Étude pour « Christ et Bouddha »

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Date
Matériau
pastel et aquarelle (d) sur papierVoir et modifier les données sur Wikidata
Dimensions(H × L)
60 × 70 cmVoir et modifier les données sur Wikidata
Étude pour « Christ et Bouddha »
Artiste
Date
Matériau
pastel et aquarelle (d) sur papierVoir et modifier les données sur Wikidata
Dimensions (H × L)
60 × 70 cmVoir et modifier les données sur Wikidata
Mouvement
No d’inventaire
2023.4.1Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation

L'Étude pour « Christ et Bouddha », conservée au musée de Pont-Aven, dans le Finistère, est un pastel sur papier réalisé par Paul-Élie Ranson en 1890. Ce dessin est une étude préparatoire pour l'œuvre intitulée Christ et Bouddha, peinte la même année.

Description de la toile

Cette œuvre est un pastel sec et lavis d’aquarelle sur papier. Ce travail préparatoire montre, en quasi-symétrie, deux figures bouddhistes, entourées d’éléments végétaux. Au premier plan se trouve une figure assise en tailleur, portant une tiare, qui pourrait représenter la divinité protectrice Vishnou. Celle-ci paraît en contre-jour, dans une couleur bleue, entourée de neuf fleurs de lotus stylisées. En arrière-plan apparaît le visage d’une grande figure de Bouddha, d'où émane une vive lumière orangée qui inonde l’ensemble de l’œuvre.

Paul-Élie Ranson, étude pour "Christ et Bouddha", vers 1890, pastel sec et aquarelle sur papier, 74,3 × 84,4 cm, musée de Pont-Aven, Bretagne.

Description de l'encadrement

L'encadrement entourant l'œuvre est d’origine. Il a été conçu par Gustave Serrurier-Bovy, fondateur de la société Serrurier & Cie. Il est l’une des figures de l’Art nouveau en Belgique[1]. Il est fait de bois padouk ainsi que de coupe d’onglets et de bandeaux de maintien en laiton[1].

Histoire de l'œuvre

Paul-Élie Ranson et les Nabis

Paul Sérusier, Portrait de Paul Ranson en tenue nabique, 1890, huile sur toile, 61 × 46,5 cm, musée d'Orsay.

L'Étude pour Christ et Bouddha est réalisée par Paul-Élie Ranson en 1890. Ce dernier, né à Limoges en 1861, est l’auteur d’une production picturale couvrant une période d’environ vingt-quatre ans, de 1885 à sa mort en 1909[2]. Orphelin de mère, il est élevé par son père et ses grands-parents, qui lui transmettent les récits familiaux de sorcellerie et de spiritisme[2]. Son grand-père maternel, Jacques-Joseph Macquart, lui enseigne les bases de l’art du dessin, étant lui-même peintre et graveur[3]. Entre 1877 et 1881, Paul-Élie Ranson intègre l’École des Beaux-Arts appliqués à l’industrie de Limoges[2]. En 1886, il s’installe à Paris avec son épouse, France Ranson, et intègre l’Académie Julian, après un court passage à l’École des Arts Décoratifs[2]. Lorsque Paul Sérusier rapporte de Pont-Aven Le Talisman en 1888, Paul-Élie Ranson découvre cette œuvre aux côtés de ses camarades de l’Académie Julian[2]. Il fait ainsi partie du premier noyau des « Nabis », ou prophètes en hébreu. Paul-Élie Ranson prend part à différents débats picturaux et philosophiques et multiplie les échanges philosophico-religieux avec Georges Lacombe et Paul Sérusier[4]. Cependant, l’attention de Paul-Élie Ranson se porte progressivement sur la spiritualité, qui se traduit dans son art[5]. Ainsi se développe dans sa peinture un ésotérisme qui apparaît dans différentes œuvres réalisées en 1890 telles que Le Paysage nabique ou encore Christ et Bouddha[5].

Analyse de l’œuvre

Les inspirations

Pavillon de l'Annam et du Tonkin, Exposition Universelle de Paris, 1889.

Le travail réalisé par Paul-Élie Ranson pour Christ et Bouddha et son étude est grandement inspiré par sa visite de l’Exposition Universelle en 1889. En effet, il a l’occasion de s’aventurer dans le sanctuaire bouddhiste du pavillon de l’Annam et du Tonkin, où est exposée une statue de Bouddha[1].


De plus, Paul-Élie Ranson admire le travail de Paul Gauguin, qu’il a pu découvrir à plusieurs reprises en 1889, notamment à travers l’exposition de dix-sept de ses œuvres au café Volpini lors de cette même Exposition universelle[1]. Par conséquent, Paul-Élie Ranson puise son inspiration dans les œuvres de l’une des figures majeures de l’École de Pont-Aven et du groupe des Nabis.

Les lectures

Paul-Élie Ranson a été influencé par ses nombreuses lectures :

« Ses œuvres puisèrent à toutes les sources pour inventer le nouveau monde, encore inconnu, que les Nabis s’étaient donné mission de révéler et qui parfois chez lui déroute tant il repose sur des symboles, des secrets, inaccessibles à la compréhension ordinaire. » »

 La Peinture des Nabis[6]

Il a lu Les Grands initiés, publié par Édouard Schuré en 1889. Monument de la littérature ésotérique, cet ouvrage retrace le parcours de vie de plusieurs grandes figures telles que Rama, Krishna, Hermès, Moïse, Orphée, Pythagore, Platon et Jésus[7].

Il prend également connaissance du Traité élémentaire de science occulte, de Papus, un ouvrage publié en 1888 qui explore les théories et les symboles employés par les alchimistes et les francs-maçons. De plus, il a été inspiré par les théories théosophiques d'Helena Petrovna Blavatsky, créatrice de la Société Théosophique. Elle publie son ouvrage majeur en 1888, la Doctrine secrète, traitant de l’ésotérisme et également des Initiés[3].

Cette étude d’écrits théosophiques et mystiques conduit Paul-Élie Ranson à intégrer des signes, codes et symboles sacrés dans ses créations, telles que l’Étude pour Christ et Bouddha puis Christ et Bouddha[8]. Le syncrétisme est omniprésent dans cette étude[5].

Les symboles iconographiques

Figure de Bouddha

Siddhârta Gautama, surnommé Bouddha, est la figure emblématique du bouddhisme. « Celui qui s’est éveillé à la vérité » est un modèle de méditation ayant élaboré un programme intellectuel en « quatre vérités »[9]. Le peintre français Odilon Redon a lui aussi représenté un Bouddha et dit à ce propos à Maurice Denis, dans une correspondance en 1911, « [...] en son symbole, [il] émeut encore les cœurs d’une part innombrable de l’humanité, [...] »[3]. Bouddha est également le neuvième avatar de Vishnou, l’une de ses incarnations sur Terre[10].

La fleur de lotus

Présent à la fois en Égypte et en Inde, le lotus est un symbole très ancien. Dans l’hindouisme, la fleur de lotus a des significations différentes, elle symbolise à la fois la divinité, l’illumination et l’âme humaine[11]. Plus particulièrement, le lotus bleu est un élément majeur de la théosophie, reflétant la transformation intérieure de l’homme et le processus d’élévation spirituelle.

Acquisition de l’œuvre

En 2023, le musée de Pont-Aven fait l’acquisition de l’Étude pour Christ et Bouddha par un achat auprès de la galerie Jean-François Heim, située à Bâle en Suisse, avec la participation du Fonds Régional d’Acquisition pour les Musées (FRAM – État/Région Bretagne), des Amis du musée de Pont-Aven, ainsi que de la Société archéologique du Finistère[1].

Expositions

L'Étude pour Christ et Bouddha a été exposée à plusieurs reprises :

  • The European Fine Art Fair à Maastricht (Pays-Bas) – 24 juin au 30 juin 2022.
  • « Collections révélées #2, Nabis sur papier » au musée de Pont-Aven –  24 mai au 22 septembre 2024.
  • « Collections révélées #3, De poudre et d'or, pastels de nos collections » au musée de Pont-Aven – 27 septembre 2024 au 5 janvier 2025.

L'œuvre finale

Paul-Élie Ranson, Christ et Bouddha, vers 1890, huile sur toile, 66,7 x 51,4 cm, La Haye, Gemeentemuseum.

Différences entre l’œuvre et l’étude

Le tableau Christ et Bouddha, datant des années 1890, pour lequel l’étude est réalisée, est conservé au musée d’Art de La Haye, aux Pays-Bas[12].

L’œuvre finale comporte des ajustements et des rajouts dans sa composition, ses couleurs ainsi que ses protagonistes. L’élément le plus significatif est le Christ en croix, placé en haut à gauche, qui surplombe et irradie la scène. Les neuf fleurs de lotus stylisées ne sont plus que cinq. Vishnou se situe en bas du Christ, sur un podium, dans une position méditante. Bouddha, quant à lui, n'apparaît plus entièrement sur l'œuvre, son visage est coupé en deux, retenant l’attention du spectateur. Les tons chauds qui composent l’arrière-plan, allant de l’ocre au rouge, s’opposent aux tons bleus et verts de l’avant-plan[13].

Une inscription  en bas à droite

En bas à droite de l'œuvre figure la mention de « confrérie » ou « chevalerie nabie » écrite en arabe, et qui n’apparaît pas sur l’étude[14].

Un message plus prononcé

Contrairement à l’étude, la peinture met davantage en lumière une vision utopiste du monde dans laquelle toutes les religions sont égales les unes aux autres[3].

Un thème récurrent

Le Christ en croix est un thème présent dans les travaux des Nabis. Celui de Paul-Élie Ranson est à rapprocher du Christ Jaune de Paul Gauguin, réalisé en 1889 et conservé à la galerie d’art Albright-Knox, à Buffalo, aux États-Unis. Pour ce tableau, l’artiste a pris pour modèle le Christ de la chapelle de Trémalo à Pont-Aven. Maurice Denis a également représenté un Christ du même style, dans son Offrande au Calvaire, datant de 1890 et conservé au musée d’Orsay[14].

Notes et références

Voir aussi

Liens externes

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