Affaire Cheynet de Beaupré
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L'affaire Cheynet de Beaupré est une affaire de falsification d'actes d'état civil et d'archives nationales, et de créations de faux documents, depuis les années 1980.
Elle est devenue une affaire majeure dans le milieu de la généalogie et a été portée à la connaissance du grand public à travers plusieurs articles et ouvrages à partir de 2018, année où cette falsification d'état civil a été reconnue par la justice.
Inconnu jusqu'aux années 1980, le nom Cheynet de Beaupré a fait son apparition dans plusieurs ouvrages et organismes de référence.
Une lettre envoyée à Henri Tribout de Morembert datant du , présente à la Bibliothèque nationale de France (BNF) sous la côte FRBNF44403033[1] est signée par un certain « comte de Beaupré ».
L'édition 1983 du Bottin mondain voit apparaître pour la première fois le nom de famille « Cheynet de Beaupré » pour une notice consacrée à Jean-Marc Cheynet de Beaupré[2]. En 1985, le Bottin mondain contient deux notices au nom de « Cheynet de Beaupré »[a], et en 1992, la famille s'agrandit avec cinq notices[d].
Le , le procureur de la République de Privas corrige une partie des actes d'état civil de la famille Cheynet en les renommant Cheynet de Beaupré[7]. Cette correction[e] fait suite à la demande du père de Marc Cheynet, après qu'il avait reçu deux refus successifs du procureur de la République de Lyon[8].

Une première admission à la Société des Cincinnati est obtenue en 1987 pour Bertrand Cheynet de Beaupré. Puis, en 1988, Marc Cheynet de Beaupré obtient son admission. Enfin, en 1991, une nouvelle admission est enregistrée avec Jean-Jacques Cheynet de Beaupré[2].
Sur la base des actes rectifiés ainsi que de nombreux actes falsifiés, Marc Cheynet de Beaupré se fait admettre à l'Association d'entraide de la noblesse française (ANF) le , puis au Jockey Club de Paris le [7]. La commission des preuves de l'ANF reconnaît ensuite son erreur et s'être fait duper[9],[f]. Il a démissionné du Jockey Club en 2022.
Dans le volume dix-huit de l'État présent de la noblesse française subsistante, paru en , ouvrage de Michel Authier et Albert Galbrun qui fait autorité, une notice de huit pages apparaît sur la famille Cheynet de Beaupré[9].
En 1994, une pleine page présente Marc Cheynet de Beaupré dans la revue Point de vue, spécialisée dans l'actualité des familles royales[10].
L’édition 2007 du « Valette », l’ouvrage de Régis Valette (1927-2015), comporte une notice « Cheynet de Beaupré »[11].
Le document en ligne La Noblesse Française d'Arnaud Clément indique que le nom Cheynet de Beaupré « n'a jamais existé avant 1985 et qu'il résulte de falsifications contemporaines de l'état civil »[12].
Dégradations de documents officiels
Aux archives départementales de l'Ardèche
Entre 1980 et 2011, les archives départementales de l'Ardèche constatent que 187 pages des registres de l'état civil ont été arrachées dans les registres, dont la plupart concernent le nom « Cheynet »[7].
À la mairie de Rochemaure
Le , la mairie de Rochemaure (Ardèche) fait constater par huissier de justice la contrefaçon de tous les actes de l'état civil « Cheynet de Beaupré » et porte plainte contre X auprès du procureur de la République de Privas[7].
La commune, ses monuments et ses registres d'état civil ont fait l'objet de plusieurs actes de vandalisme, de destructions ou de falsification. Les faits se sont produits depuis 1980 jusqu'à 2011 au moins. Des faits de contrefaçon sur le nom « Cheynet » ont été constatés sur la copie des registres détenue par la commune, avec l'ajout systématique du nom « de Beaupré »[7],[13],[14].
Cela a créé une situation ubuesque à Rochemaure « pour le généalogiste qui ne trouve pas les mêmes actes selon qu’il fait ses recherches sur place ou sur Internet » : les registres d'état civil sont rédigés en deux exemplaires, dont certains ont été microfilmés dès 1960, donc bien avant les falsifications. La comparaison des registres entre eux et avec les microfilms a permis de retrouver quasiment tous les actes d'origine et de reconstituer la descendance réelle d'Antoine Cheynet (1765-1836)[8].
Aux archives nationales
La directrice des Archives nationales fait un signalement au procureur de la République de Bobigny en : un individu a falsifié un plan du XVIIIe siècle de l'église de Rochemaure conservé aux Archives nationales. La mention « chapelle de M. Cheynet de Beaupré » a été ajoutée[14].

Un ouvrage de 1958 indique que cette chapelle est en fait l’ancienne chapelle Saint-Jean-Baptiste, devenue par la suite le lieu de sépulture de la famille La Blache[15].
Fabrications de faux documents

Durant la même période, de faux documents, voire des documents complètement inventés, ont été publiés, tel ce blason téléversé en 2009 dans la base Commons et présenté comme celui des « Cheynet de Beaupré ». Mais, en France, chacun est libre de se doter d’un blason.
De même, ont été utilisés comme pseudo-preuves, un bref papal de 1904 qui s'avère être un faux, et le passage inventé de Constantin Cheynet (1845-1941) au collège d'Eton en Angleterre[8].
