Achuar
population amazonienne Jivaro
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Description
Les Achuar constituent l'un des derniers groupes Shuar à être restés relativement épargnés du contact avec le monde extérieur. Le nom Achuar signifie « peuple du palmier aguaje ». Les Achuar sont l’une des treize nationalités indigènes reconnues de l’Équateur[2],[3],[4].
Le dialecte achuar est l'un des quatre groupes de dialectes (shuar, achuar, aguaruna et huambisa) de la branche ethno-linguistique des langues jivaro.
Caractéristiques
Une des quatre tribus shars, les Achuar ont été pendant longtemps craints à cause de leur réputation de guerriers.
Situation géographique
Comme leur nom l'indique, les Achuar d'Équateur sont situés dans la jungle de l'Amazonie à l'est de l'Équateur qui partage ses frontières avec le Pérou. Chaque tribu occupe un territoire limité.
Habitat
Les Achuar habitent des maisons de forme ovale dont le toit est formé de palmes imperméables superposées pour les protéger des pluies abondantes dans cette région, sans parois externes, les maisons sont situées au milieu d'une clairière et entourées de jardins délimités par des rangées de bananiers.
Organisation politique
Les Achuar d'Équateur sont organisés politiquement par le biais de la Nacionalidad Achuar Ecuador (N.A.E.), une organisation fondée dans les années 1990 et formellement reconnue par l'État équatorien[5].
Démographie
En Équateur, on estime qu'environ 6.000 Achuar vivent dans 75 communautés dispersées sur un territoire d'environ 681.218 hectares dans la Cuenca Alta del Rio Pastaza, dans les provinces de Morona Santiago et Pastaza[5].
En 2015, il était estimé que plus de 60 % de la population Achuar avait moins de 18 ans[6].
Mœurs et coutumes
Système matrimonial et relations conjugales
La polygamie est le régime matrimonial de base[7]. La première épouse est idéalement la fille d'un oncle maternel ou d'une tante paternelle donc une cousine croisée (waje). Si cela s'avère impossible, il faut alors trouver une « cousine » plus éloignée. Il est préférable d'épouser des femmes proches généalogiquement comme géographiquement. Avant de pouvoir vivre dans leur propre résidence (néolocale), le couple doit résider chez le père de son épouse (résidence matrilocale). Le lévirat est aussi appliqué, ce qui oblige une femme à se marier au frère de son mari défunt. Les mariages sont essentiellement « déterminées par les règles coutumières et la loi du plus fort »[8] notamment associée à des rapts. Philippe Descola rend compte de relations conjugales marquées par la violence jusqu'au féminicide et l'interprète comme venant d'une représentation des femmes comme êtres « sauvages » qu'il s'agirait de socialiser « par les coups, analogue dans son intention à leur apprivoisement symbolique par la sexualité »[9]. Cette domination masculine naitrait notamment d'une éducation où l'expression colérique masculine est bien acceptée, gage de force de caractère nécessaire au combat, tandis que les fillettes seraient réprimandées si elles sortent de leur réserve[10]. Les épouses sont en partie protégées par la famille dont elles sont issues et par leur rôle social leur réservant des tâches essentielles[7].
Division sexuelle du travail et de l'espace
Pour la construction de leur maison, les hommes abattent les grands arbres pour former une clairière, les femmes s'occupent du brûlis pendant qu'ils plantent les bananiers. La construction est la tâche des hommes alors que les femmes s'occupent de façon exclusive des jardins qui entourent l'habitat. Un autre exemple de la vie quotidienne serait celui de la chasse réservée aux hommes tandis que les femmes s'occupent de cuisiner le gibier. La maison est aussi divisée en deux parties, le tankamash qui est réservé aux hommes et l'ekent, l'espace des femmes[11].
Régime alimentaire
Les Achuar trouvent leurs sources d'aliments dans les animaux terrestres comme aquatiques et dans les végétaux mais leurs apports sont plus ou moins régis par les saisons. D'août jusqu'à janvier,« le temps des basses eaux », la pêche est abondante mais diminue avec les saisons de pluie qui débute à la mi-novembre et s'achève à la fin avril, période pendant laquelle les fruits sauvages sont amples ; pendant cette période les animaux sont mieux nourris pour être chassés pendant « le temps de la graisse de singe laineux » qui débute en mars. Sans oublier la plante de manioc, cultivée tout au long de l'année dans leurs jardins, qui est l'ingrédient indispensable pour la fabrication de la bière de manioc fortement appréciée des Achuar qui en font leur boisson quotidienne plus ou moins alcoolisée selon les occasions.
Monde onirique
Les rêves sont pour les Achuar une façon de maintenir des relations avec les esprits qui leur confient des recommandations. Certains rêves annoncent une future action positive (kuntuknar) et d'autres annoncent des actions négatives (mesekramprar). Que ce soit l'un ou l'autre, les Achuar dépendent de ces rêves pour agir, que ce soit pour aller à la chasse, déclarer une guerre, etc.
Individualisme
Très individualistes, les Achuar évitent autant que possible la promiscuité et les disputes qu'elle peut causer. Pour Philippe Descola, cet individualisme est comme dans les démocraties moderne, à la base de l'égalité des statuts[12].
Guerre
C'est un élément qui caractérise les Achuar. Comme les familles vivent à distance les unes des autres, la guerre, fruit de la vendetta, pourrait être vue comme un moteur de rapprochement dans la mesure où on cherche à se faire des alliances ; sans guerre les motivations à maintenir des contacts externes seraient moindres puisque chaque parentèle Achuar est presque auto-suffisante. Dans les généalogies reconstituées par l'anthropologue Philippe Descola, un homme sur deux était mort au combat[13].
Égalité
Les hommes Achuar se considèrent égaux dans tous les sens du terme. La hiérarchie leur est totalement étrangère ; cependant, un bon chasseur ou un guerrier brave peut attirer le respect et l'attention de ses confrères mais il ne bénéficiera pas pour autant de droit ou de traitement différent. Le « grand homme » est « un homme valeureux (kakaram), reconnu par ses pairs comme le leader d’une faction de guerriers en raison de son intelligence tactique et du charisme qui émane de sa personne » et qui s'impose par ses capacités à coaliser des groupes familiaux avec « l’active complicité de nombreuses épouses »[14]. Certains sont donc plus égaux que d'autres. Les Achuars refusent l'homosexualité et manifestent une « véritable horreur » envers l'existence d'« hommes-femmes » chez leurs voisins Quichuas, chose qu'ils voient comme brisant les distinctions nécessaires à la bonne marche du monde[15].
Les Achuar, les animaux, les plantes et les météores
L'anthropologue Philippe Descola montre comment la nature, pour les Achuar, s'émancipe du seul ordre taxinomique, en se voyant attribuer des caractéristiques humaines : « Les hommes et la plupart des plantes, des animaux et des météores sont des personnes (aents) dotées d'une âme (wakan) et d'une vie autonome »[16].
Les mythes Achuar disent entre autres choses comment à l'origine tous les êtres avaient une apparence humaine, celle des « personnes complètes » (penke aents). Perdant celle-ci dans les circonstances du mythe, plantes et animaux n'en gardent pas moins, pour les Achuar, une sociabilité ordonnée selon les mêmes règles que celles qui régissent leur propre vie sociale. « L'anthropomorphisation des plantes et des animaux [est] tout autant la manifestation d'une pensée mythique qu'un code métaphorique servant à traduire une forme de « savoir populaire » ». C'est la capacité d'échanger dans un langage qui leur est propre qui définit les différentes espèces comme telles. Cependant, les âmes de chaque être ont une capacité de discours subjectif qui permet à l'ensemble des êtres d'interagir. C'est ainsi dans une fin de communiquer avec les plantes et les animaux que les Achuar entonnent à leur encontre des chants incantatoires (anents). En revanche, le langage de l'âme des êtres non humains n'apparaît aux Achuar que lorsque l'âme quitte leur corps et c'est dans les rêves (kara) et les transes qu'une telle condition apparaît.
Utilisation de plantes médicinales
Les problèmes de santé les plus fréquents chez la population Achuar actuellement sont des maladies infectieuses aiguës des voies respiratoires et du système gastro-intestinal, les infections parasitaires intestinales, les dermatophytoses, les infections bactériennes de la peau, les gastrites, le paludisme, la leishmaniose, les infections urinaires, l'arthrite et la tuberculose. Les troubles dentaires, les morsures de serpent, la malnutrition, les plaies et les traumatismes constituent d'autres problèmes médicaux fréquents[5].
Une étude de 2015 a montré que les communautés Achuar, notamment en Équateur, avaient recours à des plantes médicinales pour traiter ces maladies[17]. La méthode la plus courante de préparation des remèdes chez les Achuar consiste à réaliser des décoctions en faisant bouillir des plantes dans une grande quantité d'eau jusqu'à réduction significative et coloration. Dans certaines décoctions, on ajoute de la canne à sucre pour obtenir des sirops médicinaux. Ces préparations sont administrées par voie orale et dans de nombreux cas le patient est censé vomir après leur ingestion. Les enfants qui n'ont pas encore « appris à vomir » ne sont pas autorisés à prendre ces remèdes. Certains de ces remèdes sont préparés avec plusieurs espèces de plantes. Certains remèdes sont préparés sans cuisson des ingrédients, mais en broyant des parties de plantes dans l'eau, puis en filtrant la solution. Les préparations orales sont souvent administrées trois fois par jour avec une posologie adaptée à l'âge du patient. Dans certaines préparations, les Achuar râpent une partie de l'écorce ou des graines de certaines espèces, puis utilisent la poudre obtenue comme ingrédient pour des préparations orales ou pour une application topique. Par exemple, l'écorce de Ceiba pentandra est appliquée sur les lésions externes. Le latex brut de certaines espèces végétales est utilisé par voie interne et/ou externe, comme le latex de Croton lechleri et de Ficus insipida. Une autre préparation consiste à réduire des mélanges de plantes en cendres, puis à les appliquer sur les lésions de leishmaniose. Un linge peut servir à maintenir la préparation en place. Les jeunes feuilles tendres de certaines espèces, comme le Jacaranda copaia, sont frottées sur la peau pour traiter les mycoses cutanées et autres affections dermatologiques[18].
Le chamanisme et les Tsunki
Il y a deux sortes de chamanes (uwishin) et donc deux sortes de chamanisme : le chamanisme tsuakratin (guérisseur) et le chamanisme wawekratin (ensorceleur) par lequel le chaman envoie des tsentsak (fléchettes invisibles) à distance qui rendent celui qui les reçoit malade. La pratique exposée ci-dessous est celle du chamane guérisseur qui sert à prélever les fléchettes (tsentsak) envoyées par un wawekratin dans le corps du « malade » grâce à un rituel précis.
Selon la coutume, on fournit au chamane le natem (substance hallucinogène) et le tabac, instruments de guérisons. Uwishin commence par consommer le natem et descend ensuite dans la rivière pour réveiller les fléchettes qu'il a dans son corps en les faisant vibrer grâce au chant du chamane. Cela accompli, le chamane revient à son patient pour anesthésier les mauvaises fléchettes logées dans son corps en balayant la partie douloureuse pour refroidir les tsentsak et les rendre plus faciles à extraire. Ensuite le chamane chante pendant environ une heure des anent qui servent à décrire les métamorphoses qu'il subit, à invoquer les pasuk, à mettre en branle les fléchettes et à rassurer le malade. Le pasuk est le principe actif des fléchettes et est représenté aussi par les Tsunki et leurs animaux domestiques. Les Tsunki sont des semblables aux hommes mais qui vivent sous l'eau ; ils possèdent tous les pouvoirs chamaniques et garantissent leurs effets durables, ils sont aussi la source ultime des tsentsak. Après avoir fini son chant, le uwishin pose des questions à la conjointe du malade pour établir un diagnostic et savoir si le malade est atteint d'un sunkur (maladie d'origine non chamanique) ou d'un tunchi (ensorcellement chamanique). Enfin le chamane boit quelques rasades de jus de tabac et en conserve dans sa bouche en suçant la partie malade, puis il dégurgite le jus et souffle dans sa main, il reprend le processus environ dix fois pour pouvoir prélever dans le creux de sa main de petits morceaux de verre (les fléchettes) et souffle sur le ventre du malade guéri pour conclure le traitement. On devient chamane en s'approvisionnant de tsentsak par un rituel d'initiation d'un autre chamane qui aide à conditionner le corps à garder les tsentsak pour une utilisation éventuelle sur un malade ou sur un ennemi ; le chamanisme peut aussi se transmettre de manière héréditaire et c'est là qu'il est le plus efficace puisque dès son plus jeune âge, le nourrisson est familiarisé aux tsentsak qu'il reçoit du lait de sa mère après que son père les a soufflés dans les seins de cette dernière[19].
