Épidémie de rougeole en France en 2008
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| Maladie | |
|---|---|
| Agent infectieux |
Virus de la rougeole (MV) |
| Localisation |
L'épidémie de rougeole en France en 2008 est le début d'une résurgence épidémique qui a donné lieu à 604 cas confirmés de rougeole entre mars et décembre 2008, puis à 23 000 cas (dont 10 décès) entre 2008 et 2012, touchant majoritairement des communautés d'enfants et adolescents non ou partiellement vaccinés. Cet épisode fait suite à une très forte diminution entre 1998 (18 000 cas) et 2006 (40 cas) et débouche sur l'obligation vaccinale pour les enfants français nés à partir du 1er janvier 2018[1].
Débuts de l'épidémie
Le refus de la population face à la vaccination contre la rougeole dans les pays européens ne permet pas l’atteinte d’une couverture vaccinale optimale de 95 % telle que souhaitée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) afin d’éradiquer la maladie[réf. souhaitée]. Au contraire, malgré un plan élaboré pour l’élimination de la rougeole, on note une recrudescence des cas de la maladie dans plusieurs pays, notamment la Suisse, la Roumanie, l’Angleterre et la France[Quand ?][2]. En France, c’est au printemps 2008 que le nombre de cas mensuels a commencé à augmenter. À la fin du printemps et durant l’été, on note des cas groupés de rougeole parmi des enfants et des adolescents fréquentant des écoles confessionnelles ou dans des camps de vacances regroupant des jeunes de ces écoles. On assiste à des transmissions secondaires familiales importantes[réf. nécessaire], puis à une augmentation marquée des cas à l’automne, après la rentrée des classes. Près des deux tiers des déclarations sont survenues entre octobre et . Comparativement à 40 cas en 2006 et 44 en 2007, on comptait, en 2008, 604 cas retenus de rougeole parmi 620 cas suspects, dont 305 confirmés biologiquement (par la détection d’IgM sériques, d’ARN viral, par la mise en évidence d’une séroconversion en IgG ou par détection d’IgM salivaires au Centre national de référence (CNR) de la rougeole et des paramyxoviridea respiratoires), 58 cas confirmés épidémiologiquement et 241 cas cliniques[3].
Distribution géographique et épidémiologique
La distribution géographique des cas déclarés n’est pas homogène. La première éclosion a eu lieu vers la fin de mars, à Reims, dans le nord-est de la France, où 19 cas ont été signalés. Entre mars et mai, on dénote une deuxième éclosion à Nice, dans le sud-est du pays : 36 cas répertoriés, dont 33 ont été confirmés biologiquement. De mai à juillet, 105 cas de rougeole signent la troisième éclosion de rougeole dans les régions de Bourgogne et de Nord-Pas-de-Calais. À partir du mois d’août, les cas ont été répertoriés à partir de régions différentes. Quelques départements de la France n’ont pas été touchés par l’épidémie, tandis que dans la Vendée, les Deux-Sèvres, l’Allier, la Haute-Savoie et la Savoie on retrouvait un taux d’incidence cinq fois supérieur au chiffre national. Certaines classes d’âge comptaient beaucoup plus de cas de rougeole que d’autres. L’âge moyen des malades se situait à 12,7 ans et l’âge médian à 11,5 ans. Le taux d’incidence chez les enfants de 14 ans et moins variait entre 3,2 et 3,6/100 000 tandis qu’il diminuait chez les personnes plus âgées. On observait les proportions les plus élevées de cas parmi les adultes de plus de 30 ans, les 20-29 ans et les enfants de moins de 1 an. Le ratio H/F des cas déclarés égal à 1 indiquait que la maladie n’affectait pas préférentiellement les hommes ou les femmes. Parmi les cas hospitalisés (19 %), la majorité concernait des adultes âgés entre 20 et 29 ans (59 %) et les 30 ans et plus (36 %). Environ 89 % des individus infectés n’avaient pas été vaccinés contre la rougeole, 9 % n’avaient reçu qu’une dose du vaccin et 2 % avaient reçu les deux doses. Les cas signalés pouvaient présenter de la fièvre, des éruptions maculo-papuleuses, de la toux, un coryza (écoulement nasal et éternuements répétés), une conjonctivite et des signes de Koplik (signe avant-coureur de la rougeole, présence de taches rouges au centre blanc sur la face interne des joues) à des degrés divers[4].
Détermination de l’infection
En général, lorsqu’un cas de rougeole est suspecté, le médecin prélève des échantillons de salive chez le patient (idéalement le 2e ou 3e jour de l’éruption) et les envoie au CNR où on tente d’y détecter la présence d’IgM et d’IgG anti-virus de la rougeole. Bien que traditionnellement on réalise plutôt une recherche d’immunoglobulines dans le sang des patients, la sérologie à partir de prélèvements de salive est un moyen plus simple tout en demeurant efficace. On observe qu’en 2008 et 2009 les médecins procèdent plus souvent au prélèvement d’échantillons salivaires qu’auparavant. Au CNR, les chercheurs effectuent aussi la recherche d’ARN viral par RT-PCR dans la salive recueillie. Cette méthode est nettement plus sensible pour confirmer l’infection par le virus de la rougeole à partir d’un prélèvement salivaire que la détection d’IgM et d’IgG dans la salive: la sérologie salivaire ne détectait la présence d’anticorps que dans 79,5 % des 137 échantillons confirmés biologiquement (présence d’ARN viral ou d’IgM contre le virus de la rougeole), tandis que dans 93,4 % des cas on détectait de l’ARN viral par RT-PCR [5].
Virologie de l’épidémie
L’étude des souches virales détectée depuis le début de l’épidémie démontre la circulation simultanée de nombreux génotypes différents. Une analyse rapportée dans le Journal of Medical Virology en 2010[6] indique la présence, en France, des génotypes A, B3.2, D4, D5, D8 et D9. Fait intéressant, les génotypes D8 et D9 n’avaient encore jamais été détectés. Ces résultats s’appuient sur l’analyse génétique des régions C-terminales du gène de la nucléoprotéine (N) provenant de 113 souches et du gène entier de l’hémagglutine (H), en comparaison à l’analyse de souches détectées en 2007. Les cas répertoriés durant la première éclosion de rougeole, en à Reim, sont attribuables au variant 1 du virus de génotype D4, à l’exception d’un cas causé par le génotype D5. Se répandant ensuite dans d’autres régions, les génotypes D5 et D4 ont été responsables de 70 % et 20,3 % des infections, respectivement. Durant la deuxième éclosion, le patient « index », c’est-à-dire l’initiateur de l’épidémie, revenu de Thaïlande où il a contracté le virus de la rougeole de génotype D9, a infecté son frère qui à son tour a transmis le virus à son médecin. La maladie s’est ainsi répandue parmi le personnel médical et les patients de l’hôpital. À l’exception d’un cas isolé à Paris, tous les cas de MV (measles virus) de génotype D9 ont été retrouvés dans la région de Nice. Le patient « index » de la troisième éclosion avait contracté la maladie durant un voyage en Suisse et en Autriche. Les éclosions subséquentes ont été attribuées au variant 1 de génotype D5. Le MV génotype D5 a continué à circuler en France durant toute l’année suivante. Le génotype D8 a causé près de 10,7 % des cas de rougeole entre les 42e et 46e semaines dans la région entourant la ville de Moulins. Dans la 12e semaine, on a répertorié quelques rares virus de génotype B3.2, et de génotype A entre les semaines 14 et 16.
Contexte général
À travers le monde, on compte plus de 30 millions d’enfants infectés par le virus de la rougeole[Quand ?], une des maladies infectieuses les plus contagieuses. Au Québec, depuis la mise en place de campagnes de vaccination contre la rougeole dans les années soixante, l’incidence de cette maladie a diminué de façon qu’on ne compte plus, à ce jour, qu’un ou deux cas par année. En France, bien que l’administration (non obligatoire) du vaccin ROR (contre la rougeole, les oreillons et la rubéole) soit vivement recommandée chez les jeunes enfants, la recrudescence du nombre de cas de rougeole dans ce pays dans les dernières années témoigne entre autres du refus important de la population à se faire vacciner et authentifie, en 2008, l’éclosion d’une épidémie.
La rougeole est une maladie virale très contagieuse causée par un virus à ARN de polarité négative, de la famille des Paramyxoviridae et du genre des Morbilivirus. Ce virus très contagieux se propage par les gouttelettes en suspension dans l’air et infecte les cellules immunitaires du pharynx et des poumons via l’attachement de ses protéines de surface (hémagglutinine) à des récepteurs cellulaires spécifiques[7]. Les symptômes les plus courants de la rougeole comprennent une forte fièvre, un écoulement nasal et de la toux, l’apparition de rougeurs sur tout le corps, des douleurs oculaires et des larmoiements lorsqu’exposé à la lumière[8]. En France, de 1945 à 1986, la rougeole faisait partie des maladies à déclaration obligatoire, c’est-à-dire que les cas constatés dans les centres de soin, par les médecins ou le personnel hospitalier devaient être rapportés à des fins d’analyse et de suivis. Vu la faible quantité de cas répertoriés, ce statut fut suspendu en 1986 et remplacé par un système sentinelle de médecins généralistes, le Sentinel network, créé en 1985 par l’INSERM U444, afin de rapporter électroniquement les cas de rougeole dont ils ont été témoins en consultation. L’incidence de la maladie déduite de ces données laisse entendre une diminution de 300 000 cas par année en 1985 à environ 10 400 cas en 2003 et 4448 cas en 2004. Depuis , dans le cadre du Plan national d’élimination de la maladie, la déclaration de la rougeole est de nouveau obligatoire[9].
