Le terme modillon désigne un support ornemental placé en saillie au faîte des murs afin de soutenir une corniche. l'ornement peut être géométrique ou figuratif. Les figures peuvent être des animaux familiers, des animaux mythologiques, des monstres démoniaques ou des humains. De plus, les figures humaines peuvent représenter des activités telles que : jouer d'un instrument de musique, exercer une activité de labeur ou une activité résolument sexuelle, ces représentions étant, à nos yeux, fort surprenantes sur le chevet d'une église. Les modillons de ce dernier type sont souvent désignés comme « obscènes » ou « impudiques »[3]. Ils sont très fréquents sur les églises romanes de France, d'Angleterre, d'Irlande et d'Espagne.
Le clergé avait le contrôle total de l'iconographie dans les églises depuis le deuxième concile de Nicée en 787. S'il y a des sculptures « zoomorphes », « grotesques », « impudiques », etc., c'est parce que le clergé le voulait bien. Il y a donc une raison.
La représentation des animaux dans l'art médiéval occidental étant très bien codifiée dans les bestiaires, il n'est donc pas surprenant que l'on trouve quasiment les mêmes thèmes et animaux dans la décoration des églises romanes partout en Europe.
Les péchés charnels sont aussi les mêmes partout et il est donc naturel que l'illustration pour les dénoncer soit quasi identique dans le monde roman. Cependant, la similarité de certains modillons de l'Espagne avec ceux d’Irlande, par exemple, laisse supposer qu'il existait aussi des « bestiaires des péchés ».
L'illustration et la dénonciation de ces péchés « normaux » ou « quotidiens », sans beaucoup de symbolique pour une population inculte, tels que nudité, exhibitionnisme (féminin et masculin), masturbation, homosexualité, relations sexuelles homme-femme « interdites », « lascivité », femme tentatrice de l'homme, etc. représentent un « sermon en pierre ».
Les modillons de l'église Saint-Martin illustrent presque tous les cas de figures.
Exhibitionniste anal
Le centaure
Tête démoniaque
Deux chiens
La masturbation
Homme avec massue
Double feuille
Dessin géométrique
Tonneau de vin
Tête d'un homme
Tête de basilic
- Félin
Cruche
Joueur de cor
L’exhibitionniste anal :
l'homme est nu, à demi accroupi sur les pieds et de dos. Cependant, le haut du corps est de face, le bas du corps nous tourne le dos. D'une main, il entrouvre ses fesses et de l'autre, il indique, avec l'index, son anus.
Le Centaure :
dans l'ensemble des modillons romans, il y a un rapprochement trop fréquent pour être fortuit d'un Centaure avec des figures sataniques ou libidineuses (serpents, dragons, basilics, sirènes, obscènes et luxures traditionnelles) où le Centaure est en train de viser avec sa flèche ou la flèche décochée transperce l'adversaire. Le Centaure, figure mythologique, est un émissaire de la rétribution divine et il vise l’exhibitionniste !
Satyre et Femme :
ce modillon a souffert des ravages de l'iconoclasme. On voit les restes d'une femme nue se tenant debout devant un homme nu agenouillé, avec un phallus pointu. Il a deux petites cornes (signe diabolique) au-dessus des oreilles, pour montrer que l’œuvre de chair est celle de Satan.