Présidence de Franklin Delano Roosevelt

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La présidence de Franklin Delano Roosevelt débuta le , date de l'investiture de Franklin Delano Roosevelt en tant que 32e président des États-Unis, et prit fin à la mort de ce dernier le . Membre du Parti démocrate, Roosevelt accéda à la présidence dans une Amérique frappée par la Grande Dépression. Après avoir remporté une victoire écrasante sur son rival républicain, le président sortant Herbert Hoover, il fut réélu pour trois mandats consécutifs et devint un acteur central de la scène internationale au cours de la Seconde Guerre mondiale. Son programme d'aide sociale, de réformes et de redressement économique, baptisé le New Deal (« Nouvelle donne »), déboucha sur un rôle considérablement accru du gouvernement fédéral en matière de régulation de l'économie. Sous son autorité, le Parti démocrate construisit une « coalition du New Deal » composée de syndicats, de grandes villes, d'ethnies blanches, d'Afro-Américains et de sudistes blancs ruraux qui transforma radicalement la vie politique américaine dans les décennies suivantes sous l'ère du cinquième système des partis et qui jeta les bases du libéralisme américain contemporain.

Résidence officielle Maison-Blanche, Washington
Système électoral Grands-électeurs
Faits en bref Type, Résidence officielle ...
Présidence de Franklin Delano Roosevelt

32e président des États-Unis

Description de cette image, également commentée ci-après
Portrait officiel du président Franklin D. Roosevelt par Frank O. Salisbury, 1947, Maison-Blanche.
Type
Type Président des États-Unis
Résidence officielle Maison-Blanche, Washington
Élection
Système électoral Grands-électeurs
Mode de scrutin Suffrage universel indirect
Élection 1932
1936
1940
1944
Début du mandat
Fin du mandat
(décès)
Durée 12 ans 1 mois et 8 jours
Présidence
Nom Franklin Delano Roosevelt
Date de naissance
Date de décès (à 63 ans)
Appartenance politique Parti démocrate
Fermer

Durant les cent premiers jours de son mandat, Roosevelt fit voter des réformes législatives d'une ampleur sans précédent et ratifia toute une série d'ordres exécutifs visant à instaurer le New Deal. Cette politique se traduisit par des mesures permettant de venir en aide aux catégories les plus démunies (emplois publics pour les chômeurs), de relancer la croissance économique et de modifier les réglementations vis-à-vis du secteur financier, des banques et des transports. Après la victoire de son parti aux élections de mi-mandat en 1934, Roosevelt fit adopter une autre série de lois fédérales qui furent à l'origine de la sécurité sociale, de la mise en place de l'assurance chômage et du « bureau national pour les relations au travail » (National Labor Relations Board). Une fois réélu, Roosevelt chercha à agrandir la Cour suprême mais sa proposition fut rejetée par le Congrès. Le président fut également moins heureux dans l'application de son agenda législatif pour ce second mandat, une coalition conservatrice bipartite bloquant la plupart de ses projets de loi, à l'exception de la loi sur les normes du travail équitable (Fair Labor Standards Act). Lorsque la guerre éclata et que le chômage fut pratiquement résorbé, le Congrès supprima les principaux dispositifs d'aides sans pour autant abroger de nombreux autres programmes et agences créés par le New Deal.

La situation internationale se dégrada progressivement dans les années 1930 en raison de l'attitude belliqueuse du Japon, de l'Italie et de l'Allemagne nazie. Bien que la plupart des Américains fussent farouchement isolationnistes, Roosevelt apporta un soutien diplomatique et financier à la Chine, au Royaume-Uni, à la France et à l'URSS, notamment grâce à la loi Prêt-Bail. Les États-Unis entrèrent dans la guerre après l'attaque par le Japon de la base navale américaine de Pearl Harbor. Aidé de son principal conseiller Harry Hopkins et bénéficiant d'un large soutien populaire, Roosevelt travailla en étroite collaboration avec le Premier ministre britannique Winston Churchill, le dirigeant soviétique Joseph Staline et le généralissime chinois Tchang Kaï-chek à la tête des Alliés durant la Seconde Guerre mondiale. Il supervisa la mobilisation de l'économie américaine en soutien de l'effort de guerre, cette dernière mettant fin au chômage de masse qui subsistait depuis la Grande Dépression. Roosevelt mit par ailleurs en œuvre une stratégie militaire sur deux fronts qui se solda par la défaite des puissances de l'Axe et par le développement de la première bombe nucléaire au monde. Sa santé déclina toutefois fortement pendant le conflit et il mourut en . Sa disparition intervint quelques mois avant la fin des hostilités, mais ses efforts en faveur de la reconstruction du monde d'après-guerre contribuèrent de façon décisive à la création des Nations unies et à la ratification des accords de Bretton Woods. Roosevelt fut remplacé par le vice-président Harry S. Truman qui présida à la fin de la guerre en .

Sous la présidence de Roosevelt, le Parti démocrate revint au premier plan de la scène politique et les États-Unis connurent une période de prospérité ; en outre, deux adversaires majeurs, l'Allemagne et le Japon, furent vaincus militairement durant cette période. Roosevelt est généralement considéré par les universitaires, les historiens et le grand public comme l'un des trois plus grands présidents américains, aux côtés d'Abraham Lincoln et de George Washington.

Élection présidentielle de 1932

Discours de Roosevelt à la convention démocrate de 1932, à la suite de sa désignation comme candidat du parti à l'élection présidentielle.

Après la sévère crise économique consécutive au krach boursier de 1929, bon nombre de démocrates espéraient assister, lors de l'élection présidentielle de 1932, à la première victoire d'un candidat de leur camp depuis 1916. Le gouverneur de New York Franklin Delano Roosevelt, triomphalement réélu à ce poste en 1930, s'affirma très vite comme le principal prétendant à l'investiture démocrate. Avec l'aide de Louis Howe et de James Farley, Roosevelt rallia tout à la fois une partie de ceux qui avaient soutenu les réformes progressistes de l'administration Wilson et une frange de l'électorat conservateur, ce qui lui permit de s'implanter solidement dans le Sud et l'Ouest. La principale opposition à la candidature de Roosevelt émanait des progressistes du Nord-Est comme Al Smith, un ancien allié de Roosevelt qui avait été choisi pour représenter le Parti démocrate lors de l'élection présidentielle de 1928. L'objectif de Smith était d'empêcher son rival de rassembler la majorité des deux tiers nécessaire pour décrocher la nomination et de lui ravir l'investiture à l'issue d'un scrutin à rallonge[1].

Roosevelt arriva à la convention du parti avec une avance confortable en termes de délégués compte tenu de sa victoire aux primaires démocrates mais la plupart des délégués ne savaient pas encore pour quel candidat ils allaient voter. Au premier tour de scrutin, plus de la moitié des délégués se prononcèrent en faveur de Roosevelt, qui rata ainsi de peu la majorité des deux tiers, tandis que Smith arrivait loin derrière en deuxième position. Le président de la Chambre des représentants John Nance Garner, qui contrôlait les votes des délégations du Texas et de la Californie, apporta son soutien à Roosevelt après le troisième tour de scrutin et ce dernier rafla la nomination au tour suivant. Garner fut ensuite désigné pour briguer la vice-présidence. Sitôt informé de sa victoire, Roosevelt s'envola de New York pour se rendre à la convention et fut, ce faisant, le premier candidat présidentiel d'un grand parti à accepter l'investiture en personne[1].

Résultats de l'élection présidentielle américaine de 1932.

L'adversaire de Roosevelt au scrutin général était le président républicain en exercice Herbert Hoover. Dans une campagne qui le mena d'un bout à l'autre du pays, Roosevelt promit d'accroître le rôle du gouvernement dans l'économie et d'abaisser les droits de douane dans le cadre d'un programme connu sous le nom de New Deal Nouvelle donne »). De son côté, Hoover affirma que l'effondrement de l'économie était en grande partie dû à des causes extérieures et il accusa Roosevelt de s'ériger en apôtre de la lutte des classes. Le président, dont le marasme économique avait déjà fait chuter la popularité, vit ses chances de réélection se réduire comme peau de chagrin à la suite de la marche de la Bonus Army qui se solda par la répression brutale de plusieurs milliers d'anciens combattants venus réclamer une revalorisation de leur pension[2].

Le jour de l'élection, Roosevelt arriva en tête avec 472 votes de grands électeurs (sur 531) et 57,4 % du vote populaire, ce qui fit de lui le premier démocrate à remporter la majorité des suffrages populaires depuis 1876 ; en outre, il réalisa le plus gros score d'un candidat démocrate depuis la création du parti en 1828. Lors des élections législatives qui se déroulèrent à la même période, les démocrates prirent le contrôle du Sénat et consolidèrent leur majorité à la Chambre[2]. Même si les sudistes conservateurs étaient surreprésentés parmi les chefs du parti au Congrès, près de la moitié des élus du 73e Congrès ne siégeaient que depuis 1930 et nombre de ces parlementaires étaient désireux de lutter efficacement contre la Grande Dépression, même au prix d'une remise en cause de l'orthodoxie politique qui avait prévalu jusqu'alors[3]. Au cours des quatre mois qui s'écoulèrent entre l'élection de Roosevelt et l'inauguration de ce dernier, marqués par une aggravation de la crise économique, Hoover tenta d'associer son successeur à certaines de ses politiques mais les discussions entre les deux hommes ne débouchèrent sur aucune collaboration concrète[4]. Le , alors en déplacement à Miami, le président-élu fut victime d'une tentative d'assassinat dont il réchappa indemne mais qui coûta la vie au maire de Chicago Anton Cermak[5].

Investiture

Investiture de Franklin D. Roosevelt devant l'aile Est du Capitole, le 4 mars 1933.

Roosevelt fut investi en tant que 32e président des États-Unis le , sous l'autorité du juge en chef Charles Evans Hughes[6]. Dans son discours inaugural, Roosevelt attribua la responsabilité de la crise aux banquiers et aux financiers, à la quête effrénée du profit et au ressort fondamentalement égoïste du capitalisme :

« La raison principale en est que les dirigeants de l'échange des biens de l'humanité ont échoué par leur propre entêtement et leur propre incompétence, qu'ils ont admis leur échec et qu'ils ont abdiqué. Les pratiques des changeurs de monnaie sans scrupules sont mises en accusation devant le tribunal de l'opinion publique, rejetées par le cœur et l'esprit des hommes. Il est vrai qu'ils ont essayé, mais leurs efforts se sont inscrits dans le cadre d'une tradition dépassée. Face à l'échec du crédit, ils n'ont proposé que de prêter davantage d'argent. Privés de l'appât du gain pour inciter notre peuple à suivre leur fausse direction, ils ont eu recours à des exhortations, implorant avec larmes le rétablissement de la confiance […]. Les changeurs de monnaie ont fui leurs sièges élevés dans le temple de notre civilisation. Nous pouvons maintenant restaurer ce temple selon les anciennes vérités. Cette restauration se mesurera à l'aune de l'application de valeurs sociales plus nobles que le simple profit monétaire[7]. »

Au soir de l'investiture de Roosevelt, les banques de 32 des 48 États ainsi que celles du district de Columbia avaient fermé leurs portes[8].

Composition du gouvernement

Roosevelt composa son gouvernement durant la période qui sépara son élection de son investiture[9]. Son premier secrétaire d'État fut Cordell Hull, un célèbre homme politique du Tennessee qui avait siégé dans les deux chambres du Congrès. Même si Hull ne revendiquait aucune expertise dans le domaine de la politique étrangère, il était depuis longtemps favorable à une réduction des droits de douane, jouissait du respect des autres sénateurs et ne nourrissait aucune ambition pour la présidence. Le premier cabinet Roosevelt était, en outre, composé de plusieurs républicains éminents tels que le secrétaire au Trésor William H. Woodin, un industriel qui entretenait de bonnes relations avec le président, le secrétaire à l'Intérieur Harold L. Ickes, un républicain progressiste qui joua un rôle important dans la mise en œuvre du New Deal, et le secrétaire à l'Agriculture Henry Wallace qui avait participé à la campagne de Roosevelt en tant que spécialiste des questions agricoles. Roosevelt nomma également à la tête du département du Travail Frances Perkins qui fut la première femme membre d'un cabinet présidentiel. Farley, nommé ministre des Postes, se chargea de distribuer de nombreux postes de l'administration à des militants démocrates en vertu de ses pouvoirs de patronage ; quant à Howe, il servit Roosevelt en qualité de secrétaire particulier jusqu'à sa mort en 1936[10]. Le candidat initial pour le poste de procureur général, le sénateur du Montana Thomas J. Walsh, mourut peu avant l'investiture de Roosevelt et fut remplacé au pied levé par Homer S. Cummings[9].

Les nominations de Hull, Woodin et du secrétaire au Commerce Daniel C. Roper apaisèrent les craintes du monde des affaires tandis que celles de Wallace, Perkins et Ickes furent bien accueillies par la gauche du spectre politique[11]. La plupart des membres du premier cabinet de Roosevelt demeurèrent en place jusqu'en 1936 mais Woodin fut contraint de démissionner pour des raisons de santé en 1933 ; son successeur fut Henry Morgenthau qui devint en peu de temps le plus puissant membre du cabinet[12]. Roosevelt ne réunissait toutefois que rarement ses ministres dont, à l'exception de Morgenthau et de Perkins, il n'était pas très proche et préférait s'appuyer sur le Brain Trust, un aréopage d'experts, d'universitaires et d'économistes qui l'aidaient à orienter sa politique et lui prodiguait de nombreuses recommandations dans tous les domaines. Parmi ce groupe de conseillers informels figuraient Raymond Moley, Adolf A. Berle, Rexford Tugwell, Bernard Baruch, Sam Rayburn ou encore Harry Hopkins[13], mais aussi Thomas G. Corcoran, Marriner Eccles et Felix Frankfurter[14]. Roosevelt entretint en revanche des relations assez distantes avec ses vice-présidents successifs, Garner, dont il déplorait le conservatisme, Wallace, médiocre politique à ses yeux, et Truman qu'il n'eut pas le temps de bien connaître avant sa mort[15].

Loin de se conformer au rôle discret généralement dévolu aux épouses de président, Eleanor Roosevelt s'impliqua activement dans le débat politique, prodigua maints conseils à son mari et effectua de fréquents déplacements dans tout le pays ; un temps proche de l'American Youth Congress, réputé d'orientation communiste, elle put cependant toujours compter sur le soutien de Roosevelt qui, à défaut d'entretenir avec elle une véritable relation affective, fit régulièrement appel à ses services[16]. L'un des principaux conseillers du nouveau chef de l'État, y compris en matière de politique étrangère, fut Harry Hopkins[17]. En sa qualité de chef de cabinet officieux, Raymond Moley exerça lui aussi une forte influence dans les premiers temps du mandat de Roosevelt avant de prendre ses distances avec le président[18]. Un ex-journaliste de l'Associated Press, Steve Early, s'occupa des relations avec la presse, que Roosevelt rencontrait 83 fois par an en moyenne. Ce dernier, en communiquant assidu, multiplia les prises de paroles, tant à l'occasion de ses « causeries au coin du feu » qu'à la presse ou au grand public[19]. Sa présidence vit par ailleurs la montée en puissance du Bureau of Investigation de J. Edgar Hoover, devenu le FBI en 1935, à qui Roosevelt confia, en plus de ses missions habituelles de répression du crime, la surveillance des activités en lien avec le fascisme et le communisme sur le sol américain[20]. D'une manière générale, Roosevelt nomma des hommes influents aux postes-clés du cabinet mais s'assura de garder la haute main sur toutes les décisions importantes, quelque fussent les conséquences en termes de retard, d'inefficacité ou d'amertume. Dans son analyse du style de gouvernement de Roosevelt, l'historien James MacGregor Burns écrit :

« Le président resta maître de son administration […] en s'appuyant pleinement sur ses pouvoirs formels et informels de chef de l'exécutif ; en fixant des objectifs, en créant une dynamique, en inspirant une loyauté personnelle, en obtenant le meilleur des gens […], en encourageant délibérément parmi ses collaborateurs un sens de la compétition et un choc des volontés qui conduisirent au désarroi, au chagrin et à la colère, mais qui déclenchèrent aussi des impulsions d'énergie exécutive et des étincelles de créativité […], en distribuant un même travail à plusieurs hommes et en confiant plusieurs travaux à un seul homme, et en renforçant de la sorte sa propre position qui était celle d'une cour d'appel, d'un dépositaire d'informations et d'un outil de coordination ; en ignorant ou en contournant les organismes de prise de décision collective, tels que le cabinet […] et toujours en persuadant, flattant, jonglant, improvisant, remaniant, harmonisant, conciliant, manipulant[21]. »

Le président Roosevelt en mars 1933.
Cabinet Roosevelt
FonctionNomDates
PrésidentFranklin D. Roosevelt1933-1945
Vice-présidentJohn Nance Garner1933-1941
Henry Wallace1941-1945
Harry S. Truman1945
Secrétaire d'ÉtatCordell Hull1933-1944
Edward R. Stettinius Jr.1944-1945
Secrétaire au TrésorWilliam H. Woodin1933
Henry Morgenthau1934-1945
Secrétaire à la GuerreGeorge Dern1933-1936
Harry H. Woodring1936-1940
Henry L. Stimson1940-1945
Procureur généralHomer S. Cummings1933-1939
William F. Murphy1939-1940
Robert Jackson1940-1941
Francis Biddle1941-1945
Postmaster GeneralJames Farley1933-1940
Frank C. Walker1940-1945
Secrétaire à la MarineClaude A. Swanson1933-1939
Charles Edison1939-1940
Frank Knox1940-1944
James Forrestal1944-1945
Secrétaire à l'IntérieurHarold L. Ickes1933-1945
Secrétaire à l'AgricultureHenry Wallace1933-1940
Claude R. Wickard1940-1945
Secrétaire au CommerceDaniel C. Roper1933-1938
Harry Hopkins1938-1940
Jesse H. Jones1940-1945
Henry Wallace1945
Secrétaire au TravailFrances Perkins1933-1945

Nominations judiciaires

Le juge Harlan F. Stone, nommé à la Cour en 1925, fut élevé au poste de juge en chef par le président Roosevelt en juillet 1941.

Faute d'avoir pu ajouter de nouveaux sièges à la Cour suprême des États-Unis, Roosevelt se contenta de remplacer les juges les plus anciens au fur et à mesure de leur départ à la retraite. En 1937, il eut l'occasion de nommer son premier juge à la Cour lorsque Willis Van Devanter, l'un des « quatre cavaliers » conservateurs, annonça son intention de se retirer[22]. Le candidat de Roosevelt, le sénateur de l'Alabama Hugo Black, était très clivant ; en effet, outre qu'il était un fervent partisan du New Deal, Black n'avait presque aucune expérience dans le domaine judiciaire et le Ku Klux Klan figurait parmi ses soutiens en Alabama. Black garda le silence à ce sujet mais ses amis démentirent son appartenance à cette organisation. Après sa confirmation par le Sénat, il fut cependant révélé qu'il avait bel et bien adhéré au Klan ce qui déclencha une importante controverse. Celle-ci finit néanmoins par s'apaiser et Black se fit connaître par la suite comme un champion des libertés civiles[23].

La démission de Van Devanter fut suivie de plusieurs autres vacances[22]. Au moment de terminer son second mandat en , Roosevelt avait ainsi procédé aux nominations des juges Stanley Forman Reed, Felix Frankfurter, William O. Douglas et William F. Murphy[24],[25]. Le juge en chef Charles Evans Hughes et le juge associé James Clark McReynolds démissionnèrent peu après et Roosevelt put alors effectuer trois nominations supplémentaires. Il éleva Harlan F. Stone, un républicain qui avait été nommé à la Cour par le président Calvin Coolidge en 1925, au poste de juge en chef et désigna ensuite deux démocrates, le sénateur James F. Byrnes de Caroline du Sud et le procureur général Robert Jackson, pour occuper les sièges de Stone et de McReynolds restés vacants. Les sensibilités progressiste de Jackson, centriste de Stone et conservatrice de Byrnes facilitèrent la confirmation de ces trois juges par le Sénat. Byrnes ne se plut cependant pas à la Cour qu'il quitta dès 1942 en échange d'un poste haut placé au sein de l'administration Roosevelt[26]. Il fut remplacé par le juge fédéral progressiste Wiley Rutledge qui siégea jusqu'à sa mort en 1949[27]. À la fin de l'année 1941, Owen Roberts était le dernier juge de la Cour à n'avoir pas été nommé par Roosevelt[28].

Politique intérieure du premier mandat (1933-1937)

Premier New Deal (1933-1934)

Les historiens divisent généralement le New Deal de Roosevelt en trois catégories distinctes : l'aide sociale, dont plusieurs dizaines de millions de chômeurs avaient un besoin urgent, le redressement, qui signifiait le retour à une économie saine, et la réforme qui visait à conjurer les origines de la crise et en particulier les dérives du système bancaire et financier. Roosevelt expliqua directement sa politique au peuple américain dans une série d'entretiens radiophoniques connues sous le nom de « causeries au coin du feu » (fireside chats)[29]. Comme son prédécesseur Herbert Hoover, Roosevelt considérait que la crise économique résultait d'un manque de confiance qui se traduisait par une baisse de la consommation et de l'investissement[30]. Face à l'ampleur des difficultés que traversait le pays, il invoqua l'urgence de la situation pour user de pouvoirs exceptionnels que seuls Lincoln et Wilson, dans un contexte de guerre, avaient sollicité avant lui[31].

Pour faire adopter ses réformes, le président s'appuya sur des sénateurs de poids tels que George W. Norris, Robert F. Wagner et Hugo Black ainsi que sur ses conseillers du Brain Trust[30]. Il put également compter sur un Congrès à forte majorité démocrate ainsi que sur le soutien de nombreux républicains progressistes[32]. Entre le et le , période de cent jours qui correspond à la durée de la session du Congrès, son administration fit passer un nombre record de projets de loi[33]. Selon Georges Ayache, « Roosevelt n'eut jamais l'intention de mettre fin au régime capitaliste en Amérique. Ses débuts tonitruants à la présidence firent néanmoins figure de révolution car il jetait par-dessus bord près d'un siècle et demi de certitudes bien ancrées dans la société américaine »[34].

Réforme bancaire

La réforme bancaire fut la première urgence à laquelle fut confrontée l'administration Roosevelt. À la suite de la crise, des milliers de petites banques avaient mis la clé sous la porte ou étaient sur le point de faire faillite et nombre d'épargnants, de peur de perdre leurs avoirs, souhaitaient les récupérer. Dans les mois qui suivirent l'élection de Roosevelt, plusieurs gouverneurs décrétèrent des jours fériés dans leur État de sorte que les établissements bancaires fussent fermés et que leurs fonds ne pussent être retirés[35]. L'ampleur de la crise était telle que, au moment de l'investiture de Roosevelt, 32 États avaient déjà procédé à la fermeture totale de leurs banques. La situation n'était pas vraiment meilleure dans les autres États où de nombreuses banques avaient posé le bilan et où les déposants n'étaient autorisés à retirer, quand ils le pouvaient, que % de leurs économies[36]. Sitôt arrivé au pouvoir, Roosevelt annonça que le serait un jour férié fédéral, ce qui provoqua la fermeture de toutes les banques du pays. Certains observateurs contestèrent la légalité de cette décision mais la sévérité de la crise fit que l'initiative du nouveau président ne souleva guère de controverses dans l'immédiat[35]. En concertation avec l'ancien secrétaire au Trésor de Hoover Ogden L. Mills, l'administration Roosevelt élabora dans les jours suivants un projet de loi destiné à renflouer le secteur bancaire[37].

À l'ouverture de la session spéciale du Congrès le , les parlementaires adoptèrent sans difficulté l'Emergency Banking Relief Act. Contrairement aux espérances de certains radicaux et aux craintes de nombreux conservateurs, la loi ne nationalisait pas l'industrie financière mais prévoyait l'utilisation de fonds publics pour stabiliser les banques privées[38]. Lorsque les banques rouvrirent le lundi , le cours des actions à la bourse avait bondi de 15 % et le nombre de dépôts bancaires excédait celui des retraits, ce qui mit fin à la panique[39]. Une autre mesure visant à restaurer la confiance des Américains dans leur système financier fut le Glass-Steagall Act qui avait pour but de freiner la spéculation en plafonnant le montant des sommes pouvant être investies par les banques de dépôt et en instaurant une séparation entre les banques de dépôt et les banques d'investissement[40].

Secours aux chômeurs

Ouvriers du CCC construisant une route dans l'actuel parc national de Cuyahoga Valley, en 1933.

Lorsque Roosevelt entra en fonction en 1933, 25 % de la population active était au chômage[41]. La nécessité de venir en aide aux chômeurs fut donc au centre des préoccupations du New Deal. Dans ce domaine, Roosevelt se contenta d'imiter les programmes qu'il avait instauré durant son mandat de gouverneur de New York et de poursuivre ceux que Hoover avait initié[42]. Le plus important de ces programmes fut, de 1933 à 1935, la Federal Emergency Relief Administration (FERA) dont l'une des missions consistait à distribuer de l'argent aux municipalités pour permettre à ces dernières d'entreprendre des travaux susceptibles d'être confiés aux chômeurs dans le besoin. La FERA était dirigée par Harry Hopkins qui avait déjà piloté un programme similaire dans l'État de New York[43].

Une autre organisation gouvernementale, la Public Works Administration (PWA), fut créée afin de financer la construction d'infrastructures publiques ; elle fut placée sous la responsabilité du secrétaire à l'Intérieur Harold Ickes, l'un des plus fervents partisans du New Deal[44]. Soucieux d'accroître le rôle du gouvernement fédéral dans la lutte contre le chômage, Hopkins obtint gain de cause avec la mise en place de la Civil Works Administration (CWA) qui se proposait de fournir du travail à toute individu sans emploi. En moins de quatre mois, la CWA embaucha quatre millions de personnes et déploya, pendant ses cinq mois d'existence, une activité frénétique en construisant ou rénovant 200 piscines, 3 700 terrains de jeux, 40 000 écoles, 400 000 km de routes et plus de 3 500 km de canalisations d'égout[45]. En dépit de la très grande popularité du programme, Roosevelt y mit fin en pour des raisons budgétaires mais aussi parce qu'il ne voulait pas du principe d'un État fédéral considéré comme « employeur en dernier ressort »[46].

La plus populaire des institutions du New Deal, qui était aussi la préférée de Roosevelt, fut le Civilian Conservation Corps (CCC)[47]. Créé le , celui-ci recrutait des jeunes chômeurs âgés de 18 à 25 ans pour réaliser, moyennant rétribution, des travaux d'entretiens dans les forêts publiques et les parcs nationaux du pays. Les Noirs étaient acceptés, contrairement aux filles[48]. En tout, 2,5 millions de jeunes Américains bénéficièrent du CCC[49], jusqu'à sa disparition en [50].

Agriculture

Une famille de migrants chassée de sa ferme dans la vallée de San Joaquin (Californie), en février 1935. Photographie de Dorothea Lange.

Roosevelt accorda une attention toute particulière aux questions agricoles[51]. Les fermiers constituaient, à cette époque, environ 30 % de la main-d'œuvre totale du pays et les réformateurs du New Deal pensaient qu'un relèvement de l'agriculture serait profitable à l'économie en général[52]. Le pilotage des programmes agricoles de la nouvelle administration fut confié au secrétaire à l'Agriculture Henry Wallace[53]. La crise agricole qui persistait depuis les années 1920 fut exacerbée par la Grande Dépression et les saisies hypothécaires étaient monnaie courante chez les fermiers criblés de dettes[54]. Ces derniers étaient prisonniers d'un cercle vicieux qui les incitaient à accroître leur production pour compenser le faible niveau des prix, ce qui avait pour résulter de faire baisser encore davantage les prix en augmentant les stocks de denrées disponibles. L'administration Hoover avait mis en place le Bureau agricole fédéral (Federal Farm Board) pour procéder au rachat des surplus agricoles et résoudre ainsi le problème de la surproduction, mais cela ne fut pas suffisant pour stabiliser les prix[55]. Tout au long des années 1930, les fermiers du Midwest furent en outre sévèrement affectés par une série de violentes tempêtes de sable, connues sous le nom de Dust Bowl, qui poussa nombre d'entre eux à quitter leurs terres pour s'installer ailleurs[56].

En fut voté l'Agricultural Adjustment Act (AAA) qui donnait naissance à l’Agricultural Adjustment Administration. L'objectif de cette nouvelle agence était d'obtenir une contraction artificielle de l'offre et donc une hausse des prix des denrées agricoles. Pour ce faire, l'AAA fixa des quotas maximums pour la production du maïs, du coton, des produits laitiers, de la viande de porc, du riz, du tabac et du blé ; en retour, elle accordait des subventions pour les agriculteurs qui acceptaient de ne pas cultiver une partie de leurs terres. Le financement de ces subventions fut assuré par l'introduction d'une nouvelle taxe sur la transformation des produits alimentaires. Conformément à cette politique, 10 millions d'acres (soit 40 000 km2) de champs de coton furent détruits (soit un quart de la production totale), d'abondantes récoltes laissées à l'abandon et six millions de porcelets abattus[57],[58]. Les revenus des fermiers augmentèrent significativement durant les trois premières années du New Deal du fait de la hausse des prix constatée[59]. À l'inverse, les métayers pâtirent souvent du nouveau système car un certain nombre de propriétaires terriens empochèrent les subventions fédérales distribuées pour maintenir les terres en jachère[60].

L'AAA fut le premier dispositif fédéral conçu pour venir en aide aux fermiers et constitua la première étape d'une ingérence accrue du gouvernement dans le domaine de l'agriculture au cours des décennies suivantes[58]. La loi fut cependant invalidée pour des motifs techniques par la Cour suprême en 1936. Avec l'adoption de la loi d'ajustement agricole de 1938, l'AAA fut remplacé par un programme similaire qui obtint cette fois l'approbation de la Cour. Plutôt que de rémunérer les agriculteurs en échange de friches, les autorités fédérales accordèrent à ces derniers des subventions pour développer la culture de plantes fourragères telles que la luzerne, réputée pour ses qualités d'amélioration des sols, qui ne seraient pas mises en vente sur le marché. La réglementation gouvernementale de la production agricole fut par la suite modifiée à de nombreuses reprises mais le principe de base qui consistait à subventionner les agriculteurs fut maintenu[61].

Aide au monde rural

À l'époque de Roosevelt, nombre de familles des régions rurales vivaient dans une grande pauvreté, particulièrement dans le Sud. Des agences comme la Farm Security Administration, qui succéda à la Resettlement Administration, s'efforcèrent de venir en aide aux migrants et aux paysans marginaux dont les conditions de vie difficiles furent mises en lumière par le roman à succès de John Steinbeck Les Raisins de la colère, publié en 1939 et adapté au cinéma l'année suivante par John Ford. Les responsables du New Deal refusèrent néanmoins d'allouer des crédits aux citoyens pauvres désireux d'acquérir une ferme car ils estimaient que les agriculteurs étaient déjà trop nombreux[62]. En revanche, l'administration Roosevelt consacra d'importantes sommes à la remise en état des établissements de santé qui accueillaient les malades dans les régions les plus défavorisées[63]. De son côté, la Farm Credit Administration refinança de nombreux prêts hypothécaires ce qui eut pour effet de diminuer l'ampleur des saisies. En 1935, le gouvernement fédéral mit sur pied la Rural Electrification Administration (REA) qui intensifia la construction de lignes électriques dans les zones rurales et permit de la sorte à des millions de personnes d'avoir accès pour la première fois à l'électricité[64]. Dans la décennie qui suivit la création de la REA, le pourcentage de fermes reliées au réseau électrique passa de moins de 20 % à près de 90 %[65].

Sur les instances du sénateur progressiste du Nebraska George W. Norris, Roosevelt fédéralisa le barrage de Muscle Shoals, dans le Tennessee, afin de développer l'électrification de la région[66]. En fut créée la Tennessee Valley Authority (TVA) dont l'un des principaux objectifs était de multiplier la construction de barrages afin de juguler les inondations, produire de l'électricité et moderniser les exploitations agricoles les plus pauvres de la vallée du Tennessee[67],[68]. Grâce au recours à l'emprunt et à la coopération entre les autorités fédérales et locales, la TVA donna naissance à une zone « expérimentale » s'étendant sur plus de 100 000 km2, au Tennessee et au-delà ; celle-ci fut rapidement dotée de toute une panoplie d'infrastructures comme des barrages ou des canaux qui contribuèrent à relancer l'activité économique[69]. Sous la direction d'Arthur Ernest Morgan, la TVA fonda également plusieurs villes nouvelles telles que Norris, dans le Tennessee, qui devaient encourager le développement d'un mode de vie coopératif et égalitaire. Même si les projets les plus ambitieux de la TVA ne furent pour la plupart jamais concrétisés, cette dernière était devenue le premier producteur d'électricité du pays en 1940[70]. L'administration Roosevelt lança par ailleurs la Bonneville Power Administration qui remplissait des fonctions identiques à celles de la TVA dans le Nord-Ouest Pacifique, bien qu'à une échelle plus restreinte[71].

Pour diriger le Bureau des affaires indiennes, Roosevelt fit appel à John Collier qui mit en œuvre une nouvelle politique à l'égard des Amérindiens, notamment en assouplissant l'exigence d'assimilation culturelle. Les membres des communautés autochtones furent par ailleurs admis au sein du Civilian Conservation Corps ainsi que dans d'autres programmes du New Deal, dont le nouveau Service de préservation des sols (Soil Conservation Service)[72].

National Recovery Administration

Affiche Blue Eagle de la NRA.

Sous la présidence de Roosevelt, la National Recovery Administration (NRA) fut, avec l'AAA, l'un des deux grands programmes destinés à rétablir la prospérité économique du pays[73]. La NRA avait été fondée par le National Industrial Recovery Act (NIRA) de 1933 et avait pour but d'introduire des réformes dans le secteur industriel[74]. Les concepteurs de la NRA furent très influencés par les travaux de Charles R. Van Hise, un universitaire progressiste qui considérait les trusts comme une caractéristique incontournable de toute société industrialisée. Plutôt que de se prononcer en faveur des lois antitrust visant à empêcher l'existence de ces monopoles, Hise avait, en son temps, recommandé la création d'organisations gouvernementales chargées de réguler les trusts[75]. La NRA tenta de mettre fin à la concurrence sauvage en obligeant les différents secteurs de l'industrie à élaborer des codes de bonne conduite qui fixaient des règles de fonctionnement pour toutes les entreprises d'un secteur concerné, telles que l'instauration de prix et de salaires minimaux, des accords de non-concurrence et des restrictions de production. La négociation des codes par les dirigeants de l'industrie se fit avec l'approbation et les conseils des fonctionnaires de la NIRA. D'autres dispositions de la loi encourageaient la formation de syndicats et suspendaient la législation antitrust en vigueur[76].

Roosevelt nomma à la tête de la NRA l'ancien général Hugh S. Johnson qui avait participé au pilotage de l'économie nationale pendant la Première Guerre mondiale. Johnson souhaitait maintenir les salaires à un niveau élevé et s'efforça d'enrayer la surproduction industrielle ainsi que la compétition sauvage au moyen d'une baisse des prix[77]. Au total, deux millions de chefs d'entreprise promirent à la NRA de mettre en place et de respecter les codes réclamés par cette dernière et les logos Blue Eagle aigle bleu »), qui indiquaient qu'une entreprise coopérait avec la NRA, se mirent à fleurir un peu partout[78]. La NRA cibla particulièrement dix secteurs d'activité jugés essentiels à la reprise économique, dont, par ordre décroissant d'importance, l'industrie textile, le charbon, le pétrole, l'acier, l'automobile et le bois. Quoique réticents à imposer directement leurs exigences aux firmes, les responsables du programme incitèrent fortement les entreprises à adhérer aux codes et encouragèrent les consommateurs à acheter les produits des sociétés qui respectaient les nouvelles normes[76]. Dans la mesure où chaque branche de l'industrie devait faire l'objet d'un code spécifique, les représentants de la NRA déléguèrent la rédaction des codes aux patrons qui se retrouvèrent dans bien des cas avantagés par rapport à leurs ouvriers[79].

Cette forme de microgestion accentua l'impopularité de la NRA au sein de l'opinion publique et de nombreux membres de l'administration Roosevelt se mirent à douter de l'efficacité du programme[80]. En , la Cour suprême invalida à l'unanimité le National Recovery Act et le programme disparut dans une quasi-indifférence[81]. Jacques Portes note cependant que « malgré cet échec, consommé dès 1934 et en dépit du départ de Johnson, le NIRA permet au gouvernement fédéral de faire admettre son intervention dans l'économie et d'imposer le respect de certaines réglementations sociales souvent oubliées »[66]. À la suite de la disparition de la NRA, plusieurs agences furent créées ou renforcées afin de permettre la régulation de certains secteurs d'activité. En 1934, le Congrès mit ainsi sur pied la Commission fédérale des communications pour encadrer le développement de la radio et de la téléphonie. Cette initiative fut suivie quatre ans plus tard par le Civil Aeronautics Board chargé de réglementer l'aviation commerciale en plein essor. Enfin, en 1935, l'autorité de l'Interstate Commerce Commission fut étendue au transport routier tandis que la Federal Trade Commission reçut de nouvelles prérogatives[82].

Politique monétaire

Au sein de l'Agricultural Adjustment Act figurait l'amendement Thomas qui autorisait le président à réduire la teneur en or du dollar, à frapper des pièces de monnaie en argent et à émettre pour 3 milliards de dollars de monnaie fiduciaire non adossée à l'or ou l'argent. En , Roosevelt mit fin à l'étalon-or[83]. La parité dollar-or, qui était alors de 20,67 $ l'once, fluctua dans les mois suivants entre 27 et 35 $[84]. Cette politique inflationniste était destinée d'une part à maîtriser la forte chute des prix si préjudiciable à l'économie nationale et, d'autre part, à réduire le volume de la dette publique et privée[85]. Le , le Congrès vota la fin des paiements en or dans les transactions commerciales[86]. Dans ce contexte, Roosevelt torpilla la Conférence économique de Londres qui souhaitait stabiliser les taux de change[85]. Le message « explosif » adressé par la Maison-Blanche à la conférence condamna toute tentative concertée de la part des puissances internationales de mettre fin à la dépression, tout en assurant à Roosevelt de garder la haute main sur la politique économique des États-Unis[87].

Même si le président était disposé à se montrer plus souple au sujet des droits de douane, il refusa le principe d'un régime de change fixe ainsi que la réévaluation des dettes contractées par les pays européens au cours du premier conflit mondial[88]. En , l'administration Roosevelt décida d'augmenter ses stocks d'or afin de stimuler l'inflation. Quoique fortement critiquée par des observateurs tels que Keynes ou par des partisans de la monnaie forte comme Dean Acheson, l'initiative fut globalement bien accueillie dans les communautés rurales[89]. De fait, cet afflux d'or déboucha, entre 1933 et 1936, sur une augmentation de 17 % du volume de monnaie en circulation aux États-Unis et contribua à la relance de l'activité[90]. Le dollar fut quant à lui dévalué de 40 % en , son taux de conversion étant désormais fixé à 35 $ l'once[91]. Avec l'adoption de la loi bancaire de 1935, le Federal Open Market Committee fut placé sous l'autorité directe du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale, qui accentua ainsi sa mainmise sur le contrôle de la masse monétaire et la formulation des stratégies à adopter en fonction des cycles économiques[92].

Régulation financière

Le Securities Exchange Act of 1934 permit la création de la Securities and Exchange Commission (Commission des titres financiers et des bourses ou SEC) qui devait réglementer plus sévèrement les marchés financiers[93]. Roosevelt nomma à la tête de la SEC Joseph P. Kennedy, qui s'était lui-même enrichi grâce à la spéculation, avec pour mission de « nettoyer » Wall Street. Kennedy rassembla aussitôt une équipe de réformateurs dont faisaient partie William O. Douglas et Abe Fortas qui entrèrent par la suite à la Cour suprême. La SEC avait quatre objectifs : le premier, et le plus important, était de restaurer la confiance des investisseurs dans le marché des titres, qui s'était pratiquement effondré en raison des doutes émis sur l'intégrité du système et les prétendues menaces externes causées par la présence d'individus hostiles aux milieux d'affaires au sein de l'administration Roosevelt. Deuxièmement, la SEC devait se débarrasser des petites escroqueries reposant sur la diffusion de fausses informations, l'existence de dispositifs frauduleux et le recours à des méthodes douteuses censées garantir un enrichissement rapide. Troisièmement, et sur une échelle bien plus large que la précédente, l'agence devait mettre un terme aux délits d'initiés dans les grandes firmes, grâce auxquels des investisseurs disposant d'informations confidentielles sur la situation d'une entreprise étaient en mesure de déterminer le moment le plus favorable pour l'achat ou la vente de leurs propres titres. Enfin, la SEC procéda, grâce à un système complexe, à l'enregistrement de tous les titres boursiers vendus sur le territoire américain, avec un ensemble précis de règles et de lignes directrices applicables à tous[94]. L'obligation, imposée par la SEC, de divulguer des informations sur les entreprises et de permettre ainsi aux investisseurs de prendre leurs décisions en connaissance de cause contribua fortement à rétablir la confiance de ces derniers[95].

Dans les cent premiers jours de son administration, Roosevelt fit adopter le Securities Act de 1933 qui étendait les pouvoirs de la Federal Trade Commission et exigeait des sociétés émettrices de valeurs mobilières de divulguer des informations au sujet de ces titres[96]. Une autre loi de régulation financière majeure fut le Public Utility Holding Company Act de 1935 qui démantelait les grandes sociétés holdings opérant dans les services publics. En effet, ces groupes étaient suspectés d'avoir cherché à extraire des profits des filiales de service public au détriment des clients[97].

Logement

Diverses propositions furent avancées pour relancer la construction de logements qui était généralement perçue comme une composante fondamentale de la reprise économique. Dans ce domaine, Keynes et le sénateur Wagner suggérèrent de lancer un programme de logements sociaux à grande échelle mais l'administration Roosevelt était plus intéressée par les mesures destinées à favoriser l'accession des citoyens à la propriété privée. En 1933, Roosevelt créa la Home Owners' Loan Corporation pour refinancer les habitations menacées de saisie immobilière. La Federal Housing Administration, active dès 1934, fixa des normes nationales pour la construction des maisons et fournit des assurances pour les prêts hypothécaires de longue durée. Une autre institution du New Deal, la Federal National Mortgage Association, rendit quant à elle le crédit immobilier plus attrayant pour les prêteurs en facilitant la titrisation des hypothèques. La mise en place de ces différentes agences n'entraîna pas une augmentation sensible de la construction de logements dans les années 1930 mais joua en revanche un rôle décisif dans le boom immobilier de l'après-guerre[98].

Fin de la prohibition

Alors que Roosevelt s'était longtemps abstenu de tout commentaire au sujet de la prohibition, il épousa la tendance majoritaire de son parti et de l'opinion publique qui réclamait son abolition lors de la campagne de 1932. Durant les cent premiers jours de sa présidence, il promulgua la loi Cullen-Harrison qui fixait le taux maximal de concentration en alcool de la bière à 3,2 %. La prohibition fut définitivement abrogée avec la ratification, en , du 21e amendement de la Constitution. Roosevelt ne fut pas impliqué dans l'élaboration du texte mais le mérite de son adoption lui fut en grande partie attribué. La fin de la prohibition augmenta les recettes fiscales des autorités fédérales, étatiques et locales et permit à Roosevelt de tenir une promesse de campagne auxquels de nombreux Américains étaient très attachés. Elle eut également pour conséquence d'affaiblir les gangs criminels des grandes villes et les bootleggers ruraux qui avaient largement profité de la contrebande illégale d'alcool[99],[100].

Second New Deal (1935-1936)

Works Progress Administration

Des ouvriers employés à la construction d'une route dans le cadre de la WPA.

En 1935, la croissance de l'économie était de 21 % supérieure à son nadir, quoique toujours inférieure de 11 % au pic de 1929. Ce dernier seuil fut finalement dépassé en 1936 mais le taux de chômage, établi à 20 %, était loin d'être résorbé. Les revenus des fermiers étaient cependant en augmentation[101]. Alors que la dépression économique se poursuivait, et à la suite du raz-de-marée démocrate aux élections de mi-mandat de 1934, Roosevelt mit en œuvre un « second New Deal » dont les programmes devaient non seulement assurer le retour à la prospérité mais également assurer la stabilité et la sécurité économiques à long terme pour les Américains ordinaires[102]. Cette politique se traduisit, à partir de 1935, par un interventionnisme accru des autorités fédérales dans la sphère sociale[103].

En fut voté l’Emergency Relief Appropriation Act qui, contrairement aux mesures d'aide sociale instaurées en 1933, faisait du gouvernement fédéral un acteur essentiel de la lutte contre le chômage (Roosevelt estimant, comme certains de ses conseillers, que le secteur privé n'était plus en mesure de garantir le plein emploi). L'une des principales conséquences de cette loi fut la création de la Works Progress Administration (WPA) dont la direction fut confiée à Harry Hopkins[104]. Le rôle de cette agence consistait à recruter des chômeurs qu'elle rémunérait en échange de travaux souvent précaires, principalement dans la construction de bâtiments et d'infrastructures[105]. De fait, grâce aux financements de la WPA, des hôpitaux, des écoles, un million de kilomètres d'autoroutes et de routes, 125 000 édifices publics ainsi que des ponts, des réservoirs et des systèmes d'irrigation virent le jour[106]. Tout au long de son existence, le programme employa continuellement, en moyenne, deux millions de personnes, soit l'équivalent de 20 % de la population active des États-Unis[105]. La WPA s'imposa rapidement comme le plus important dispositif d'aide sociale du New Deal, devant la PWA d'Harold Ickes qui continua néanmoins de fonctionner[107]. L'agence fut également très active dans le domaine de la culture et soutint nombre d'initiatives artistiques, aussi bien dans le cinéma et la musique que dans le théâtre, la peinture et la littérature[105], à l'instar du Federal Writers' Project[108]. Ces mesures bénéficièrent à des créateurs tels qu'Orson Welles ou Jackson Pollock et, en dépit d'un succès loin d'être unanime, demeurent emblématiques de la période. En 1935, sur proposition d'Eleanor Roosevelt, fut par ailleurs créée la National Youth Administration, dirigée par Aubrey Williams, à destination des jeunes garçons et des jeunes filles[105].

Tout comme la CWA et le CCC, la WPA reposait sur la coopération entre le gouvernement fédéral et les autorités locales qui fournissaient les plans, le site et le matériel nécessaire au chantier tandis que Washington se chargeait de recruter la main-d'œuvre. L'aménagement des parcs publics fut au cœur des préoccupations de la WPA et plusieurs dizaines de milliers d'installations sportives et de loisirs furent construites en zone urbaine et rurale. Outre qu'ils fournissaient du travail pour les chômeurs, ces projets répondaient au développement d'une société de loisirs où de plus en plus de citoyens étaient soucieux d'entretenir leur condition physique. La WPA dépensa en tout 941 millions de dollars pour l'édification d'infrastructures dédiées aux loisirs, parmi lesquelles 5 900 terrains de sport et de jeux, 770 piscines, 1 700 parcs et 8 300 centres récréatifs[109],[110]. Avec la disparition du chômage de masse au cours de la Seconde Guerre mondiale, la WPA fut supprimée par le Congrès en 1943[111].

Loi sur la Sécurité sociale

Signature du Social Security Act par le président Roosevelt le 14 août 1935.

Lorsque Roosevelt entra en fonction en 1933, les États-Unis étaient, de tous les pays industrialisés en proie à la dépression économique, le seul à ne disposer d'aucun système de sécurité sociale. Quelques États avaient certes mis en place des programmes de retraite pour les personnes âgées mais le financement de ces derniers était très insuffisant[112]. Quant au gouvernement fédéral, en dehors des pensions distribuées aux vétérans de la Première Guerre mondiale et d'autres conflits passés, il n'était guère familiarisé avec les programmes d'assurance sociale[113]. De fait, pour la plupart des travailleurs américains, la retraite liée à l'âge n'était pas une perspective envisageable[114]. Dans les années 1930, le médecin Francis Townsend attira l'attention avec sa proposition relative à l'octroi d'une pension publique de retraite dont le montant s'élèverait à 200 $ par mois[115]. Roosevelt était sensible à la philosophie du projet de Townsend qui, tout en garantissant la subsistance de ceux qui n'étaient plus capables de travailler, stimulerait la demande économique et diminuerait l'offre de main-d'œuvre[116]. En 1934, Roosevelt chargea le Comité sur la sécurité économique, présidé par la secrétaire au Travail Frances Perkins, d'élaborer un programme de retraite pour les personnes âgées, un système d'assurance chômage et un régime national d'assurance santé. Cette dernière suggestion fut finalement écartée mais le comité n'en conçut pas moins une assurance chômage, dont la gestion reposerait en grande partie sur les États, et un système de pensions de retraite qui, sur l'insistance de Roosevelt, devait être financé par les cotisations individuelles des travailleurs[117].

En , Roosevelt proposa le Social Security Act loi sur la Sécurité sociale ») qui différait en partie du plan de Townsend. Après une série d'audiences menée par le Congrès, la loi fut promulguée en août de la même année[118]. Au cours du débat parlementaire sur la Sécurité sociale, le programme fut amendé pour permettre le versement d'allocations aux veuves et aux personnes à charge des bénéficiaires des nouvelles prestations[119]. Un certain nombre de catégories professionnelles étaient toutefois exclues du programme parmi lesquelles les agriculteurs, les domestiques et les employés du gouvernement ainsi qu'une bonne partie des enseignants, infirmières, membres du personnel hospitalier, libraires et travailleurs sociaux[120]. Le dispositif de sécurité sociale fut financé par une nouvelle taxe sur les salaires, versée à parts égales par les employés et les employeurs et dont la collecte était assurée par les autorités étatiques[121]. En raison du caractère régressif de cet impôt et du fait que le montant des prestations dépendait du niveau de cotisation individuel, le programme ne déboucha pas sur une véritable politique de redistribution des revenus, au grand dam de certains réformateurs dont Perkins[122]. En plus de la Sécurité sociale, le Social Security Act mit également en place un système d'assurance chômage géré par les États et un programme d'« aide aux enfants à charge » (Aid to Dependent Children) destiné à soutenir financièrement les mères de famille célibataires[123]. Si le Social Security Act était plutôt conservateur en comparaison des dispositifs d'assurance sociale en vigueur dans les pays d'Europe de l'Ouest, c'était la première fois que le gouvernement fédéral garantissait une forme de protection sociale pour les personnes âgées, les chômeurs temporaires, les enfants à charge et les handicapés[124]. Analysant la portée de la loi sur la Sécurité sociale, le biographe de Roosevelt Kenneth S. Davis qualifia cette dernière de « plus importante mesure de législation sociale de toute l'histoire américaine »[125].

En dépit des efforts du Comité sur la sécurité économique pour promouvoir une couverture maladie à l'échelle nationale, le Social Security Act ne subventionnait que faiblement les soins de santé à destination des communautés rurales et des personnes handicapées[126]. Roosevelt refusa ainsi toute réforme majeure du système de santé au motif que celle-ci n'était pas réclamée avec insistance par l'opinion publique, le Congrès ou les divers groupes de pression. La stratégie du président était, en la matière, d'attendre de disposer d'un courant majoritairement favorable à une réforme et, si cette réclamation était suffisamment forte à ses yeux, de lui apporter son soutien. Pour Jaap Kooijman, Roosevelt parvint de la sorte à « pacifier les opposants sans pour autant décourager les réformateurs ». Durant la Seconde Guerre mondiale, un groupe de parlementaires soumit le projet de loi Wagner-Murray-Dingell qui suggérait d'instaurer une assurance santé universelle entièrement financée par le gouvernement fédéral ; toutefois, en l'absence de soutien de Roosevelt, le texte n'avait que peu de chance d'aboutir face au bloc conservateur majoritaire. Intégrée au Fair Deal du successeur de Roosevelt, Harry S. Truman, la proposition fut finalement rejetée par le Congrès[127],[128].

Relations avec les syndicats

Ouvriers en grève à l'usine General Motors de Flint, dans le Michigan, en 1937.

Le National Labor Relations Act (NLRA) de 1935, aussi connue sous le nom de loi Wagner, garantissait aux travailleurs le droit de négocier des conventions collectives par l'intermédiaire du syndicat de leur choix. Il mettait également fin aux pratiques de travail déloyales telles que la discrimination à l'encontre des syndicalistes. La loi établissait en outre le National Labor Relations Board Bureau national des relations au travail » ou NLRB) afin de faciliter les accords salariaux et arbitrer les conflits du travail. La nouvelle législation n'allait pas jusqu'à contraindre les patrons à s'entendre avec leurs employés mais son entrée en vigueur, combinée avec celle de la loi Norris-La Guardia de 1932, créa un environnement politique et juridique favorable aux syndicats[129]. D'autres facteurs comme la représentation des luttes de la classe laborieuse dans la culture populaire, l'apaisement des rivalités ethniques et la formation du comité La Follette pour enquêter sur les abus dont étaient victimes les syndicats accentuèrent le basculement de l'opinion publique en faveur des ouvriers[130].

L'une des conséquences de ce phénomène fut l'augmentation vertigineuse du nombre de travailleurs syndiqués, particulièrement dans le secteur de la fabrication de masse[131]. Lorsque la grève sur le tas de Flint mit en péril la chaîne de production de General Motors, Roosevelt brisa une tradition présidentielle bien établie en refusant toute intervention du gouvernement fédéral ; la grève entraîna finalement une vague de syndicalisation au sein de General Motors et de ses rivaux de l'industrie automobile américaine[132]. À la suite de la grève de Flint, U.S. Steel reconnut officiellement le Steel Workers Organizing Committee Comité d'organisation des travailleurs de l'acier »)[133]. Le nombre total de travailleurs syndiqués passa de trois millions en 1933 à huit millions à la fin de la décennie, même si le Sud fut beaucoup moins concerné par cette hausse que les autres régions du pays[134].

Autres réformes intérieures

Fiscalité

Recettes et dépenses du gouvernement fédéral américain pendant les années 1930.

Roosevelt n'était pas, au départ, très enclin à augmenter les dépenses fédérales de peur d'accroître le déficit budgétaire[48]. Dans son esprit, les programmes fédéraux à destination des plus défavorisés ne devaient être que temporaires et il rejeta les propositions des économistes qui, comme Keynes, suggéraient de relancer l'activité en creusant le déficit[135]. Conformément à sa promesse de campagne, il s'efforça au contraire de réduire la dépense publique : le budget des armées chuta de 752 millions de dollars en 1932 à 531 millions en 1934, le volume des pensions des anciens combattants diminué de 40 % (tant par la réduction du montant des pensions que par la radiation pure et simple de 500 000 vétérans et veuves de guerre de la liste des bénéficiaires), le salaire des fonctionnaires baissé et les crédits alloués à l'éducation et la recherche amputés. Les anciens combattants, bien organisés, protestèrent néanmoins avec virulence et la plupart des pensions furent restaurées ou revalorisées en 1934[136].

Au milieu de l'année 1935, Roosevelt se consacra à la préparation d'une importante réforme fiscale afin de taxer plus fortement les hauts revenus, augmenter l'impôt sur les successions, instaurer un impôt progressif sur les sociétés et taxer les dividendes reversés à des entreprises[137]. Le projet, défendu à l'origine par le secrétaire au Trésor Morgenthau, permit au président de rivaliser sur sa gauche avec le sénateur de Louisiane Huey Long dont les propositions en la matière étaient plus radicales que les siennes[138]. En réponse, le Congrès adopta le Revenue Act of 1935 qui n'augmenta pas significativement les recettes du gouvernement fédéral mais accentua le poids de l'impôt sur les plus riches. Un taux d'imposition maximal de 79 % fut fixé pour les revenus supérieurs à cinq millions de dollars, ce qui, en 1935, ne concernait qu'un seul individu, John D. Rockefeller[137]. Dans les premiers mois de 1936, après l'adoption du Bonus Act, Roosevelt chercha de nouveau à augmenter les impôts sur les bénéfices des entreprises ; les élus du Congrès validèrent alors une proposition de loi qui, bien qu'inférieure aux attentes du président, créait une taxe sur les bénéfices non distribués des sociétés[139].

Environnement

Sous la présidence de Roosevelt, des efforts furent menés en faveur de la protection de la nature et quelque douze millions d'acres de terre transformés en parc nationaux, à l'image du parc national Olympique ou de celui des Everglades[71]. La politique environnementale de l'administration démocrate recouvrait trois missions principales : tout d'abord, une attention particulière consacrée aux préoccupations traditionnelles des écologistes telles que la qualité de l'eau et de l'air, la gestion des terres, la préservation des forêts, la protection de la faune sauvage, la conservation des ressources naturelles ou encore la création de parcs nationaux et de monuments ; deuxièmement, la mise en place de structures institutionnelles pourvues d'attributions environnementales, qu'elles fussent pérennes comme la Tennessee Valley Authority ou temporaires comme le CCC ; enfin, le déploiement par Roosevelt d'une stratégie de communication efficace, faite de discours et de visites sur divers sites naturels d'importance, afin d'emporter l'adhésion du Congrès et de l'opinion publique[140].

Le Civilian Conservation Corps, très prisé de Roosevelt, fut particulièrement actif dans le domaine de l'environnement. Au cours de sa dizaine d'années d'existence, il aménagea 21 000 km de sentiers, planta deux milliards d'arbres et rénova 200 000 km de chemins en terre. Comme chaque État disposait de ses propres parcs naturels, Roosevelt veilla à ce que des projets de la WPA et du CCC fussent chargés de leur modernisation, comme cela était le cas pour leurs homologues nationaux[141],[142]. Le président soutint également avec ferveur les initiatives relatives à la gestion de l'eau afin de produire de l'hydroélectricité, améliorer la navigation fluviale et assurer l'irrigation des zones concernées ; son gouvernement lança, pour ce faire, la construction de nombreux barrages dans le Sud et l'Ouest. Même si les propositions visant à reproduire le modèle de la Tennessee Valley Authority dans le Nord-Ouest Pacifique n'eurent pas de suite, l'administration Roosevelt présida à l'achèvement du canal All-American et au démarrage du Central Valley Project, qui permirent tous deux d'accroître considérablement la production agricole dans la Vallée Centrale de Californie, ainsi qu'à la mise en place de programmes et de lois de conservation des milieux naturels tels que le Soil Conservation Service, le projet Shelterbelt et le Taylor Grazing Act of 1934[143].

Éducation

La politique éducative du New Deal se distinguait radicalement des pratiques antérieures. Elle était spécifiquement destinée aux plus pauvres et portée dans une large mesure par des femmes bénéficiaires des programmes d'aide sociale ; elle ne reposait pas sur le professionnalisme, ni n'était élaborée par des experts. Au contraire, elle reposait sur la notion « antiélitiste » qu'un bon professeur n'avait pas besoin du diplôme adéquat, que l'apprentissage ne se résumait pas à la seule salle de classe et que l'éducation du tiers le plus pauvre de la population devait être une priorité. Les directeurs des écoles publiques, qui furent tenus à l'écart aussi bien des nouvelles décisions que des subventions du New Deal, furent outrés par ces mesures. Quoique dans une situation financière tout à fait délicate à la suite de l'effondrement de l'économie nationale, ils étaient bien organisés et tentèrent à plusieurs reprises, en 1934, 1937 et 1939, de faire abolir les programmes éducatifs du New Deal, en vain. Au sein même du gouvernement fédéral, Roosevelt amputa le budget et les effectifs du Bureau de l'éducation, pourtant composé d'individus hautement qualifiés, et refusa de s'entretenir avec son responsable, John Ward Studebaker[144]. Par ailleurs, les compétences dispensées aux jeunes hommes sans emploi par le Civilian Conservation Corps étaient strictement encadrées afin d'empêcher toute mise en concurrence avec les travailleurs syndiqués au chômage. Le CCC disposait de ses propres classes, accessibles sur la base du volontariat ; les cours avaient lieu après les heures de travail et se concentraient principalement sur l'enseignement de la lecture et de l'écriture aux jeunes hommes qui avaient quitté l'école avant le lycée. La National Youth Administration ouvrit également ses propres lycées qui fonctionnaient indépendamment des écoles publiques sous contrôle étatique[145].

Statut des femmes

La Première dame Eleanor Roosevelt en 1933.

La condition des femmes s'améliora sous la présidence de Roosevelt. Celles qui étaient soutiens de famille furent éligibles aux programmes d'aide sociale, alors qu'une idée communément acceptée dans l'Amérique des années 1930 était que, compte tenu de la pénurie d'emplois, il n'était pas juste de la part du gouvernement d'embaucher à la fois un homme et son épouse[146]. Malgré cela, les agences fédérales du New Deal ne négligèrent pas la présence des femmes qui furent 500 000 à travailler pour la WPA. De ce total, 295 000 furent employées à des travaux de couture qui débouchèrent sur la fabrication de 300 millions de vêtements et de matelas à destination de personnes en détresse et d'institutions publiques telles que les orphelinats. De nombreuses femmes furent également affectées dans les cantines scolaires[147],[148]. De 1929 à 1939, le pourcentage de femmes nommées à des postes de fonctionnaires passa de 14,3 % à 18,8 % tandis que la main-d'œuvre de la WPA était presque à moitié féminine[149] ; de même, le nombre de femmes salariées était de 13 millions en 1940 contre 10,5 millions en 1930, soit une augmentation de 24 %. Si les travailleuses étaient encore peu présentes dans les secteurs à fort taux de chômage comme l'industrie minière, elles se taillèrent en revanche une place de choix dans les emplois de bureau ou dans certaines branches de l'industrie légère telles que l'agroalimentaire[150].

Roosevelt nomma plus de femmes à des postes de la fonction publique que n'importe lequel de ses prédécesseurs. La secrétaire au Travail Frances Perkins fut ainsi la première femme à siéger au sein d'un cabinet présidentiel[151]. Florence E. Allen, désignée par Roosevelt pour intégrer la Cour d'appel pour le sixième circuit en 1934, fut également la première femme à servir au sein d'une cour d'appel fédérale[152]. Quant à la Première dame Eleanor Roosevelt, elle eut un rôle très remarqué dans l'édification d'un réseau de femmes investies de responsabilités consultatives et dans la défense des programmes d'aide sociale. De fait, sous l'ère du New Deal, les Américaines accédèrent à la vie publique dans des proportions qui demeurèrent inégalées jusqu'aux années 1960[153]. À partir de 1941, Eleanor Roosevelt coprésida ― en tandem avec le maire de New York Fiorello La Guardia ― le Bureau de la défense civile (OCD), une agence civile destinée à prémunir les populations d'une attaque sur le sol américain. Elle chercha notamment à accroître l'implication des femmes à l'échelon local, mais ses différends avec La Guardia et une controverse sur les salaires jugés excessifs de plusieurs intervenants engagés par l'OCD précipitèrent sa démission en [154]. D'une manière générale, l'historien Alan Brinkley considère que l'égalité des sexes ne figurait pas encore à l'ordre du jour :

« Le New Deal n'a pas, non plus, fait bien plus qu'un effort symbolique dans son approche des problèmes liés à l'égalité des sexes […]. Les programmes du New Deal (même ceux conçus par les femmes du New Deal) continuèrent la plupart du temps à refléter les préjugés traditionnels sur les rôles des femmes et ne répondirent que très timidement aux aspirations de celles qui recherchaient l'indépendance économique et des opportunités professionnelles. L'intérêt pour les droits individuels et collectifs, devenu si central dans le progressisme d'après-guerre […], était faible, et parfois presque inexistant, dans le cadre même du New Deal[155]. »

Politique intérieure du deuxième mandat (1937-1941)

Bras-de-fer contre la Cour suprême

Les juges de la Cour suprême en 1937, photographiés par Erich Salomon.

Tout au long du premier mandat de Roosevelt, les juges de la Cour suprême furent divisés entre les « trois mousquetaires » progressistes, les « quatre cavaliers » conservateurs et les deux magistrats non affiliés, le juge en chef Charles Evans Hughes et le juge associé Owen Roberts[156]. Les membres les plus conservateurs de la Cour adhéraient aux principes de l'ère Lochner au cours de laquelle les tribunaux s'étaient opposés à de nombreuses lois réglementant le travail au nom de la liberté contractuelle[157]. Certains réformistes comme Theodore Roosevelt s'étaient élevés en leur temps contre ce « gouvernement des juges » et il était évident que les ambitieux programmes économiques et sociaux de Franklin Roosevelt allaient être examinés avec attention par la Cour. Celle-ci invalida une première composante du New Deal dans l'arrêt de 1935 A.L.A. Schechter Poultry Corp. v. United States. L'année suivante, elle se prononça en faveur de l'abrogation de l'Agricultural Adjustment Act (arrêt United States v. Butler)[158]. La constitutionnalité de la loi sur la Sécurité sociale et du National Labor Relations Act devait également être vérifiée par la Cour au début de l'année 1937[159].

Ces décisions furent critiquées par une importante frange du spectre politique qui souhaitait réduire l'influence de la Cour au moyen d'un amendement constitutionnel ; cependant, modifier la Constitution était chose complexe et Roosevelt se mit en quête d'une solution législative[160]. Après sa réélection en 1936, il soumit un projet de loi sur la réforme des procédures judiciaires (Judicial Procedures Reform Bill of 1937) qui devait lui permettre de nommer un juge supplémentaire pour chaque juge en fonction dont l'âge était supérieur à 70 ans, ce qui était le cas de six d'entre eux en 1937. Depuis sa création, l'effectif de la Cour suprême avait été modifié à sept reprises par le Congrès, le dernier changement en date remontant à la loi judiciaire de 1869 qui avait fixé à neuf le nombre de juges[161]. Si Roosevelt vanta le bien-fondé de sa réforme au nom de l'efficacité du processus judiciaire, il était clair pour tout le monde que son véritable objectif était de nommer des juges favorables à sa politique[162].

De fait, ce que le président considérait comme un projet de loi nécessaire et mesuré fut assez largement ressenti dans le pays comme une atteinte au principe de l'indépendance de la justice et ses détracteurs eurent tôt fait de qualifier l'initiative de Roosevelt de « plan de bourrage de la Cour » (court packing plan)[163]. La proposition de Roosevelt fut farouchement contestée jusque dans les rangs de son propre parti, notamment par le vice-président Garner[164]. Une coalition bipartisane de progressistes et de conservateurs se forma alors pour empêcher l'adoption du projet de loi tandis que le juge en chef Hughes sortit de sa réserve pour dénoncer publiquement la réforme. Les derniers espoirs de faire adopter le Judicial Procedures Reform Bill s'évanouirent avec la mort du chef de la majorité démocrate au Sénat Joseph Taylor Robinson en . La défaite fut cuisante pour Roosevelt qui avait épuisé une grande partie de son capital politique dans la bataille[165]. Le conflit qui l'opposait à la Cour suprême monopolisa ses efforts pendant toute l'année 1937, au détriment des mesures sociales[166]. Sa tentative de contourner l'hostilité de la Cour lui coûta par ailleurs le soutien d'éminents progressistes tels que le sénateur du Montana Burton K. Wheeler[167] ou le journaliste Walter Lippmann[168].

En , alors que le débat sur la réforme des procédures judiciaires faisait rage, la Cour rendit l'arrêt West Coast Hotel Co. v. Parrish qui, par cinq voix contre quatre, approuvait une hausse du salaire minimum à l'échelon étatique, alors que la Cour s'était prononcée contre une telle augmentation l'année précédente. Cela était dû à une volte-face du juge Roberts qui, depuis ce premier jugement, avait révisé sa position. La décision des juges fut généralement interprétée comme une évolution majeure de la philosophie judiciaire de la Cour ; le vote de Roberts, en particulier, fut qualifié dans un journal de « revirement qui a sauvé les neuf », dans la mesure où il rendait définitivement caduque toute velléité d'expansion de la Cour. Toujours en 1937, cette dernière entérina le National Labor Relations Board et les principales dispositions de la loi sur la Sécurité sociale[22].

Réformes intérieures

Taux de chômage aux États-Unis entre 1910 et 1960. La période de la Grande Dépression (1929-1939) est mise en exergue en rose. Les individus travaillant pour la Work Progress Administration et le Civilian Conservation Corps sont comptabilisés parmi les « sans-emploi ».

Profitant de la faiblesse momentanée de Roosevelt à la suite de l'échec de sa réforme judiciaire, les démocrates conservateurs se joignirent aux républicains pour empêcher la mise en œuvre de nouveaux programmes du New Deal[169]. Sous l'impulsion du sénateur Josiah Bailey, un groupe de parlementaires bipartisan rédigea un « manifeste conservateur » qui accusait le New Deal d'avoir favorisé la montée en puissance des syndicats, l'augmentation des impôts, la réglementation de l'activité économique et le développement des programmes d'aide sociale[170].

Roosevelt parvint malgré tout à faire adopter certains textes qui recueillaient l'approbation d'au moins une partie des républicains. La loi sur le logement de 1937, qui permit en deux ans la construction de 270 000 logements sociaux, et la seconde loi d'ajustement agricole, qui rétablissait l'Agricultural Adjustment Administration (AAA) et bénéficiait du soutien du puissant lobby des fermiers, étaient dans ce cas[171]. En 1938, le Congrès adopta la loi sur les normes du travail équitable (Fair Labor Standards Act) qui interdisait le travail des enfants, établissait un salaire minimum fédéral et instaurait une rémunération des heures supplémentaires pour les employés qui travaillaient plus de 40 heures par semaine ; ce fut la dernière grande réforme du New Deal[172]. Elle fut votée par certains élus républicains du Nord qui s'inquiétaient de la concurrence des bas salaires en vigueur dans les usines du Sud[173].

Le brusque effondrement du marché boursier en 1937 fut à l'origine de la récession de 1937-1938 qui se produisit alors même que la Grande Dépression n'était toujours pas résorbée. Sous l'influence d'économistes comme John Maynard Keynes, Marriner Eccles et William Trufant Foster, Roosevelt se départit alors de son conservatisme fiscal pour s'engager franchement en faveur d'un plan de relance économique. En augmentant les dépenses fédérales, le président espérait en effet entraîner une hausse de la consommation qui devait à son tour permettre aux employeurs du secteur privé de recruter davantage de main-d'œuvre et de diminuer ainsi le taux de chômage. Au milieu de l'année 1938, Roosevelt autorisa l'octroi de nouveaux prêts à l'industrie privée par l'intermédiaire de la Reconstruction Finance Corporation et obtint l'aval du Congrès pour allouer plus de 4 milliards de dollars de crédit à la WPA, la FSA, la PWA et d'autres programmes similaires[174].

Réorganisation de l'exécutif

Siège du bureau exécutif du président des États-Unis à Washington, D.C.

Les nombreuses réformes engagées par Roosevelt eurent pour effet d'augmenter considérablement la taille et le poids du gouvernement fédéral. Ainsi, 65 agences exécutives furent créées rien que durant les deux premières années de sa présidence et le nombre de fonctionnaires civils fédéraux passa de 610 000 en 1931 à 954 000 en 1939[175]. En 1936, Roosevelt mit sur pied le comité Brownlow pour recommander des changements dans la structure de la branche exécutive. En conclusion de leurs travaux, les membres du comité rappelèrent que les différentes agences gouvernementales avaient gagné en puissance et en indépendance au fil du temps et qu'il était nécessaire pour le président de reprendre en main la situation. Ils élaborèrent pour ce faire un plan qui suggérait de fusionner une centaine d'agences en seulement douze départements dont la gestion serait confiée à des assistants du président. En 1939, le Congrès vota la loi de réorganisation qui reprenait les propositions formulées par le comité Brownlow[176].

Roosevelt créa dans la foulée le Bureau exécutif du président afin d'affermir encore davantage le contrôle du chef de l'État sur la branche exécutive. En outre, il amalgama plusieurs organismes gouvernementaux dédiés aux politiques de travaux publics et d'aide sociale pour donner naissance à l'Agence fédérale des travaux et à l'Agence fédérale de sécurité sociale. Enfin, il rattacha le très influent Bureau du budget, qui dépendait jusqu'alors du département du Trésor, au Bureau exécutif présidentiel[176]. Pour André Kaspi et Hélène Harter, ce transfert fut important en ce qu'il permit à Roosevelt « d'avoir l'initiative financière et, par conséquent, de définir les actions prioritaires au détriment du Congrès »[177]. La nouvelle loi autorisait par ailleurs la mise en place d'un Bureau de gestion des urgences (Office of Emergency Management) qui déboucha sur la création d'une multitude d'autres agences durant la guerre. La réorganisation de 1939 est surtout connue pour avoir donné au président la possibilité de s'entourer d'un essaim d'assistants et de conseillers en tout genre qui jouissaient d'une autonomie assez importante dans leurs champs de compétence respectifs, en particulier pour ceux qui disposaient d'un solide réseau au Congrès[178].

Politique étrangère des premier et deuxième mandats

Roosevelt, qui avait beaucoup voyagé dans sa jeunesse, aborda avec sérénité les questions relatives à la politique étrangère. Partisan d'un engagement accru des États-Unis en faveur de la paix mondiale, il dut cependant composer, au sein même de son pays, avec une économie aux abois qui l'incita à privilégier dans l'immédiat la mise en œuvre du New Deal[179]. Si les affaires étrangères ne firent pas figure de priorité dans les premiers temps de sa présidence, la montée en puissance des régimes totalitaires en Europe et la recrudescence des tensions en Asie encouragèrent Roosevelt à renforcer la présence américaine sur la scène internationale, ce en quoi il ne fut pas suivi par l'opinion publique et le Congrès[180].

Le secrétaire d'État Cordell Hull, qui demeura en fonction pendant la quasi-totalité de la présidence de Roosevelt, disposait d'un solide réseau au Congrès, ce qui en fit un atout précieux pour le président ; il ne jouissait toutefois pas de l'entière confiance de ce dernier qui, peu enclin à se passer totalement de ses services, lui adjoignit quelques-uns de ses plus proches collaborateurs, à l'instar de William Phillips, Sumner Welles ou Raymond Moley[181]. Le département d'État ne subit que peu de changements au cours des premiers mandats de Roosevelt, en dehors d'une légère hausse des effectifs qui passèrent de 1 347 fonctionnaires en 1930 à 1 968 dix ans plus tard[182]. Ne disposant pas d'une équipe de conseillers spécifiques pour l'épauler dans le domaine des relations extérieures, Roosevelt s'en remit pour l'essentiel aux notes diplomatiques transmises par le personnel du département d'État, en particulier les ambassadeurs. La formulation de sa politique étrangère, à laquelle les départements de la Guerre et du Trésor étaient associés, devait en outre tenir compte de l'avis du Congrès, où de nombreux partisans du New Deal étaient également de farouches isolationnistes[183].

Le président Roosevelt (à gauche) s'entretenant avec son secrétaire d'État Cordell Hull en août 1933.

Politique de « bon voisinage » et commerce

Roosevelt (à droite) en compagnie du président brésilien Getúlio Vargas à Rio de Janeiro, en novembre 1936.

Dans son premier discours d'investiture, Roosevelt exprima sa volonté d'établir, à l'égard des autres pays du continent américain, une « politique de bon voisinage »[184]. Cette dernière, qui s'inscrivait dans le prolongement de la doctrine non-interventionniste inaugurée par ses prédécesseurs Coolidge et Hoover envers l'Amérique latine, fut au cœur de la politique étrangère de son premier mandat[185] et eut également pour but, à partir de la seconde moitié des années 1930, de détourner les pays latino-américains de toute alliance avec les régimes dictatoriaux européens[186].

Conformément à ces nouvelles orientations, l'amendement Platt, qui autorisait depuis 1901 les États-Unis à s'immiscer dans les affaires de Cuba, fut supprimé en 1934, garantissant de fait l'indépendance de l'île[187]. De même, les troupes américaines évacuèrent définitivement Haïti tandis qu'un traité avec le Panama mit fin au statut de ce dernier en tant que protectorat. En , Roosevelt signa la convention de Montevideo sur les droits et les devoirs des États, en vertu de laquelle il renonçait à toute ingérence unilatérale dans les affaires latino-américaines[185]. À la suite du retrait de leurs forces d'Haïti, la présence militaire des États-Unis dans les Caraïbes n'était plus restreinte qu'à la zone du canal de Panama et à la base navale de la baie de Guantánamo[188]. La politique de bon voisinage améliora sensiblement les relations des États-Unis avec les nations sud-américaines et valut à Roosevelt une forte popularité dans cette région[186].

Sur le plan commercial, Roosevelt était un partisan du libre-échange et promulgua en le Reciprocal Trade Agreements Act qui autorisait le président, en rupture avec la loi Hawley-Smoot, à négocier des traités bilatéraux avec d'autres pays afin d'obtenir un abaissement significatif des droits de douane[189],[190]. L'historien Claude Fohlen écrit que « de 1934 à 1941, vingt-six de ces traités furent signés, couvrant environ les deux tiers du commerce extérieur américain »[187]. Du fait de l'adoption de cette loi et de la création de la Banque import-export, le volume des échanges commerciaux entre les États-Unis et l'Amérique latine fit plus que tripler entre 1931 et 1941[191].

Reconnaissance de l'URSS

À la fin des années 1920, l'Union soviétique avait cessé d'être traitée en paria par le reste de l'Europe et entretenait des relations commerciales et diplomatiques normales avec la plupart des pays du globe[192]. De toutes les principales nations, seuls les États-Unis refusaient encore de reconnaître l'URSS[193]. Les peurs suscitées par le communisme avaient cependant, à l'époque de l'arrivée au pouvoir de Roosevelt, beaucoup perdu de leur vigueur au sein de l'opinion américaine tandis que les milieux d'affaires, de même que les rédacteurs de journaux, étaient partisans d'une reconnaissance diplomatique. Désireux d'accroître les échanges économiques avec Moscou et de recouvrer certaines dettes héritées de l'ancien régime tsariste, Roosevelt accepta de reconnaître le régime soviétique sur la promesse que celui-ci ne tenterait pas de se livrer à des activités d'espionnage[192]. L'inauguration de relations diplomatiques entre les deux États fut officialisée le , à l'occasion d'une visite du commissaire aux Affaires étrangères soviétique Maxime Litvinov à Washington[193]. Bien qu'acceptée par la population américaine, cette reconnaissance n'eut pas les retombées économiques escomptées[184].

Isolationnisme

L'isolationnisme américain connut son apogée dans les années 1930. Même si le non-interventionnisme était un principe profondément ancré dans la tradition du pays, la détermination des isolationnistes à maintenir les États-Unis à l'écart des affaires du monde prit, au cours de cette décennie, des proportions inédites. Ce positionnement était motivé tout à la fois par un désir de se consacrer en priorité aux affaires intérieures, les rancœurs liées à la Première Guerre mondiale et aux dettes laissées impayées à la suite de ce conflit et, de manière générale, un détachement doublé d'une réticence à intervenir dans les crises montantes en Asie de l'Est et en Europe. Conscient de la force du courant isolationniste qui parcourait le pays, Roosevelt renonça à défendre l'adhésion des États-Unis à la Société des Nations pendant sa campagne présidentielle de 1932[194]. Lui et son secrétaire d'État Hull, soucieux de ne pas répéter les erreurs de Wilson, veillèrent toujours à ne rien faire qui pût attiser le sentiment isolationniste[195]. Le président était en particulier désireux de ne pas s'aliéner les sénateurs républicains progressistes qui, à l'instar de George Norris, Robert M. La Follette Jr., Hiram Johnson et William Borah, soutenaient ses réformes intérieures mais prônaient une politique étrangère isolationniste[196]. Les travaux de la commission Nye sur l'implication des milieux d'affaires dans la Première Guerre mondiale, dans la première moitié des années 1930, renforcèrent encore davantage le mouvement isolationniste[197], dont l'essor fut l'un des facteurs qui incitèrent Roosevelt à abandonner l'adhésion des États-Unis à la Cour permanente de justice internationale[198].

Montée des périls internationaux

En 1931, le Japon avait envahi la province chinoise de Mandchourie pour y établir l'État fantoche du Mandchoukouo. Des centaines de milliers de colons furent envoyés par Tokyo peupler le Mandchoukouo dont les ressources agricoles et les matières premières faisaient grandement défaut au Japon[199]. Les États-Unis et la Société des Nations condamnèrent l'invasion nipponne mais ne firent rien pour tenter d'évincer les Japonais de la région, ce qui encouragea ces derniers à poursuivre l'expansion de leur empire. Dans un geste de défi à l'encontre des puissances occidentales, les dirigeants japonais proclamèrent la doctrine Amau selon laquelle le Japon était l'unique garant du maintien de l'ordre en Asie de l'Est[200]. L'année 1933 fut marquée par l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler et du Parti nazi en Allemagne. Si bon nombre d'Américains voyaient initialement dans Hitler un personnage quelque peu grotesque, ce sentiment se dissipa dès lors que le dirigeant nazi, à présent solidement installé au pouvoir, commença à remettre en cause l'ordre européen tel qu'établi dans les années 1920[201]. Hitler prônait une doctrine raciste visant à établir la supériorité de la « race aryenne » et fit du Lebensraum, soit l'annexion et le repeuplement de territoires situés à l'est de l'Allemagne, le principal objectif de sa politique étrangère[202].

La situation internationale s'aggrava durant l'année 1935[203]. L'Italie, dirigée par le régime fasciste de Benito Mussolini, procéda à l'invasion de l'Éthiopie en dépit de la condamnation quasi-unanime des autres pays[204]. En réponse, le Congrès adopta la première des « lois sur la neutralité », laquelle contraignait le président à décréter un embargo sur les armes à l'encontre de tous les belligérants impliqués dans une guerre étrangère[205]. Bien que personnellement hostile à cette loi de neutralité et à celles qui suivirent, Roosevelt consentit à y apposer sa signature afin de ne pas obérer la mise en œuvre de sa politique intérieure[206]. En 1936, l'Allemagne et le Japon signèrent le pacte anti-Komintern, sans toutefois convenir d'une stratégie commune[201]. La même année, ce fut au tour de l'Italie de s'allier à l'Allemagne dans le cadre d'un axe Rome-Berlin[207]. Roosevelt était conscient de la menace constituée par ces puissances émergentes mais préféra se concentrer, dans les premiers temps de sa présidence, sur la relance de l'économie américaine[208]. Hitler et plusieurs autres dirigeants mondiaux considéraient, pour leur part, que Washington se tiendrait à l'écart des affaires du monde et que le retrait américain en Amérique latine, les lois sur la neutralité et enfin la loi Tydings-McDuffie de 1934, qui garantissait l'accès des Philippines à l'indépendance après une période de transition de dix ans, étaient autant de preuves de la force du mouvement isolationniste aux États-Unis[188].

Lorsque la guerre civile espagnole éclata en , Roosevelt, bien que personnellement favorable au camp républicain, se contenta de faire respecter la neutralité des États-Unis dans ce conflit, ceci afin de ne pas heurter l'électorat catholique et les tenants de l'isolationnisme dans le contexte de l'élection présidentielle qui devait avoir lieu cette année-là. Quelques mois plus tard, le Congrès approuva l'élargissement des lois sur la neutralité destiné à interdire toute livraison d'armes aux belligérants, nationalistes comme républicains[209]. L'attitude en retrait du gouvernement américain, à l'image de ses homologues français et britannique, contrasta avec celle de l'Allemagne et de l'Italie qui soutinrent activement les troupes du général Francisco Franco, opposées aux républicains[210]. Plusieurs milliers de volontaires américains participèrent néanmoins à la guerre contre les franquistes au sein de la brigade Abraham Lincoln[211].

Nuages de guerre

Carte des possessions territoriales des différentes puissances (France, Royaume-Uni, Australie, Japon, Pays-Bas, Portugal et États-Unis) dans le Pacifique Ouest en septembre 1939.

L'incapacité de la Société des Nations et des États-Unis à s'opposer à l'invasion italienne de l'Éthiopie eut pour effet de conforter le Japon et l'Allemagne dans la poursuite de leurs ambitions territoriales[212]. Après l'incident du pont Marco-Polo en , les troupes japonaises envahirent à leur tour la Chine et s'emparèrent avant la fin de l'année de la capitale chinoise, Nankin. Le massacre qui en résulta et l'incident du Panay, qui vit la destruction d'une canonnière américaine par les Japonais, indignèrent les Américains dont beaucoup nourrissaient des sympathies envers la Chine du fait d'œuvres culturelles telles que le roman The Good Earth ; l'existence des lois de neutralité empêcha toutefois la livraison d'armes au régime chinois. Signe de l'influence persistante du courant isolationniste, l'amendement Ludlow, visant à faire approuver toute déclaration de guerre des États-Unis par référendum, ne fut rejeté que de justesse à la Chambre[213]. En , Roosevelt prononça à Chicago son « discours de la quarantaine » dans lequel il réclamait l'isolement diplomatique des États belliqueux, bien qu'en des termes très vagues et sans évoquer aucune forme de sanction spécifique à leur encontre[214].

Au cours de l'année 1936, l'Allemagne remilitarisa la Rhénanie, au mépris des clauses du traité de Versailles. Privée du soutien du Royaume-Uni et de l'Italie, la France se contenta d'assister passivement à l'occupation de ce territoire limitrophe de sa frontière. En , Hitler procéda à l'annexion pacifique de l'Autriche[215]. Toujours en 1938, l'Allemagne exigea de pouvoir annexer les régions germanophones de Tchécoslovaquie, ce qui entraîna une nouvelle escalade des tensions en Europe. Roosevelt, sans réelle capacité d'action, se contenta de s'exprimer publiquement en faveur d'une solution négociée. Les revendications allemandes furent finalement avalisées en septembre avec la signature des accords de Munich, affaiblissant encore davantage la position de la France et du Royaume-Uni[216]. Quelques mois plus tard, en , Hitler fit occuper le reste du territoire tchécoslovaque en violation des engagements pris à Munich, ce à quoi Londres riposta en promettant de défendre la Pologne, considérée par beaucoup comme la prochaine cible d'Hitler[217].

Dans la foulée des accords de Munich, Roosevelt commença à préparer le pays à l'imminence d'un conflit généralisé. Dans son discours sur l'état de l'Union de 1939, il exhorta les parlementaires à réviser les lois de neutralité mais sa proposition fut rejetée dans les deux chambres du Congrès[218]. Cela n'empêcha pas Roosevelt de faire approuver une augmentation des dépenses allouées aux forces armées[219] et de présider au renforcement progressif de la marine et de l'aviation, avec en particulier la vente de 200 appareils à la France en 1939[220].

Éclatement de la Seconde Guerre mondiale en Europe

Notes prises par le président Roosevelt au lit le , à 3 h 5 du matin, sitôt informé de l'invasion allemande en Pologne (National Archives and Records Administration).

La Seconde Guerre mondiale éclata en lorsque l'invasion de la Pologne par l'Allemagne déclencha l'entrée en guerre immédiate de la France et du Royaume-Uni contre cette dernière. La partition de la Pologne entre l'URSS et l'Allemagne, en vertu d'un protocole secret contenu dans le pacte de non-agression signé par ces deux puissances en , stupéfia les dirigeants occidentaux[221]. Même si peu d'Américains étaient désireux de voir leur pays intervenir dans la guerre, un sondage Gallup réalisé en montra que plus de 80 % de la population prenaient le parti du Royaume-Uni et de la France contre l'Allemagne[222]. Conformément aux dispositions des lois sur la neutralité, Roosevelt reconnut l'état de guerre en Europe et décréta un embargo sur les armes à destination de la France, du Royaume-Uni et de l'Allemagne. Quelques jours plus tard, le président convoqua le Congrès en session extraordinaire afin de réviser les lois de neutralité. À l'issue des débats, et malgré l'opposition du célèbre aviateur Charles Lindbergh ainsi que d'autres isolationnistes, Roosevelt obtint le vote du Neutrality Act of 1939[223] qui autorisait les belligérants — mais en réalité surtout les Britanniques et les Français — à acheter comptant du matériel militaire aux États-Unis et à le transporter à leurs frais selon le principe du cash and carry[224]. En dépit de la neutralité officiellement observée par les États-Unis jusqu'en , Roosevelt ne ménagea pas ses efforts pour tenter de soutenir par divers moyens Paris et Londres dans le conflit en cours[225].

Durant la période connue sous le nom de « drôle de guerre », qui vit l'occupation de la Pologne s'ensuivre de plusieurs mois d'inactivité en Europe, Roosevelt chercha à engager des tractations de paix, sans qu'Hitler se montrât le moins du monde intéressé par une telle perspective[226]. Le Japon, dans le même temps, continuait de s'affermir dans le Pacifique, jusqu'à exiger des colonies françaises et britanniques la fermeture de leurs frontières avec la Chine[227]. À compter du mois de , Roosevelt noua des relations personnelles étroites avec Winston Churchill, qui devint Premier ministre du Royaume-Uni en [228]. Après avoir envahi le Danemark et la Norvège en avril de la même année, les troupes allemandes attaquèrent les Pays-Bas et la France au mois de mai. Alors que la situation des Français était de plus en plus désespérée, Churchill et le président du Conseil français Paul Reynaud sollicitèrent l'intervention des États-Unis dans la guerre, mais Roosevelt était toujours réticent à affronter le puissant courant isolationniste qui régnait dans le pays[229]. L'Italie, profitant de l'effondrement militaire de la France, entra à son tour en guerre contre cette dernière[230]. La défaite française fut actée le , avec pour conséquence la division du territoire de la France entre l'occupant allemand d'une part et le nouveau gouvernement de Vichy dirigé par le maréchal Pétain d'autre part[231]. L'administration Roosevelt maintint initialement des relations diplomatiques avec le régime vichyste mais ne put empêcher celui-ci d'instaurer une politique de collaboration avec l'Allemagne nazie[232].

La France vaincue, ne restaient plus en guerre contre l'Allemagne que le Royaume-Uni et ses dominions. Roosevelt, déterminé à ne pas laisser les Britanniques succomber aux mains d'Hitler, bénéficia sur ce point de l'évolution rapide de l'opinion américaine dont l'isolationnisme, au vu des récents événements survenus en Europe, s'était sensiblement effrité, surtout après la chute de Paris[233]. La couverture radiophonique de la bataille d'Angleterre, au cours de laquelle l'Allemagne tenta de conquérir la suprématie aérienne tout en bombardant diverses cibles sur le sol britannique, ne fit que rallier encore davantage la population américaine à la cause du Royaume-Uni[234]. À rebours de la plupart des responsables militaires, sceptiques quant à la capacité de Londres à se maintenir dans la guerre face à l'Allemagne, Roosevelt prit toute une série de dispositions visant à augmenter massivement les livraisons d'armes à destination de l'Angleterre[235]. En , il fit entrer dans son gouvernement deux républicains partisans de l'interventionnisme, Henry L. Stimson et Frank Knox, le premier comme secrétaire à la Guerre et le second en tant que secrétaire à la Marine. Les plans du président pour renforcer d'urgence la taille et la puissance de l'armée américaine furent soutenus par les deux principaux partis, alors même que les isolationnistes continuaient d'affirmer que Roosevelt s'apprêtait à engager le pays dans une guerre futile contre l'Allemagne[236]. Le réarmement militaire des États-Unis et l'achat de matériel de guerre par les Britanniques eurent un effet positif sur l'économie nationale, le taux de chômage n'étant plus que de 14,6 % à la fin de l'année 1940[237].

En , à la demande des Britanniques qui souhaitaient protéger leurs lignes de ravitaillement, Roosevelt consentit à échanger, sans consultation préalable du Congrès, une cinquantaine de vieux destroyers américains contre la location de bases britanniques aux Caraïbes et à Terre-Neuve dans le cadre du Destroyers for Bases Agreement[238]. Les destroyers vendus n'avaient guère de valeur militaire intrinsèque mais l'accord fut le signe d'un engagement symbolique des États-Unis en faveur du Royaume-Uni[239]. Un peu plus tard dans le mois, avec l'appui des deux principaux candidats à la présidence, le Congrès instaura la première conscription en temps de paix de l'histoire du pays[240]. En réponse au Destroyers for Bases Agreement, Hitler et Mussolini formèrent avec le Japon le Pacte tripartite qui donna naissance à l'axe Rome-Berlin-Tokyo[241]. L'un des objectifs avoués du pacte était d'impressionner suffisamment les États-Unis pour inciter ces derniers à se tenir à l'écart de la guerre sino-japonaise et du conflit européen[242].

Coalition politique du New Deal

Soutenu par l'électorat démocrate traditionnel constitué des catholiques du Nord et des blancs du Sud, Roosevelt dut sa réélection de 1936 à la mobilisation de nouveaux électeurs aussi bien que de ceux qui, mécontents de la politique de son prédécesseur Hoover, lui avaient déjà accordé leur suffrage[243]. Roosevelt fut ainsi à même de bâtir une nouvelle coalition comprenant, outre les bastions démocrates qu'étaient les États du Sud et l'électorat issu des minorités religieuses comme les catholiques ou ethniques telles que les Irlandais et les Italiens, les couches les plus pauvres de la population, les individus tributaires des programmes d'aide publique, les Noirs (jusqu'alors attachés au Parti républicain héritier de Lincoln), les juifs, les ouvriers et les milieux intellectuels. Ce rassemblement disparate, hétérogène et même contradictoire ― qui, comme l'observe André Kaspi, voyait se côtoyer « des sudistes conservateurs et des libéraux du Nord, des Noirs et des partisans de la ségrégation raciale, des illettrés et des défavorisés de toutes origines aux côtés des esprits les plus brillants, des immigrants de fraîche date et les descendants de vieilles familles américaines » ― assura néanmoins, plusieurs décennies durant, la domination politique du Parti démocrate[244]. L'effet produit par cette coalition dite « du New Deal » fut particulièrement spectaculaire dans le Nord où les démocrates luttèrent avec avantage contre leurs adversaires pour la première fois depuis la guerre de Sécession[245].

Blancs du Nord

L'adhésion à Roosevelt fut très forte parmi les Juifs-Américains, particulièrement sensibles aux thématiques progressistes et de justice sociale, à tel point que les scores du président dans cette frange de l'électorat atteignit 90 % en 1940 et 1944[246].

Roosevelt remporta également les suffrages de la classe ouvrière protestante et des républicains progressistes. Parmi ces derniers, beaucoup continuèrent de voter pour des candidats républicains lors des élections législatives tandis que d'autres rejoignirent tout simplement le Parti démocrate. Dans les États de l'Ouest comme le Dakota du Nord, les électeurs progressistes rallièrent massivement le parti de Roosevelt dont ils influencèrent l'organisation à l'échelon étatique. Dans le même temps, la reconquête d'une bonne partie de l'électorat rural et conservateur par les républicains diminua d'autant l'influence des conservateurs du Nord au sein de l'appareil démocrate[247].

Afro-Américains

Roosevelt désigna des Afro-Américains à un nombre sans précédent de postes politiques et ce fut sous sa présidence que fut nommé William H. Hastie, le premier juge fédéral noir. De plus, le président mit en place un « cabinet noir » destiné à lui prodiguer des conseils sur les questions relatives à la communauté afro-américaine[248] ; il soutint également des mesures à destination de celle-ci, telles que le Fair Labor Standards Act, qui contribua à revaloriser les salaires des travailleurs noirs dans les États du Sud[249]. Si certaines initiatives du New Deal, comme l'AAA, n'aidèrent pas à améliorer la condition des Afro-Américains, ceux-ci bénéficièrent de divers programmes d'assistance, notamment de la WPA qui employait un million d'entre eux en 1939[250]. Compte tenu des réformes introduites par la nouvelle administration démocrate, les Noirs désertèrent progressivement les rangs du Parti républicain tout au long des années 1930 et 1940 pour s'affirmer, dans plusieurs États du Nord, comme un soutien électoral important du Parti démocrate[251]. Roosevelt, pour qui les voix des élus sudistes étaient nécessaires à l'adoption de ses programmes sociaux et à la conduite de sa politique étrangère, ne condamna toutefois que du bout des lèvres la pratique du lynchage dont les Noirs étaient régulièrement victimes dans le Sud et refusa de soutenir publiquement la loi Wagner-Costigan de 1934 visant à réprimer plus fermement de tels actes ; le texte, bien que défendu par Eleanor Roosevelt et la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), fut rejeté par le Congrès[252]. Le manque d'implication de Roosevelt dans le domaine des droits civiques lui coûta l'appui de la NAACP en 1935[253].

Syndicats

Roosevelt bénéficia, au moins au départ, du soutien massif des syndicats alors en pleine expansion ; un ouvrier résuma le sentiment de nombreux travailleurs lorsqu'il déclara que « M. Roosevelt est le seul homme que nous ayons eu à la Maison-Blanche qui puisse comprendre que mon patron est un salaud »[254]. À partir du milieu des années 1930, la sphère syndicale fut néanmoins très affectée par une scission profonde et durable entre l'United Mine Workers of America (UMWA) et la Fédération américaine du travail (AFL). Le président de l'UMWA, John L. Lewis, préconisait d'utiliser l'AFL, organisation mère de l'UMWA, pour syndiquer les travailleurs non qualifiés ; à la suite du refus de sa proposition par l'AFL, Lewis fonda le Congrès des organisations industrielles (CIO) en 1935[255]. Ces querelles affaiblirent les démocrates lors des élections de 1938 à 1946[256]. Les forts liens tissés au cours des années 1930 permirent néanmoins de garantir le rejet du socialisme et du communisme par les syndicats américains, lesquels devinrent une composante importante du Parti démocrate[257].

Opposition de droite et de gauche

La politique de Roosevelt suscita l'opposition des démocrates les plus conservateurs emmenés par Al Smith. Avec l'American Liberty League, ce dernier critiqua le président et le compara à Karl Marx et Vladimir Ilitch Lénine[258]. La rhétorique débridée de Smith fut toutefois mise à profit par Roosevelt pour marginaliser ses adversaires et les dépeindre comme des individus fortunés dont les intérêts étaient contraires au New Deal, ce qui contribua à sa victoire écrasante lors de l'élection de 1936[259]. Si nombre de républicains progressistes soutinrent initialement les réformes économiques du président, l'hostilité du Grand Old Party à l'égard de Roosevelt se cristallisa à mesure que les progressistes quittaient le parti ou étaient battus aux élections[260].

Roosevelt fut également contesté, sur sa gauche, par le sénateur de Louisiane Huey Long, le père Charles Coughlin et le docteur Francis Townsend qui s'organisèrent en vue de présenter une candidature de tiers parti capable de défier Roosevelt lors de l'élection présidentielle de 1936. Ils créèrent pour ce faire le « Parti de l'Union » qui disparut toutefois rapidement de la scène politique après l'assassinat de Long en 1935[261]. De même, un certain nombre d'anciens progressistes du début du XXe siècle, devenus méfiants à l'égard des grands programmes fédéraux tels que la NRA, vinrent grossir les rangs de l'opposition à Roosevelt[262]. Quant au modeste Parti communiste américain, il soutint globalement l'action du président[263]. Ne comptant que très peu de membres et sans réel poids électoral, son influence se fit davantage ressentir dans les rangs des syndicats, de la fonction publique, des intellectuels et de diverses organisations nationales, même si sa proximité avec l'Internationale communiste l'empêcha de séduire un plus large public[264].

Troisième et quatrième mandats (1941-1945)

De tous les ministres de Roosevelt, seuls Ickes et Perkins gardèrent leur poste du début à la fin, suivis de près par Hull et Morgenthau[15]. À l'approche de la Seconde Guerre mondiale, Roosevelt nomma une nouvelle équipe de hauts responsables, y compris des républicains conservateurs, à des postes clés du secteur de la défense : Frank Knox, qui avait brigué la vice-présidence sur le ticket républicain en 1936, devint secrétaire à la Marine tandis que l'ancien secrétaire d'État Henry L. Stimson fut choisi pour diriger le département de la Guerre. À la même époque se constitua, à l'initiative du président, un « cabinet de guerre » réunissant Hull, Stimson, Knox, l'amiral Harold Stark en sa qualité de chef des opérations navales et le chef d'état-major de l'armée de terre George Marshall[265].

À la suite de l'attaque japonaise contre Pearl Harbor, le commandement de l'United States Navy échut à l'amiral Ernest J. King, son prédécesseur Stark obtenant celui des unités navales américaines en Europe alors que l'amiral Chester Nimitz prit la tête de la flotte du Pacifique[266]. Le général Marshall, commandant l'armée de terre, avait également autorité sur les forces aériennes dirigées par le général Henry H. Arnold[267]. Les décisions finales relatives à la stratégie militaire américaine étaient entre les mains du Comité des chefs d'état-major interarmées, créé pendant la guerre[268]. Si les institutions américaines faisaient du président le chef des armées, Roosevelt ne se passionnait pas pour les affaires strictement militaires ; il délégua en conséquence cette tâche et plaça sa confiance dans son entourage, en particulier Marshall et King[269]. L'amiral William Leahy, son chef d'état-major particulier, fut lui aussi un conseiller influent[270].

À rebours des méthodes intrusives d'un Winston Churchill, Roosevelt laissa une importante marge de manœuvre aux militaires dans la conduite des opérations mais décida cependant toujours, en dernier ressort, des principales orientations stratégiques, et ce tout en continuant à diriger la diplomatie de son pays et à piloter les décisions relatives à l'après-guerre[271].

Prélude à la guerre

Soutien au Royaume-Uni contre l'Allemagne

Après sa réélection de 1940, Roosevelt fit publiquement campagne pour convaincre le Congrès de venir en aide aux Britanniques. En , Churchill interpella le président américain sur le fait que Londres n'était pas capable de financer la clause Cash and carry contenue dans les lois de neutralité. À une époque où les forces britanniques étaient pleinement engagées dans la lutte contre l'Allemagne, les doléances exprimées par le Premier ministre britannique consistaient en l'octroi de prêts par Washington et l'acheminement de fournitures américaines par les États-Unis eux-mêmes[272], ce à quoi Roosevelt consentit. Ce dernier prononça dans le même temps un discours dans lequel il affirmait que les États-Unis devaient endosser le rôle d'« arsenal de la démocratie » et, à ce titre, fournir une aide matérielle à tous les pays impliqués dans la lutte contre l'Allemagne et d'autres agresseurs[273]. Roosevelt déclara, entre autres, que « si la Grande-Bretagne tombe, alors les puissances de l'Axe seront maîtres des continents d'Europe, d'Asie, d'Afrique et d'Australie ainsi que de la haute mer, et seront en mesure de déployer d'énormes ressources militaires et navales contre cet hémisphère »[274].

À l'occasion de son discours dit des « quatre libertés » prononcé en , Roosevelt affirma l'engagement des États-Unis à défendre les droits fondamentaux partout dans le monde[275]. Dans cette même allocution, le président réclama l'approbation par le Congrès du programme « Prêt-bail » (Lend-Lease) destiné à fournir du matériel militaire au Royaume-Uni, lequel devait être officiellement restitué aux États-Unis après la fin de la guerre[276]. Avec le soutien de Wendell Willkie, la loi Prêt-bail fut votée à de larges majorités dans les deux chambres du Congrès. La mobilisation des isolationnistes empêcha néanmoins le gouvernement américain de fournir une escorte navale aux bâtiments de commerce qui faisaient route vers les îles Britanniques. Les parlementaires consentirent en outre, à la demande du président, à une augmentation massive des dépenses militaires. Des installations pour l'armée, des chantiers navals et des usines de munitions furent construits un peu partout dans le pays, essentiellement dans le Sud ; face à un tel regain d'activité, le taux de chômage repassa sous la barre des 10 %, pour la première fois en plus de dix ans. Afin de superviser l'effort de guerre de la nation, Roosevelt mit en place diverses agences parmi lesquelles un bureau de gestion de la production, un bureau de l'administration des prix et de l'approvisionnement civil et une commission des priorités et des allocations en matière d'approvisionnement[277].

À la fin de l'année 1940, l'amiral Stark transmit à Roosevelt le memorandum Plan Dog qui listait quatre stratégies possibles dans le cadre d'une guerre sur deux fronts contre l'Allemagne et le Japon. Des quatre options retenues, Stark se prononçait en faveur du « Plan Dog », lequel consistait à accorder la priorité à l'Europe et à retarder autant que possible toute confrontation directe avec le Japon. L'un des éléments clés de cette stratégie était de permettre au Royaume-Uni de poursuivre la lutte contre l'Allemagne jusqu'à ce que les États-Unis, potentiellement aidés par d'autres pays, fussent en mesure de déclencher une offensive terrestre sur le sol européen. Même si Roosevelt ne soutint pas publiquement le Plan Dog, sa publication l'encouragea à initier, sous le nom de code « ABC-1 », des échanges de vues entre les états-majors américain et britannique dont les membres convinrent, au commencement de l'année 1941, de la nécessité de privilégier la lutte contre les puissances de l'Axe en Europe[278]. Le , le président annonça un « programme de la Victoire » (Victory Program) qui prévoyait un effort de guerre important, notamment en matière de construction d'avions et de chars[279].

Bataille de l'Atlantique

Tensions avec le Japon

Mouvements d'expansion japonais dans le Pacifique et en Asie du Sud-Est entre 1937 et 1942.

En 1940, le Japon avait conquis une grande partie de la côte et des principales vallées fluviales chinoises, sans être toutefois parvenu à vaincre ni le gouvernement nationaliste de Tchang Kaï-chek ni les forces communistes de Mao Zedong. Bien que le Japon fût officiellement doté d'un gouvernement civil dirigé par le Premier ministre Fumimaro Konoe, le pouvoir réel était détenu par les chefs militaires et en particulier le ministre de la Guerre Hideki Tōjō[280]. Ce dernier ordonna aux troupes japonaises de s'emparer des colonies françaises d'Indochine, faiblement défendues, lesquelles fournissaient des ressources et un appui logistique aux forces chinoises. Lorsque le nord de l'Indochine française fut occupé par le Japon à la fin de l'année 1940, Roosevelt approuva l'augmentation de l'aide octroyée à la République de Chine, ce en quoi il fut largement soutenu par l'opinion publique[281]. Il décréta également, à l'encontre du Japon, un blocus partiel sur les exportations de fer et d'acier à destination de ce pays. L'année suivante, un débat se fit jour au sein de l'administration Roosevelt quant à la question de savoir s'il fallait continuer ou non d'approvisionner le Japon en pétrole, qui constituait à cette époque la principale exportation américaine vers l'archipel nippon. Si certains membres de l'administration étaient prêts à tout pour freiner l'expansion japonaise, le secrétaire d'État Cordell Hull craignait qu'une rupture des relations commerciales entre les États-Unis et le Japon n'encourageât ce dernier à satisfaire ses besoins en matières premières par la conquête des Indes orientales néerlandaises, de la Malaisie et de la Birmanie britanniques et des Philippines américaines[282].

L'attention de Roosevelt étant accaparée par la situation en Europe, la formulation de la politique asiatique et les négociations avec le Japon furent conduites par Hull[282]. Dès le mois de , Hull et l'ambassadeur japonais Kichisaburō Nomura cherchèrent à conclure un accord entre leurs gouvernements respectifs mais, Washington n'étant pas disposé à reconnaître l'occupation japonaise de la Chine et Tokyo pas davantage enclin à retirer ses troupes de cette région, les discussions entre les deux parties achoppèrent. Après le début de l'offensive allemande contre l'URSS en , les Japonais renoncèrent à attaquer les forces soviétiques en Sibérie, mettant ainsi fin à un long débat interne sur quelle serait la prochaine cible de l'expansion japonaise. La conquête du sud de l'Indochine française par le Japon, en juillet, signifia que le régime de Tokyo était désormais en position de force pour déclencher une attaque contre la Birmanie et la Malaisie, sous contrôle britannique, ainsi que contre les Indes orientales néerlandaises[283]. En réponse, les États-Unis suspendirent toute livraison de pétrole au Japon, alors même que ce dernier était dépendant à plus de 95 % des exportations pétrolières américaines[281].

À la suite de l'embargo américain, les stratèges japonais étudièrent la faisabilité d'une invasion des Indes orientales néerlandaises, richement pourvues en pétrole, et se rendirent compte que le succès d'une telle entreprise était conditionné à la conquête préalable des Philippines, possession américaine, et de la base britannique de Singapour. Cela supposait de détruire la flotte américaine du Pacifique, stationnée dans la base navale de Pearl Harbor, sur l'archipel d'Hawaï. Les dirigeants japonais étaient conscients qu'infliger une défaite totale aux États-Unis était chose impossible mais espéraient qu'une victoire décisive en mer inciterait Washington à rechercher un compromis. De son côté, Roosevelt refusa toute négociation directe avec le Premier ministre Konoe tant que les Japonais n'auraient pas d'abord évacué le territoire chinois. Avec le remplacement de Konoe par Tōjō à la tête du gouvernement en , les Japonais entamèrent des préparatifs pour une offensive contre les possessions américaines, britanniques et néerlandaises dans le Pacifique. Une dernière approche fut tentée en novembre par Nomura, qui demanda la reprise des relations commerciales et l'approbation des opérations militaires japonaises en Chine en échange de la promesse faite par le Japon de ne pas attaquer l'Asie du Sud-Est. En partie motivé par la crainte d'une entrée en guerre du Japon contre l'URSS en cas de conquête de la Chine, Roosevelt rejeta cette offre et les négociations furent rompues le [284].

Basculement vers la guerre

Le président Roosevelt signant les déclarations de guerre contre le Japon (à gauche), le 8 décembre 1941, et contre l'Allemagne (à droite), le 11 décembre suivant.

Dans la matinée du , les Japonais attaquèrent par surprise la base navale américaine de Pearl Harbor, coulant la majeure partie des cuirassés américains présents dans le port et tuant 2 403 Américains, aussi bien militaires que civils[285]. La thèse controversée selon laquelle Roosevelt ou des membres de son gouvernement étaient au courant du raid japonais contre Pearl Harbor est unanimement rejetée par les spécialistes, lesquels montrent que le secret de la mission japonaise fut bien gardé et que, si les dirigeants américains savaient que le déclenchement des hostilités était imminent, ils ne s'attendaient pas à ce qu'il se produisît à Pearl Harbor[286].

Après le choc de Pearl Harbor, le sentiment pacifiste aux États-Unis disparut du jour au lendemain et, pour la première fois depuis le début du XIXe siècle, la politique étrangère se hissa en tête des préoccupations de l'opinion publique américaine. Roosevelt plaida aussitôt en faveur de l'entrée en guerre de son pays dans son discours du « Jour de l'infamie », prononcé devant le Congrès, déclarant à cette occasion : « Hier, le 7 décembre 1941 — une date à jamais marquée d'infamie —, les États-Unis d'Amérique ont été soudainement et délibérément attaqués par les forces navales et aériennes de l'Empire du Japon »[287]. Le , à la quasi-unanimité, le Congrès américain déclara la guerre au Japon. L'Allemagne déclara à son tour la guerre aux États-Unis le , imitée en cela par l'Italie[287].

Roosevelt dépeignit la guerre comme une croisade menée contre les dictatures belliqueuses qui menaçaient la paix et la démocratie à travers le monde[288]. Avec l'aide de ses conseillers militaires, le président américain élabora une stratégie tournée en priorité vers l'Europe, avec pour objectif de stopper l'avance allemande en Union soviétique et en Afrique du Nord ; de mener à bien l'invasion de l'Europe occidentale afin d'écraser l'Allemagne nazie entre deux fronts ; et enfin de sauver la Chine tout en battant le Japon. Cette stratégie était contraire à l'opinion publique qui, dans une large mesure, considérait comme prioritaire la destruction du Japon. L'armée nipponne était toutefois déjà en train d'attaquer les Philippines américaines et ce fut donc le théâtre du Pacifique qui, dans la pratique, eut la préséance tout au long de l'année 1942[289]. Dans les heures qui suivirent Pearl Harbor, les avions japonais bombardèrent les bases aériennes américaines des Philippines et y détruisirent les escadrilles de B-17 parquées au sol[290]. Les troupes américaines chargées de la défense de l'archipel capitulèrent en et 10 000 hommes furent faits prisonniers par les Japonais. Parallèlement à l'invasion des Philippines, le Japon conquit successivement la Malaisie, Singapour, la Birmanie et les Indes orientales néerlandaises[291].

Alliances, guerre économique et autres problématiques de guerre

« Quatre gendarmes »

Tchang Kaï-chek, Roosevelt et Churchill lors de la conférence du Caire, le 25 novembre 1943.

Dans les derniers jours de décembre 1941, Churchill et Roosevelt se rencontrèrent à Washington lors de la conférence Arcadia pour discuter de l'adoption d'une stratégie commune. Tous deux convinrent d'accorder la priorité au front européen dans la mesure où défaire l'Allemagne était, à leurs yeux, plus urgent que de battre le Japon[292]. Les forces britanniques étant occupées en Europe et l'Union soviétique en paix avec le régime de Tokyo, les États-Unis se virent confier la direction des opérations dans le Pacifique en plus de leur engagement contre l'Allemagne[293]. En outre, sur les instances de Washington et de Londres, un comité d'état-major interarmées fut mis en place afin de coordonner les décisions militaires, auquel s'ajouta un comité d'affectation des munitions destiné à assurer une bonne répartition des approvisionnements[292]. Le principe d'un commandement militaire centralisé dans le Pacifique, l'ABDA (acronyme désignant les troupes américaines, britanniques, néerlandaises et australiennes présentes dans cette zone), fut également approuvé[294]. Enfin, le , fut émise la déclaration des Nations unies dont les 26 signataires, parmi lesquels les États-Unis, le Royaume-Uni, la Chine et l'URSS, s'engageaient à ne pas conclure de paix séparée jusqu'à la défaite totale des puissances de l'Axe[295].

Le terme « quatre gendarmes » fut forgé par Roosevelt pour désigner les quatre principales puissances alliées de la Seconde Guerre mondiale, à savoir les États-Unis, le Royaume-Uni, l'URSS et la Chine. De manière informelle, Roosevelt, Churchill, le dirigeant soviétique Joseph Staline et le généralissime chinois Tchang Kaï-chek s'entendirent sur le déploiement des troupes américaines et britanniques à l'Ouest et des forces soviétiques sur le front de l'Est tandis que l'armée chinoise, soutenue par les Britanniques et les Américains, combattrait en Asie et dans le Pacifique. La formulation de cette stratégie donna lieu à une série de contacts diplomatiques et militaires ainsi qu'à plusieurs conférences au sommet entre les Alliés[296]. Si Roosevelt entretenait une relation de confiance avec Churchill, lui et ses conseillers perdirent rapidement toute considération pour le régime de Tchang Kaï-chek, jugé corrompu à l'excès[297]. Le général Joseph Stilwell, qui commandait les forces américaines présentes sur le théâtre des opérations de Chine-Birmanie-Inde, était d'avis que Tchang était plus soucieux de se débarrasser des communistes de Mao que de combattre les Japonais[298]. De même, les relations entre les responsables américains et soviétiques furent placées sous le sceau de la méfiance tout au long de la guerre, surtout après 1943 lorsque Washington et Moscou apportèrent leur soutien à des gouvernements favorables à leurs intérêts dans les territoires libérés[299].

Guerre économique

L'un des enjeux les plus importants de la guerre économique livrée par les États-Unis fut le transport des approvisionnements. Après l'entrée en guerre de l'Allemagne contre la nation américaine, les sous-marins allemands, à présent débarrassés de toute contrainte, infligèrent des pertes considérables aux convois alliés dans l'océan Atlantique et, au début de l'année 1942, n'hésitaient pas à perpétrer leurs attaques à moins d'une vingtaine de kilomètres de la côte Est des États-Unis[300]. L'US Navy, tiraillée entre la nécessité de protéger le commerce transatlantique et celle de mener la guerre contre le Japon, ne put agir efficacement contre cette menace et plus d'un million de tonnes de navires alliés furent envoyées par le fond durant l'année 1942[301]. Le décryptage du code Enigma utilisé par les Allemands, de même que la construction et le déploiement d'escorteurs navals et d'avions de patrouille maritime américains, permirent cependant aux Alliés, après 1942, de reprendre l'avantage sur leurs adversaires et de couler plusieurs dizaines d'U-Boote dans les premiers mois de l'année 1943, ce qui précipita le retrait de la plupart des sous-marins allemands des eaux de l'Atlantique Nord[302].

À partir du milieu de l'année 1942, les États-Unis entamèrent une campagne de bombardement stratégique contre les forces de l'Axe en Europe. Les raids frappèrent dans un premier temps des installations situées en France, en Belgique et dans les Pays-Bas, et il fallut attendre pour voir des bombes américaines être larguées pour la première fois sur l'Allemagne[303]. Afin d'annihiler le potentiel industriel allemand, les avions alliés concentrèrent leurs attaques sur des sites sensibles tels que des raffineries de pétrole et des usines de roulements à billes ; toutefois, les lourdes pertes subies lors de l'opération Tidal Wave et du second raid de Schweinfurt incitèrent les États-Unis à réduire très fortement leurs missions de bombardement sur l'Allemagne[304]. Sur ordre du général Carl A. Spaatz, les frappes furent redirigées en priorité sur les usines aéronautiques allemandes, de sorte que les Alliés purent jouir de la supériorité aérienne en Europe après le mois de [305]. Les bombardements stratégiques s'intensifièrent dans les derniers mois de 1944, principalement contre les infrastructures de transport et les ressources pétrolières allemandes[306]. En 1945, soucieux de hâter la capitulation du régime nazi, les Alliés menèrent une série de raids contre Berlin et Dresde qui se soldèrent par la mort de plusieurs dizaines de milliers de civils[307].

Réaction aux persécutions des Juifs et à la Shoah

Après la Nuit de cristal en 1938, Roosevelt favorisa l'immigration juive en provenance d'Allemagne et autorisa les ressortissants autrichiens et allemands présents sur le territoire américain à rester aux États-Unis pour une période indéterminée. Ses efforts visant à protéger les immigrants juifs furent cependant obérés par la prévalence du nativisme et de l'antisémitisme au sein de l'électorat et du Congrès, par la réticence des Juifs-Américains à accueillir des immigrés juifs d'Europe de l'Est et par le caractère restrictif de la loi d'immigration de 1924[308]. Cette dernière limitait les entrées d'immigrants aux États-Unis à 150 000 par an et fixait des quotas stricts pour chaque pays. Dans le contexte de la Grande Dépression, toute volonté d'assouplissement de la politique migratoire ne soulevait guère l'enthousiasme de la population[309] et, jusqu'en 1944, le département d'État, en la personne de Cordell Hull, se garda de fustiger publiquement la politique antisémite de l'Allemagne nazie[310]. Cette situation n'empêcha pas Roosevelt d'user de son pouvoir exécutif pour permettre à plusieurs Juifs autrichiens et allemands, dont Albert Einstein, de fuir l'Europe ou de demeurer aux États-Unis même après l'expiration de leur visa[311].

En , Hitler décida de mettre en œuvre la « Solution finale » visant à exterminer les Juifs d'Europe. Les responsables américains furent informés de l'ampleur de la campagne d'extermination entreprise par les nazis dans les mois qui suivirent. Contre l'avis du département d'État, Roosevelt convainquit les autres dirigeants alliés de se joindre à la déclaration commune du 17 décembre 1942, laquelle condamnait le génocide en cours et annonçait que les auteurs de ce crime seraient traités comme des criminels de guerre. En , le président américain créa le Bureau des réfugiés de guerre (War Refugee Board) afin de venir en aide aux Juifs et à toutes les victimes des atrocités perpétrées par les régimes de l'Axe. Indépendamment de ces initiatives, Roosevelt était convaincu que le meilleur moyen de secourir les populations opprimées du continent européen était de terminer la guerre le plus rapidement possible. Tant les hauts responsables militaires que le département de la Guerre, hostiles à la moindre dispersion de l'effort de guerre, s'opposèrent à tout projet de bombardement des centres d'extermination nazis ou des lignes de chemin de fer menant à ces camps ; selon le biographe Jean Edward Smith, il n'existe aucune preuve que Roosevelt lui-même se soit vu suggérer une telle idée par quiconque[312].

Front intérieur

Législation nationale

Le front intérieur fut marqué par des transformations sociales majeures tout au long de la guerre, et ce alors que la politique nationale n'était plus la principale préoccupation de Roosevelt. Le réarmement militaire stimula la croissance économique, à telle enseigne que le chômage fut divisé par deux, passant de 7,7 millions de demandeurs d'emploi au début de l'année 1940 à 3,4 millions à la fin de l'année 1941, avant de diminuer encore de moitié pour chuter à 1,5 million dans les derniers mois de l'année 1942, sur une population active de 54 millions d'individus[313] ; en 1943, le taux de chômage n'était plus que de 1,3 %[314]. En 1941, afin de soutenir l'accroissement des dépenses fédérales, Roosevelt proposa au Congrès d'établir un impôt sur le revenu dont le taux serait fixé à 99,5 % pour tous les revenus supérieurs à 100 000 $ ; cette mesure n'ayant pas été adoptée, le président émit un ordre exécutif qui instaurait un prélèvement de 100 % sur l'ensemble des revenus au-delà de 25 000 $, mais le texte fut abrogé par le Congrès. Finalement, le Revenue Act of 1942 mit en place des taux d'imposition maximale pouvant aller jusqu'à 94 % (après prise en compte de l'impôt sur les revenus excédentaires) et introduisit le premier prélèvement à la source de l'histoire fédérale. Une des dispositions de la loi fut en outre d'élargir considérablement l'assiette fiscale : alors que seuls quatre millions d'Américains étaient assujettis à l'impôt fédéral sur le revenu avant la guerre, ils étaient plus de 40 millions à la fin de celle-ci[313]. Cette extension du domaine de l'imposition permit de couvrir près de la moitié des dépenses relatives à la guerre[315]. Une autre méthode de financement de la guerre fut le recours à l'emprunt ; de 1942 à 1945, le montant des sommes prêtées par les établissements bancaires et les particuliers fut de 135 milliards de dollars[316]. En 1944, Roosevelt sollicita à nouveau le Congrès pour l'entrée en vigueur d'une loi visant à taxer les profits « déraisonnables », tant des entreprises que des particuliers, de manière à lever 10 milliards de recettes supplémentaires destinées à financer la guerre et diverses mesures gouvernementales. Le Congrès, outrepassant le veto de Roosevelt, se prononça toutefois en faveur d'une législation plus modeste qui n'augmentait ces recettes que de 2 milliards de dollars[317]. Les parlementaires supprimèrent dans le même temps plusieurs programmes du New Deal, parmi lesquels le CCC et la WPA[318].

Dans son discours sur l'état de l'Union de 1944, Roosevelt défendit l'existence d'un ensemble de droits économiques fondamentaux, qualifié par lui de « seconde Déclaration des droits »[319]. Dans ce qui fut la plus ambitieuse proposition de réforme intérieure de l'époque, des associations de vétérans conduites par l'American Legion obtinrent la promulgation du G.I. Bill, une législation qui visait à octroyer de très importants avantages et facilités à la quasi-totalité des hommes et des femmes ayant servi dans les forces armées. Alors que Roosevelt était initialement partisan d'un projet de loi plus restrictif, davantage axé sur les personnes pauvres, il fut débordé par ceux de sa droite et de sa gauche qui, chacun pour des raisons diverses, soutenaient une approche plus globale, indépendamment des revenus et de l'expérience du combat ; l'une de ces raisons était le souci de ne pas réitérer les conflits persistants liés à l'indemnisation des anciens combattants tout au long des années 1920 et 1930. Les dispositions contenues dans le G.I. Bill comprenaient une allocation de 20 $ par semaine pendant un an pour les individus au chômage, le financement des frais de scolarité au lycée et à l'université et des prêts à faible taux d'intérêt pour l'achat d'un logement, d'une ferme ou d'une entreprise[320]. Sur les quinze millions d'Américains ayant servi durant la Seconde Guerre mondiale, plus de la moitié bénéficièrent des avantages éducatifs prévus par le G.I. Bill[321].

Production de guerre

L'armée américaine, forte de 1 500 000 hommes avant la guerre, était dans un état d'impréparation à l'époque de Pearl Harbor[322]. Une main-d'œuvre et des ressources abondantes aussi bien que la restructuration de l'économie héritée du New Deal permirent néanmoins aux États-Unis de soutenir un vaste effort de guerre[323], d'une ampleur inédite dans leur histoire[324]. Afin de coordonner la production de guerre et divers aspects du front intérieur, Roosevelt mit sur pied la War Shipping Administration, l'Office of Price Administration, le Board of Economic Warfare et le War Labor Board[325]. Si le gouvernement américain avait généralement recours à des contrats volontaires pour maintenir la production de matériel militaire, il arriva en de rares circonstances que l'administration Roosevelt prît temporairement le contrôle de sites industriels. Le Congrès introduisit pour sa part un certain nombre d'incitations fiscales destinées à encourager les entreprises à transitionner vers une production de guerre ; de même, la Reconstruction Finance Corporation continua d'accorder des prêts pour aider au renforcement de la capacité industrielle du pays. En dépit des efforts déployés par le Congrès pour favoriser l'attribution de contrats à des entreprises de taille modeste, la plupart des contrats militaires bénéficièrent aux principales firmes des États-Unis[326]. La production de guerre augmenta de façon spectaculaire après Pearl Harbor mais sans atteindre pour autant les objectifs fixés par le président, en partie à cause du manque de main-d'œuvre[327]. Un autre obstacle à l'accroissement de la production furent les nombreuses grèves, en particulier chez les travailleurs syndiqués des mines de charbon et du secteur ferroviaire, qui se poursuivirent jusqu'en 1944[328],[329]. L'effort industriel de la nation pâtit enfin de la mobilisation sous les drapeaux de 16 millions d'individus pendant la guerre ; environ une famille américaine sur cinq comptait ainsi au moins un membre enrôlé dans les forces armées durant le conflit[330].

Malgré les contraintes et les difficultés, de 1941 à 1945, les États-Unis produisirent 2,4 millions de camions, 300 000 avions militaires, 88 400 chars et 40 milliards de munitions. La capacité de production américaine était sans commune mesure avec celles des autres belligérants ; ainsi, en 1944, les États-Unis construisaient plus d'avions militaires que l'Allemagne, le Japon, le Royaume-Uni et l'Union soviétique réunis[331]. Cet effort fut facilité par d'importants gains de productivité, qui s'élevèrent jusqu'à 25 % dans le secteur industriel. Les cadences de production ralentirent ensuite progressivement à partir de 1943 à mesure que les succès remportés par les Alliés sur les forces de l'Axe laissaient entrevoir la conclusion prochaine des hostilités et la nécessaire reconversion de l'économie[332]. Sur le plan social, l'allongement des horaires de travail et l'allègement des contraintes encadrant le travail des enfants se conjuguèrent avec l'augmentation du salaire des ouvriers et le triplement du revenu de la plupart des fermiers, ces derniers bénéficiant entre autres de la forte demande et de la hausse des prix agricoles induites par la guerre[333]. Le pays souffrit toutefois de l'inflation pendant le conflit et l'administration Roosevelt se résigna à instaurer un contrôle des prix et des salaires[334]. En 1943, Roosevelt créa l'Office of War Mobilization (OWM) afin de superviser la production de guerre. La direction de cette agence fut confiée à James F. Byrnes, qui fut rapidement surnommé « le président adjoint » en raison de son influence[335]. La persistance de l'inflation incita le gouvernement américain à étendre la politique de rationnement à un nombre croissant de biens de consommation[336].

Développement de la bombe atomique

En , les physiciens Leó Szilárd et Albert Einstein adressèrent à Roosevelt la lettre Einstein-Szilárd pour le prévenir d'un potentiel projet allemand de fabrication d'une bombe atomique[337]. La perspective que l'Allemagne nazie se dotât la première de cette arme était terrifiante et Roosevelt autorisa le lancement de recherches préliminaires. Après Pearl Harbor, une poignée de hauts dirigeants du Congrès octroyèrent secrètement à l'administration les fonds nécessaires à la mise en route du projet Manhattan, placé sous la responsabilité du général Leslie Groves. Roosevelt et Churchill s'entendirent pour mener conjointement à bien ce projet et, dans le cadre de l'accord de Québec, les scientifiques américains furent autorisés à coopérer avec leurs homologues britanniques, parmi lesquels un espion qui permit à Moscou d'être informé du projet dans ses moindres détails[338]. Le projet Manhattan coûta plus de 2 milliards de dollars, employa 150 000 personnes et nécessita la construction de gigantesques installations à Oak Ridge, Los Alamos et diverses autres localités du pays[339].

Droits civiques et migrations pendant la guerre

Libertés civiles

Déroulement de la Seconde Guerre mondiale

Théâtres méditerranéen et européen du conflit

Les deux alliances de la Seconde Guerre mondiale (en bleu, les puissances de l'Axe ; en vert, les puissances alliées).

Les Soviétiques étaient partisans d'une invasion anglo-américaine de la France sous occupation allemande afin de distraire une partie des forces d'Hitler du front de l'Est[340]. Churchill, en particulier, considérait toutefois en 1942 qu'il était trop tôt pour engager des troupes sur le sol européen et prôna avec insistance une campagne militaire visant à chasser les puissances de l'Axe d'Afrique du Nord et consolider la position des Alliés en Méditerranée[341]. Passant outre les objections du général Marshall et de l'amiral King, pour qui l'Afrique du Nord ne constituait qu'un secteur relativement secondaire du conflit en cours, Roosevelt appuya le plan de Churchill de manière que le déploiement de troupes américaines dans la région fût effectif dès 1942, et ce en coopération avec les Britanniques[342].

En , les Alliés débarquèrent en Afrique du Nord et obtinrent rapidement la reddition des forces françaises du gouvernement de Vichy présentes sur place[343]. Cette reddition avait fait l'objet d'un accord entre le général Dwight D. Eisenhower, le commandant suprême de l'invasion alliée en Afrique du Nord, et l'amiral vichyste François Darlan. La coopération de Darlan avec les Alliés permit à ces derniers d'occuper en peu de temps la plus grande partie du territoire nord-africain, tout en suscitant la réprobation du général Charles de Gaulle, chef de la France libre, et d'autres opposants au régime de Vichy. Avec l'assassinat de Darlan en , le gouvernement de Vichy rompit les relations avec les États-Unis et sollicita l'appui de l'armée allemande afin d'empêcher les Alliés de prendre le contrôle de la Tunisie, alors sous domination coloniale française. Les rapports mouvementés entre Washington et des chefs français comme de Gaulle, Darlan ou Henri Giraud convainquirent Roosevelt de la nécessité de garder ses distances avec les diverses factions représentatives de la France jusqu'à la fin de la guerre[344]. En dépit des importantes difficultés rencontrées par les forces inexpérimentées d'Eisenhower dans les premiers temps de la campagne de Tunisie, les opérations sur le terrain finirent par tourner à l'avantage des Alliés ; en , 250 000 soldats de l'Axe furent contraints à la capitulation, ce qui mit fin à la campagne d'Afrique du Nord[345].

Lors de la conférence de Casablanca en , les États-Unis et le Royaume-Uni adoptèrent une stratégie consistant à vaincre les forces de l'Axe en Afrique du Nord avant de procéder à l'invasion de la Sicile puis, à partir de 1944, à celle de la France. Au cours de la conférence, Roosevelt annonça que l'Allemagne, l'Italie et le Japon devraient se soumettre à une capitulation sans condition[346]. Cette dernière demande avait pour but de rassurer les Soviétiques, qui réclamaient toujours une attaque immédiate contre la France sous occupation allemande, sur le fait que les États-Unis n'avaient aucunement l'intention de négocier une paix séparée avec l'Allemagne[347]. En , l'URSS reprit l'initiative sur le front de l'Est en remportant une victoire décisive lors de la bataille de Stalingrad. L'invasion de la Sicile par les Alliés fut déclenchée en et se solda par la capture de l'île avant la fin du mois d'août[335]. Alors que les combats faisaient rage en Sicile, le roi d'Italie Victor-Emmanuel III fit procéder à l'arrestation de Mussolini et le remplaça par le maréchal Pietro Badoglio, qui négocia secrètement la reddition de son pays aux Alliés. Bien qu'attaché au principe d'une capitulation inconditionnelle, Roosevelt accepta la signature d'un armistice dont les clauses permettaient à Badoglio de se maintenir au pouvoir[348]. L'Allemagne restaura toutefois rapidement Mussolini dans ses fonctions et mit sur pied un nouvel État fantoche dans le nord de l'Italie[335]. Commencée en , la libération de l'Italie continentale par les Alliés se poursuivit avec de lents progrès jusqu'en 1945[349]. Roosevelt ne donna son aval à cette opération terrestre qu'à la condition que les Britanniques s'engagent à participer à l'invasion de la France vers le milieu de l'année 1944 ; dans cette optique, des troupes alliées furent retirées du front italien pour intégrer un contingent destiné à attaquer le territoire français[348].

Pour diriger l'invasion de la France, Roosevelt jeta son dévolu sur le général Eisenhower au détriment de Marshall[350]. Le président voulait initialement confier cette mission à Marshall mais le haut commandement militaire le convainquit que le rôle de ce dernier à Washington était indispensable[351]. Tout en amassant des forces importantes au Royaume-Uni, les puissances alliées lancèrent l'opération Bodyguard dont l'objectif était de masquer aux Allemands, par une campagne d'intoxication savamment orchestrée, le point de débarquement exact des Alliés dans le nord-ouest de l'Europe[352]. Le , Eisenhower supervisa le débarquement de Normandie, dans le nord de la France, dans le cadre de l'opération Overlord. Soutenus par 12 000 avions leur garantissant une totale maîtrise du ciel et par la plus importante force navale jamais rassemblée, les Alliés parvinrent à établir une tête de pont en Normandie avant de pousser leur offensive sur le sol français[353]. Malgré ses réticences à cautionner une instance gouvernementale non élue, Roosevelt reconnut le gouvernement provisoire de la République française dirigé par Charles de Gaulle comme étant le gouvernement de facto de la France en [354].

À l'issue de la bataille de la poche de Falaise, les Alliés repoussèrent les troupes de l'Axe vers l'Allemagne et entrèrent dans Paris en . Le même mois eut lieu l'opération Dragoon qui vit les troupes américaines, britanniques et françaises prendre pied dans le sud de la France[355]. Confrontées à des difficultés logistiques, les armées alliées cherchèrent à s'emparer du port belge d'Anvers préalablement à l'invasion de la Ruhr, mais leur offensive sur l'Allemagne fut retardée par l'échec de l'opération Market Garden[356]. À la fin de l'année 1944, Hitler commença à regrouper des effectifs importants en vue d'un contrecoup de grande ampleur destiné à convaincre les États-Unis et le Royaume-Uni de négocier une paix séparée. Une attaque surprise effectuée par les Allemands en marqua le début de la bataille des Ardennes, les Alliés parvenant toutefois à refouler leurs adversaires dans les semaines suivantes[357]. Le franchissement du Rhin par les Alliés fut effectif en , après quoi ces derniers occupèrent la Ruhr et la Sarre, une autre région industrielle cruciale pour l'effort de guerre allemand[358]. En , la résistance nazie était en voie de déliquescence face à l'avancée des Alliés occidentaux à l'ouest et des Soviétiques à l'est[359].

Guerre du Pacifique

Roosevelt (en chemise blanche) en conférence avec le général Douglas MacArthur et les amiraux William Leahy et Chester Nimitz, en juillet 1944.

Après s'être emparé de la plus grande partie de l'Asie du Sud-Est dans les mois qui suivirent Pearl Harbor, le Japon chercha à étendre encore davantage son territoire et prit possession des îles Salomon ainsi que de certaines portions de la Nouvelle-Guinée[360]. Cependant, en , les forces américaines et australiennes défirent les Japonais lors de la bataille de la mer de Corail, ce qui incita ces derniers à lancer une offensive terrestre en Nouvelle-Guinée[361]. Désireux de s'assurer le contrôle d'une île hautement stratégique et de détruire la marine américaine dans le Pacifique, Tokyo décida également d'attaquer les îles Midway, alors occupées par les États-Unis. Avec l'aide du projet de cryptanalyse Magic, la flotte américaine de l'amiral Chester Nimitz battit son homologue japonaise au cours de la bataille de Midway. Cet affrontement, durant lequel les Japonais perdirent quatre précieux porte-avions, constitua un tournant dans la guerre du Pacifique[362]. En , les États-Unis attaquèrent à leur tour les troupes japonaises sur l'île de Guadalcanal, dans le Pacifique Sud, où les combats se poursuivirent jusqu'en [363]. Après s'être rendus maîtres de Guadalcanal, les Américains adoptèrent une stratégie dite du « saute-mouton » consistant à éviter les îles pourvues de solides garnisons japonaises. Au début de l'année 1944, les Alliés avaient recouvré la majeure partie de la Nouvelle-Guinée et débarqué sur l'île adjacente de Nouvelle-Bretagne[364].

Alors que la campagne dans le Pacifique Sud-Ouest suivait son cours, l'armée américaine déclencha une offensive dans le Pacifique central dont le point de départ fut la bataille de Tarawa en [365]. Les États-Unis capturèrent ensuite diverses positions japonaises dans les îles Marshall et les îles Caroline[366]. En , ce fut au tour de Saipan, dans les îles Mariannes, d'être attaqué par les forces américaines, qui s'emparèrent de l'île au début du mois de juillet au prix de 14 000 pertes dans leurs rangs[367]. Parallèlement aux combats livrés à Saipan, les États-Unis remportèrent une importante victoire navale sur leurs adversaires lors de la bataille de la mer des Philippines, qui se solda par la destruction de trois porte-avions japonais[368]. En , lors d'une entrevue avec Nimitz et MacArthur, Roosevelt approuva la poursuite des opérations dans le Pacifique Sud-Ouest et le Pacifique central. Les troupes commandées par MacArthur devaient continuer leur avance en direction des Philippines tandis que les forces engagées dans le Pacifique central sous les ordres de Nimitz devaient se diriger vers le Japon[369]. Le débarquement américain sur l'île philippine de Leyte, en , provoqua une riposte navale de la part des Japonais dans la mesure où l'archipel des Philippines revêtait une importance cruciale sur la ligne d'approvisionnement pétrolière japonaise en partance des Indes orientales néerlandaises. La flotte japonaise fut toutefois décimée à l'issue de la subséquente bataille du golfe de Leyte, parfois considérée comme la plus grande bataille navale de l'histoire. Les forces de MacArthur s'emparèrent de Leyte en décembre et, dès , s'étaient rendues maîtresses de la quasi-entièreté des Philippines[370].

À partir de , les Américains commencèrent à mener des raids aériens sur le Japon depuis les îles Mariannes, mais les Japonais étaient toujours maîtres de plusieurs îles susceptibles de défendre l'archipel nippon. En , les États-Unis envahirent l'île d'Iwo Jima, particulièrement bien défendue, et en achevèrent la conquête le mois suivant[371]. Le , les troupes américaines débarquèrent à Okinawa, la plus importante île de l'archipel Nansei. Les Japonais laissèrent leurs adversaires prendre pied sur l'île avant de lancer une attaque féroce au cours de laquelle des avions japonais se jetèrent en kamikaze sur les navires américains. Les forces japonaises présentes à Okinawa résistèrent jusqu'en , non sans avoir infligé plus de 60 000 pertes aux Américains[372].

Planification de l'après-guerre

Winston Churchill, Franklin Roosevelt et Joseph Staline lors de la conférence de Yalta, en février 1945.

À la fin de l'année 1943, Roosevelt, Churchill et Staline acceptèrent de se rencontrer à l'occasion de la conférence de Téhéran pour un échange de vues stratégiques et de considérations sur l'après-guerre, dans ce qui fut le premier face-à-face entre Roosevelt et Staline[373]. Lors de la conférence, le Royaume-Uni et les États-Unis s'engagèrent à ouvrir un second front contre l'Allemagne en 1944 tandis que Staline promit de déclarer la guerre au Japon à une date non précisée[374]. Roosevelt reconnut par ailleurs en privé la domination soviétique sur les pays baltes et l'intention soviétique de déplacer les frontières de la Pologne vers l'ouest[375]. Staline, de son côté, offrit d'entrer en guerre contre le Japon dès lors que la défaite de l'Allemagne serait acquise[376].

La planification de l'après-guerre acquit une importance croissante à mesure que les succès des Alliés s'amplifiaient tout au long de l'année 1944. L'expansion économique engendrée par la guerre et le souvenir de la Grande Dépression convainquirent de nombreux Américains de la nécessité d'une diminution des barrières douanières. Une partie des clauses du programme Prêt-bail prévoyaient explicitement la suppression des droits de douane et les États-Unis étaient particulièrement intéressés au démantèlement du système de « préférence impériale » mis en place par les Britanniques. Au cours de la conférence de Bretton Woods, les Alliés convinrent de l'instauration du Fonds monétaire international, destiné à garantir la stabilité de la monnaie, et de la Banque mondiale, chargée de financer la reconstruction d'après-guerre. Reprenant le flambeau wilsonien, Roosevelt plaida également en faveur de la création des Nations unies qui, sous la forme d'une organisation intergouvernementale permanente, succéderaient à la Société des Nations[377].

Roosevelt, Churchill et Staline se réunirent une seconde fois lors de la conférence de Yalta, en . Alors que s'esquissait la fin des hostilités en Europe, le principal souci de Roosevelt était de persuader le dirigeant soviétique d'entrer en guerre contre le Japon, le Comité des chefs d'état-major ayant informé le président qu'une invasion en règle du Japon par les États-Unis provoquerait environ un million de victimes américaines. En échange de la déclaration de guerre de Moscou contre Tokyo, l'URSS se vit garantir la possession de certains territoires asiatiques tels que l'île Sakhaline[378]. Compte tenu de ce que les Soviétiques s'étaient rendus maîtres de la plus grande partie de l'Europe de l'Est dès les premiers mois de l'année 1945, Roosevelt n'était guère en mesure de peser sur les initiatives de l'URSS dans cette région[379]. S'il se garda de réclamer l'évacuation immédiate de la Pologne par les forces soviétiques, il obtint la publication de la « Déclaration sur l'Europe libérée » qui promettait l'organisation d'élections libres dans les pays anciennement occupés par l'Allemagne[378]. Enfin, contre la volonté de l'Union soviétique, Roosevelt et Churchill refusèrent de tirer parti de la défaite de l'Allemagne pour imposer à cette dernière une désindustrialisation et de lourdes réparations de guerre[380].

Mort de Roosevelt

Dernière photographie de Franklin Roosevelt prise le 11 avril 1945, la veille de sa mort.

Le , de retour aux États-Unis après la conférence de Yalta, Roosevelt s'adressa au Congrès où son apparence vieillie, amaigrie et fragile frappa une bonne partie de l'assistance. Il prononça son discours assis compte tenu de son incapacité physique mais, toujours en pleine possession de ses facultés mentales, réaffirma avec force son engagement en faveur des Nations unies :

« La conférence de Crimée [Yalta] a eu pour ambition d'acter la fin d'un système d'actions unilatérales, d'alliances exclusives, de sphères d'influence, d'équilibres de pouvoir et de tous les autres expédients qui ont été essayés pendant des siècles et qui, toujours, ont échoué. Nous proposons de remplacer tout cela par une organisation universelle à laquelle toutes les nations éprises de paix auront enfin la possibilité d'adhérer[381]. »

La santé de Roosevelt, déclinante depuis au moins 1940, laissait déjà transparaître des signes de fatigue évidents en 1944. En mars de la même année, peu après son 62e anniversaire, des examens médicaux lui diagnostiquèrent une hypertension artérielle, une athérosclérose et une maladie coronarienne, sans espoir de rémission. Le , Roosevelt partit pour Warm Springs, une petite station thermale de Géorgie où il avait une résidence (la « Little White House ») afin de prendre du repos avant la tenue de la conférence des Nations unies à San Francisco. Le , alors qu'Elizabeth Shoumatoff était en train de peindre son portrait, le président s'exclama : « j'ai un terrible mal de tête », avant de s'écrouler de sa chaise, inconscient. Transporté dans sa chambre, Roosevelt mourut à 15 h 35 à l'âge de 63 ans, d'une hémorragie cérébrale[382].

Moins d'un mois après son décès, le , la guerre en Europe prit fin. Harry S. Truman, devenu président à la suite de la mort de Roosevelt, dédia les célébrations du jour de la victoire en Europe à la mémoire de son prédécesseur et ordonna de mettre en berne les drapeaux américains pendant 30 jours sur l'ensemble du territoire national[383].

Déplacements internationaux

Roosevelt effectua un voyage international en tant que président-élu et vingt autres tout au long de ses quatre mandats présidentiels[384].

Pays visités par Franklin Roosevelt sous sa présidence.
Davantage d’informations Dates, Pays ...
Dates Pays Lieux Raisons du déplacement
1 6 au 14 février 1933 Drapeau des Bahamas Bahamas Séjour de pêche (visite en tant que président-élu).
2 29 juin au 1er juillet 1933 Drapeau du Canada Canada Île Campobello Vacances.
3 29 mars au 11 avril 1934 Drapeau des Bahamas Bahamas Elbow Cay
Gun Cay[385]
Séjour de pêche.
4 5 au 6 juillet 1934 Drapeau d'Haïti Haïti Cap-Haïtien Visite informelle dans le cadre d'un déplacement à Hawaï.
10 juillet 1934 Drapeau de la Colombie Colombie Carthagène
11 au 12 juillet 1934 Drapeau du Panama Panama Panama
5 27 mars au 6 avril 1935 Drapeau des Bahamas Bahamas Cat Cays
Lobos Cay
Inagua
Crooked Island[385]
Séjour de pêche.
6 16 octobre 1935 Drapeau du Panama Panama Balboa Visite informelle de retour d'un voyage sur la côte Ouest des États-Unis. Rencontre avec le président Harmodio Arias.
7 24 mars au 7 avril 1936 Drapeau des Bahamas Bahamas Inagua
Nassau
Séjour de pêche. Déjeuner avec le gouverneur Bede Clifford et le président du Conseil législatif George Johnson[386].
8 28 au 30 juillet 1936 Drapeau du Canada Canada Île Campobello Vacances.
31 juillet 1936 Québec Visite officielle. Rencontre avec le gouverneur général John Buchan.
9 21 novembre 1936 Drapeau de Trinité-et-Tobago Trinité-et-Tobago Port-d'Espagne Escale lors d'un voyage vers l'Amérique du Sud.
27 novembre 1936 Drapeau du Brésil Brésil Rio de Janeiro Discours au Congrès national brésilien.
30 novembre au 2 décembre 1936 Drapeau de l'Argentine Argentine Buenos Aires Session de la Conférence panaméricaine pour le maintien de la paix.
3 décembre 1936 Drapeau de l'Uruguay Uruguay Montevideo Visite officielle. Rencontre avec le président Gabriel Terra.
11 décembre 1936 Drapeau de Trinité-et-Tobago Trinité-et-Tobago Port-d'Espagne Escale lors du voyage de retour aux États-Unis.
10 4 au 5 août 1938 Drapeau du Panama Panama Balboa Visite informelle au président Juan Demóstenes Arosemena lors d'un séjour de vacances aux Caraïbes.
11 18 août 1938 Drapeau du Canada Canada Kingston Réception d'un diplôme honorifique de l'Université Queen's et inauguration du pont des Mille-Îles en compagnie du Premier ministre William Lyon Mackenzie King et du lieutenant-gouverneur de l'Ontario Albert Edward Matthews.
12 14 au 16 août 1939 Drapeau du Canada Canada Île Campobello
Sydney
Vacances.
17 au 20 août 1939 Drapeau de Terre-Neuve Dominion de Terre-Neuve Baie des îles (en)
Bonne Baie
21 au 23 août 1939 Drapeau du Canada Canada Halifax
13 27 février 1940 Drapeau du Panama Panama Cristóbal
Balboa
Rencontre informelle avec le président Augusto Samuel Boyd lors d'un séjour de vacances.
14 5 décembre 1940 Drapeau de la Jamaïque Jamaïque Kingston Visite de bases militaires britanniques en vue d'une éventuelle utilisation par l'armée américaine.
8 décembre 1940 Drapeau de Sainte-Lucie Sainte-Lucie Visite de bases militaires britanniques en vue d'une éventuelle utilisation par l'armée américaine.
8 décembre 1940 Drapeau de la Martinique Martinique Fort Saint-Louis Rencontre avec des hauts fonctionnaires américains.
9 décembre 1940 Îles-sous-le-Vent britanniques Antigua Visite de bases militaires britanniques en vue d'une éventuelle utilisation par l'armée américaine.
12 au 13 décembre 1940 Drapeau des Bahamas Bahamas Eleuthera Visite de bases militaires britanniques en vue d'une éventuelle utilisation par l'armée américaine. Rencontre avec le duc de Windsor, gouverneur de l'archipel.
15 9 au 12 août 1941 Drapeau de Terre-Neuve Dominion de Terre-Neuve Argentia Rencontre avec le Premier ministre britannique Winston Churchill à bord du cuirassé HMS Prince of Wales et du croiseur lourd USS Augusta dans la baie de Plaisance. Promulgation de la charte de l'Atlantique à l'issue de la conférence[387].
16 11 janvier 1943 Drapeau de Trinité-et-Tobago Trinité-et-Tobago Port-d'Espagne Escale de nuit lors d'un voyage vers l'Afrique.
12 janvier 1943 Drapeau du Brésil Brésil Belém
13 janvier 1943 Drapeau de la Gambie Gambie Bathurst
14 au 25 janvier 1943 Drapeau du Protectorat français au Maroc Protectorat français au Maroc Casablanca Conférence de Casablanca en compagnie du Premier ministre britannique Winston Churchill.
25 janvier 1943 Drapeau de la Gambie Gambie Bathurst Escale de nuit au retour de Casablanca.
26 et 27 janvier 1943 Drapeau du Libéria Liberia Monrovia Visite informelle. Rencontre avec le président Edwin Barclay.
28 janvier 1943 Drapeau du Brésil Brésil Natal Visite informelle. Rencontre avec le président Getúlio Vargas.
29 janvier 1943 Drapeau de Trinité-et-Tobago Trinité-et-Tobago Port-d'Espagne Escale de nuit au retour de Casablanca.
17 20 avril 1943 Drapeau du Mexique Mexique Monterrey Rencontre dans le cadre de visites réciproques transfrontalières avec le président Manuel Ávila Camacho.
18 17 au 25 août 1943 Drapeau du Canada Canada Québec
Ottawa
Première conférence de Québec en compagnie du Premier ministre William Lyon Mackenzie King et du Premier ministre britannique Winston Churchill. Discours aux sénateurs, aux membres de la Chambre des communes et à la population à l'extérieur du Parlement[388].
19 20 au 21 novembre 1943 Algérie française Oran Débarquement.
21 au 22 novembre 1943 Protectorat français de Tunisie Tunis Escale de nuit.
22 au 26 novembre 1943  Royaume d'Égypte Le Caire Première conférence du Caire en compagnie du Premier ministre britannique Winston Churchill et du dirigeant chinois Tchang Kaï-chek.
27 novembre au 2 décembre 1943 Drapeau de l'Iran Iran Téhéran Conférence de Téhéran avec le dirigeant soviétique Joseph Staline et le Premier ministre britannique Winston Churchill.
2 au 7 décembre 1943  Royaume d'Égypte Le Caire Seconde conférence du Caire avec le Premier ministre britannique Winston Churchill et le président turc İsmet İnönü.
7 au 9 décembre 1943 Protectorat français de Tunisie Tunis Rencontre avec le général Dwight D. Eisenhower.
8 décembre 1943 Drapeau de Malte Malte La Valette Visite des fortifications militaires alliées.
8 décembre 1943 Drapeau du Royaume d'Italie Italie Castelvetrano Visite des fortifications militaires alliées.
9 décembre 1943 Drapeau de la France Sénégal Dakar Rembarquement pour les États-Unis.
20 11 au 16 septembre 1944 Drapeau du Canada Canada Québec Seconde conférence de Québec en compagnie du Premier ministre britannique Winston Churchill et des chefs d'état-major combinés de l'armée alliée.
21 2 février 1945 Drapeau de Malte Malte Floriana Conférence de Malte avec le Premier ministre Winston Churchill.
3 au 12 février 1945 Drapeau de l'URSS Union soviétique Yalta Conférence de Yalta avec le dirigeant soviétique Joseph Staline et le Premier ministre britannique Winston Churchill.
13 au 15 février 1945  Royaume d'Égypte Grand lac amer
Canal de Suez
Alexandrie
Rencontre avec le roi Farouk, l'empereur éthiopien Haïlé Sélassié, le roi d'Arabie saoudite Ibn Saoud et le Premier ministre britannique Winston Churchill.
18 février 1945 Algérie française Alger Brief des ambassadeurs américains au Royaume-Uni, en France et en Italie au sujet de la conférence de Yalta.
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Échéances électorales

Élections de mi-mandat de 1934

Alors que les scrutins de mi-mandat sont généralement défavorables pour l'administration au pouvoir, le Parti démocrate remporta une victoire écrasante lors des élections législatives de 1934, en obtenant 322 sièges à la Chambre des représentants contre 103 pour le Parti républicain et 69 sièges au Sénat contre 25 pour les républicains[389].

De fait, ces premières élections de mi-mandat de la présidence Roosevelt furent les plus concluantes jamais remportées par un parti au pouvoir au cours du XXe siècle[390]. Elles virent l'irruption, dans le camp démocrate, de nombreux hommes jeunes et neufs, galvanisés par le climat réformateur du moment[389]. Les partisans du New Deal surmontèrent l'opposition des républicains, des milieux d'affaires tels que la Chambre de commerce des États-Unis et des démocrates déçus comme Al Smith qui venait de fonder l'American Liberty League, très hostile à Roosevelt. De plus, le scrutin amorça un recentrage des démocrates dans les zones urbaines du Nord plutôt que dans leur bastion traditionnel du Sud ; le futur président Harry S. Truman fut ainsi élu comme sénateur dans le Missouri[390].

Ceci, combiné aux nombreuses pertes essuyées par les républicains conservateurs à travers le pays, donna un puissant coup de fouet au programme politique de Roosevelt et ce fut à cette époque que les Noirs commencèrent à basculer dans le giron démocrate. Un exemple de cette évolution était Arthur Wergs Mitchell qui fut le premier élu démocrate noir du Congrès[391].

Élection présidentielle de 1936

Résultats de l'élection présidentielle américaine de 1936.

Roosevelt avait longtemps craint que la possible candidature d'Huey Long ou d'un républicain progressiste à l'élection présidentielle de 1936 ne divisât le vote de gauche. Cependant, le second New Deal ainsi que l'assassinat de Long en empêchèrent le déroulement d'un tel scénario[392]. En conséquence, Roosevelt et Garner furent reconduits à l'unanimité sur le ticket démocrate lors de la convention nationale du parti de 1936. Ce fut à cette occasion que fut abolie la « règle des deux tiers » qui imposait pour le prétendant à l'investiture de rassembler les deux tiers des délégués au lieu d'une majorité simple, ce qui revenait à doter les États du Sud d'un véritable droit de veto sur le choix du candidat à la présidence[393].

Compte tenu du rejet déjà palpable suscité par les réformes progressistes du New Deal dans les milieux conservateurs, Roosevelt effectua un virage à gauche et critiqua avec force les agissements du grand capital. Son adversaire républicain était le gouverneur du Kansas Alf Landon, un progressiste qui, tout en étant globalement favorable au New Deal, dénonçait l'hostilité de ce dernier aux entreprises et la gabegie financière engendrée par les nouveaux programmes fédéraux. Roosevelt fut largement réélu avec 60,8 % du vote populaire et fut proclamé vainqueur dans l'ensemble des États à l'exception du Maine et du Vermont[394]. Il obtint en outre 523 votes de grands électeurs contre seulement 8 pour Landon, ce qui était le plus important écart de ce type depuis l'élection de 1820. Lors des élections législatives qui se déroulèrent à la même période, les démocrates raflèrent près des trois quarts des sièges à la Chambre des représentants et au Sénat[395]. L'élection de 1936 vit également la première application du 20e amendement de la Constitution, adopté en 1932, qui fixait l'investiture du président au et non plus au [396].

Élections de mi-mandat de 1938

Roosevelt, qui avait toujours appartenu à l'aile progressiste du Parti démocrate, souhaitait initier un réalignement susceptible de consolider la domination de cette dernière. Lors de sa campagne de 1932, il avait affirmé en privé : « je serai à la Maison-Blanche pendant huit ans. Lorsque cela sera terminé, il y aura un Parti progressiste ; peut-être pas démocrate, mais progressiste ». Le triomphe électoral des démocrates en 1936 ne déboucha toutefois sur aucune avancée législative majeure en 1937 et le président chercha donc à évincer ses adversaires conservateurs au sein de son parti en vue des élections de mi-mandat de 1938[397]. Il s'impliqua ainsi dans les primaires démocrates en faisant activement campagne pour les candidats les plus favorables au New Deal, ce que ses opposants, protestant de leur indépendance, dénoncèrent comme une tentative de mainmise sur le parti destinée à faciliter sa réélection[256]. La manœuvre de Roosevelt se solda néanmoins par un échec puisque tous ses adversaires désignés, en dehors du représentant de New York John O'Connor, furent réinvestis à l'issue des primaires[398].

Lors des élections de mi-mandat de , les républicains progressèrent de 8 sièges au Sénat et de 81 sièges à la Chambre des représentants, sans toutefois ravir aux démocrates la majorité dans les deux chambres du Congrès[399]. Les pertes démocrates furent particulièrement lourdes dans les rangs des partisans du New Deal et des alliés du président, à l'image du représentant Maury Maverick du Texas et du gouverneur George Howard Earle III de Pennsylvanie[255] ; à l'inverse, chez les républicains, la campagne électorale permit l'émergence de nouvelles figures telles que Robert Taft, Harold Stassen ou Thomas Dewey[399]. Lorsque le Congrès reprit ses travaux en 1939, les républicains, sous la houlette du sénateur Robert Taft, formèrent avec les démocrates sudistes une « coalition conservatrice » qui mit un coup d'arrêt à la poursuite des réformes intérieures[400]. Le discours présidentiel sur l'état de l'Union de 1939 fut, de fait, le premier dans lequel Roosevelt ne suggéra aucun nouveau programme d'importance[401]. Sous la direction de Martin Dies Jr., la Commission parlementaire des activités antiaméricaines tint une série d'audiences sur une possible influence communiste au sein du gouvernement et des syndicats. Par ailleurs, le Congrès supprima une partie des crédits alloués aux autorités fédérales et adopta la loi Hatch visant à empêcher tout employé du gouvernement de s'adonner à des activités politiques[402]. En dépit de leur hostilité à la politique intérieure de Roosevelt, nombre de parlementaires conservateurs soutinrent avec force les initiatives du président sur la scène internationale avant et pendant la Seconde Guerre mondiale[403].

Élection présidentielle de 1940

La tradition d'une limite maximale de deux mandats présidentiels était bien implantée dans la vie politique américaine[404] et Roosevelt laissa un temps planer le doute sur sa possible candidature à l'élection présidentielle de 1940[405]. Il coupa pourtant l'herbe sous le pied du vice-président John Nance Garner, du secrétaire d'État Cordell Hull et du ministre des Postes James Farley, qui nourrissaient tous trois des ambitions pour la présidence, dans la course à l'investiture[406]. À la convention nationale démocrate qui se tenait à Chicago, le sénateur Alben W. Barkley lut un message de Roosevelt dans lequel celui-ci expliquait qu'il ne se présenterait plus aux élections sauf s'il était plébiscité par les délégués du parti, lesquels étaient libres de voter pour le candidat de leur choix. Les délégués furent étonnés un moment avant qu'une voix ne retentît dans les haut-parleurs : « Nous voulons Roosevelt… Le monde veut Roosevelt ! ». La salle s'enflamma et le président sortant fut investi dans la foulée par 946 voix (contre 147 à ses opposants) au premier tour de scrutin[407]. La tactique employée par Roosevelt ne fut toutefois pas entièrement une réussite dans la mesure où ce dernier aurait souhaité être désigné par acclamation[408]. À la demande du président, le secrétaire à l'Agriculture Henry Wallace, qui était pourtant loin de faire l'unanimité chez les dirigeants démocrates, fut choisi pour briguer la vice-présidence[409].

Résultats de l'élection présidentielle américaine de 1940.

Dans le camp républicain, le déclenchement du second conflit mondial rebattit les cartes et empêcha probablement certaines des figures isolationnistes du Congrès, comme Taft ou Vandenberg, de décrocher l'investiture. La convention nationale républicaine désigna à la place Wendell Willkie, un chef d'entreprise et avocat d'affaires renommé qui n'avait jamais exercé de responsabilité politique. Connu du grand public pour son hostilité au New Deal et ses démêlés avec la Tennessee Valley Authority, Willkie était, contrairement à ses rivaux isolationnistes pour la nomination républicaine, partisan du soutien au Royaume-Uni dans sa lutte contre les forces de l'Axe, ce qui lui valut l'appui des républicains internationalistes tels qu'Henry Luce[410]. Son engagement en faveur d'un rôle accru des États-Unis sur la scène mondiale eut pour effet de reléguer la politique étrangère au second plan au commencement de la campagne, facilitant par là même la signature du Destroyers for Bases Agreement et l'instauration d'un service militaire obligatoire en temps de paix[240].

Alors que la campagne touchait à sa fin, Willkie et d'autres responsables républicains intensifièrent leurs attaques contre la politique extérieure de Roosevelt. Willkie déclara ainsi qu'une réélection du président sortant conduirait au déploiement de troupes américaines à l'étranger, ce à quoi Roosevelt rétorqua : « vos garçons ne seront envoyés dans aucune guerre étrangère »[411]. Roosevelt remporta en définitive l'élection présidentielle avec 55 % du vote populaire et près de 85 % du collège électoral (449 voix contre 82)[412]. Willkie, pour sa part, arriva en tête dans dix États : le Vermont et le Maine, fermement ancrés dans le giron républicain, ainsi que huit États isolationnistes du Midwest[413]. Les démocrates conservèrent leurs majorités dans les deux chambres du Congrès, progressant de cinq sièges à la Chambre des représentants mais reculant de trois au Sénat[414].

Élections de mi-mandat de 1942

Les élections de mi-mandat du , au milieu du troisième mandat de Roosevelt furent les premières élections de mi-mandat à se dérouler en temps de guerre depuis celles de 1918, sous la présidence de Woodrow Wilson. Le principal sujet de la campagne électorale fut donc l'intervention des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale. La Chambre des représentants resta aux mains des démocrates qui conservèrent de justesse la majorité avec 222 sièges contre 209 aux républicains, 2 aux progressistes, 1 au Farmer-Labor et 1 aussi pour l'American Labor. Quant au Sénat, il resta largement aux mains du Parti démocrate qui remporta 57 sièges. Le Parti républicain en remporta 38 et le Parti progressiste un seul.

La participation à ce scrutin fut sensiblement moindre qu'en 1940, du fait notamment de l'éloignement des soldats et d'un déficit d'inscription sur les listes électorales. Si les démocrates demeuraient majoritaires au Congrès, les élections de 1942 virent une réelle poussée du Parti républicain, alors que les pertes essuyées par les démocrates dans le nord-est du pays furent bénéfiques aux parlementaires sudistes dont le regain d'influence au sein du parti, combiné à la montée en puissance des républicains, déboucha sur la formation d'une coalition conservatrice résolument opposée à tout ou partie des programmes du New Deal[415].

Élection présidentielle de 1944

Résultats de l'élection présidentielle américaine de 1944.

Contrairement à ce qui s'était passé en 1940, Roosevelt brigua ouvertement et sans grande contestation un quatrième mandat lors de l'élection présidentielle de 1944[416]. Le scrutin se déroula en période de guerre, ce qui n'était plus arrivé depuis 1864. Compte tenu de la mauvaise santé de Roosevelt, la désignation du candidat démocrate à la vice-présidence revêtit une importance cruciale[417]. Roosevelt hésitait entre Henry Wallace, son vice-président en fonction, et James F. Byrnes, mais le premier était peu apprécié des démocrates conservateurs tandis que le second était en froid avec les progressistes et les catholiques. À la demande des chefs du parti, Roosevelt accepta finalement de désigner le sénateur du Missouri Harry S. Truman, une personnalité consensuelle qui s'était fait un nom en luttant à la tête d'un comité contre la corruption et les abus de la production de guerre pendant le second conflit mondial[418].

Face à Roosevelt, le Parti républicain jeta son dévolu sur le gouverneur de New York Thomas Dewey, dont le programme n'était pas en contradiction totale avec la politique de Roosevelt[419]. Partisan d'une gestion plus efficace des programmes du New Deal et d'un engagement affirmé des États-Unis sur la scène internationale, Dewey, de manière plus percutante, attaqua Roosevelt sur son âge, qualifiant son adversaire de « vieillard fatigué » dont le manque de vigueur était un obstacle à la reprise économique du pays. Bien que physiquement diminué, Roosevelt mena toutefois une campagne énergique qui dissipa les inquiétudes et, alors que la guerre continuait de suivre son cours, exhorta les électeurs à ne pas « changer de pilote au milieu du gué »[420]. Le ticket Roosevelt-Truman remporta finalement l'élection contre Dewey et son colistier John Bricker avec 53,4 % du vote populaire et 432 voix au sein du collège électoral[421].

Postérité

Bibliographie

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Notes et références

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