Église de la Voie de la Grâce
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L'Église de la Voie de la Grâce (coréen : 은혜로교회), surtout connue en anglais sous le nom de Grace Road Church, est un mouvement religieux sectaire chrétien sud-coréen fondé en 2002 et implanté aux Fidji depuis 2014[1],[2]. Il a été fondé par la pasteure Shin Ok-ju[3]. Ce mouvement sectaire est aujourd'hui dirigé par son fils, Daniel Kim.
Aux Fidji
Les spécialistes de cette secte, notamment l'universitaire Tark Ji-il, affirment qu'elle présente de nombreuses similitudes avec d'autres sectes coréennes : une croyance en l'obéissance absolue au chef religieux, une interprétation de la Bible propre au groupe et l'enseignement du retour imminent de Jésus-Christ (millénarisme), ainsi que la désignation d'un lieu spécifique (en l'occurrence, les Fidji) comme dernière demeure[2]. Le groupe a fait l'objet d'une surveillance accrue de la part des milieux chrétiens coréens et a été officiellement mis à l'écart en 2014, considéré comme hérétique[2].
Selon le site web du groupe, un missionnaire de l'Église aurait été envoyé faire le tour du monde à la recherche d'une terre où survivre à la famine telle qu'annoncée dans la Bible, et, après avoir exploré 60 pays, se serait installé aux Fidji[2]. Le groupe et sa dirigeante estiment que les Fidji sont le « centre du monde tel que promis dans la Bible » et l'ont rejoint en 2014. Après l'arrivée des membres de la secte aux Fidji, les passeports d'environ 400 adeptes[1] auraient été confisqués[4]. Les principales Églises des Fidji accusent le mouvement d'être une secte depuis des années. Un porte-parole de l'Église méthodiste locale a déclaré aux journalistes : « Je pense que tout le monde sait ici que ce mouvement est une secte. »[5].
Enquêtes, allégations de violences et d'abus et arrestations
En 2014, Shin Ok-ju, la fondatrice, a été poursuivie en justice par un homme atteint de schizophrénie, qui l'accusait d'avoir supervisé une tentative de guérison de sa maladie mentale par la prière. La plainte alléguait qu'elle avait encadré la « purification religieuse », en l'attachant avec du ruban adhésif et en le privant de ses médicaments pendant 10 jours, ce qui aurait entraîné l'amputation de sa jambe à la suite d'une gangrène[6].
En 2018, des images ont circulé dans les médias, montrant des adeptes de l'Église se giflant violemment pour « chasser le diable les uns des autres »[1],[3],[6]. Dans un documentaire diffusé en Corée du Sud, d'anciens membres ont livré des témoignages faisant état de violences physiques et de travail forcé. Selon eux, la pasteure Shin Ok-ju et d'autres membres encerclaient certains individus et les frappaient[5],[1].
En juillet de la même année, trois de ses membres ont été arrêtés à leur arrivée à l'aéroport d'Incheon, à Séoul[4]. En août, les enquêtes de la police coréenne sur le groupe, notamment à la suite de l'arrestation de sa fondatrice, se sont poursuivies, pour des accusations de séquestration, d'agression et d'infraction au contrôle des changes. Le 14 août, le siège de l'Église à Navua, aux Fidji, a été perquisitionné par la police coréenne, le Département de l'immigration et la police fidjienne[4]. Après la perquisition, une assistance consulaire a été proposée aux adeptes de l'Église[7].
Le 30 juillet 2019, en Corée du Sud, Shin Ok-ju est reconnue coupable et condamnée à six ans d'emprisonnement[1]. En 2020, en appel, sa peine est portée à sept ans de prison pour blessures volontaires en réunion, violences aggravées, séquestration aggravée, escroquerie et violation de la loi sur la protection de l’enfance[3],[8].
En 2024, un membre ayant réussi à s'échapper de l'emprise de la secte a révélé avoir subi huit années de sévices et de travaux forcés. Par ailleurs, le mouvement sectaire fait l'objet d'une enquête des autorités fidjiennes pour entrave à la délivrance des passeports des familles de ses membres et pour diverses infractions à la loi, commises par ses entreprises affiliées[1]. Le 6 décembre 2024, lors d'une audience en appel, Shin a dû faire face à de vives protestations de la part de plusieurs victimes, car elle a affirmé à plusieurs reprises qu'elle n'avait pas utilisé les passages à tabac comme moyen de contrôle des membres de la secte[8].
En janvier 2025, lors de l'audience en appel concernant Shin Ok-ju et cinq autres membres, la cour a réduit sa peine à quatre ans et six mois de prison[1],[9].
En décembre 2025, le département d'État américain a accusé Grace Road de trafic d'êtres humains, après l'évasion d'au moins quatre citoyens américains, dont deux enfants, de cette secte. Le 15 décembre, le département d'État a menacé de rétrograder les Fidji au niveau 3 de son programme de soutien si le gouvernement fidjien ne prenait pas de mesures contre Grace Road, ce qui entraînerait une réduction significative de l'aide américaine au pays[1],[3].
Développement d'entreprises aux Fidji
Depuis son arrivée aux Fidji en 2014, la secte a constitué un conglomérat, nommé Grace Road Group (GRG)[1]. L'église collecte des fonds par le biais du GRG, qui a ouvert diverses entreprises à travers l'archipel[7]. L'entreprise employait au moins 300 ressortissants coréens et 100 Fidjiens en août 2018. Parmi les entreprises ouvertes par le groupe figurent des chaînes de restaurants, des salons de beauté, une entreprise de construction, une quincaillerie et une exploitation agricole, en partenariat avec l'Université nationale des Fidji[10].
Après la condamnation de Shin Ok-ju, en 2025, le Grace Road Group a déclaré que ses activités économiques aux Fidji se poursuivaient normalement, affirmant que la condamnation faisait l’objet d’un appel et n’avait pas d’impact sur ses opérations locales[11].
Le communiqué de l'organisation affirme que les allégations portées contre Shin Ok-ju sont fausses et « vont trop loin »[1]. Le communiqué poursuit : « La famille GR Group, qui travaille avec fierté en tant que propriétaires, est profondément indignée par tous ces mensonges… Ceux qui cherchent à nous diffamer ont inventé des mensonges inqualifiables concernant la confiscation de passeports, le travail forcé, l'incarcération et les violences. »[10],[3]
Références
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 « Fiji govt tight-lipped on links to Korean cult accused of slavery », Radio New Zealand,
- 1 2 3 4 (en-NZ) « Fiji govt tight-lipped on links to Korean cult accused of slavery », Radio New Zealand, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- 1 2 3 4 5 « 은혜로교회 신옥주 목사, 점입가경(漸入佳境) », Modern Religion Monthly, (consulté le )
- 1 2 3 (en) Vilimaina Naqelevuki, « Grace Road investigations continue », FijiTimes, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- 1 2 (en) « 'That's when I freaked out': Former member tells of life inside Fiji 'cult' », ABC News, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- 1 2 (en-US) John Marzulli, « Church pastor sued for $6M for allegedly using prayer to cure man's mental illness, resulting in him losing his leg - NY Daily News », nydailynews.com, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- 1 2 Joshua Berlinger, « Stranded in paradise: How hundreds of parishioners of a notorious South Korean church ended up stuck in Fiji », CNN, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- 1 2 (ko) Hyun Bin Kim, « 은혜로교회 신옥주, 항소심에서 징역 10년 구형 », Modern Religion, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « The doomsday cult’s guide to taking over a country », The Economist, (ISSN 0013-0613, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 (en-NZ) « Call for explanation over Grace Road workers in Fiji », Radio New Zealand, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ (en) « Business As Usual For Grace Road Group As Leader Is Jailed In South Korea », sur Fiji Sun (consulté le )