Église Saint-Charles-Garnier de Québec
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Type |
Église |
|---|---|
| Culte |
Catholique romain |
| Rattachement | |
| Diocèse | |
| Paroisse |
Bienheureuse-Dina-Bélanger |
| Style |
Néogothique anglais |
| Architectes | |
| Construction |
1945-1947 |
| Religion | |
| Patrimonialité |
Bien inventorié dans le répertoire du patrimoine culturel du Québec (d) |
| Site web |
| Pays | |
|---|---|
| Province | |
| Quartier | |
| Adresse |
1215 Av. du Chanoine-Morel, Québec, QC G1S 4B1 |
| Coordonnées |
|---|
L’église Saint-Charles-Garnier de Québec est une église catholique située dans le quartier Sillery de l'arrondissement Sainte-Foy–Sillery–Cap-Rouge dans la ville de Québec.
Elle a été construite entre 1945 et 1947, à une époque charnière dans l’évolution de l’art religieux au Québec. C’est ce qui explique que des œuvres empreintes de modernité, tels les émaux sur cuivre de Jean-Jacques Spénard ou les vitraux en dalle de verre des frères Rault, en côtoient d’autres beaucoup plus traditionnelles telles les mosaïques de Walter del Mistro ou les boiseries de la famille Bourgault.
L’église Saint-Charles-Garnier témoigne du savoir-faire des professeurs de l’École des beaux-arts de Québec qui ont participé à sa décoration intérieure. Notons Jean-Baptiste Soucy, le directeur de l’époque, Jean-Jacques Spénard et Marius Plamondon. Ce dernier, qui a réalisé deux vitraux dans l’église, est une figure majeure du renouveau de l’art religieux au Québec dans la période d'après-guerre.
Débuts de la paroisse
L’histoire de la paroisse Saint-Charles-Garnier est intimement liée à l’urbanisation de la partie haute de Sillery, appelée Bergerville, dans les années 1930. En effet, l’ouverture de nouvelles rues dans ce secteur quelques années plus tôt a entraîné un important accroissement de sa population. Entre 1931 et 1941, la population totale de Sillery est passée de 2794 à 4214 habitants[1].
L’unique paroisse de Sillery était alors celle de Saint-Colomb (renommée Saint-Michel en 1969). Son église, érigée sur la Pointe à Puiseaux, convenait bien aux habitants du faubourg ouvrier de Sillery, mais était trop éloignée des habitants de Bergerville. Une chapelle fut donc aménagée au sous-sol de l’école Saint-Michel (maintenant le Centre communautaire Noël-Brûlart) en 1938 avant qu’un terrain ne soit acheté en 1944 en vue de construire une chapelle-desserte.
Cette solution ne convenait pas à de nombreux résidents qui désiraient la création d’une nouvelle paroisse. Pour faire suite à leur demande, l’archevêque de Québec, Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve, érigea canoniquement la paroisse Saint-Charles-Garnier le 7 août 1944. Cela déplut grandement au curé de Saint-Colomb, Eugène Delisle, qui perdit les trois quarts de ses paroissiens[n 1].
L’abbé Alphonse Morel fut nommé curé fondateur de la paroisse Saint-Charles-Garnier et occupa ce poste de 1944 à 1958.
Construction
Une fois la paroisse fondée, le terrain initialement prévu pour la construction de la chapelle-desserte fut racheté de la paroisse Saint-Colomb pour la construction de l’église. L’achat se conclut le 2 juin 1945[2].
Charles-A. Jean, résident de Sillery, fut choisi comme architecte pour concevoir les plans de l’église. Les plans généraux furent approuvés par les marguilliers en mars 1945 et les plans finaux en mai 1945[3]. Le nom de l'architecte Roland Dupéré, qui collaborait avec Charles-A. Jean pour certains projets depuis 1938[4], figure au bas de plusieurs plans. L'architecture de l’église s’inscrit dans le style néogothique anglais tout en comportant des caractéristiques modernes[5].
C’est l’entrepreneur François Jobin de Québec qui fut choisi pour construire l’église et le presbytère adjacent[6]. Le 25 juin 1945, le chantier de construction s’ouvrait. Un an plus tard, soit le 25 août 1946, la première messe était célébrée dans la crypte. L’église fut inaugurée le 1er novembre 1947 lors de la fête de la Toussaint, avant d’être bénie le 21 mai 1950 par l’évêque auxiliaire de Québec Charles-Omer Garant[7].
Les travaux de décoration continuèrent jusque dans les années 1960. Il fallait en effet ajouter de nombreux vitraux, construire un orgue et décorer les transepts latéraux.
En 1957, une chapelle des mariages fut construite en annexe à l’église. On lui donna pour patron saint Alphonse, en l’honneur du curé fondateur ; c’était d’ailleurs son dernier grand projet avant de quitter la paroisse un an plus tard. C’est l’entrepreneur G.-H. Monty qui construisit la chapelle selon les plans de l’architecte Noël Mainguy[8].
- Vue intérieure de l'église.
- Chapelle St-Alphonse.
Décor intérieur
Sculptures et ébénisterie


De nombreuses sculptures et œuvres d’ébénisterie composent le décor intérieur de l’église. Celles-ci ont été majoritairement produites par l’atelier de Jean-Julien Bourgault de Saint-Jean-Port-Joli entre 1949 et 1953[9]. Ce dernier avait fondé, avec ses frères Médard et André, l’École de sculpture de Saint-Jean-Port-Joli en 1940[10].
Nicole Bourgault, consultante en ethnologie et fille de Jean-Julien Bourgault, écrivait : « L’église Saint-Charles-Garnier possède d’ailleurs l’un des chœurs les plus anciens et les mieux conservés où est intervenu l’atelier de Jean-Julien Bourgault [...] »[11]. Ce chœur est notamment composé de stalles ornées de nombreux motifs sculptés, dont des feuilles d’érable, des fleurons et des anges. Au centre du chœur se trouve un maître-autel en acajou, dont le devant est un bas-relief représentant la mort de saint Charles Garnier. Le retable du chœur est surmonté d’un grand crucifix sculpté par Médard Bourgault.
C’est aussi l’atelier de Jean-Julien Bourgault qui a produit les boiseries des deux transepts ainsi que la chaire. Cette dernière est composée d’un abat-voix surmonté d’un ange à la trompette et d’une cuve ornée des symboles des quatre évangélistes.
Vitraux

Les vitraux de l’église et de la chapelle Saint-Alphonse ont presque tous été produits par l’atelier des frères Rault de Rennes (Vitraux d’art E. Rault). Ceux-ci, ornant un total de plus de 80 baies, ont été fabriqués entre 1948 et 1959[12].
Les premiers vitraux installés furent ceux du chœur. Faisant face aux fidèles se trouvent deux vitraux dont l’un représente saint Paul et l’autre saint Pierre. Les autres vitraux du chœur illustrent de façon symbolique 12 fêtes parmi les plus importantes de l’année liturgique.
Chacun des deux transepts de l’église est éclairé par un triptyque. Celui de gauche représente Notre-Dame-du-Purgatoire alors que celui de droite représente le Sacré-Coeur ainsi que la thématique de l’évangélisation.
La façade de l’église est ornée d’une immense verrière représentant le Couronnement de la Vierge. Quinze figures importantes de la chrétienté s’y côtoient. La particularité de cette verrière réside dans l'utilisation de deux types de verre : la dalle de verre et du verre antique plus mince. C’est d’ailleurs uniquement en dalle de verre que sont composés les vitraux de la chapelle Saint-Alphonse et ceux de la nef de l’église.
Dans le baptistère se trouvent deux vitraux fabriqués par Marius Plamondon en 1954 : Le sacrement du baptême et L’Arbre de vie. L’artiste habitait à Sillery et fut une figure majeure du renouveau de l’art religieux au Québec dans la période d'après-guerre[13].
Émaux sur cuivre
Les deux transepts de l’église ont été décorés selon les plans de Jean-Baptiste Soucy, architecte et professeur de l’École des Beaux-Arts de Québec[14]. Ces transepts sont ornés d’un total de 22 émaux sur cuivre produits en 1954 par Jean-Jacques Spénard, résident de Sillery et professeur à l'École des Beaux-Arts de Québec. C’est lui qui a mis sur pied l’atelier de céramique de cette école[15].

Ces émaux sur cuivre composent deux séries dont l’une raconte la vie de sainte Anne et l’autre la vie de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.
La présence de ces émaux sur cuivre dans l’église Saint-Charles-Garnier témoigne du renouveau de l’art sacré québécois s’étant opéré dans les années 1950 au Québec[n 2]. En effet, ce type d'œuvre ne faisait pas partie des décors traditionnels des églises québécoises[16].

Mosaïques
Une dizaine de mosaïques sont intégrées au décor de l’église[17]. Celles-ci sont l'œuvre de l’artiste italien Walter Del Mistro. Il était venu au Québec pour produire les mosaïques de la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré en 1939[18].
Deux grandes mosaïques sont installées en 1959 à la croisée du transept. La première représente Notre-Dame du Perpétuel Secours et la deuxième représente Saint-Joseph tenant l’Enfant-Jésus. Les retables des deux transepts et leur autel respectif sont aussi ornés de mosaïques.
Les mosaïques de Walter Del Mistro s'inscrivent dans le style byzantin. Celles-ci ont été produites suivant la méthode indirecte, rendant lisse la surface visible de l'œuvre.
Orgue

L’orgue a été fabriqué par la maison Casavant Frères de Saint-Hyacinthe en 1953. Il porte le numéro d’opus 2181 et est à traction électrique. Ses 31 jeux, répartis sur trois claviers et un pédalier, sont composés d’un total de 1999 tuyaux[19].
La bénédiction de l’orgue s’est déroulée le 24 janvier 1954. Un grand concert, auquel ont participé l’organiste Claude Lavoie, la mezzo-soprano Patricia Poitras et le ténor Pierre Boutet, a eu lieu pour l’occasion[20].
Cloches
Pour annoncer les offices religieux, quatre cloches ont été coulées en 1950 par la fonderie française Paccard. Elles ont été bénies par l’évêque auxiliaire de Québec Charles-Omer Garant le jour de la bénédiction de l’église, soit le dimanche 21 mai 1950[21].
Les cloches sonnent de façon automatique 15 minutes avant les offices religieux.
Voici leurs caractéristiques :
| Numéro | Nom | Note |
|---|---|---|
| 1 | Charles Garnier | Mi 3 |
| 2 | Marie | Fa# 3 |
| 3 | Joseph | Sol# 3 |
| 4 | Alphonse-Marie | Si 3 |
Chemin de croix
Le chemin de croix, composé de 14 stations, a été réalisé en France par Madeleine Chantrel selon un modèle élaboré en 1924. Les scènes, en plâtre moulé, sont enchâssées dans des cadres de bois.
Mise en valeur du patrimoine
Livre historique et exposition permanente

Le 9 septembre 2012 avait lieu le lancement d’un livre intitulé Le patrimoine religieux de l’église Saint-Charles-Garnier[22]. Celui-ci fait suite aux diverses études menées à partir de 2009 par des spécialistes en architecture et en arts dans le but de mieux connaître la valeur patrimoniale de l’église et des œuvres d’art qu’elle recèle. Leurs rapports ont ensuite été adaptés pour être présentés au public sous la forme d’un livre profusément illustré comportant 135 pages[23].
Une exposition permanente composée d’une dizaine de panneaux explicatifs a été mise sur pied en 2016[24]. Celle-ci offre une synthèse des informations présentes dans le livre et permet ainsi aux visiteurs de saisir la richesse et le symbolisme du décor de l’église.
Cette grande entreprise de mise en valeur du patrimoine doit son origine et son aboutissement à la marguillière et secrétaire de l’assemblée de Fabrique de l’époque, Louise Lafrance, qui en a assuré la direction[24].
Journées du patrimoine religieux
Depuis 2023, l’église Saint-Charles-Garnier participe aux Journées du patrimoine religieux : chaque septembre, elle offre des visites guidées pour faire découvrir son histoire et ses œuvres[25].
Saint patron
Le choix de saint Charles Garnier comme patron de la paroisse peut s’expliquer par le rôle important qu’ont joué les jésuites dans l'histoire de Sillery. En effet, en 1637, ceux-ci ont fondé la mission Saint-Joseph sur l'actuel chemin du Foulon dans le but d’évangéliser les Autochtones[26].
Saint Charles Garnier (1606-1649), un jésuite français, se rendit à Québec en 1635 pour évangéliser les Hurons et les Pétuns jusqu’à son martyre en 1649. Il fait d’ailleurs partie des huit saints martyrs canadiens, en l’honneur desquels un monument a été installé devant l’église Saint-Michel en 1930, l’année de leur canonisation[27]. En 1940, ils étaient nommés patrons secondaires du Canada[28] ; quatre ans plus tard, la paroisse Saint-Charles-Garnier voyait le jour.

