Ÿnsect

entreprise française agro-alimentaire From Wikipedia, the free encyclopedia

Ÿnsect est une entreprise qui produisait des protéines et engrais naturels d’insectes, fondée en 2011 à Paris. Elle est liquidée en 2025, faute de rentabilité.

Création
Disparition
FondateursAntoine Hubert, Jean-Gabriel Levon, Fabrice Berro, Alexis Angot
Forme juridiqueSociété par actions simplifiée
Faits en bref Création, Disparition ...
Ÿnsect
logo de Ÿnsect

Création
Disparition
Fondateurs Antoine Hubert, Jean-Gabriel Levon, Fabrice Berro, Alexis Angot
Forme juridique Société par actions simplifiée
Slogan Reinventing the foodchain
Siège social Évry
Drapeau de la France France
Direction Shankar Krishnamoorthy
Activité Fabrication d'autres produits alimentaires
APE : 1089Z
SIREN 534948617
TVA européenne FR69534948617Voir et modifier les données sur Wikidata
Site web https://www.ynsect.com/

Chiffre d'affaires 3 228 100  (2022)[1]
Résultat net −89 669 900  (2022)[1]
Fermer

Histoire

En 2011, Ÿnsect est créée par quatre scientifiques et militants écologistes[2] : Antoine Hubert (AgroParisTech), Jean-Gabriel Levon (HEC Paris, Polytechnique), Fabrice Berro (Ensimag) et Alexis Angot (Essec)[3].

En , Ÿnsect réalise sa première levée de fonds et récolte 1,8 M€ grâce à des actionnaires tels Emertec Gestion et Demeter Partners[4]. La première ferme du groupe est implantée à Dole en 2015[5].

En 2018, Ÿnsect annonce l’installation d'un nouveau site de production à Poulainville, dans la métropole d'Amiens, France. La gigaferme verticale fera 45 000 m2[6].

En 2019 la société intègre l'indice Next40[7],[8].

En , Ÿnsect est la première entreprise au monde à obtenir une homologation de mise en marché d’un engrais naturel à base d’insecte délivré par l'ANSES[9]. En , l'entreprise annonce avoir complété son financement de série C pour atteindre un montant total de son financement à 425 millions USD[10].

En , Ÿnsect se voit délivrer la labellisation B Corp[11]. En , Ÿnsect rachète Protifarm, entreprise néerlandaise, et étend son portefeuille de brevets à plus de 340 issus de 41 familles. Ce rachat s'inscrit dans une volonté de l'entreprise de se lancer sur le marché de l'alimentation humaine à base d'insectes[12].

En , Ÿnsect annonce le lancement d’Ÿnfabre, premier programme industriel de sélection génomique appliquée aux élevages d’insectes à grande échelle[13]. En 2021, Ÿnsect s’est engagé à planter, dans le cadre de son projet Terrha 2040, 1,8 million d’arbres dans les Hauts-de-France, avec pour but de séquestrer plus de 190 000 tonnes de CO2 d’ici à 2040[14],[15]. En , Ÿnsect inaugure la pose de la première pierre de son chantier d'Amiens[16].

Les conséquences de la pandémie de Covid-19 sur les chaînes logistiques mondiales puis de l'impact économique de l'invasion de l'Ukraine par la Russie provoquent une augmentation des coûts de l'entreprise, qui doublent entre 2022 et 2023, et affectent l'entrée en service du site de Poulainville[17]. Le groupe se recentre alors sur l'alimentation animale pour favoriser ses marges. En , Ÿnsect lance un partenariat avec la startup Pure Simple True, pour fabriquer des friandises de luxe pour chien, commercialisées sous la marque Bernie's[18]. Toujours en , Ÿnsect signe un accord avec le centre de R&D de Lotte, en Corée[19].

En , Ÿnsect annonce l’acquisition de son premier site de production sur le territoire américain[20],[21]. L'intégration de Jord Producers signifie son entrée sur le marché des aliments pour poules de basse-cour[6]. Ce site sera fermé deux ans plus tard[22].

Début 2023, la société lève 160 millions d'euros en série D auprès d'actionnaires historiques dont 107 millions en obligations convertibles[22],[6]. Une levée de fonds qui s'accompagne de licenciements, à hauteur d'un peu plus de 20 % de ses effectifs dans ses bureaux situés à Paris et aux Pays-Bas en raison de la fermeture d’un site de production[23]. La startup est alors valorisée à plus de 600 millions d'euros[24]. En , le PDG Antoine Hubert quitte ses fonctions[24]. Il est remplacé par Shankar Krishnamoorthy[25].

À la suite d'une succession de déboires dans l'industrialisation de sa technologie et un changement de modèle économique, l'entreprise est placée en procédure de sauvegarde le [26],[17].

Le , date de la limite des candidatures, aucune offre de reprise ou d'investissement n'a été déposée auprès du tribunal de commerce, laissant craindre une issue défavorable pour le futur de l'entreprise qui a levé 600 millions d'euros en 14 ans[27]. L'entreprise est placée en redressement judiciaire le [17]. Selon le porte-parole d'Ynsect, le groupe sera dans une impasse de trésorerie fin [28]. En , l'entreprise obtient de ses actionnaires historiques une rallonge de 10 millions d'euros afin de maintenir « la production et la livraison des clients, et les discussions avec de potentiels investisseurs ». Emmanuel Pinto est nommé CEO[29],[30]. En , Ÿnsect annonce la suppression de près de 70 % de ses 200 emplois[31].

Le le tribunal de commerce d'Évry prononce la liquidation judiciaire de l'entreprise[32].

Critiques sur l'utilisation des fonds publics

À la suite de la liquidation judiciaire d'Ÿnsect, plusieurs responsables politiques critiquent l'importance des financements publics accordés à l'entreprise. Le député François Ruffin qualifie notamment Ÿnsect de « cas d'école d'argent public jeté par les fenêtres » et réclame l'ouverture d'une enquête afin d'évaluer l'usage des aides publiques et les responsabilités liées à l'échec du projet industriel, en particulier sur le site d'Amiens[33],[34]. Selon le ministère de l'Économie et des Finances, l'entreprise a bénéficié de 148 millions d'euros de financements publics, sur un total de 600 millions d'euros investis[35],[36].

Une commission d'enquête parlementaire est évoquée et soutenue par Alain Gest, président LR de la métropole d'Amiens pour déterminer les causes exactes de la faillite de la société[37].

En février 2026, une quarantaine de salariés se rassemblent autour de leur représentant salarié au CSE, pour demander des comptes auprès de leur ancienne direction, en contestant leur licenciement économique[38].

Activité

Localisation

Le groupe Ÿnsect est présent en France (Poulainville, Paris, Évry et Dole), et aux États-Unis (Nebraska). L'atelier d'élevage de Poulainville est actif, un deuxième atelier est en construction. Le site de production d'Ermelo (Pays-Bas) doit être fermé[6] ainsi que celui au Nebraska.

Insectes

Après cinq années de R&D, les cofondateurs ont fait le choix des coléoptères, et notamment le ver de farine (Tenebrio molitor). En effet, sa composition : 70 % de protéines (contre 30 % à 40 % par exemple pour la mouche soldat noire[39]) en fait un ingrédient premium.

La protéine d’insecte a également des propriétés très intéressantes quant à ses bénéfices[40],[41],[42].

Engrais

Le , Ÿnsect a reçu une autorisation de mise sur le marché de son engrais naturel à base d’insectes : « Ynfrass ». Cette autorisation, délivrée par l’ANSES, permet à l’entreprise de devenir le premier acteur au monde à obtenir une homologation de mise sur le marché d’un engrais naturel à base d’insectes[43]. Cette dernière valorise le modèle circulaire du groupe[42].

Nourriture pour animaux

Ÿnsect commercialise sous la marque Pet Food Spryng des produits utilisés en alimentation animale[44].

Nourriture pour êtres humains

La branche d’activité Ÿnsect Human Nutrition & Health commercialise des ingrédients issus de l'élevage de larve de vers Buffalo (Alphitobius diaperinus)[45].

Dysfonctionnements du modèle économique

Plusieurs facteurs économiques ont impacté négativement l'évolution du secteur. La farine d'insectes, produit clé dans ce modèle économique, se révèle être de 2 à 10 fois plus coûteuse que d'autres alternatives comme la farine de poisson ou de soja[46]. De plus, le marché de l’alimentation humaine, qui avait été exploré par certains acteurs de la filière, se heurte à une faible acceptabilité de la part des consommateurs[47]. Par ailleurs, les efforts pour nourrir les insectes avec des déchets organiques se sont avérés problématiques. Les réglementations sanitaires limitent l’utilisation de certains types de déchets, et leur variabilité en termes de composition engendre des retards de croissance ou un taux de mortalité plus élevé parmi les insectes[48]. En réponse à ces défis, Ynsect s'est tourné vers des coproduits agricoles, comme le son de blé, qui sont déjà utilisés dans l’alimentation animale[49]. Cependant, cette approche soulève plusieurs questions : ces matières ne sont pas des déchets, ce qui les rend concurrentes d'autres usages existants, et leur coût est élevé, ce qui remet en cause la viabilité économique et les bénéfices environnementaux initialement promis.

Des problèmes de conditions sanitaires ont également été signalés au sein des sites de production de l'entreprise. En janvier 2026, une enquête a révélé des conditions à risque à l'usine de Poulainville, avec des témoignages d'employés faisant état de problèmes de santé liés à la présence de mouches, de toiles d'araignées et de cadavres de rongeurs[50]. Par ailleurs, une enquête supplémentaire a mis en lumière la présence en nombre de mites et d'araignées à l'usine de Damparis, soulignant un problème systémique au sein des sites de production d'Ynsect[51].

Selon une réflexion qu'ont eu des universitaires, les causes de l'échec sont plus à rechercher dans le gouffre de Moore que dans le mur des réalités. Selon eux, il existe en effet un pas très important à franchir pour une start-up, entre d'une part séduire les premiers adoptants d'un produit et faire tourner un prototype d'usine, et d'autre part produire en masse avec des coûts compétitifs[52].

Références

Liens externes

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