Épibatidine

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L'épibatidine est un alcaloïde naturellement présent dans la peau de plusieurs clades de grenouilles. Ses effets sont connus de longue date des Amérindiens d’Amazonie qui prélevaient ce mucus toxique pour en enduire les pointes de leurs flèches[2].

Nom UICPA(1R,2R,4S)-(+)-6-(6-chloro-3-pyridyl)-7-azabicyclo[2.2.1]heptane
DrugBankDB07720
Faits en bref Identification, Nom UICPA ...
Épibatidine
Image illustrative de l’article Épibatidine
Image illustrative de l’article Épibatidine
Identification
Nom UICPA (1R,2R,4S)-(+)-6-(6-chloro-3-pyridyl)-7-azabicyclo[2.2.1]heptane
No CAS 140111-52-0
No ECHA 100.162.281
DrugBank DB07720
PubChem 11031065
SMILES
InChI
Propriétés chimiques
Formule C11H13ClN2
Masse molaire[1] 208,687 ± 0,012 g/mol
C 63,31 %, H 6,28 %, Cl 16,99 %, N 13,42 %,

Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.
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Cette neurotoxine animale a été nommée et isolée en 1974 par John Daly[3] chez Epipedobates tricolor, une petite grenouille de la forêt amazonienne décrite pour la première fois en 1899 par le zoologiste belgo-britannique George Albert Boulenger[2].

Daly n'a cependant pu déterminer la structure de cette substance, en vue notamment de la synthétiser, qu'au début des années 1990 grâce aux progrès de la chimie analytique[4].

C'est un agoniste des récepteurs de la nicotine, avec une action analgésique environ deux cents fois plus puissante que celle de la morphine[5]. La dose létale de l’épibatidine est estimée à 5,1 milligrammes/kilo en ingestion orale et à 51 milligrammes/kilo par contact cutané, c'est-à-dire respectivement 380 milligrammes et 3,8 grammes pour un être humain de 75 kilos. La dose létale par injection est estimée à 0,75 milligramme par kg chez l'homme[2].

La résistance des grenouilles à leur propre venin est due à des mutations du gène codant le récepteur ordinairement sensible à la toxine[6]. L'épibatidine se fixe à certains récepteurs du système nerveux, les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine, et provoque des crises d’hypertension ou d’épilepsie, entraînant parfois la mort. En analysant le génome de trois clades de grenouilles, les chercheurs ont montré que des mutations du gène codant ces récepteurs les rendent insensibles. La substitution d'un seul acide aminé, dans les trois clades, a réduit la sensibilité de ces grenouilles à la toxine, mais aussi à l'acétylcholine. La fonction première des récepteurs a été rétablie grâce à d'autres mutations, différentes dans les trois clades[7].

Depuis la détermination de la structure de l'épibatidine en 1992 et en raison de sa rareté, de nombreuses synthèses totales de l'épibatidine ont vu le jour[8].

L'épibatidine est inutilisable comme anesthésique en raison de sa forte toxicité[3], mais des dérivés moins toxiques ont été synthétisés avec un effet analgésique sur les mêmes récepteurs[5]. L'un d'entre eux, ABT-594, est à la fois efficace contre la douleur (même rebelle aux opiacés - cinquante fois plus efficace que la morphine) et d'une relative innocuité[9]. Un autre dérivé, l'épiboxidine, reste efficace tout en étant vingt fois moins toxique que l'épibatidine[10].

Après avoir émis de forts soupçons en 2024[11], le Royaume-Uni, la Suède, la France, l'Allemagne et les Pays-Bas annoncent en dans un communiqué conjoint[12] que l'opposant à Vladimir Poutine Alexeï Navalny n'est pas mort de causes naturelles alors qu'il était en prison comme annoncé initialement par le gouvernement russe, mais « a été empoisonné avec une toxine mortelle ». Des analyses ont en effet « confirmé de manière concluante la présence d'épibatidine » sur le corps de l'activiste[2]

Références

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