Éric Sadin
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Éric Sadin, né le [1], est un écrivain et philosophe français, principalement connu pour ses écrits technocritiques.
Jeunesse, famille, formation
Éric Sadin est le fils d'une mère cheffe d'entreprise et d'un père avocat et directeur de cabinet ministériel[2].
En 2002, il est lauréat de la Villa Kujoyama[3], établissement artistique du réseau de coopération culturelle du ministère des affaires étrangères.
Carrière
Éric Sadin explore à partir de la fin des années 1990 certaines des mutations décisives du monde numérique de la fin du XXe et du début du XXIe siècle ainsi que leurs implications politiques et civilisationnelles. Le déclic se produit en 1998, lorsqu'Éric Sadin acquiert pour la première fois une connexion internet et un téléphone portable. Constatant la facilité de communication et de circulation des informations entre individus malgré la distance, il va développer l'idée de l'émergence d'« un nouveau moment de l’histoire de l’humanité, tant dans nos comportements individuels que collectifs »[4],[5].
En 1999, il fonde la revue éc/artS, dédiée aux pratiques artistiques et aux nouvelles technologies[6],[source secondaire souhaitée]. La publication de la revue s'achève en 2003[7],[source secondaire souhaitée].
Il commence à se faire connaître en publiant en 2009 son livre Surveillance globale : enquête sur les nouvelles formes de contrôle[8]. Selon Le Monde, ce livre fait d'Éric Sadin l'un « des rares penseurs à s’interroger sur les limites de la révolution numérique en cours » et à en proposer une analyse multidimensionnelle — historique, philosophique, économique, idéologique et sociologique. Éric Sadin met en avant les aspects négatifs des nouvelles technologies, affirmant que la société de l'information est aussi une société de surveillance au service d'intérêts économiques. Il poursuit ses thèses dans L’Humanité augmentée. L’administration numérique du monde, publié en 2013, ou encore La Siliconisation du monde. L’irrésistible expansion du libéralisme numérique, publié en 2016. À partir de 2018, il consacre une grande part de son travail à l'intelligence artificielle[4].
Il devient un intervenant régulier à Sciences Po notamment à Paris[9],[10],[11],[12],[13],[14],[15].
Il a été aussi professeur à l’école supérieure d’art de Toulon, et professeur invité à l’ECAL de Lausanne et à l’université d’art IAMAS, à Ōgaki (Japon)[9],[source insuffisante].
En 2022, dans L’Ère de l’individu tyran. La fin d’un monde commun, il affirme que les réseaux sociaux ont participé massivement à une exacerbation de l'individualisme, et une atomisation des sociétés. La subjectivité personnelle prendrait le pas sur les références universelles, et l'usage des réseaux sociaux conduiraient à des comportements de ressentiment et de colère permettant de compenser une dépossession de l'existence[16].
Intelligence artificielle
En 2018, il publie L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle, où il estime que l'IA est une révolution à laquelle il faut résister, tant, selon lui, elle « engendre une mise au ban progressive de l’humain »[17]. Il donne des exemples, comme le remplacement du diagnostic médical humain par l'IA, l'examen automatisé des conditions de délivrance d'un prêt bancaire, l'utilisation de robots numériques pour effectuer le recrutement des candidats. Il alerte sur la marginalisation de l'évaluation humaine face à la montée de l'automatisation, et va plus loin, y voyant une possibilité d'effacement du politique et d'asservissement aux analyses produites par les machines[18].
En 2023, il continue d'explorer les conséquences de l'utilisation de l'IA et s'inquiète d'une soumission de l'humain aux machines dans l'essai La Vie spectrale. Penser l’ère du métavers et des IA génératives[4].
En février 2025, alors que se déroule à Paris le Sommet pour l'action sur l'intelligence artificielle auquel participent de nombreux chefs d’État, il organise un contre-sommet avec le journaliste Eric Barbier, référent IA générative au sein du Syndicat national des journalistes. Cette contre-manifestation, intitulée Pour un humanisme de notre temps, se veut orientée « contre les discours qui nous promettent monts et merveilles avec l’IA »[19], et se tient le 10 février au Théâtre de la Concorde à quelques centaines de mètres du Sommet. Elle a deux objectifs : faire entendre des témoignages sur des professions déjà impactées (écrivains, enseignants, journalistes, traducteurs, doubleurs, créateurs de films d'animation, certaines professions médicales), et créer une mobilisation, à l'image de la grève des scénaristes américains en 2023, dont l'une des revendications consistait à refuser que l'IA remplace les humains[4],[20],[19]. Eric Sadin déclare que l'usage de l'IA peut relever d'un « renoncement à l’usage de nos facultés les plus fondamentales », tandis qu'Eric Barbier, qui travaille à l'Est républicain, affirme que l’IA générative y est utilisée pour retravailler les textes de correspondants locaux, et qu'elle devient « un outil de productivité, d’automatisation des tâches pour réduire les effectifs », tout en remettant en cause « le pluralisme de la presse » et la « diversité de la pensée humaine »[20].
En octobre 2025, il poursuit son analyse avec l'essai Le désert de nous-mêmes, estimant que l'intelligence artificielle générative, qui peut effectuer des tâches cognitives plus rapidement que l'être humain, représente un tournant dans l'histoire de l'humanité. Il en examine les probables conséquences sociales, notamment l'utilisation croissante de l'IA dans l'éducation, et appelle à une réflexion critique urgente. Sadin affirme que « face à l’ouragan des IA génératives, il nous reste deux ou trois ans pour agir », sinon, il sera trop tard pour les réguler. Libération, qui décrit le philosophe comme « vu par les uns comme un prophète de malheur et par les autres comme un lanceur d’alerte extralucide », estime que l'ouvrage pose une « question vertigineuse » : « que va-t-il rester à l’humanité quand les assistés numériques que nous sommes délégueront totalement l’apprentissage, la création et la formation du savoir à des machines ? »[21],[22],[23].