Dans son livre Zomia ou l’art de ne pas être gouverné, une histoire anarchiste des hautes terres d’Asie du Sud-Est, James C. Scott analyse la Zomia comme la dernière expérience d’autonomie politique, étendue dans l’espace et persistante dans le temps, capable de résister jusqu’à très récemment à l’avancée du « progrès » : celles des groupes ethniques, comme les Miao (ou Hmongs) ou les Kachin, des collines d’Asie du Sud-Est.
Cette étude peut être élargie à d'autres zones géographiques, permettant d'expliquer les antagonismes et les complémentarités entre des zones de basses terres sous contrôle d'un état et les zones de hautes terres en dehors de ce contrôle : cru / cuit, amont / aval, dominé / dominant, collines-forêts-plateaux / plaines-vallées, polyculture (riz de coteau, patate douce, igname, maïs, manioc, café, thé, tabac, pavot…) / monoculture (riz, blé…), dehors (ni impôt ni corvée) / dedans, frontière-refuge-sanctuaire-réserve-résidu-marge-périphérie-écart-fuite-exode / centre, barbare / civilisé, sauvage / apprivoisé, insoumis / soumis, récalcitrant-rebelle / assimilé, autonome-libre / dépendant…