Écoles gratuites de dessin
écoles de dessin en France au XVIII et XIX siècles
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Des écoles gratuites de dessin pour garçons sont créés au cour du XVIIIe siècle, partout en France pour répondre au besoin des manufactures. Les écoles gratuites de dessin pour filles sont créées au cours du XIXe siècle.

Contexte
Au début du XVIIIe siècle, il n'existe pas d'école de dessin pour les artisans. Le maître enseigne le dessin dans son atelier, en fonction de ses propres connaissances à l'apprenti[1].
La croissance économique, l'attrait pour les objets de luxe (faïence, orfèvrerie, porcelaine, tapisserie, etc), l'intérêt nouveau pour le néo-classicisme nécessitent de former les artisans et ouvriers aux métiers d'art. Ils ont besoin de maîtriser le dessin et la géométrie[2]. Or l’Académie royale basée à Paris a le monopole de l'enseignement artistique[3].
C'est dans ce contexte que de nombreuses écoles gratuites de dessin vont s'ouvrir au cours XVIIIe siècle. Les premières écoles sont créés en Province (Toulouse en 1726). Les écoles dessins sont destinées aux ouvriers et apprentis qui savent lire et écrire. Il faut attendre 1808, pour avoir la première école gratuite de dessin ouvertes aux filles[3].
Les écoles gratuites de dessins ne dispensent pas de cours de modèle vivant (académie). Seules les académies dispensent des cours de modèle vivant[3].
Les écoles gratuites de dessin pour garçons
En province
Les premières écoles gratuites de dessin sont créés en province bien avant celle de Paris[3].
Toulouse crée la première école gratuite de dessin en 1726. Elle ne dépend pas de l’Académie royale de peinture et de sculpture de Paris. Elles est créée par Antoine Rivalz, peintre de la ville, à l’hôtel de Capitoulat, dans lequel il dispose d'un atelier. La municipalité lui octroie une somme de quatre cents livres par an, pour les frais de l’école qui accueille artistes amateurs, graveurs, orfèvres, brodeurs, peintres, sculpteurs, architectes, menuisiers[3]. En 1746, elle devient Société des beaux-arts. Par lettres patentes du , elle est érigée en Académie royale de peinture, sculpture et architecture[4],[5].
Vingt-neuf écoles de dessin sont créés à l'initiative d'artiste ou mécènes. Annecy, Amiens, Angers, Bayonne, Boulogne-sur-Mer, Châtellerault, Douai, Grenoble, Lorient, Tours, Valenciennes sont créés par des artistes. Le Mans, Saint-Quentin, Aix-en-Provence, La Rochelle, Orléans, Montpellier sont créés par des amateurs d'art ou des mécènes[3].
Huit écoles sont créées par des villes dont Aix, Mâcon, Pau, Rennes, Toulouse, Reims, Vienne. Six écoles sont crées par des académies. Lille, Douai, Arras et Cambrai sont créés par des États[3].
En Bretagne, la Société d’agriculture, du commerce et des arts ouvre quatre écoles dont Rennes en 1757[3].
Le roi intervient pour une seule école : celle de Beauvais attachée à la manufacture royale, ouverte en 1750[1].
Chambéry possède une école de dessin fondée en 1777 par le roi Victor-Emmanuel III.
Auch, Dijon en 1767 et Mâcon en 1783 ouvrent des écoles sur le modèle de celle de Paris[6].
À la fin du XVIIIe siècle, on compte une soixantaine d'écoles de dessin en Province[7].
À Paris

L’Académie de Saint-Luc et l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture dispensent des cours de dessin public une fois par semaine. Ces cours acceptent entre 20 et 30 élèves. Cela ne suffit pas à répondre aux besoins des différentes professions[1].
En 1765, Jean-Jacques Bachelier, ouvre une école gratuite de dessin, dans le collège d'Autun, rue Saint-André-des-Arts. Il est issu de l'académie royale de peinture. Il est élève de Noël Coypel en 1749, reçu à l’académie en 1752, professeur adjoint depuis 1763, directeur artistique de la manufacture de Vincennes puis Sèvres depuis 1748. En 1767, elle devient l'École royale gratuite de dessin par lettres patentes du roi Louis XV[8]. Son but est de développer les métiers relatifs aux arts et d’accroître la qualité des produits de l’artisanat et de l’industrie[9]. L'école bénéficie de dons des corporations et de nombreux fondateurs. Trois matières sont enseignées : la géométrie et l'architecture, la figure et les animaux, les fleurs et l'ornement[1]. La scolarité dure six ans. Les élèves les plus jeunes ont huit ans. Les cours sont dispensés par des étudiants de l'académie royale et des professeurs. Une classe pouvait accueillir 125 élèves. Quatre cours de deux heure se succédaient chaque jour, recevant 500 élèves par jour. En 1775, elle s'installe dans l'ancien théâtre d'anatomie Saint-Cosme, au Couvent des Cordeliers, rue de l'école de médecine. Des visites de l'école sont organisées, notamment pour les visiteurs étrangers. L'école de dessin rencontre le succès et sert de modèle pour de nombreuses écoles en province ou à l'étranger. À Weimar, une école est fondée en 1776. Joseph II fonde plusieurs écoles de dessin en 1786[6].
Le , Jean-Jacques Bachelier plaide devant l'assemblée nationale pour son école. Elle devient École de dessin pour la République. On compte 350 élèves en 1792, 800 en 1840 et 1300 en 1862[1].
- École gratuite de dessin, rue de l'école de médecine. L'illustration, 26/08/1848
- figure et l'ornement pour les commerçants
- dessin et modelage d'après les plantes vivantes
- dessin d'après la bosse
À partir de 1830, la municipalité de Paris subventionne six écoles gratuites de dessin, situées sur la rive droite[10].
En 1877, l'école de dessin devient l'École Nationale des Arts Décoratifs[9].
Écoles gratuites de dessin pour filles
Le XIXe siècle voit la création d'écoles de dessin pour femmes et jeunes filles. Il s'agit de la première formation artistique accessible aux femmes. Ces écoles forment des ouvrières plutôt que des artistes[11].
Paris

En 1803, Marie Frère de Montizon, élève du peintre d’histoire Jean-Bernard Restout fonde l’École gratuite de dessin pour jeunes filles. Il s’agit de doter les femmes de compétences graphiques applicables aux métiers d'art (étoffes, papier peint, dentelle, fleurs artificielles, etc.), afin qu'elles puissent avoir un moyen de subsistance. L’école est financée au moyen de souscriptions. En 1810, l'état prend en charge le financement de l'école. Elle est renommée École spéciale et gratuite de dessin pour les jeunes personnes. En 1813, elle s'installe au 7 rue de Touraine-Saint-Germain (renommée rue Dupuytren en 1851). Elle est école royale à la Restauration. 100 et 200 élèves suivent régulièrement les cours. À partir de 1810, les cours sont assurées uniquement par des femmes. Marie de Frère de Montizon est secondée par ses deux filles, Justine et Flore, élèves de l'école et du peintre Anne-Louis Girodet. En 1829, Justine et Flore dirigent l'école. En 1848, Raymond Bonheur prend la direction de l'école. Il est remplacée par Rosa Bohneur en 1849. Elle dirige l'école jusqu'en 1860. Nelly Marandon de Montyel prend le relais. L’enseignement comprend le dessin de figure, d’ornement, des fleurs, des animaux, du paysage, le dessin d’après bosse à partir de 1810, dessin industriel à partir de 1862, gravure sur cuivre en 1863, gravure sur bois en 1865, peinture sur faïence, peinture à l’huile et décorative en 1867. En 1875, l'école est transférée 10 rue de Seine[10]. En 1890, l'école intègre l’école nationale des arts décoratifs dans un bâtiment séparé, rue de Seine. Seule, la composition d’architecture a lieu dans la section des garçons. En 1949, l’enseignement devint entièrement mixte[12].
Madame Charles ouvre une école en 1840 rue Saint-Avoie, pour femmes, dans l'école dirigé par son mari. De même, en 1845 Madame Dupuis ouvre une école dans l'école de son mari rue de la Croix (actuelle rue Volta). Les cours ont lieu dans la journée. Ces écoles de dessin féminines sont subventionnées par la municipalité parisienne, dans une moindre mesures que les écoles masculines. En 1850, elles reçoivent 1 000 francs contre 3000 pour les écoles masculines[10].

De 1860 à 1868, la municipalité investit massivement dans la formation artistique pour femmes. En 1868, dix-neuf arrondissements ont leur école de dessin féminine. Elles sont subventionnées à la même hauteur que celles des hommes. Elles sont dirigées par des femmes peintres. On peut citer ː Eugénie Hautier, Delphine Keller, Suzanne Battaille, Mathilde Duckett, Louise Thoret. Ces écoles offrent toutes de nouvelles perspectives économiques aux femmes. Les débouchés sont les industries d’art et l’enseignement. De plus l'école des Beaux-Arts étant fermée aux femmes, les écoles gratuites de dessin sont le seul moyen pour les femmes, de se former aux Beaux-Arts[10].
Province
En 1804, la Société d’agriculture, sciences et arts du département de la Haute-Vienne fonde une école de dessin pour garçons, à Limoges. Elle ouvre une école de dessin en 1854 et une école de peinture sur porcelaine en 1861 pour jeunes filles. En 1850, les manufactures de porcelaine envoie leur production à Paris afin d' être peinte. L'ouverture des deux écoles pour femmes est en partie motivée par le manque de main d’œuvre locale capable de peindre la porcelaine. L'école de dessin est abritée dans l'enceinte du couvent des sœurs de la Charité de Saint-Vincent de Paul. L'enseignement est confié à Sidonie Baraton de Reugny, portraitiste de Limoges. Soixante élèves de 11 à 20 ans reçoivent deux heures de cours par jour. L'enseignement comprend il comprend le dessin de la figure, de l’ornement et du paysage, le dessin de genre d’après des modèles-estampes et des modèles en relief. L'école de peinture sur porcelaine ouverte en 1861 est confiée à un homme, Louis Dalpayrat secondé par son épouse Anna. Elle prend la direction de l'école en 1868. L'enseignement est proche de l'apprentissage. Les élèves sont admises pour une durée de deux ans. Elles sont rémunérées de 5 centimes à 25 centimes en fin de formation. En 1868, une école gratuite des beaux-arts appliqués à l’industrie accessible aux filles et aux garçons est ouverte à l’instigation du négociant et collectionneur d’art Adrien Dubouché[13].
En 1856, à Lyon, la Société d’instruction primaire du Rhône ouvre un cours de dessin pour dames et demoiselles adultes . Elle est fréquentée par des filles d’artisans : imprimeurs-lithographes, graveurs, ornemanistes, ciseleurs, bijoutiers[10].
À Troyes en 1879, à Valenciennes en 1880, à Amiens en 1884, des cours féminins sont organisés au sein d’écoles jusqu’alors exclusivement masculines. L’École nationale d’art décoratif d’Aubusson, organisée sur le même modèle que celle de Limoges, accueille filles et garçons dès sa création en 1884. L’École nationale des arts industriels de Roubaix, créée en 1881, ouvre des cours pour jeunes filles en 1899[13].
Bibliographie
- Faire œuvre. La formation et la professionnalisation des artistes femmes aux XIXe et XXe siècles, Paris, Aware, , 256 p. (ISBN 9782956053330)
- Agnès Lahalle, Les écoles de dessin au xviiie siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 294 p. (ISBN 978-2-7535-3205-2, lire en ligne).

- Renaud d’Enfert, L’enseignement du dessin en France. Figure humaine et dessin géométrique (1750-1850), Paris, Belin, , 255 p. (ISSN 1279-8096)