Émeute ethnique

émeutes dues à des tensions ethniques From Wikipedia, the free encyclopedia

Une émeute ethnique (appelée également émeute raciale, traduction littérale de l'anglais race riot, riot dérive du vieux français riote, riotte, signifiant « petite querelle » ou « dispute ») est un phénomène urbain qui a comme origine les tensions entre différents groupes ethniques.

Limites de l’expression “émeute ethniques”

Émeute

Commissariat de police enflammé vu de nuit.
Émeute du 28 mai 2020 suite à la mort de George Floyd.

Une émeute est une manifestation populaire agitée, généralement spontanée et violente, par exemple avec des bagarres. Le mot français a pour origine estmote, "mouvement, explosion, éclatement"; il est attesté dès la fin du XIIè siècle.

Ethnie

Une ethnie ou un groupe ethnique est une population humaine ayant en commun tout ou partie d'une origine ou d'une ascendance, d'une histoire, d'une mythologie, d'une culture, d'une langue ou d'un dialecte, d'un mode de vie, etc. L'appartenance à une ethnie ou ethnicité est ainsi liée à un patrimoine culturel commun, que ce soit la tradition, les coutumes, le rôle social, l'origine géographique, l'idéologie, la philosophie, la religion, la cuisine, l'habillement, la musique, etc. Revendiquée par la population concernée elle-même, cette appartenance est alors une définition endogène ; émise par des personnes extérieures à cette population, c'est alors une définition exogène.

Différence entre émeute, manifestation et révolution ?

« L'émeute est spontanée, locale et limitée dans le temps. La révolte est, elle, plus large et durable, dotée d'une organisation et de porte-paroles, avec des objectifs plus ambitieux. »Une émeute ethnique, c'est lorsque des groupes de personnes de cultures, langues ou religions différentes s'affrontent. Cela peut commencer par des bagarres, des incendies, des vols ou des destructions de biens, comme le dit Michel Kokoref : « Selon des militant.es des quartiers populaires et des chercheurs et chercheuses, il discréditerait d'emblée l'événement, lui associant les termes d'"incendies" et de "pillages", pour assimiler les émeutiers à la violence des "casseurs" »[1]. Ces émeutes surviennent souvent lorsqu’il existe déjà des tensions entre les communautés, comme des injustices, des inégalités ou des conflits. Un petit incident peut déclencher une grande explosion. Ce qui rend ces émeutes différentes des autres troubles, c'est que les gens se battent à cause de leur identité.

Une manifestation est un rassemblement de personnes, dans un lieu public ou sur la voie publique, dans le but de faire connaître, de défendre une opinion[2]. Une manifestation n'a pas de violence contrairement à une émeute ou une révolution[3].

La révolution est un changement radical dans le régime mit en place en utilisant la force.

Le lien avec les luttes pour les droits civiques au 20ème

Au cours du XXe siècle, l’expression d’« émeutes raciales » (ou « émeutes ethniques ») est fréquemment utilisée pour désigner des épisodes de violences collectives survenus aux États-Unis dans un contexte de fortes tensions raciales. Ces événements s’inscrivent dans l’histoire plus large des luttes pour les droits civiques des Afro-Américains, et en constituent à la fois une manifestation et un révélateur des limites.

Après l’abolition de l’esclavage à la fin du XIXe siècle, les populations afro-américaines restent soumises à un système de ségrégation institutionnalisée, notamment dans les États du Sud. Les lois dites « Jim Crow » instaurent une séparation stricte des populations blanches et noires dans les espaces publics, accompagnée de discriminations économiques et politiques [4],[5].

Au cours du XXe siècle, en particulier à partir des années 1950, se développe un mouvement pour les droits civiques visant à mettre fin à ces inégalités. Ce mouvement repose d’abord sur des stratégies non violentes, incarnées notamment par des figures comme Martin Luther King, et aboutit à des avancées juridiques majeures, telles que la déségrégation scolaire et l’adoption du Civil Rights Act (1964) et du Voting Rights Act (1965)[4],[5].Cependant, ces progrès législatifs ne suffisent pas à faire disparaître les inégalités sociales et économiques[4].

Dans de nombreuses villes du Nord et de l’Ouest des États-Unis, où une importante population afro-américaine s’est installée lors de la Grande Migration, les discriminations en matière de logement, d’emploi et d’accès aux services publics persistent[6],[5] .

À cela s’ajoutent des tensions liées aux violences policières et à la marginalisation économique[5],[6].

Dans ce contexte, des épisodes de violences éclatent à plusieurs reprises, comme lors du « Red Summer » de 1919, ou plus tard dans les années 1960, notamment à Watts en 1965 et à Detroit en 1967[4]. Ces « émeutes raciales » sont généralement décrites comme des affrontements violents impliquant des groupes définis selon des critères raciaux. Toutefois, cette appellation tend à simplifier des phénomènes plus complexes[5],[6].

En effet, ces événements ne relèvent pas uniquement de conflits interethniques, mais traduisent aussi des tensions sociales profondes, liées aux inégalités structurelles et à l’exclusion persistante des populations afro-américaines[6].

Ils peuvent ainsi être interprétés comme des formes de protestation collective face à l’absence de changements concrets malgré les avancées juridiques[6],[7].

L’apparition et la multiplication de ces émeutes dans les années 1960 coïncident avec une évolution du mouvement des droits civiques[4],[7].

Alors que les stratégies non violentes dominent dans un premier temps, une partie des militants considère progressivement que ces méthodes sont insuffisantes pour obtenir une transformation réelle des conditions de vie[7] .Cette évolution contribue à l’émergence de courants plus radicaux, tels que le mouvement du Black Power, qui met l’accent sur l’autodétermination, la fierté identitaire et, dans certains cas, l’autodéfense face aux violences racistes[8].

Dans cette perspective, les émeutes raciales apparaissent comme un tournant dans l’histoire des luttes afro-américaines.

Elles témoignent à la fois des avancées du mouvement des droits civiques et des frustrations engendrées par leurs limites.

L’expression « émeutes ethniques », si elle rend compte de la dimension raciale des affrontements, tend ainsi à masquer leur portée politique et sociale[6].

Ces événements peuvent être compris comme l’expression d’un conflit plus large portant sur l’égalité réelle, au-delà de la seule reconnaissance juridique des droits.


Exemples

Manifestants australiens couverts du drapeau national ou d'inscriptions « No Lebs » pas de Libanais »)

Émeutes ethniques en Europe

  • En , les vêpres marseillaises, une véritable « chasse aux Italiens » est organisée durant trois jours, qui fait trois morts et vingt-et-un blessés.
  • En avril 1981 et septembre 1985, Brixton au Royaume-Uni fut la scène de race riots (émeutes selon l'appartenance ethnique) qui firent plusieurs centaines de blessés graves[9].

Australie

États-Unis

En juillet 1919, à Chicago, des émeutes éclatent après la noyade d’un jeune noir : elles durent 13 jours, font 38 morts, 537 blessés et des centaines de sans-abri.

Du 11 au à Los Angeles, une révolte au sein d'un quartier populaire crée de nombreux affrontements entre les habitants et les forces de l'ordre[10].

Notes et références

Articles connexes

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