Affaire Christian Nègre

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L'affaire Christian Nègre est une affaire judiciaire française, dans laquelle un haut fonctionnaire, Christian Nègre, est accusé d'avoir administré à plus de 200 femmes un diurétique à leur insu, lors de processus de recrutement, entre 2009 et 2018.

Chefs d'accusationadministration de substance nuisible,

agression sexuelle par personne abusant de l’autorité conférée par sa fonction,
atteinte à l’intimité de la vie privée par fixation d’image,
violence par une personne chargée de mission de service public,
infraction à la législation sur les médicaments

AuteursChristian Nègre (mis en cause)
Datede 2009 à 2018
Nombre de victimesplus de 200
Faits en bref Chefs d'accusation, Auteurs ...
Affaire Christian Nègre
Ministère de la Culture français, rue de Valois.
Ministère de la Culture français, rue de Valois.

Chefs d'accusation administration de substance nuisible,

agression sexuelle par personne abusant de l’autorité conférée par sa fonction,
atteinte à l’intimité de la vie privée par fixation d’image,
violence par une personne chargée de mission de service public,
infraction à la législation sur les médicaments

Auteurs Christian Nègre (mis en cause)
Date de 2009 à 2018
Nombre de victimes plus de 200
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Christian Nègre est mis en examen en 2019 pour administration de substance nuisible, agression sexuelle par personne abusant de l’autorité conférée par sa fonction, atteinte à l’intimité de la vie privée par fixation d’image, violence par une personne chargée de mission de service public et infraction à la législation sur les médicaments.

Contexte et faits reprochés

Le , Christian Nègre, alors directeur régional adjoint de la direction régionale des affaires culturelles (Drac) de la région Grand Est à Strasbourg où il a été muté en 2016, est surpris par un de ses collègues en train de photographier sous une table les jambes de la sous-préfète de Moselle[1]. Il est dénoncé à sa hiérarchie et, sur la base de l’article 40 du code de procédure pénale, qui oblige un fonctionnaire à dénoncer au procureur de la République un acte pénalement répréhensible dont il aurait connaissance, la justice est saisie en [1]. Christian Nègre est suspendu de la fonction publique en et révoqué en [1].

Les enquêteurs de l'administration selon Libération ou sa successeure selon Le Monde, découvrent sur son ordinateur un fichier Excel, intitulé « Expériences P » et contenant une liste de ses victimes ainsi que des photographies et des commentaires sur les réactions de ses victimes aux diurétiques : ce sont 181 entretiens réalisés avec des femmes recensés en tout, entre et [1],[2]. Dans son bureau sont retrouvés un flacon de Diurin-40, un médicament à base de Furosémide ne disposant pas d'autorisation de mise sur le marché en France et qu'il achetait sur internet, et quatre pochettes contenant également du Furosémide, un diurétique délivré uniquement sur ordonnance en France[2].

Les faits sont portés à la connaissance du grand public dans un article du Canard enchaîné paru le . La plupart des agentes du ministère et de la DRAC les découvrent à ce moment et des victimes reconnaissant le mode opératoire décident de porter plainte[3].

Contacté par téléphone en par le journal Libération qui enquête sur l'affaire, Christian Nègre nie ses agissements dans un premier temps, avant de reconnaître qu'il a bien photographié et parfois intoxiqué les femmes qu'il rencontrait dans le cadre de sa vie professionnelle. Mais il minimise la portée de ses actes, déclarant qu'il avait lui-même testé le diurétique sur lui, qu'il n'y avait pas chez lui de volonté d'empoisonner ces femmes et qu'il ne pensait pas que l'administration de ce produit pouvait causer des problèmes médicaux. Il déclare également estimer à seulement « dix ou vingt » le nombre des femmes qu'il a intoxiquées et assure n'avoir agi qu'à Paris, Rue de Valois[1].

Les faits ont cependant été établis qu'entre 2009 et 2018, Christian Nègre aurait photographié et/ou intoxiqué aux diurétiques plus de 200 femmes, à leur insu, au ministère de la Culture puis à la Drac de la région Grand Est[1].

Mode opératoire

Entre 2009 et 2016, le sous-directeur des politiques de ressources humaines au siège du ministère de la Culture, situé rue de Valois, à Paris, reçoit ces candidates dans son bureau, avec un but précis : les pousser à perdre le contrôle et à uriner devant lui. La manœuvre est rôdée : il leur propose un thé ou un café, puis s'éclipse et revient quelques minutes plus tard avec la boisson en main dans laquelle il a glissé à l'abri des regards un diurétique puissant, du Furosémide[1],[4]. Lors de ces entretiens il présente également un comportement étrange, donnant l'impression de jouer avec son téléphone sur ses genoux, une technique qui lui permet de prendre sous la table des photos de la personne à son insu[1]. Après une discussion brève, il propose ensuite une sortie à pied dans le quartier aux candidates pour « se familiariser avec le patrimoine ». L'itinéraire est choisi pour éviter tous les endroits pourvus de toilettes et la déambulation dure plusieurs heures[1]. Son but : pousser les personnes à uriner devant lui sous l'action du diurétique. L'agresseur relate dans un tableau Excel saisi en 2018 par la police chaque « expérience » subie par ses victimes à leur insu, et y consigne de nombreux détails dans des descriptions cliniques et glaçantes des faits[1],[2]. Son ordinateur contient également de nombreuses photos prises sans consentement[3].

Le premier témoignage connu date de où une jeune fille qui finit un contrat en alternance au ministère de la Culture est reçue en entretien par Christian Nègre pour faire « le bilan de ses missions » alors qu'il n'est pas le supérieur hiérarchique avec lequel elle travaille. Dans le café où se déroule le long entretien, elle est prise d’une envie irrépressible d’uriner, le fonctionnaire l'accompagne aux toilettes et se tient ensuite derrière la porte[1]. Une autre victime ayant uriné sur son pantalon dans la rue, Christian Nègre lui propose de le faire sécher ensuite à la fenêtre de son bureau au ministère, et elle se retrouve alors pendant 20 minutes en sous-vêtements devant lui[1].

Des dizaines d’histoires similaires sont rapportées par des femmes reçues en entretien rue de Valois par Christian Nègre entre 2011 et 2016, alors que celui-ci est nommé au Haut Conseil à l’Égalité en . Plusieurs plaintes ou signalements sur ces agissements sont effectués par des victimes à la police, aux différent(e)s ministres de la culture et à la médecine du travail, mais sans résultat[3].

À Strasbourg où il est muté en 2016, et alors qu'il n'est en charge d'aucun recrutement, Christian Nègre contacte directement des personnes ayant candidaté à un poste à la Drac et leur propose des « rendez-vous de réseau », en préambule aux entretiens d’embauche qui seront ensuite menés conjointement avec les responsables des ressources humaines. Pour ces tête-à-tête, il vise toujours exclusivement des femmes. Le mode opératoire est le même qu'à Paris et les quais de l’Ill remplacent les quais de Seine dans une déambulation durant des heures, soi-disant pour la découverte du patrimoine, mais dans des endroits dépourvus de toilettes. L'agresseur oblige ensuite les personnes à se servir des toilettes de son bureau personnel au lieu des toilettes publiques de l'établissement, et se tient tout près de la porte[5].

Victimes

Profils des victimes

Le profil des victimes est varié, mais il s'agit exclusivement de femmes[5]. Elles sont généralement en recherche d'emploi et postulent dans la fonction publique[6]. Au moins l'une d'entre elles est alternante au sein du ministère de la Culture au moment des faits[2]. Elles ont entre 20 et 50 ans, mais en grande majorité entre 20 et 35 ans[2].

Au moins l'une des victimes, ayant pu se retenir d'uriner, est hospitalisée pendant quatre jours après le rendez-vous avec Christian Nègre pour une infection urinaire[1]. Les victimes interrogées par le journal Libération en 2019 mentionnent un traumatisme et une perte de confiance en elles[1]. Avant de savoir qu'elles ont été victimes de soumission chimique, plusieurs de ces femmes se sentent responsables de ce qui leur est arrivé[6].

Certaines victimes indiquent se sentir trahies par l'État, censé les protéger[2].

Difficulté à porter plainte pour plusieurs victimes

En 2015, l'une des victimes affirme s'être rendue dans un commissariat parisien quelques semaines après son entretien avec Christian Nègre : souhaitant porter plainte, son témoignage n'aurait pas été pris au sérieux[1].

Après la révélation de l'affaire en 2019 dans le Canard enchaîné et dans Libération, certaines victimes s'étant reconnues témoignent cependant de leur difficulté pour convaincre des policiers d'enregistrer leur plainte[1].

Une femme victime d'agissements à Strasbourg déclare avoir déposé plainte « non sans mal » en , ce genre d'acte lié à la miction étant minimisé par la police, alors que le traumatisme est, quant à lui, bien réel et sérieux[5].

Profil du prévenu

Âgé de 60 ans en 2023[2], Christian Nègre est un haut fonctionnaire qui a été notamment membre du Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes entre 2013 et 2015, sous-directeur des ressources humaines au ministère de la Culture et directeur régional adjoint de la Drac de la région Grand Est[2],[1]. Il a également travaillé à la Direction générale de l’administration et de la fonction publique[1].

Son expertise psychologique le décrit comme adepte de l'urolagnie et mentionne des comportements prédateurs et pervers[2].

En 2025, Ouest-France révèle qu'après sa mise en examen, Christian Nègre a été intervenant pendant deux ans dans des écoles de commerce de Caen et pour du coaching à la région Normandie, sous le pseudonyme de Bernard Genre. Contacté par le journaliste, le parquet de Caen indique n'avoir reçu aucun signalement pour un comportement déplacé de la part de l'individu[7].

Impunité

Des victimes ayant travaillé au ministère de la Culture indiquent avoir été averties que Christian Nègre pouvait poser problème, en particulier car il prenait des photographies des jambes des femmes, et se demandent pourquoi il a pu continuer ses agissements en toute impunité[1]. Il était surnommé « le photographe »[1],[2]. Une collègue de Christian Nègre s'étonne que sa hiérarchie ne soit pas intervenue, et mentionne que c'est auprès de lui, qui était directeur des ressources humaines, que les plaintes auraient dû être faites, ce qui a empêché les dénonciations[1].

En , une collègue au sein du ministère de la culture se plaint à sa hiérarchie d'avoir été photographiée : Christian Nègre est interrogé par une sous-directrice et nie les faits, et aucune action supplémentaire n'est prise[2]. En , alors sous-directeur aux ressources humaines à la direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) et référent égalité hommes-femmes, une de ses collègues se plaint une nouvelle fois d’avoir été photographiée : convoqué par sa supérieure, il présente son téléphone qui ne contient pas de photo de sa collègue mais des jambes de femmes dans la rue[2]. Contraint par sa hiérarchie, il démissionne de la DGAFP en , avant de retourner au ministère de la Culture[2].

En 2016, l'une des victimes envoie deux courriers au ministère pour dénoncer le comportement de Christian Nègre (sans savoir à ce moment-là qu'il lui a administré un diurétique), mais ils restent sans réponse[1],[2]. Également en 2016, une femme ayant permis à une des victimes d'obtenir son entretien d'embauche alerte la médecine du travail après avoir été informée du déroulé de la rencontre[1]. Aucune suite n'aurait été donnée[1].

Conséquences administratives et judiciaires

Suites administratives

Christian Nègre est suspendu de la fonction publique en puis révoqué en [1].

En , le tribunal administratif de Paris reconnaît une « faute » qui, « par sa gravité », « engage la responsabilité de l’administration qui l’emploie », mais la qualifie de « faute personnelle détachable du service »[2]. Le tribunal administratif condamne l'État à indemniser sept victimes de Christian Nègre, pour des montants entre 11 000 et 16 000 euros[2].

Depuis le , une cellule d'écoute a été rouverte à destination de toutes les victimes, sur décision de la ministre Rachida Dati[6]. Les victimes peuvent également demander une indemnisation directement auprès du ministère de la Culture, qu'elles soient fonctionnaires ou non[6].

Suites pénales

En , une enquête est ouverte par le parquet de Paris. Le [8], soit neuf mois après l'ouverture de l'enquête, le parquet de Paris ouvre une information judiciaire et l'ex-fonctionnaire est entendu sous le régime de la garde à vue. Il est ensuite placé sous contrôle judiciaire et mis en examen des chefs d'« administration de substance nuisible, d'agression sexuelle par personne abusant de l'autorité conférée par sa fonction, d'atteinte à l'intimité de la vie privée par fixation d'image, de violence par une personne chargée de mission de service public et d'infractions à la législation sur les médicaments » (acquisition, importation et détention de médicaments classés comme psychotropes)[8].

L'enquête publiée par Libération en recense plus de 200 victimes et permet d'en identifier une quinzaine dans la semaine suivant la publication[9]. Le ministère de la Culture se constitue partie civile[2].

En 2023, le journal Marianne indique que l'enquête de police aurait identifié 207 femmes victimes, qu'une centaine d'entre elles se seraient constituées parties civiles, mais que toutes n'ont pas encore été entendues[4].

En 2025, six ans après la mise en examen de Christian Nègre, les victimes dénoncent la lenteur de la justice et le manque d'informations qui leur sont communiquées[10],[11].

Le , le parquet de Paris fait référence à 248 victimes, dont 180 se sont constituées partie civile. Un appel aux victimes est lancé afin qu'elles se manifestent rapidement dans la perspective d'une conclusion de l'instruction d'ici la fin 2026[12].

Voir aussi

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