États baltes sous la domination soviétique (1944–1991)
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Les trois états baltes ont été sous la domination soviétique entre 1944 et 1991 à la suite de l’occupation allemande.
En 1945, la Seconde Guerre mondiale et l’occupation par l’Allemagne nazie prennent fin. La réoccupation et l'annexion par l'Union soviétique des pays baltes ont lieu par la suite, ces derniers deviennent alors des républiques fédérées constitutives de l'URSS : la RSS d'Estonie, la RSS de Lettonie et la RSS de Lituanie. Les trois pays restent sous la domination soviétique jusqu'à ce qu'ils retrouvent leur pleine indépendance en août 1991, quelques mois avant la dissolution de l'Union soviétique en décembre 1991.
L'occupation soviétique dans les États baltes conduit à des déportations massives vers d’autres régions de l’Union soviétique, afin de réprimer la résistance et d’affaiblir l’identité nationale. La migration massive en provenance d’autres régions de l’Union soviétique vers les États baltes a un effet similaire. L'Union soviétique exige également que les États baltes s'industrialisent pour maximiser l'économie soviétique, et tient également à isoler les États baltes de l'influence occidentale. La langue russe devient obligatoire dans les écoles et la liberté d'expression est restreinte au sein de la population. À la fin des années 1980, alors que Mikhaïl Gorbatchev est à la tête de l’Union soviétique, les États baltes prennent de nombreuses mesures pour tendre vers l’autonomie, et finalement vers l’indépendance.
Résistance et déportations

Entre 1940 et 1987, l’Union soviétique mène un processus de soviétisation visant à affaiblir les identités nationales des peuples baltes[1],[2]. Un facteur important dans cette tentative est l’industrialisation à grande échelle, puis les attaques directes contre la culture, la religion et la liberté d’expression[3]. Les Soviétiques ont recours aux déportations massives pour éliminer la résistance[4].
Les partisans baltes résistent au pouvoir soviétique par la lutte armée pendant plusieurs années. Les frères de la forêt (en) en Estonie bénéficient du soutien matériel de la population locale[5]. Les Soviétiques procèdent à des déportations dès 1940 et 1941, mais les déportations qui ont lieu entre 1944 et 1952 sont bien plus nombreuses[4]. En mars 1949, le Conseil des ministres soviétique organise une déportation massive de 90 000 ressortissants baltes, qu’il qualifie d’ennemis du peuple, vers des régions inhospitalières de l’Union soviétique[6].

Le nombre total de personnes déportées entre 1944 et 1955 est estimé à 124 000 en Estonie, 136 000 en Lettonie et 245 000 en Lituanie (en). Les déportés sont autorisés à revenir après le discours secret de Nikita Khrouchtchev en 1956, mais beaucoup ne survivent pas à leurs années en Sibérie[4]. Un grand nombre d’habitants des pays baltes fuient vers l’ouest avant l’arrivée des forces soviétiques en 1944. Après la guerre, les Soviétiques établissent de nouvelles frontières pour les républiques baltes. La Lituanie gagne les régions de Vilnius et de Klaipeda, mais l'Estonie et la Lettonie cèdent certains territoires situés à l'Est à la RSFS russe. L'Estonie perd 5 % de son territoire d'avant-guerre et la Lettonie 2 %[4].
Industrialisation et immigration
Les Soviétiques réalisent d'importants investissements en capitaux dans les ressources énergétiques et la fabrication de produits industriels et agricoles. L’objectif est d’intégrer l’économie balte dans la sphère économique du reste de l'URSS. Les plans industriels et les infrastructures de transport sont établis selon les normes soviétiques[7]. Dans les trois républiques, l’industrie manufacturière se développe aux dépens d’autres secteurs, notamment l’agriculture et le logement. L'économie rurale souffre du manque d'investissements et de la collectivisation[8]. Il faudra dix ans pour compenser les pertes de logements dans les zones urbaines baltes endommagées pendant la guerre. Les nouvelles constructions sont souvent de mauvaise qualité et les immigrants de souche russe sont favorisés pour l'accès au logement[9].
L’Estonie et la Lettonie accueillent une migration à grande échelle de travailleurs industriels en provenance d’autres régions de l’Union soviétique, ce qui modifie radicalement leur démographie. La Lituanie accueille également des immigrants, mais dans une moindre mesure[7]. Les Estoniens de souche représentent 88 % de la population avant la guerre, en 1970, ce chiffre tombe à 60%. Les Lettons de souche représentent quant à eux 75 % avant la guerre, mais le chiffre tombe à 56,8% en 1970[10], et à 52% en 1989[11].
En revanche, en Lituanie, la baisse est elle de 4 points. Il y a tout de même des différences entre les Russes de souche et les personnes qui quittent la Russie avant l'annexion de 1940 qui connaissent la langue locale et sont appelées "Russes locaux", car elles entretiennent de meilleures relations avec la population locale que celles qui se sont installées plus tard[12].
Les communistes baltes soutiennent et participent à la révolution d’octobre 1917 en Russie. Cependant, beaucoup d’entre eux meurent lors des Grandes Purges des années 1930. Les nouveaux régimes de 1944 sont constitués de communistes locaux qui ont combattu dans l’Armée rouge. Cependant, les Soviétiques font également venir des Russes de souche pour occuper des postes politiques, administratifs et de direction. Le poste important de deuxième secrétaire du parti communiste local est presque toujours occupé par un Russe de souche ou un membre d'une autre nationalité slave[13].
Vie quotidienne

Les républiques baltes sont largement isolées du monde extérieur entre la fin des années 40 et le milieu des années 80. Les Soviétiques sont vigilants concernant la zone baltique non seulement en raison de préoccupations quant à sa loyauté, mais également en raison d'un certain nombre d'installations militaires qui y sont situées en raison de sa proximité avec plusieurs États scandinaves hors bloc de l'Est, notamment des centres de surveillance et une base sous-marine[12].
À la fin des années 1960, les mouvements démocratiques soviétiques trouvent le soutien des intellectuels baltes. L'Union soviétique signe les accords d'Helsinki et l'année suivante, un groupe de surveillance est fondé en Lituanie et produit des publications dissidentes dans les années 1970 et 1980[14]. Le nationalisme et la religion inspire les gens à organiser des manifestations à petite échelle et à mener des activités clandestines. Le Parlement européen adopte une résolution soutenant la cause balte en 1982[15].
L’Union soviétique maintient la diversité ethnique, mais d’un autre côté elle s’efforce d’imposer l’uniformité. Une nouvelle vague de russification ciblant le système éducatif commence à la fin des années 1970, tentant de créer une identité nationale soviétique. L'éducation des enfants baltes se fait dans leur langue maternelle, mais la langue russe est obligatoire. En outre, les autorités soviétiques limitent la liberté d’expression dans la littérature et les arts visuels[16].
Les festivals estoniens de la Chanson restent un moyen vital et semi-secret d’expression nationale. Néanmoins, la vie intellectuelle et la recherche scientifique sont menées selon les normes soviétiques[16]. Cependant, après 1975, les problèmes s'accroissent : pénuries de produits de consommation et de produits alimentaires, problèmes sociaux, immigration incontrôlée et dommages à l'environnement[17]. Dans les années 1980, des tensions sociales et politiques règnent tant au sein des républiques baltes, qu’entre celles-ci et Moscou[18].

