Élection présidentielle gambienne de 2016
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| Élection présidentielle gambienne de 2016 | ||||||||||||||
| Corps électoral et résultats | ||||||||||||||
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| Inscrits | 886 578 | |||||||||||||
| Votants | 526 128 | |||||||||||||
| 59,34 % | ||||||||||||||
| Blancs et nuls | 165 | |||||||||||||
| Adama Barrow – Coalition 2016 | ||||||||||||||
| Voix | 227 708 | |||||||||||||
| 43,29 % | ||||||||||||||
| Yahya Jammeh – Alliance patriotique pour la réorientation et la construction | ||||||||||||||
| Voix | 208 486 | |||||||||||||
| 39,64 % | ||||||||||||||
| Mammah Kandeh – Congrès démocratique de la Gambie | ||||||||||||||
| Voix | 87 760 | |||||||||||||
| 17,07 % | ||||||||||||||
| Président | ||||||||||||||
| Sortant | Élu | |||||||||||||
| Yahya Jammeh APRC |
Adama Barrow UDP | |||||||||||||
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L'élection présidentielle gambienne de 2016 a lieu le afin d'élire le président de la République de Gambie pour un mandat de cinq ans[1].
Le président autocrate Yahya Jammeh, au pouvoir depuis vingt-deux ans, est battu à la surprise générale. Son refus de quitter le pouvoir entraîne en une intervention militaire de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CÉDÉAO), avec l'aval du Conseil de sécurité des Nations unies, pour permettre au président élu, Adama Barrow, de prendre ses fonctions. Le , Yahya Jammeh accepte de céder la présidence à son successeur, et quitte le pays.
La Gambie n'est généralement pas considérée comme une démocratie. Le président Yahya Jammeh, arrivé au pouvoir par un coup d'État en 1994, s'est maintenu au pouvoir par la violence et l'intimidation, s'appuyant sur l'arrestation, la torture et les disparitions forcées de journalistes et d'opposants politiques[2]. Freedom House classe la Gambie du président Jammeh comme étant une dictature plongée dans un « climat de peur », et note une intensification de la répression contre les journalistes et les figures de l'opposition en amont des élections de 2016 : détentions arbitraires de journalistes, interdictions de manifester pour les partis d'opposition, pouvoir judiciaire subordonné à l'exécutif… De manière générale, « les élections sont violentes et truquées »[3].
Yahya Jammeh a aboli toute restriction quant au nombre de mandats qu'il puisse servir, se brouillant ainsi en avec la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest. Cette dernière considère que les élections en Gambie ne sont pas crédibles, en raison d'intimidations exercées à l'égard des partis d'opposition et des citoyens[4]. Pour l'élection de 2016, de nouvelles restrictions ont été introduites quant aux candidatures. Tout candidat doit désormais payer 500 000 dalasi (environ 11 700 euros) pour faire enregistrer sa candidature. Il doit également rassembler les signatures de soutien de 10 000 citoyens et, s'il n'a pas encore de parti politique, payer 500 000 dalasi pour le droit d'en former un. Les candidatures doivent être soumises pour le mois de , et seules les personnes âgées de moins de 65 ans peuvent se porter candidates[5].
Mode de scrutin
Le président gambien est élu au scrutin uninominal majoritaire à un tour pour un mandat de cinq ans, sans limitation du nombre de mandats[5].
Le système de vote gambien possède la particularité de ne pas recourir à des bulletins de vote en papier déposés dans une urne classique, mais à des billes que les électeurs placent dans des bidons, chaque candidat en lice se voyant attribué un bidon distinct peint dans la couleur de son parti et sur lequel figure sa photo. Les urnes sont disposées à l'abri des regards, protégeant le secret du vote, tandis que l'insertion d'une bille dans une urne déclenche une clochette, permettant aux scrutateurs de s'assurer que l'électeur n'a voté qu'une fois. Le système est mis en avant pour son coût très faible et sa simplicité qui conduit à un taux très faible d'erreurs, dans un pays où l'analphabétisme touche la moitié de la population[6],[7].
Lors du « dépouillement » — qui prend la forme d'un simple comptage — l'urne d'un candidat est descellée et son contenu versé en une ou plusieurs fois sur des planches à trous d'une capacité de 200 à 500 billes chacune. Une fois les scrutateurs d'accord sur le nombre de billes, celles-ci sont remises dans l'urne qui est conservée en cas de contestation du résultat, et les scrutateurs passent à l'urne du candidat suivant. L'opération, répétée dans chaque bureau de vote, est très rapide, et les résultats en général connus au niveau national dès le lendemain du scrutin[8].
Candidatures
Ousainou Darboe, chef du Parti démocratique unifié (conservateur), le principal parti d'opposition, est arrêté en pour avoir participé à une manifestation pacifique non autorisée. Il demandait la libération de partisans du parti arrêtés deux jours plus tôt, et une enquête sur la mort en détention policière de Solo Sandeng, l'une des principales figures du parti. En juillet, Ousainou Darboe et dix-huit autres manifestants sont condamnés à trois ans de prison, ce qui empêche sa candidature à l'élection[9],[10].
Adama Barrow, du Parti démocratique unifié, est choisi comme candidat commun de huit partis d'opposition (dont le Parti pour la réconciliation nationale, le Parti démocratique populaire pour l'indépendance et le socialisme, et le Parti de la convention nationale). Il se présente ainsi contre Yahya Jammeh (Alliance patriotique pour la réorientation et la construction), qui brigue un cinquième mandat consécutif à la tête de l'État[11],[12],[13].
Campagne
Au mois de mai, Yahya Jammeh déclare : « Je préviens cette vermine maléfique qui s'appelle l'opposition : si vous voulez déstabiliser ce pays, je vous enterrerai neuf pieds sous terre ». Au cours des mois qui suivent, des dizaines d'opposants sont arrêtés, et deux meurent en prison[12],[14]. Début , trois journalistes sont arrêtés et placés en détention arbitraire sans procès, de même qu'un homme d'affaires connu pour financer des partis d'opposition[15].
Début novembre, Yahya Jammeh affirme : « Allah m'a élu ; seul Allah peut me retirer le pouvoir »[16]. Mi-novembre, il répond aux critiques que formule l'opposition : « Être qualifié de dictateur ne me gêne pas du tout, car je suis un dictateur du développement et du progrès »[12]. Il avertit les citoyens qu'ils doivent voter : s'abstenir serait « illégal » et inacceptable, car l'organisation du scrutin coûte de l'argent à l'État[17].
Jammeh promet une bourse au mérite pour l'accès des meilleurs écoliers à l'université, et promet surtout de faire de la Gambie une « superpuissance économique ». Face au nombre important de migrants qui quittent le pays et tentent de rejoindre l'Europe, il affirme que « dans deux ans ou peut-être moins » cette migration se serait inversée, et que des Occidentaux arriveraient comme réfugiés en Gambie[18].
