Fils d'un avocat au Parlement de Paris, il perdit son père et sa mère dès l’âge de cinq ans, et n’en fit pas moins de bonnes études au collège de Beauvais, sous Rollin, qui en était alors principal. Ce fut surtout dans la littérature et la poésie française qu’il se distingua ; toutefois il étudia ensuite le droit, parce qu’il se destinait à la magistrature et était destiné à reprendre la charge paternelle. Il venait de se marier, lorsque le système de Law lui enleva la moitié de sa fortune et la faculté d’acheter d'une charge à la chambre des comptes[1].
Forcé de renoncer à la magistrature, quoique plusieurs de ses amis voulussent venir à son secours, entre autres Le Riche de la Poplinière, il porta ses vues vers l’art dramatique, pour lequel il se sentait du goût, et qui avait été longtemps l’objet de ses études. Houdar de la Motte, qui l’estimait, l’engagea, ainsi que plusieurs autres gens de lettres de ses amis, à donner aux comédiens une des quatre pièces qu’il avait en portefeuille[1].
Le ministre de la guerre, Claude Le Blanc, lui ayant alors fait obtenir un emploi dans ses bureaux, Avisse résista à la tentation qu’il avait de livrer ses productions au théâtre. Ce ne fut qu’en avril 1725 qu’il se décida à faire jouer au Théâtre-Français sa comédie du Divorce, ou les Maris mécontents (1730) ; il ne jugea pas à propos de se faire connaître, et il donna aux Italiens, dans le mois d’août 1750, la Réunion forcée, qu’il ne voulut pas plus faire imprimer. Cette dernière pièce faisait allusion à un procès fameux alors, que la célèbre actrice Marie-Anne Duclos avait intenté à son mari, le comédien Duchemin, pour que leur mariage fût annulé. La comédie de la Gouvernante, composée d’abord en 5 actes et qu’il réduisit à 5, fut représentée avec succès au Théâtre-Italien, en novembre 1757. C’est la première pièce d’Avisse qui ait été imprimée : elle le fut sans le prologue, que les comédiens ne voulurent pas jouer, parce qu’il avait pour objet de critiquer le comique larmoyant, que l’on voulait faire prévaloir alors sur le comique franc et naturel de Molière.
Le Valet embarrassé ou la vieille amoureuse (1742) a donné la trame de l’opéra-comique Ma Tante Aurore ; les Petits-Maîtres (1743) fit époque, puisque ce fut pendant le cours de la représentation que les comédiens imaginèrent de donner sur leur théâtre des feux d’artifice composés par les frères Ruggieri de Bologne ; les Faux Marquis ou les Bourgeois petits-maîtres, etc.