Éthique du care dans l'art contemporain

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L'éthique du care dans l'art contemporain est un champ de recherche émergent qui examine comment l'éthique du care façonne la pratique artistique, la méthodologie et la culture institutionnelle, en articulant philosophie féministe, pratiques collectives et critique politique dans l'art contemporain[1],[2].

Développée par des théoriciennes féministes depuis les années 1980, l'éthique du care met l'accent sur la relationnalité, l'interdépendance et la responsabilité envers autrui comme fondements de la vie morale[3]. Dans l'art contemporain, ces principes sont reformulés en pratiques créatives, collectives et matérielles qui façonnent la manière dont les œuvres sont produites, diffusées et reçues[4].

Les pratiques artistiques intersectionnelles fondées sur le care privilégient le processus sur le produit et la maintenance collective sur l'auteurship individuel. Elles s'appuient sur des perspectives féministes, intersectionnelles et écologiques pour proposer des modes de création ancrés dans le soutien mutuel, la vulnérabilité et le savoir situé[1],[5],[6],[7].

Histoire

Contexte théorique

L'éthique du care a émergé au sein de la philosophie féministe comme une critique des modèles éthiques abstraits et individualistes, soutenant que les relations éthiques sont ancrées dans des contextes concrets et des rapports de pouvoir. Son application à l'art contemporain s'appuie sur trois sources théoriques principales.

Carol Gilligan, dans Une voix différente (1982)[6], établit la distinction fondatrice entre une éthique de la justice, fondée sur les droits individuels et l'impartialité, et une éthique du care, fondée sur les relations, la responsabilité et l'empathie[8].

Joan C. Tronto (1993), s'appuyant sur des travaux antérieurs menés avec Berenice Fisher, définit le care comme une activité politique englobant l'ensemble des pratiques nécessaires pour maintenir, perpétuer et réparer le monde[9]. Elle identifie quatre phases : se soucier de (reconnaître un besoin), prendre en charge (assumer la responsabilité), prendre soin (répondre au besoin) et recevoir le soin (observer la réponse), auxquelles elle ajoute une cinquième dimension de solidarité collective et de citoyenneté (2013)[10]. Ces phases ont été adoptées par des théoricien·nes et praticien·nes de l'art pour décrire les dynamiques relationnelles des projets artistiques socialement engagés[1].

María Puig de la Bellacasa, dans Matters of Care (2017)[7], étend la théorie du care au-delà de l'humain, l'inscrivant dans des cadres écologiques et plus qu'humains. Elle définit le care comme simultanément travail, affect et éthique/politique. Sa perspective posthumaniste et matérialiste a influencé les pratiques artistiques concernées par le soin environnemental, les relations interspécifiques et l'agentivité des entités non humaines[11].

Pratiques artistiques pionnières

L'une des premières et des plus influentes contributions artistiques à l'éthique du care est l'œuvre de l'artiste américaine Mierle Laderman Ukeles. Son Manifeste pour un art de la maintenance — Proposition pour une exposition « CARE »,1969 (traduction de l'anglais Manifesto! MAINTENANCE ART – – Proposal for an Exhibition "CARE", 1969)[12] remet en question la valorisation par le monde de l'art du « développement » créatif : nouveauté, progrès, génie individuel ; au détriment de la « maintenance » : préservation, répétition, réparation. Ukeles soutient que le travail de maintenance, historiquement féminisé et sous-payé, constitue un acte vital et créatif méritant d'être reconnu comme art. Son œuvre est reconnue comme ayant anticipé les pratiques artistiques féministes et écologiques ultérieures, ainsi que le tournant institutionnel vers des cadres fondés sur le care[13],[14].

L'attention portée par Ukeles au care comme sujet artistique s'inscrit dans une tradition plus large de pratique artistique féministe qui interrogeait la division genrée du travail et la dévalorisation du travail reproductif[15]. Des artistes comme Ana Mendieta et Fina Miralles ont exploré la relation entre le corps, le care et l'environnement à travers la performance et le land art. Plus tard, des collectifs comme Group Material se sont engagés dans une production artistique communautaire et politiquement située, mettant l'accent sur des modes de travail collaboratifs et relationnels[16],[1].

Bibliographie

  • Gilligan, Carol. 1986. Une voix différente : pour une éthique du care. Paris : Flammarion[6].
  • Nurock, Vanessa. 2010. Carol Gilligan et l'éthique du care. 1re éd. Paris : Presses universitaires de France[8].
  • Puig de la Bellacasa, María. Matters of Care : Speculative Ethics in More than Human Worlds. Minneapolis : University of Minnesota Press, 2017[7].
  • Johnson, Allison. 2022. Radical Care as Social Action: Mierle Laderman Ukeles' Manifesto and Maintenance Art. Mémoire de master, Harvard University Division of Continuing Education[13].
  • Ibos, Caroline. 2019. Mierle Laderman Ukeles et l'art comme laboratoire du care. « Lundi matin, après la révolution qui s'occupera des poubelles ? » Cahiers du Genre, 66(1), 157-179[14].
  • Fokianaki, Iliana. 2020. The Bureau of Care : introductory notes on the care-less and care-full. e-flux journal ; (113)[1].
  • Millner, Jacqueline, et Gretchen Coombs. 2022. Care Ethics and Art. Abingdon, Oxon : Routledge[2].

Lectures complémentaires

References

Voir aussi

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