Abdol Karim Ayadi
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Abdol Karim ou Abdolkarim Ayadi (1907-1980) était le médecin personnel de Mohammad Reza Pahlavi, le chah d'Iran, durant son règne qui dura du au . Il était réputé être un proche du chah[1], puis du reste de la famille impériale en général[2], ce qui lui aurait conféré un grand pouvoir sous le règne de Mohammad Reza Chah, et lui a valut d'être postérieurement considéré comme une sorte de « Raspoutine de la cour des Pahlavi »[3]. Médecin militaire[4], il terminera sa carrière avec le grade de général [5].
Ayadi est né à Téhéran en 1907 au sein d'une famille adepte de la foi bahá'íe. Il commença des études vétérinaires en France dans les années 1920 puis se réorienta vers la médecine humaine, avant de devenir médecin militaire, dans les années 1930. A cette époque il entre au service de la famille royale en tant que médecin personnel du prince Ali Reza, ce qui lui permet de rencontrer le prince héritier Mohammad Reza[5]. En 1941, lorsque ce dernier accède au trône de Paon, il le nomme médecin personnel, un poste qu’il gardera pendant 37 ans.
Plutôt craint à la cour, le docteur Ayadi est peu apprécié en dehors du cercle proche du souverain, ayant eu d’excellents rapports avec l’impératrice Soraya, qui le considère comme son « ami » et dont il s’occupera du divorce. Le médecin personnel du souverain est l’objet de nombreux fantasmes concernant le pouvoir que lui donne sa proximité avec ce dernier. Il est ainsi accusé d’avoir dirigé plusieurs sociétés écrans qui lui permirent de s'enrichir considérablement, ou d’avoir eu à une époque plus de 80 postes rémunérés, selon un rapport de la SAVAK[3]. Cependant la plupart de ces allégations reposent sur des déclarations postérieures à la révolution islamique, et provenant de sources proches du pouvoir iranien actuel, très prolixe sur la corruption de la cour des Pahlavi et le « complot bahaï » , foi à laquelle Ayadi appartenait[6].

Il dissimule à plusieurs reprises ses convictions religieuses et se présente comme « musulman » sur ses papiers officiels, bien que son origine familiale le rende suspect aux yeux du clergé chiite, qui voit les bahaïs comme une dangereuse secte ayant infiltré les arcanes du pouvoir. A plusieurs reprises il apparaît lors de cérémonies publiques en train de prier aux côtés du souverain, ce qui choque plusieurs dignitaires religieux, notamment en 1956 lors du hajj du chah à la Mecque[7].
Ayadi fut ainsi accusé de favoriser l’ascension sociale des bahaïs, mais aussi de les « protéger », comme lors de la persécution à leur encontre menée par l’ayatollah Falsafi au lendemain de coup d’Etat d’août 1953, qui avait permis le maintien par l’armée du chah sur le trône avec l’appui des forces étrangères, des bazaris mais aussi des religieux[7].
En 1974, il fait partie de l’équipe de médecins qui diagnostiquent au chah les premiers symptômes de la maladie de Waldenström, qui emportera l’empereur en 1980. Il cachera dans un premier temps la gravité de la situation à ce dernier et à son entourage[3].
En 1978, alors que la révolution iranienne gronde, il est mis à l’écart, puis officiellement remercié par les autorités impériales. Un dialogue rapporté du chah avec Houchang Nahavandi, alors intermédiaire entre le pouvoir et les autorités religieuses menées par le grand ayatollah Shariat-Madiari (à l’origine de ladite mise à l’écart) indique que, d’après le chah, Ayadi, bien que né dans une famille bahaïe et proche des cercles, était en fait athée[8].
Abdol Karim Ayadi quitte l’Iran peu avant le triomphe de la révolution islamique, et s’installe à Paris, près de chez son frère. Atteint d’un cancer, il meurt à Genève (d’autres sources indiquent Paris) le , à l’âge de 73 ans.
Références
- ↑ Abbas Milani, Eminent Persians, Syracuse University Press, , 1058– (ISBN 978-0-8156-0907-0, lire en ligne) :
« ... proximity to power begets power. For the last quarter century of the shah's rule in Iran, no one had as much access to the shah as his personal physician, Dr. Abdolkarim Ayadi. He lurked in the background, staying clear ... »
- ↑ Farah Pahlavi, An Enduring Love: My Life with the Shah - A Memoir, Miamax, (ISBN 978-1-4013-5961-4, lire en ligne) :
« However, this comparison was not enough to reassure my husband's doctor, who was a soldier, General Abdol Karim Ayadi. "It's not good for the crown prince to be left-handed," he kept telling me. "He must lose the habit." And my reply was .. »
- 1 2 3 « Eminent Persians », sur www.eminentpersians.net (consulté le )
- ↑ William Shawcross, The Shah's Last Ride, Simon and Schuster, , 231 p. (ISBN 978-0-671-68745-8, lire en ligne) :
« The Shah was with his Great Dane and his personal doctor, Abdol Karim Ayadi, a small man who had dyed hair and wore a military uniform. (Ayadi, like many of the people closest to the Shah, was not a Muslim but a Baha'i (sic). He was reported to ... »
- 1 2 « IICHS - Institute for Iranian Contemporary Historical Studies », sur www.iichs.org (consulté le )
- ↑ « Resalat newspaper: Baha’i influence in Pahlavi regime | Archives of Baha'i Persecution in Iran », sur iranbahaipersecution.bic.org (consulté le )
- 1 2 « Donyay-e Iran newspaper: Abdol-Karim Ayadi died in Paris | Archives of Baha'i Persecution in Iran », sur iranbahaipersecution.bic.org (consulté le )
- ↑ Yves Bomati & Houchang Nahavandi, Mohammad Réza Pahlavi, le dernier shah, 1919-1980, Paris, Perrin, , 717 p. (ISBN 978-2262078812), pp.542-545