse

Yves Bouvier est le fils de Jean-Jacques Bouvier, employé depuis 1953 chez le transporteur genevois Natural Le Coultre[2],[3].

Jean-Jacques Bouvier en devient, avec sa famille, le propriétaire en 1984, et y développe une filiale pour le transport d'objets précieux[4],[5].

Yves Bouvier abandonne l'université[6] et son père l'embauche comme stagiaire au sein de l’entreprise Natural Le Coultre[7]. Il travaille aux côtés de son père dès le début des années 1980 et passe plus de dix ans dans tous les départements de l'entreprise Natural Le Coultre : du camionnage au déménagement, en passant par les opérations de transfert industriel[8].

Protestant non pratiquant[4], ses passions principales sont le nautisme et l'équitation[9],[10].

Carrière chez Natural Le Coultre

En 1984, la famille Bouvier rachète Natural Le Coultre[5]. En 1989, Jean-Jacques Bouvier et Yves Bouvier créent la filiale Fine Art Transports Natural Le Coultre[5].

Nommé directeur adjoint en 1995, puis président du groupe en 1997, Yves Bouvier développe toute une gamme de services autour de l’entreposage des œuvres d’art et d’objets de valeurs dans les ports francs[4] : restauration, photographie, expertise, salle d’exposition, etc. Il finit par se détacher de toutes les autres activités de Natural Le Coultre pour se spécialiser dans le marché de l’art et se consacre au développement international du concept de « hub artistique » qu’il a développé à Genève[11].

Afin de développer les activités du groupe sur le territoire asiatique, Yves Bouvier quitte ses fonctions exécutives en 1998.

Ports francs

Dès 2005, Yves Bouvier entreprend d'exporter son modèle commercial hors de Suisse[12]. Qualifiés de « trous noirs » par l’eurodéputée Evelyn Regner du fait de leur absence de traçabilité, les ports francs regroupent des services spécialisés destinés aux collectionneurs, aux musées et aux entreprises[13].

Yves Bouvier est alors surnommé « le roi des ports francs »[14],[15]. Il est le principal promoteur de ce concept dans le monde entier. En partant d’une participation minoritaire dans le port franc de Genève, il exporte le concept à Singapour et au Luxembourg[16]. Il se consacre au développement de ce modèle à Pékin, avec l'ouverture envisagée d'une structure de 120 000 m2 (et 700 000 m2 à terme)[17], le « Beijing Freeport of Culture ». Il travaille sur la mise en œuvre d'un projet similaire avec la ville de Shanghai[18].

En 2016, l’UNESCO présente dans un rapport le risque élevé que les ports francs soient utilisés par des marchands d'art pour récupérer des œuvres d'art issues de vols, pillages ou fouilles illicites pour les revendre, même de nombreuses années après[19].

En 2018, une étude réalisée par le Service de recherche du Parlement européen décrit leur grande sécurité et leur discrétion comme un élément favorisant un risque d'évasion fiscale et de blanchiment d’argent[20],[21]. En , le Parlement européen adopte à une large majorité une résolution sur le renforcement des mécanismes de lutte contre le blanchiment d'argent qui prévoit la suppression progressive de tous les ports francs de l’UE[22]. En , la Commission européenne ajoute les ports francs à la liste des secteurs qui comportent un risque accru de blanchiment d’argent[23]. Les ports francs de Genève et du Luxembourg ont tous deux été cités dans le rapport final[24].

Port franc de Genève

La société Natural Le Coultre d'Yves Bouvier était actionnaire minoritaire (5,9 %) du port franc de Genève[25]. Le port franc de Genève détiendrait pour 100 milliards de francs suisses d'œuvres d'art[26].

Le port franc aurait été lié à un trafic d’antiquités pillées en Syrie[27] et est considéré par l’Union européenne comme à risque pour des opérations de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale[28].

En 2016, une opération de police est menée dans le port franc de Genève et aboutit à la découverte de nombreuses antiquités volées[29]. Emballés dans 45 caisses, les enquêteurs découvrent 17 000 objets grecs, romains et étrusques.

Yves Bouvier vend sa participation en 2017 après que le gouvernement suisse ait fait voter des lois incitant à une surveillance accrue[30].

Port franc de Singapour

Yves Bouvier choisit Singapour pour y créer un nouveau port franc consacré à l'art. L'immeuble futuriste hyper sécurisé disposant d'un espace de 30 000 m2 est inauguré en 2010[11]. Le « Freeport Singapore » est situé en zone franche et au pied des pistes de l’aéroport de Changi[11].

En 2016, le Groupe d'action financière, qui lutte contre le blanchiment d’argent, affirme dans un rapport sur les mesures de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme que le port franc de Singapour présente un risque « moyen à élevé » de blanchiment d'argent et de financement du terrorisme. Le rapport souligne que « les autorités compétentes […] n'ont pas démontré une compréhension globale des activités menées dans le port franc de Singapour »[31].

Le port franc de Singapour accueille principalement des œuvres d'art, mais aussi des métaux précieux, des voitures de collection, du vin et des bijoux[32]. Ses premiers clients comptaient JPMorgan, UBS ou encore la Deutsche Bank qui, à un moment donné, y avaient conservé des métaux rares[33],[34].

Le port franc est en vente depuis 2017. Fin 2018, il cumulait 18,4 millions de dollars de pertes selon les documents déposés auprès de l’Accounting and Corporate Regulatory Authority de Singapour[35].

En , Yves Bouvier explique dans une interview que « l’idée du port franc de Singapour s’est révélée être un grand succès »[36].

Port franc de Luxembourg

Souhaitant reproduire le modèle du « Freeport Singapore » au sein de la zone euro[37], Yves Bouvier entreprend la même démarche au Luxembourg avec l’ouverture en 2014 du « Freeport Luxembourg », un entrepôt ultrasécurisé de 22 000 m2 sur 4 étages, et jouxtant l’aéroport de Luxembourg-Findel. Dès son ouverture, 75 % des espaces sont déjà loués[38].

En , le port franc au Luxembourg ouvre. Cette décision est vue comme un effort visant à attirer des investisseurs plus fortunés vers le Luxembourg[39]. La construction du port franc a été validée par le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker[40].

En 2018, le port franc de Luxembourg est soumis à l'examen d’une commission du Parlement européen, centrée sur les crimes financiers et la fraude fiscale. L'eurodéputé allemand Wolf Klinz, membre de la commission, demande à la Commission européenne de combler les lacunes qui permettraient de potentiels crimes financiers dans cette zone[41].

Autres activités professionnelles

Yves Bouvier a fondé en 2004 la société Art Culture Studio, destinée à l'organisation d'évènements culturels. Il a notamment été l'initiateur et le président de la Moscow World Fine Art Fair[42] et de la Salzburg World Fine Art Fair[43]. Les activités à but non lucratif font partie intégrante du fonctionnement d'Art Culture Studio, qui en 2012 participe à la rénovation du mobilier XVIIIe pour le boudoir de l'impératrice Joséphine de Fontainebleau[8]. Art Culture Studio soutient la fondation Renaissance de la propriété russe à la campagne, organisation publique non lucrative qui vient en aide à des programmes de recherche liés à la restauration de complexes historiques et culturels ruraux[44].

Yves Bouvier a également été, en 2008, l'un des initiateurs du projet de création de la Pinacothèque de Paris à Singapour, géré par Marc Restellini[45]. Selon son site internet, l’organisation est « le premier musée transversal parisien, où dialoguent mille ans d’histoire de l’art à travers une centaine d’œuvres majeures »[46]. L’inauguration a eu lieu en 2015. En 2016, le musée doit fermer pour cause de « trou financier » et de « malfaçons » essentiellement liés à l’architecture[47].

Yves Bouvier est l'un des principaux instigateurs du projet de construction du « pôle R4 », la micro-ville artistique de l'île Seguin[48]. Ce pôle artistique, porté et financé par Yves Bouvier, dessiné par l'architecte français Jean Nouvel, était prévu pour 2017[49],[50].

Ventes de ses participations

À l'automne 2016, Yves Bouvier vend le projet R4[51] au groupe immobilier Emerige-AOG[52].

En 2017, Natural Le Coultre est vendue à un transporteur français, André Chenue SA, via la holding Horus Finance, en raison de problèmes financiers et juridiques[53]. La même année, dans le cadre de l'enquête pour fraude fiscale présumée d'Yves Bouvier, des fonctionnaires de l'Administration fédérale des contributions (AFC) séquestrent l'un des bâtiments de Natural Le Coultre à Genève, d'une valeur de 4,5 millions de francs suisses[54].

Yves Bouvier était également propriétaire d'un promoteur immobilier suisse, CA Consulting, détenue par Euroasia Investment, une holding appartenant à Yves Bouvier[55]. Bouvier et son associé Aouad sont poursuivis pour fraude par des sous-traitants[55].

Affaires judiciaires

Notes et références

Voir aussi

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