Aave
protocole de finance décentralisée
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Aave (ou AAVE) est un protocole de finance décentralisée fonctionnant sur une blockchain[1],[2]. Il permet à ses utilisateurs de prêter ou d’emprunter des cryptomonnaies de manière décentralisée. Aave est l'un des plus gros protocole de finance décentralisée, son jeton natif est le « AAVE ». La gouvernance de ce protocole Aave est assurée par une organisation autonome décentralisée (DAO), ce qui signifie que les détenteurs de jetons (AAVE) peuvent proposer et voter des changements (comme l'introduction en 2024-2025 d'un stablecoin (GHO) et d'une technologie de Flash Loans dédiée à la spéculation financière.
Description
Histoire
Aave se fait initialement connaître sous le nom « ETHLend » en proposant une place de marché ou les utilisateurs peuvent emprunter des cryptomonnaies contre le dépôt d'une autre cryptomonnaie en collatéral (repay with collateral) ou les swap de collatéral (collateral switch). Il s'agit de l'un des premiers protocoles proposant des prêts sur-collatéralisés[4].
En 2017, le jeton natif du protocole est introduit sous le nom de « LEND », il devient « AAVE » en 2020. Le jeton AAVE joue un rôle dans la gouvernance, la sécurité et les mécanismes de récompenses du protocole. Il permet à ses détenteurs de participer à l’évolution du protocole via son module de gouvernance et du staker pour générer des rendements et assurer la sécurité du protocole[4].
En 2020, ETHLend prend le nom d'« Aave » (qui signifie « fantôme » en finnois, reflétant la transparence du protocole ou faisant allusion au shadow banking)[4], et en janvier, créé le « Flash Loan », un concept de spéculation financière propre à la finance décentralisée (DeFi), qui permet d'emprunter une grande quantité de cryptomonnaies sans avoir besoin de fournir de garantie préalable. L'aspect unique et essentiel de ce type de prêt est qu'il doit être remboursé dans la même transaction blockchain où il a été emprunté. Si le remboursement n'est pas effectué avant la fin de la transaction, l'ensemble de l'opération est annulé, comme si elle n'avait jamais eu lieu[4]. Ces instruments permettent (entre autres) l'exécution d'opérations au sein de l'environnement Aave, tel que les remboursements via collatéral (repay with collateral) ou les swap de collatéral (collateral switch)[5], avec le risque qu'il soit utilisé pour du blanchiment d'argent, ou par des hackers contre des protocoles DeFi (il est déjà arrivé qu'un attaquant utilise un Flash Loan pour manipuler le prix d'un actif sur un marché et/ou pour exploiter une faille dans un autre protocole — par exemple, pour vider ses réserves — avant de rembourser le prêt, l'exemple le plus connu étant le vol d'environ 130 millions de dollars de crypto-actifs, soit l'un des plus grands piratages de l'histoire de la DeFi à l'époque[6]). Le caractère instantané et sans garantie de ces prêts les rend particulièrement dangereux en cas de vulnérabilités dans le code d'un protocole).
Mi-2021, Aave est l'un des plus gros projets de finance décentralisée, avec 9,8 milliards de dollars de valeurs bloqués sur ses protocoles. Aave annonce avoir levé 29,5 millions de dollars auprès de Blockchain capital, Blockchain.com Ventures, Standard Crypto, Framework Ventures et Three Arrows Capital[7]. En octobre 2021, il établi son record de « Total Value Locked » (TVL) à 19 milliards de dollars[3], dans un marché des actifs numériques qui subit une croissance sans précédent (évalué à plus de 3 000 milliards de dollars en 2021), mais cette expansion a été suivie d'un crash ou « Hiver des cryptos-2022» (crypto winter)[8], caractérisé par d'importantes turbulences et une destruction de valeur, en raison, entre autres choses, de faillites de plusieurs entreprises du secteur des cryptomonnaies). Une étude a utilisé le protocole Aave comme cas pratique pour analyser les effets de cette crise sur l'évolution de la perception du risque par les investisseurs, et sur les protocoles de prêt décentralisé. Pour cela, les auteurs se sont basés sur les historiques de données telles que les taux d'intérêt, la liquidité disponible et à la valeur totale des fonds investis (TVL)[9].
En juin 2022, l'Organisation autonome décentralisée MakerDAO, qui gère le stablecoin DAI, suspend les dépôts de DAI sur la plateforme de prêt d'Aave[10],[11].
En juillet 2023, le protocole Aave lance sonstablecoin décentralisé GHO sur le réseau principal d'Ethereum[12]. Cette cryptomonnaie présentée comme stable fonctionne de manière comme le DAI de MakerDAO, mais comme ces dernières n'est pas adossée à une valeur « stable » (comme le seraient l'or, le dollar ou l'euro). Il n'est garanti que par d'autres cryptomonnaies déposées en tant que collatéral par ses utilisateurs (un défaut qui est compensé par un mécanisme dit de surcollatéralisation et de liquidation : Pour émettre du GHO, par sécurité pour Aave, les utilisateurs doivent déposer un montant de cryptomonnaies (comme de l'ETH) pour une valeur supérieure à celle du GHO emprunté ; par exemple, 150 $ de cryptos mis en gage pour 100 GHO)[4] (ce qui n'est pas sans risques, car l'utilisateur parie sur l'espoir que la valeur du collatéral — par exemple, l'ETH — ne chutera pas brusquement avec alors un risque de liquidations en chaîne, le protocole pouvant alors aussi liquider la position de l'emprunteur ; des baisses de marché importantes et rapides comme lors du crypto winter, peuvent entraîner des liquidations en cascade. Un autre risque est celui d'un grande dépendance à la volatilité puisque le GHO est lui-même garanti par adossement à des actifs qui sont eux-mêmes volatils. En cas de chute en cascade massive du marché, le protocole pourrait avoir du mal à maintenir l'ancrage de sa valeur, même avec la surcollatéralisation).
Fin 2024, le protocole remplace EigenLayer à la deuxième place parmi les plus gros protocole de finance décentralisée, après une forte augmentation des fonds déposés dans ses pools de liquidité. Aave dépasse ainsi les 12 milliards de dollars de « Total Value Locked » (TVL)[3]. La même année, le Token AAVE augmente de 93% en l'espace de trois mois[13].
Risques
Dans la FinTech et la DeFi (finance décentralisée), les plateformes de prêt en cryptomonnaies (dont les plus populaires sont Aave et Compound) sont devenues des « banques parallèles » (shadow bank) décentralisées sont parmi les entités les plus à risques de défaillance systémique. Carol Alexander (professeure de finance à l'université du Sussex, professeure invitée à la Peking University Business School et experte en analyse des risques financiers liés à la FinTech, en particulier concernant le trading haute fréquence, les blockchains et les cryptoactifs) note qu'en 2023, DeFi Llama considérait que le plus important de ces protocoles open source non dépositaires, permettant de percevoir des intérêts sur les dépôts, et d'emprunter des actifs, était Aave, dont la valeur totale était dépendante de la chaîne de blocs Ethereum[14],[15],[16] ; or, les outils de levier (leveraged farming) proposé par Aave permettant de déposer des actifs en garantie, pour emprunter d'autres actifs, pour en racheter d'autres et les déposer à nouveau en garantie, un procédé qui s'apparente à un arbre magique (et peut favoriser le montage et des comportements de type pyramides de Ponzi[17] et d'autres types d'arnaques financières, avec des risques élevés pour tous les acteurs car ce processus de levier « prêt-emprunt » répété, s'il permet d'amplifier la taille de la position d'investissement et les rendements potentiels, en donnant l'impression de faire fructifier son capital de manière exponentielle, expose aussi au risque de tout perdre, et en emportant d'autres prêteurs et emprunteurs en cas de crise systémiqu/e[14]. Selon elle, la montée en puissance des cryptomonnaies n'indiquent pas que le marché est devenu mature et que ses risques opérationnels se seraient atténués, même en cas de marché haussier ; cette croissance, quand elle se produit, serait principalement due à la domination des plateformes d'échange « autorégulées », en particulier Binance. Or la position dominante de Binance est un risque opérationnel majeur, car cette plateforme combine notamment des fonctions de chambre de compensation, de plateforme de prêt, d'émetteur de stablecoin et de dépositaire de fonds — ce qui la rend systémiquement très importante. Son insolvabilité aurait des répercussions très graves sur toute la FinTech : non seulement sur la finance centralisée, mais aussi les fournisseurs de données, les oracles et un grand nombre des environ entreprises liées à la blockchain financées par des offres de jetons depuis 2014 [14]. La méthode de preuve de réserve (« Proof-of-Reserves ») utilisée par certaines plateformes est insuffisante pour prouver leur solvabilité, ne garantissant que la capacité de la plateforme à couvrir les retraits des clients, sans fournir d'information sur sa solidité en tant que « chambre de compensation ». Carol Alexander appelle donc les régulateurs du marché a exiger des plateformes d'échange et de prêt de cryptomonnaies qu'elles se soumettent à un stress-tests de résistance adéquats, comme cela est maintenant, en réaction à la crise de 2008, imposé par la réglementation bancaire aux vraies banques (ces tests devraient à simuler des scénarios de crise extrêmes, par exemple, une chute de 25 % du prix des produits dérivés en une heure)[14]. En 2024, Aave et d'autres plateformes sont exposés à une recrudescence des vols et infractions, faisant que la détection précoce des activités de fraude et de comptes malveillants devient une priorité. Un cadre méthodologique utilisant l'IA a été proposé pour mieux détecter les fraudeurs (à partir de multiples chaînes, évalué sur un vaste ensemble de données regroupant les transactions des 23 protocoles DeFi les plus utilisés, en collaboration avec Covalent)[18], mais les fraudeurs utilisent aussi l'IA de leur côté, ce qui peut les rendre plus rapide et moins détectables.