Élie Azagury

architecte marocain From Wikipedia, the free encyclopedia

Élie Azagury (arabe : إيلي الزاقوري), né en 1918 à Casablanca et mort en 2009 dans la même ville[1], est un architecte marocain dont l’activité s’inscrit de manière décisive dans l’émergence du modernisme architectural au Maroc au cours du XXe siècle. À la suite de l’indépendance du pays en 1956[2], il assume la direction du Groupe des architectes modernes marocains (GAMMA), contribuant à structurer et à diffuser les principes de cette orientation esthétique et fonctionnelle. La littérature spécialisée le désigne fréquemment comme l’un des premiers représentants du courant moderniste marocain. Son œuvre se déploie notamment dans plusieurs centres urbains majeurs, tels que Casablanca, Tanger et Agadir[2].

Naissance
Nationalité
Activité
Faits en bref Naissance, Décès ...
Élie Azagury
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activité
Fermer

Parallèlement à son activité professionnelle, il manifeste un engagement politique marqué, se réclamant du communisme, position qui suscite des controverses dans le contexte de son époque. Il prend part de manière active à l’élaboration de programmes d’habitat collectif, en particulier dans le quartier de Hay Hassani à Casablanca, où sont édifiés des ensembles résidentiels fondés sur des unités modulaires[3],[4]. Ces réalisations procèdent d’une synthèse entre les canons de l’architecture moderne et des formes vernaculaires, intégrant de manière réfléchie les pratiques culturelles et les usages sociaux des populations concernées[5],[6].

Biographie

Elie Azagury est né en 1918 dans l'immeuble des Magasins Paris-Maroc, le premier bâtiment de la ville nouvelle européenne de Casablanca, surplombant la Place de France[3].

Début de la vie

Élie Azagury naît à Casablanca en 1918, au sein d’un foyer israélite issu des contrées septentrionales du Maroc[3],[7][8]. Son père, Judah-Haïm Azagury, exerce des activités de négoce et administre un établissement commercial dans la métropole casablancaise[3][9]. Le patronyme « Azagury » paraît entretenir un lien toponymique avec Zagora, ancienne place prééminente de la vallée du Drâa[10].

Il a grandi avec son ami proche et futur collègue Jean-François Zevaco[3].

Il exerce, pour une période de durée restreinte, les fonctions d’apprenti auprès de Marius Boyer, personnalité éminente du champ architectural casablancais durant l’intervalle chronologique compris entre les décennies 1920 et 1940[3][8].

Études

En 1937, il se transporte de Casablanca à Paris, le territoire marocain étant alors dépourvu d’institution dédiée à l’enseignement de l’architecture. Il est admis en qualité d’apprenti au sein de l’atelier Hérault-Boutrin, où il exerce durant un biennium, tout en se préparant au concours d’admission de l’École des Beaux-Arts. Après plusieurs tentatives infructueuses, il est finalement reçu en 1939, se classant dix-septième sur un millier de candidats[8]. L’année suivante, dans le contexte de l’occupation de la zone septentrionale par les forces nazies, il quitte précipitamment la capitale et entreprend, sans accompagnement, un déplacement vers le sud en direction de Marseille, qu’il effectue à bicyclette[8].

Au cours de son itinéraire, un architecte établi à Pau lui procure l’hospitalité, assortie d’une subsistance complète, et lui confie des fonctions professionnelles qu’Azagury exerce durant une période d’environ six semaines[8]. Par la suite, à Marseille, il est admis à collaborer au sein de l’Atelier d’architecture de l’École des Beaux-Arts, où il demeure près de deux années. Cette expérience contribue à orienter ses références esthétiques vers des modèles issus de l’architecture américaine, notamment à travers l’étude des réalisations de Richard Neutra et de Frank Lloyd Wright[8].

Sous l’Occupation, il se fixe à Megève où il collabore, durant un biennal, aux travaux de l’architecte Michel Aimé[8]. Cette période de répit prend fin lorsqu’une délation de voisinage compromet sa sécurité en révélant son ascendance juive. Alerté par des agents de la force publique qui, par une désobéissance discrète aux injonctions d'arrestation, l'enjoignent de s'éloigner sans délai, il quitte la station alpine[8]. Réduit à l’emport de ses seuls effets personnels, il regagne la capitale au terme d'une pérégrination pédestre, privilégiant les sentiers vicinaux afin de s'extraire de la surveillance des barrages routiers[8]. Il réintègre alors l'École nationale supérieure des Beaux-Arts et parachève son cursus au sein de l'atelier d'Auguste Perret. Son diplôme lui est délivré en 1944, concomitamment à la Libération de Paris[8]. En dépit de cette validation académique, il pourvoit initialement à sa subsistance par l'exercice de tâches ancillaires au sein d'un réfectoire universitaire[8].

Début de carrière

Peu de temps après cette étape initiale, il établit sa résidence à Stockholm, où il collabore durant un biennium avec l’architecte Ralph Erskine[2]. Au cours de ce séjour, son parcours se trouve sensiblement infléchi par les milieux artistiques et créatifs qu’il fréquente, en particulier par les figures d’Ingmar Bergman et de Vivianna Torun Bülow-Hübe[8]. L’empreinte de l’architecture suédoise, assimilée à cette période, transparaît ultérieurement dans plusieurs de ses réalisations, notamment le groupe scolaire de Longchamp (1954) ainsi que celui des Roches Noires (1963), aujourd’hui dénommé école Ibrahim Roudani[11][2].

Préalablement à son établissement définitif au Maroc, Azagury séjourne durant un biennat à Paris, où il seconde l’architecte Paul Nelson dans l'organisation de son agence[12][8]. Cette période est marquée par une sociabilité intellectuelle active au sein de l’avant-garde de gauche, fréquentant notamment des figures telles que Fernand Léger, Georges Braque, Tristan Tzara ou encore Jacques Prévert[8]. Poursuivant son itinéraire vers le sud, il s'entretient à Marseille avec Le Corbusier. Cette rencontre, doublée de l’examen du chantier de l’Unité d’habitation — alors désignée par l'expression vernaculaire de « Maison du Fada » —, s’avère déterminante pour son orientation doctrinale[8]. Dès lors, sa praxis architecturale intègre les principes de l'habitat vertical et les potentialités plastiques du béton armé, tout en se fondant sur l'application systématique de la divine proportion dans la conception de ses ordonnances spatiales[8].

Il regagne Casablanca en 1949. Au cours de cette période initiale, son activité se concentre sur l’élaboration de programmes domestiques et mobiliers, relevant tant de l’ameublement que de l’architecture résidentielle privée ; parmi ces réalisations figurent notamment la villa Dahon ainsi que la villa Shullman, édifiée en 1951[13][8]. Parallèlement, il se voit attribuer le premier rang à l’issue d’un concours portant sur la conception de l’édifice scientifique du lycée Lyautey, sis boulevard Mers Sultan, établissement désormais désigné sous le nom de lycée Mohammed V[8].

GAMMA

Azagury constitue l’unique membre d’ascendance marocaine au sein du Groupe des Architectes Modernes Marocains (GAMMA)[8][14]. En collaboration avec Georges Candilis, il exerce une pression soutenue sur Michel Écochard, alors directeur du service de l’urbanisme à la période terminale du Protectorat, afin d’obtenir un accroissement notable de la densité résidentielle dans le cadre de l’opération dite « Logements pour le plus grand nombre », mise en œuvre aux Carrières Centrales et présentée lors du Congrès international d’architecture moderne de 1953[14][15]. L’intéressé qualifie ultérieurement ses rapports avec Écochard de conflictuels, marqués par une tension persistante : s’il lui reconnaît une acuité intellectuelle et une rigueur professionnelle indéniables, il le considère néanmoins comme un agent effectif du dispositif colonial français[8]. Écochard soutient en effet la thèse selon laquelle les populations marocaines seraient inaptes à l’habitation en édifices de grande élévation, tandis qu’Azagury défend, à l’inverse, le recours à la verticalisation, qu’il érige en impératif à la fois économique et social[8].

À la suite de l’accession du Maroc à la souveraineté en 1956[8], Azagury assume la direction du GAMMA. Durant la décennie subséquente, il redoute que cette mutation politique ne s’accompagne d’une inflexion vers des formes architecturales vernaculaires, au détriment des principes du modernisme. L’observation des réalisations effectives dissipe toutefois cette appréhension, aucune régression de cet ordre ne se manifestant dans les orientations adoptées[8].

Entre 1957 et 1960, le projet de logements de Derb Jdid, conçu par Michel Azagury dans l’arrondissement de Hay Hassani, illustre l’orientation urbanistique inspirée par les théories d’Auguste Ecochard, qui postule que la population marocaine ne saurait s’accommoder de l’habitat vertical[8].

Reconstruction d'Agadir

L'étroite collaboration qu’il entretient avec son confrère Jean-François Zevaco se cristallise notamment lors de la reconstruction d'Agadir[16], consécutive au séisme de 1960. Azagury gagne la cité le 8 mars 1960[17], soit huit jours après la catastrophe tellurique, dont l'ampleur délétère le marque durablement[8]. Il s’assigne alors une mission de résilience : l'élaboration d'une architecture propre à exhaler la pérennité et l'ascendant sur les éléments, afin de favoriser la convalescence psychique des rescapés[8]. Néanmoins, il déplore la direction des opérations confiée à Pierre Mas. Ce dernier, dépourvu de toute habilitation en architecture ou en urbanisme, s'attire les griefs d'Azagury pour avoir rompu la continuité entre le centre urbain et le littoral au profit de l'aménagement d'un pôle balnéaire[18][8].

Azagury a dirigé le projet de complexe touristique méditerranéen de Cabo Negro de 1970 à 1980[1].

Héritage

Le 20 décembre 2019, l’association MAMMA. assure le mécénat d’une manifestation consacrée à l’empreinte architecturale d’Elie Azagury, considéré comme le pionnier du modernisme au Maroc[19]. La programmation de cet événement inclut des parcours commentés au sein de l’école Ibrahim Roudani et une allocution scientifique tenue à la Bibliothèque saoudienne, visant à analyser et contextualiser l’apport d’Azagury dans le panorama architectural nationa[20]l.

Voir aussi

Références

Liens externes

Related Articles

Wikiwand AI