États généraux de la renaissance française
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Les États généraux de la renaissance française sont un rassemblement, du 10 juillet au 13 juillet 1945 à Paris, à l'appel du Conseil national de la Résistance. Ils font suite à une consultation nationale, à partir de questionnaires distribués localement, et réunissent quelque deux mille membres[1], essentiellement des résistants proches des communistes[2]. Ils sont suivis l'après-midi du 14 juillet d'un grand défilé populaire entre la place de la Concorde et la place de la Bastille, à la suite du défilé militaire du matin.
Le , le comité directeur du Front national avance pour la première fois l’idée d'états généraux qui auraient pour but de permettre au peuple, en l’absence d’élections, de formuler ses attentes et d’être associé à leur mise en œuvre[1].
Du 15 au 17 décembre 1944, à Paris, le Conseil national de la Résistance organise un Congrès national des comités départementaux de Libération (CDL). Les CDL se voient donner la mission d'organiser la tenue d'états généraux de la Renaissance française pour le 14 juillet 1945. On songe à préparer une nouvelle constitution en faisant participer un maximum de résistants. La référence aux états généraux de 1789 et l'inspiration révolutionnaire est manifeste[3].
Chaque comité local de libération distribue aux citoyens des questionnaires, qui doivent servir de base à la rédaction de cahiers de doléances. Ces cahiers seront portés à Paris par les représentants des assemblées populaires locales, désignés à raison d'un pour vingt mille habitants[1].
En mai 1945, Maurice Thorez recommande à tous les membres du Parti communiste français de participer activement aux États généraux[4].

Les états généraux se tiennent du 10 au 13 juillet au Palais de Chaillot à Paris. Environ 2000 délégués sont présents dans la grande salle. Les séances sont présidées par Louis Saillant, entouré du Conseil national de la Résistance. Dix commissions thématiques sont constituées qui examinent les propositions des assemblées patriotiques qui portent aussi bien sur des sujets locaux (reconstruction), sociétaux (place des femmes), sociaux (vie des entreprises), économiques (nationalisations) ou constitutionnels (dissolution automatique de la Chambre des députés en cas de crise ministérielle). L'assemblée des états généraux valide ou rejette les propositions des commissions, en décidant toutefois de ne pas se prononcer sur des sujets non consensuels comme le monopole de l'enseignement. Dans l'ensemble, les réformes sociales ou sociétales adoptées vont plus loin que le programme du gouvernement provisoire, mais les perspectives d'indépendance des peuples d'outre-mer ne sont pas retenues[5].
Si le gouvernement provisoire ne se considère pas comme obligé par les prises de position des états généraux, l'historien Michel Pigenet, auteur d'une monographie sur le sujet, invite à contester la thèse de leur absence d’impact sur la vie politique française. À défaut de postérité revendiquée, cette expérience — inédite au xxe siècle — de prise de parole citoyenne n’en a pas moins contribué à ce que les questions traitées par les délégués et les réponses apportées « ne quittent pas le devant de la scène politico-sociale »[6]. Moment décisif de popularisation du programme du CNR, les états généraux ont leur part dans le résultat des élections d’octobre 1945, qui donnent près de 85 % des voix aux partis se réclamant du CNR. Louis Saillant, son président, ne s’y trompe pas, qui affirme alors : « la Charte du CNR vient d’être portée au pouvoir »[7].